Plan de gestion de la tortue géographique (Graptemys geographica) au Canada - 2016 [Proposition]

Loi sur les espèces en péril
Série de Plans de gestion

Tortue géographique
© Suzie Lavallee
Photo : © Parcs Canada

2016

 

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Information sur le document

Plan de gestion de la tortue géographique (Graptemys geographica) au Canada - 2016 [Proposition]
Photo de couverture

Référence recommandée :

Environnement Canada. 2016. Plan de gestion de la tortue géographique (Graptemys geographica) au Canada [Proposition]. Série de Plans de gestion de la Loi sur les espèces en péril. Environnement Canada, Ottawa. iv + 49 p.

Pour télécharger le présent plan de gestion ou pour obtenir un complément d'information sur les espèces en péril, incluant les rapports de situation du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC), les descriptions de la résidence, les plans d'action et d'autres documents connexes sur le rétablissement, veuillez consulter le Registre public des espèces en péril

Illustration de la couverture : © Parcs Canada

Also available in English under the title
“Management Plan for the Northern Map Turtle (Graptemys geographica) in Canada [Proposed]”

Le contenu du présent document (à l'exception des illustrations) peut être utilisé sans permission, mais en prenant soin d'indiquer la source.

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Preface

En vertu de l'Accord pour la protection des espèces en péril (1996), les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux signataires ont convenu d'établir une législation et des programmes complémentaires qui assureront la protection efficace des espèces en péril partout au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (L.C. 2002, ch. 29) (LEP), les ministres fédéraux compétents sont responsables de l'élaboration des plans de gestion pour les espèces inscrites comme étant préoccupantes et sont tenus de rendre compte des progrès réalisés dans les cinq ans suivant la publication du document final dans le Registre public des espèces en péril.

La ministre de l'Environnement et ministre responsable de l'Agence Parcs Canada est la ministre compétente en vertu de la LEP de la tortue géographique et a élaboré ce plan de gestion conformément à l'article 65 de la LEP. Dans la mesure du possible, le plan de gestion a été préparé en collaboration avec les provinces de l'Ontario (ministère des Richesses naturelles et des ForêtsNote 1) et du Québec (ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs).

La réussite de la conservation de l'espèce dépendra de l'engagement et de la collaboration d'un grand nombre de parties concernées qui participeront à la mise en œuvre des directives formulées dans le présent plan. Cette réussite ne pourra reposer seulement sur Environnement Canada, l'Agence Parcs Canada ou toute autre compétence. Tous les Canadiens et les Canadiennes sont invités à appuyer et à mettre en œuvre ce plan pour le bien de la tortue géographique et de l'ensemble de la société canadienne.

La mise en œuvre du présent plan de gestion est assujettie aux crédits, aux priorités et aux contraintes budgétaires des compétences et organisations participantes.

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Remerciements

Le présent document a été préparé par Rachel deCatanzaro, Krista Holmes, Kari Van Allen, Angela McConnell, Lee Voisin et Bruna Peloso (Environnement Canada, Service canadien de la faune – Région de l'Ontario), et Barbara Slezak, Carollynne Smith et Louis Gagnon (anciennement d'Environnement Canada, Service canadien de la faune – Région de l'Ontario). En outre, les personnes suivantes ont apporté de précieux commentaires et effectué d'importantes révisions et suggestions : Madeline Austen, Elizabeth Rezek, Lesley Dunn (Environnement Canada, Service canadien de la faune – Région de l'Ontario), Paul Johanson (Environnement Canada, Service canadien de la faune – Région de la capitale nationale), Gabrielle Fortin, Sylvain Giguère (Environnement Canada, Service canadien de la faune – Région du Québec), Gary Allen et Joanne Tuckwell (Agence Parcs Canada), Amelia Argue, Joe Crowley, Vivian Brownell, Gillianne Marshall, Aileen Wheeldon, Sandy Dobbyn, Corina Brdar, Graham Cameron, Megan Rasmussen, Valerie Vaillancourt, Eric Cobb, Nicki Boucher, Gillian Ferguson-Martin, Jay Fitzsimmons, Dana Kinsman, Jim Saunders, Brian Naylor et Rhonda Donley (ministère des Richesses naturelles et des Forêts), et des membres du personnel du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. De nombreuses autres personnes ont participé à une version antérieure de l'ébauche du programme de rétablissement et du plan de gestion de cinq espèces de tortues d'eau douce au Canada, qui contenaient des renseignements sur la tortue géographique, notamment Patrick Galois (Amphibia-Nature), Sylvain Giguère et Gabrielle Fortin (Environnement Canada, Service canadien de la faune – Région du Québec), David Seburn (Seburn Ecological Services) et Scott Gillingwater (Office de protection de la nature de la rivière Thames supérieure). Nous remercions également de leur aide les employés du ministère des Richesses naturelles et des Forêts, du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs, du Service canadien de la faune, de diverses universités et autres organisations. Il convient de signaler que les documents de rétablissement élaborés par l'Équipe de rétablissement des tortues du Québec et l'Équipe de rétablissement multi-espèces des tortues en péril de l'Ontario ont constitué le fondement des versions initiales du présent document.

Des remerciements sont aussi adressés à toutes les autres parties qui ont fourni des conseils et des commentaires ayant permis d'enrichir le présent plan de gestion, notamment diverses organisations autochtones et des citoyens et intervenants qui ont fait part de leurs idées ou participé aux réunions de consultation.

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Sommaire

La tortue géographique (Graptemys geographica) figure parmi les espèces préoccupantes de l'annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP). Il s'agit d'une espèce essentiellement aquatique qui ne vient à terre que pour nidifier et s'exposer au soleil. Sa dossièreNote 2, plutôt ronde, est d'olive à brunâtre et ornée d'un motif de lignes jaune pâle. Durant sa période annuelle d'activité (du printemps à l'automne), la tortue géographique vit généralement dans de grands plans d'eau bien oxygénés, comme des rivières ou des lacs.

L'espèce est présente dans tout le nord est des États-Unis et dans le sud de l'Ontario et du Québec. Environ 10 % de son aire de répartition mondiale se trouve au Canada.

La population canadienne de tortues géographiques adultes est estimée à plus de 10 000 individus. On n'a pas rapporté de rétrécissement de l'aire de répartition de l'espèce au Canada. Cependant, une analyse des données récentes révèle que 53 % des sites d'occurrences historiques de la tortue géographique n'ont fait l'objet d'aucune observation de l'espèce depuis 1985. Certaines populations locales montrent des signes de vieillissement, ce qui pourrait annoncer une baisse d'effectif.

Les principales menaces pesant sur la population canadienne de tortues géographiques sont l'aménagement des rives, la navigation de plaisance et les prises accessoires par les pêcheurs. Les autres menaces identifiées incluent les réseaux routiers, les ouvrages de régularisation des eaux, la capture illégale, les prédateurs favorisés par les activités humainesNote 3, les perturbations associées aux activités humaines, les espèces exotiques et envahissantes, la contamination et la charge en nutriments, et les changements climatiques. La tortue géographique est très vulnérable à toute augmentation du taux de mortalité chez les adultes ou les juvéniles âgés, car les individus de cette espèce connaissent une maturité sexuelle tardive et des taux de reproduction faibles.

La répartition et l'abondance de la population canadienne de tortues géographiques sont inconnues à l'heure actuelle, mais on soupçonne un déclin de l'espèce. Par conséquent, l'objectif de gestion de la tortue géographique consiste à stabiliser les niveaux de la population et, ainsi, maintenir la répartition et l'abondance de la population canadienne de la tortue géographique en réduisant et en atténuant les menaces, tout en gérant l'habitat.

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1. Évaluation de l'espèce par le COSEPACNote a d'évaluation de l'espèce par le COSEPAC

Date de l'évaluation :
Novembre 2012
Nom commun (population) :
Tortue géographique
Nom scientifique :
Graptemys geographica
Statut selon le COSEPAC :
Espèce préoccupante
Justification de la désignation :
Il n'y a eu aucune étude quantitative à long terme de cette espèce au Canada, par conséquent, il y a des indications limitées de déclins récents, de contraction de l'aire de répartition ou de la disparition de l'espèce à l'échelle locale. Cependant, la maturité tardive de cette espèce longévive, ainsi que les menaces potentielles pesant sur son habitat donnent à penser que l'espèce pourrait être vulnérable à un déclin de population. Les menaces importantes incluent la mortalité directe causée par des collisions avec des bateaux à moteurs ainsi que par une prise accessoire dans les pêches commerciales. La perte et la dégradation de l'habitat de littoral représentent une autre menace car cette tortue discrète est facilement dérangée par l'activité humaine et la navigation de plaisance, et l'aménagement du littoral perturbe les comportements de prélassement au soleil et de nidification de l'espèce. Une prédation anormalement élevée des nids par des mammifères prédateurs, particulièrement les ratons laveurs, est une autre menace. Si elles ne sont pas atténuées, ces menaces, combinées au cycle biologique de l'espèce, pourraient faire en sorte que l'espèce devienne « menacée » au Canada.
Présence au Canada :
Ontario et Québec
Historique du statut selon le COSEPAC :
Espèce désignée « préoccupante » en mai 2002. Réexamen et confirmation du statut en novembre 2012.

Note d'évaluation de l'espèce par le COSEPAC

Note a d'évaluation de l'espèce par le COSEPAC

COSEPAC – Comité sur la situation des espèces en péril au Canada

Retour à la référence de la note a d'évaluation de l'espèce par le COSEPAC

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2. Information sur la situation de l'espèce

La tortue géographique figure parmi les espèces préoccupantesNote 4 à l'annexe 1 de la LEP (L.C. 2002, ch. 29). En Ontario, l'espèce est désignée « préoccupante »Note 5 en vertu de la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition (LEVD) (L.O. 2007, ch. 6) et « reptile spécialement protégé » aux termes de la Loi de 1997 sur la protection du poisson et de la faune (L.O. 1997, ch. 41). Au Québec, elle est désignée « espèce vulnérable »Note 6 aux termes de la Loi sur les espèces menacées ou vulnérables (LEMV) depuis 2005 (RLRQ, ch. E-12.01). La tortue géographique est également inscrite sur la liste de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES, 2014).

NatureServe (2013) a classé à l'échelle mondiale la tortue géographique comme « non en péril » (G5). À l'échelle nationale, il l'a classée comme « vulnérable » (N3) au Canada et « non en péril » (N5) aux États-Unis. Au Québec, il l'a classée « en péril » (S2). En Ontario, elle est « vulnérable » (S3) (annexe A). Selon l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), l'espèce est « de préoccupation mineure »Note 7 à l'échelle mondiale (IUCN, 2014).

Environ 10 % de l'aire de répartition mondiale de la tortue géographique se trouve au Canada (Seburn, 2007).

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3. Information sur l'espèce

3.1. Description de l'espèce

La tortue géographique est une tortue de taille moyenne essentiellement aquatique, dont la longueur maximale de la carapace est de 16 cm chez les mâles et de 27,3 cm chez les femelles (Ernst et Lovich, 2009). L'espèce est sexuellement dimorpheNote 8 : la longueur maximale de la dossièreNote 9 est beaucoup plus grande chez les femelles adultes que chez les mâles adultes, et la masse des mâles adultes n'atteint habituellement que 20 % de celle des femelles adultes (Vogt, 1980). Par ailleurs, les taches rétroorbitairesNote 10 des mâles adultes sont plus vives que celles des femelles adultes (Bulté et al., 2013). L'espèce possède une dossière plutôt ronde présentant une carène (crête) médiane. La dossière est d'olive à brunâtre et est ornée d'un motif réticulé (ressemblant à un filet ou à un réseau) de lignes jaune pâle qui s'estompent à mesure que la tortue vieillit. La première description de l'espèce soulignait la présence sur la dossière d'un dessin ressemblant à une carte géographique, d'où le nom de l'espèce. Le plastron (partie inférieure de la carapace) est de jaune pâle à crème et habituellement sans marques. La tête, le cou et les membres sont d'olive à brun-noir et présentent des rayures jaunes à jaune verdâtre. À l'état sauvage, la tortue géographique peut vivre plus de 20 ans (Ernst et Lovich, 2009).

3.2. Population et répartition

L'aire de répartition de la tortue géographique en Amérique du Nord s'étend depuis le sud de l'Ontario et du Québec jusqu'au nord du Mississippi et à l'Alabama, et depuis le Minnesota, le Kansas et l'Oklahoma jusqu'en Virginie et en Caroline du Nord. On trouve également des populations isolées dans l'État de New York et le Maryland (NatureServe, 2013) (figure 1). Au Canada, l'espèce est surtout présente dans le bassin des Grands Lacs et du Saint-Laurent – depuis le lac Sainte-Claire, en Ontario, jusqu'à l'île d'Orléans, au Québec (COSEWIC, 2012).

La répartition et l'abondance de la population canadienne de tortues géographiques ne sont pas bien connues à l'heure actuelle, mais on soupçonne un déclin de l'espèce (COSEWIC, 2012). En Ontario, les sites d'occurrence de la tortue géographique sont répartis le long des rives de la baie Georgienne ainsi que des lacs Sainte-Claire, Érié et Ontario, et le long de six cours d'eau importants. L'espèce est aussi largement répartie dans les lacs, cours d'eau et voies navigables du Bouclier canadien dans le sud-est et le centre de l'Ontario (COSEWIC, 2012). Au Québec, l'espèce est présente le long de cinq cours d'eau importants et dans quatre autres grands lacs (Bonin, 1998; référence retiréeNote 11, référence retirée; COSEWIC, 2012). Selon des échantillons génétiques examinés par Bouchard et al. (2013), les populations locales du Québec semblent être organisées en métapopulations en fonction de l'emplacement.

L'effectif total de tortues géographiques adultes au Canada est inconnu, mais pourrait être de plus de 10 000 individus, selon des estimations préliminaires réalisées à certains endroits (COSEWIC, 2012). Dans un lac relativement petit (788 ha) de l'Ontario, l'effectif a été estimé à plus de 1 500 tortues (Bulté et al., 2010), et il se pourrait que d'autres lacs à proximité abritent des populations de taille similaire ou supérieure (COSEWIC, 2012). Plusieurs autres études ont produit des estimations d'effectifs des populations locales de tortues géographiques. Par exemple, la population présente à proximité d'une île dans l'est de l'Ontario a été estimée à plus de 600 individus (référence retirée). Les populations de 3 sites (2 au Québec, 1 en Ontario) situés le long de la frontière entre l'Ontario et le Québec comptent probablement de 500 à 1 000 individus chacune (COSEWIC, 2012).

On ne connaît pas les tendances des populations de tortues géographiques au Canada. Cependant, on pense que les effectifs de l'espèce pourraient être à la baisse dans certaines parties de son aire de répartition canadienne en raison de diverses menaces qui accroissent la mortalité et réduisent les possibilités de reproduction (COSEWIC, 2012).

La zone d'occupationNote 12 de la tortue géographique au Canada est estimée à plus de 2 000 km2 (COSEWIC, 2012).

Figure 1. Aire de répartition nord-américaine de la tortue géographique (adaptées de Royal Ontario Museum, 2012). Cette carte représente l'aire de répartition générale de l'espèce et ne montre pas les renseignements précis concernant la présence ou l'absence d'observations dans l'aire de répartition. Veuillez vous reporter au texte du présent document pour obtenir des précisions sur la répartition de l'espèce en Ontario et au Québec.
Carte : Aire de répartition nord-américaine de la tortue géographique
Description longue pour la figure 1

La figure 1 montre l'aire de répartition nord-américaine de l'espèce. La tortue géographique se rencontre près de Québec, de même que près de Montréal et plus au sud. L'aire de répartition se poursuit en Ontario, jusqu'à l'extrémité sud de la province. Aux États-Unis, l'espèce vit dans le Vermont, dans l'État de New York, en Pennsylvanie, au New Jersey, au Michigan, au Minnesota, au Wisconsin, en Ohio, en Indiana, en Illinois, en Iowa, au Kansas, au Missouri, en Arkansas, au Tennessee, au Kentucky, en Alabama, en Géorgie, en Caroline du Nord, en Virginie, au Maryland et en Virginie-Occidentale.

 

3.3. Besoins de la tortue géographique

Besoins généraux en matière d'habitat

La tortue géographique est principalement tributaire de l'habitat aquatique et utilise l'habitat terrestre de façon limitée pour la nidification ou l'exposition au soleil. Dans les parties nord de son aire de répartition, la tortue géographique vit habituellement dans des plans d'eau bien oxygénés, comme les rivières de taille petite à grande et au débit faible à moyen, et les lacs (COSEWIC, 2012). Dans les lacs, l'espèce a tendance à utiliser des zones aux rives non aménagées ou des milieux marécageux (référence retirée; référence retirée; Tran et al., 2007; Harrison, 2011). Dans les lacs du Bouclier canadien, la tortue géographique utilise des rives et des hauts-fonds ouverts et rocheux, des îles et des substrats rocheux ainsi que des substrats de tourbe organique (Laverty, comm. pers., 2012, dans COSEWIC, 2012). Dans les milieux fluviaux, l'espèce tend à occuper des zones où un débit et une turbidité modérés sont maintenus (COSEWIC, 2012). Dans la plupart des rivières, les tortues géographiques ont tendance à éviter les secteurs où l'eau est moins transparente (COSEWIC, 2012). Durant la période annuelle d'activité (d'avril à octobre), les individus préfèrent les eaux peu profondes et évitent généralement les eaux de plus de 2,5 m de profondeur (Tran et al., 2007; Bernier et Rouleau, 2010; Carrière et Blouin-Demers, 2010; COSEWIC, 2012). Des femelles adultes sont observées en eaux profondes plus souvent que des juvéniles ou des mâles, possiblement en raison de différences de régime alimentaire et parce que leur plus grande taille en fait de meilleures nageuses (Pluto et Bellis, 1986; Carrière et Blouin-Demers, 2010; Bernier et Rouleau, 2010). La tortue géographique a besoin de sites convenables pour s'exposer au soleil, comme de grosses pièces de bois ou des roches partiellement submergées, ou encore des berges exposées, jouxtant des eaux profondes (COSEWIC, 2012).

Les tortues géographiques préfèrent les milieux riverains naturels et établissent leur domaine vital principalement en eaux peu profondes, près des rives, ce qui en fait une espèce sensible au développement des rives et à d'autres activités de modification des milieux riverains (Carrière et Blouin-Demers, 2010).

Hibernation

Les sites d'hibernation de la tortue géographique se trouvent habituellement dans des zones profondes de lacs ou de rivières, sur des fonds sableux ou graveleux bien oxygénés et abrités de la glace présentant des éléments structuraux variés, comme des saillies exposées, des blocs rocheux et des troncs d'arbres (Flaherty, 1982; Bonin, 1998; Graham et al., 2000; Ultsch, 2006; Carrière, 2007). Graham et al. (2000) ont décrit le site d'hibernation de leur lieu d'étude comme présentant un courant pratiquement nul; cependant, la présence de courant a été observée dans d'autres sites d'hibernation (Bernier et Rouleau, 2010). On a rapporté pour l'espèce des profondeurs d'hibernation de 0,3 à 11,3 m (Bernier et Rouleau, 2010; Harrison, 2011; Rouleau et Bernier, 2011). L'espèce a besoin d'un milieu d'hibernation riche en oxygène étant donné qu'elle tolère assez mal les milieux anoxiquesNote 13 (Ultsch, 2006).

On a remarqué que les tortues géographiques hibernaient seules ou en groupe, avec d'autres congénères (Graham et Graham, 1992; référence retirée; Harrison, 2011). On a observé des individus qui se rassemblent dans les mêmes sites d'hibernation chaque année, ce qui porte à croire qu'ils préfèrent hiberner dans des sites présentant des caractéristiques peu présentes dans leur domaine vital, par exemple des sites bien oxygénés durant tout l'hiver (Graham et al., 2000; Ultsch, 2006; Carrière, 2007).

Les tortues géographiques doivent survivre à l'exposition à des températures inférieures au point de congélation en entrant en état de surfusionNote 14, stratégie visant à éviter la congélation des fluides corporels (Baker et al., 2003). Certains nouveau-nés peuvent hiberner dans le nid (référence retirée; Baker et al., 2003; référence retirée; Nagle et al., 2004; Ernst et Lovich, 2009; Fournier, comm. pers., 2014). Toutefois, Nagle et al. (2004) rapportent que seuls les nouveau-nés peuvent survivre à l'hiver, pas les œufs ni les embryons partiellement développés; les embryons qui n'arrivent pas à terminer leur développement avant l'hiver meurent dans leur nid.

Accouplement

La parade nuptiale et l'accouplement ont lieu dans l'eau, aussi bien au printemps qu'à l'automne, lorsque les tortues sont rassemblées dans le site d'hibernation (COSEWIC, 2002; Ernst et Lovich, 2009). Chaque femelle peut conserver le sperme d'un seul accouplement survenu à l'automne aux fins d'utilisation ultérieure s'il n'y a aucun accouplement printanier (Miller et Dinkelacker, 2007). On a remarqué qu'une grande partie des pontes étaient issus de plusieurs mâles, ce qui indique que, à l'instar d'autres espèces de tortues d'eau douce, la promiscuité constitue une stratégie de reproduction courante chez la tortue géographique (Banger et al., 2013).

Selon Ernst et Lovich (2009), les détails de la maturation de la tortue géographique sont inconnus, mais certaines observations indiquent que les femelles atteignent la maturité sexuelle autour de 12 à 14 ans, ou quand le diamètre de leur dossière atteint environ 19 cm (Newman, 1906; Vogt, 1980; Bulté et Blouin-Demers, 2009). Un modèle de croissance fondé sur des captures réalisées dans un lac en Ontario estime l'âge à la maturité à 14 ans pour les femelles et à 4 ans pour les mâles (Bulté et Blouin-Demers, 2008).

Nidification

Au Canada, la période de nidification s'étend du début mai au début juillet (Gordon et MacCulloch, 1980; référence retirée; référence retirée; Barrett Beehler, 2007; référence retirée; Carrière, 2007; Rouleau et Bernier, 2011). La taille de la ponte de la tortue géographique varie de 3 à 22 œufs (référence retirée; Ryan et Linderman, 2007), la moyenne étant comprise entre 9 et 17 (Carr, 1952; Gordon et MacCulloch, 1980; référence retirée). Des observations réalisées en Ontario ont confirmé que les femelles pouvaient pondre 2 fois pendant la période d'activité (référence retirée). Les nouveau-nés commencent à sortir du nid au début août et se dirigent vers les sédiments du fond des lacs (référence retirée). Certains d'entre eux peuvent hiberner dans le nid et sortir au printemps suivant, entre mai et juillet (référence retirée; Baker et al., 2003; référence retirée; Nagle et al., 2004; Ernst et Lovich, 2009).

Pour pondre ses œufs, cette espèce recherche des zones proches de l'eau, où la densité de végétation et la pente sont faibles (< 30°) et où le substrat est le plus souvent composé de graviers ou de sable, mais peut également renfermer de bonnes parts de matière organique et d'argile (Flaherty et Bider, 1984; Chabot et al., 1993; Nagle et al., 2004; Giguère et al., 2005; Barrett Beehler, 2007). Pour nidifier, la tortue géographique préfère les sites ouverts exposés au plein soleil (Nagle et al., 2004; Barrett Beehler, 2007), et évite le sable mouillé (Vogt, 1980). Les nids se trouvent généralement à une distance de 3 à 35 m du bord de l'eau (référence retirée; Barrett Beehler, 2007; Bernier et Rouleau, 2010). La tortue géographique utilise plusieurs habitats de nidification, notamment des plages de sable et des dunes (référence retirée; référence retirée), des jetées de gravier et de vieilles carrières (Bernier et Rouleau, 2010; Rouleau et Bernier, 2011), des affleurements rocheux avec de fins dépôts de sol (Barrett Beehler, 2007; Litzgus, comm. pers., 2012, dans COSEWIC, 2012) ainsi que des sites entretenus (p. ex. bord de routes contenant des matériaux de remblayage, jardins et terrains de golf) (Baker et al., 2003; Nagle et al., 2004; Harrison, 2011).

Baker et al. (2003) ont relevé que les tortues géographiques nidifiaient souvent proches les unes des autres, et que nombre d'entre elles revenaient nidifier chaque année au même endroit, à quelques mètres près. Carrière (2007) a observé une forte fidélitéNote 15 aux sites de nidification, certaines femelles parcourant jusqu'à 5 km pour nidifier.

 

Thermorégulation

Les tortues régulent leur température corporelle en utilisant leur environnement : elles peuvent modifier ou maintenir leur température en variant leur exposition au soleil, à l'ombre et à l'eau (Bulté et Blouin-Demers, 2010a). Les tortues géographiques utilisent généralement des objets stationnaires pour s'exposer au soleil, par exemple des troncs d'arbres couchés, des roches exposées ou des zones comme des berges exposées (Logier, 1939; Daigle et al., 1994; Bernier et Rouleau, 2010) ou des tapis de végétation aquatique à la surface de l'eau (référence retirée; référence retirée; Bulté et al., 2010). Les sites d'exposition au soleil ont tendance à se trouver à proximité d'étendues d'eau plus profonde que la moyenne pour la zone. Ils sont généralement orientés vers l'est, mais sans protection évidente contre les vents d'ouest (Gordon et MacCulloch, 1980; Flaherty et Bider, 1984; Ernst et Lovich, 2009; Bernier et Rouleau, 2010; Gillingwater, comm. pers., 2012). Les tortues géographiques s'exposent souvent au soleil en groupe (Gordon et MacCulloch, 1980; Flaherty et Bider, 1984; Ernst et Lovich, 2009; Bernier et Rouleau, 2010; Gillingwater, comm. pers., 2012). Certaines études ont indiqué que 10 à 60 tortues occupaient parfois le même site d'exposition au soleil (Richards et Seigel, 2009; Bernier et Rouleau, 2010; Gooley et al., 2011; Chianucci. 2013).

Les tortues géographiques commencent habituellement à s'exposer au soleil en avril, dès qu'elles sortent de leur état de dormance hivernale (Ernst et Lovich, 2009). Gordon et MacCulloch (1980) ont observé que le nombre de tortues exposées au soleil dans un lac au Québec était le plus élevé à la mi-mai, et diminuait beaucoup à partir du début de juillet. Au Canada, on a observé une exposition au soleil les jours ensoleillés et chauds jusqu'en novembre (Beck, comm. pers., 2011, dans COSEWIC, 2012; Kruschenske, comm. pers., 2011, dans COSEWIC, 2012). On a remarqué une différence du comportement d'exposition au soleil entre les mâles et les femelles. Les femelles matures tendent à s'exposer davantage au soleil pendant et après la période de nidification, à l'inverse des mâles et des femelles juvéniles (Gordon et MacCulloch, 1980; Bulté, 2009; Bulté et Blouin-Demers, 2010b).

Alimentation

La tortue géographique est un carnivore spécialisé qui s'alimente principalement de mollusques (bivalves, gastéropodes), mais les insectes et les écrevisses sont aussi des proies importantes pour elle (Ernst et Lovich, 2009; COSEWIC 2012). On a observé des tortues géographiques se déplacer sous la surface de l'eau le long de la végétation à la recherche de gastéropodes et de bivalves (Vogt, 1981). L'habitat d'alimentation se trouve principalement dans les eaux peu profondes à proximité du rivage (Bulté et al., 2008). Une étude sur une population de tortues géographiques du lac Érié a établi que les femelles se nourrissaient davantage de mollusques, et les mâles, davantage d'insectes (Lindeman, 2006). Selon de nombreuses études, le régime alimentaire des femelles juvéniles ressemble davantage à celui des mâles adultes, et les femelles adultes préfèrent une alimentation plus spécialisée (Lindman, 2006; Bulté et al., 2008; Richards-Dimitrie et al., 2013). Des études réalisées au Canada et aux États-Unis par Lindeman(2006) et Bulté et Blouin-Demers (2008) ont indiqué que les tortues géographiques femelles adultes préféraient se nourrir presque exclusivement des moules envahissantes que sont la moule zébrée (Dreissena polymorpha) et la moule quagga (Dreissena bugensis), au lieu d'aliments plus variés. Ces mollusques envahissants semblent avoir remplacé dans le régime alimentaire de ces tortues non seulement les mollusques indigènes, mais aussi les taxons autres que les mollusques.

Déplacements (déplacements locaux et dispersion)Note 16

Les tortues géographiques se déplacent souvent entre différents types de milieux aquatiques pour accéder de façon régulière ou saisonnière à des ressources essentielles (p. ex. sites de nidification, sites d'hibernation, sources d'alimentation). Ainsi, il est important que les différents milieux utilisés par cette espèce soient reliés, ou suffisamment proches les uns des autres, pour que les individus puissent facilement se déplacer entre eux afin de répondre aux besoins de leur cycle vital. Les tortues géographiques effectuent des déplacements saisonniers pour trouver un habitat convenable en réponse aux changements saisonniers du courant, de la profondeur de l'eau et du substrat (Gordon et MacCulloch, 1980; Pluto et Bellis, 1988; Laverty, comm. pers., 2012, dans COSEWIC, 2012; Urquhart, comm. pers., 2012, dans COSEWIC, 2012). Leurs profils de déplacement varient en fonction de la disponibilité de sites d'exposition au soleil, de nidification, d'hibernation et d'alimentation (COSEWIC, 2002).

La taille du domaine vital varie d'un individu à l'autre, se situant entre 20 et 385 ha (moyenne de 120 à 347 ha) pour les mâles, entre 47 et 1 450 ha (moyenne de 160 à 1 347 ha) pour les femelles, et entre 160 et 1 037 ha en moyenne pour les femelles juvéniles (Carrière et al., 2009; Bernier et Rouleau, 2010). On a remarqué que la longueur du domaine vital s'étendait de 2,2 à 24 km, et qu'elle était plus petite chez les mâles adultes (de 3,5 à 7,8 km) que chez les femelles adultes (de 2,2 à 24 km) (Tessier et Lapointe, 2009; Rouleau et Bernier, 2011). On pense que cette différence est en partie attribuable au besoin de la femelle de trouver un habitat de nidification (Carrière, 2007). En outre, les femelles semblent être très fidèles à leur domaine vital (Carrière, 2007). La distance parcourue par les tortues géographiques sur toute leur période annuelle d'activité diffère selon le type de plan d'eau où elles vivent. Il a été observé que les femelles adultes pouvaient parcourir une distance moyenne de 149 m/jour en milieu lentiqueNote 17, et de 315 m/jour en milieu lotiqueNote 18 (Carrière et al., 2009).

3.4. Facteurs limitatifs biologiques

La plupart des tortues, dont la tortue géographique, ont en commun certaines caractéristiques du cycle vital qui peuvent limiter leur capacité d'adaptation à des perturbations majeures, ce qui explique en partie leur tendance à connaître des baisses d'effectif (Congdon et al., 1993; Gibbons et al., 2000; Turtle Conservation Fund, 2002). La stratégie de reproduction repose sur de forts taux de survie des adultes, qui compensent les faibles taux de recrutement, pour les raisons suivantes :

  1. courte période de reproduction attribuable à une maturité sexuelle tardive (de 12 à 14 ans pour les femelles) et la longévité (plus de 20 ans);
  2. taux élevé de prédation naturelle des œufs et des juvéniles de moins de deux ans;
  3. dépendance à l'égard des conditions ambiantes en ce qui concerne le développement interne des œufs et leur incubation externe sans soins parentaux.

Selon les études à long terme, un taux de survie élevé des adultes (en particulier des femelles adultes) serait essentiel au maintien des populations de tortues. Même une augmentation de 2 ou 3 % du taux de mortalité des adultes pourrait entraîner une réduction des effectifs de la population (Congdon et al., 1993, 1994; Cunnington et Brooks, 1996).

Les conditions climatiques auxquelles la tortue géographique peut survivre limitent peut-être l'aire de répartition de l'espèce dans les régions nordiques (Hutchinson et al., 1966; McKenney et al., 1998). Le climat joue un rôle essentiel dans le recrutement parce que cette espèce est tributaire du milieu extérieur pour l'incubation de ses œufs. Le recrutement peut varier d'une année à l'autre en fonction des conditions météorologiques, particulièrement durant l'été. Chez la tortue géographique, la détermination du sexe est fonction de la température et se produit durant l'incubation (Ernst et Lovich, 2009). Certaines recherches indiquent une production de mâles à des températures d'incubation avoisinant les 25 °C, alors que la production de femelles survient à des températures d'incubation de 30 °C ou plus (Bull et Vogt, 1979); par conséquent, les changements climatiques pourraient avoir une incidence sur la proportion de mâles et de femelles recrutés dans la population.

Au Canada, les populations locales de la tortue géographique se trouvent à la limite septentrionale de l'aire de répartition de l'espèce (Seburn et Seburn, 2000). Les unités thermiquesNote 19 étant moindres dans le nord, la durée des périodes de nidification et de développement diminue. Il peut s'agir d'un facteur limitatif pour cette espèce (Brooks, 2007).

3.5. Importance culturelle des tortues

Les tortues jouent un rôle important dans les croyances et les cérémonies spirituelles des Autochtones. Pour les Premières Nations, la tortue est un maître, qui possède de vastes connaissances. Elle joue un rôle fondamental dans l'histoire de la création, car elle a permis à la Terre d'être formée sur sa dossière. Pour cette raison, la plupart des membres des Premières Nations appellent de manière traditionnelle l'Amérique du Nord « île de la Tortue ». Les Autochtones utilisent aussi la carapace de la tortue pour représenter un calendrier lunaire, les 13 plaques osseusesNote 20 représentant les 13 pleines lunes de l'année. Fabriqués à partir des carapaces de tortues, les hochets de tortue sont utilisés au cours des cérémonies traditionnelles et représentent souvent la tortue dans l'histoire de la création du monde. Les tortues figurent aussi dans d'autres histoires traditionnelles, y compris l'histoire anishinaabe intitulée « La façon dont la tortue a acquis sa carapace » [traduction] et l'histoire haudenosaunee « La tortue fait une course contre un castor » [traduction] (Bell et al., 2010).

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4. Menaces

Les menaces qui pèsent sur la tortue géographique peuvent varier à l'échelle locale dans l'ensemble de l'aire de répartition de l'espèce au Canada. L'information présentée au tableau 1 ne constitue toutefois qu'une évaluation globale de ces menaces au Canada. La section sur la description des menaces, sous le tableau 1, fournit des renseignements supplémentaires disponibles, le cas échéant, sur l'importance d'une menace donnée à l'échelle locale.

4.1. Évaluation des menaces

Les menaces sont présentées au tableau 1 selon un ordre décroissant de niveau de préoccupation dans chaque catégorie de menaces.

Tableau 1. Tableau d'évaluation des menaces
-MenaceNiveau de préoccupationNote b du tableau 1
Information sur la menace
Étendue
Information sur la menace
Situation chronologique
Information sur la menace
Fréquence
Information sur la menace
GravitéNote c du tableau 1
Information sur la menace
Certitude causaleNote d du tableau 1
Information sur la menace
Perte, dégradation ou fragmentation de l'habitatAménagement des rivesÉlevéGénéraliséeHistorique et couranteRécurrenteÉlevéeÉlevée
Perte, dégradation ou fragmentation de l'habitatOuvrages de régularisation des eauxMoyen à élevéLocaliséeHistorique et couranteRécurrenteModéréeMoyenne
Mortalité accidentelleNavigation de plaisanceÉlevéGénéraliséeCouranteSaisonnièreÉlevéeÉlevée
Mortalité accidentellePrises accessoires par les pêcheursÉlevéLocaliséeCouranteSaisonnièreÉlevéeÉlevée
Mortalité accidentelleRéseaux routiersÉlevé/
moyen
Généralisée/
localisée
Historique et couranteSaisonnièreModéréeÉlevée/
moyenne
Utilisation des ressources biologiquesCapture illégaleMoyenLocaliséeCouranteRécurrenteModéréeMoyenne
Changements dans la dynamique écologique ou dans les processus naturelsPrédateurs favorisés par les activités humainesMoyenLocaliséeCouranteSaisonnièreModéréeMoyenne
Perturbations ou dommagePerturbations associées aux activités humainesMoyenLocaliséeCouranteSaisonnièreInconnueMoyenne
Espèces exotiques, envahissantes ou introduitesEspèces exotiques et envahissantesMoyenLocaliséeCourante et anticipéeContinueModéréeMoyenne
PollutionContamination et charge en nutrimentsFaibleLocaliséeHistorique et couranteContinue/
saisonnière
InconnueFaible
Climat et catastrophes naturellesChangements climatiquesInconnuGénéraliséeCourante et anticipéeContinueInconnueFaible

Notes du tableau 1

Note b du tableau 1

Niveau de préoccupation : signifie que la gestion de la menace représente une préoccupation (élevée, moyenne ou faible) pour la conservation de l'espèce, conforme aux objectifs de gestion. Ce critère tient compte de l'évaluation de toute l'information figurant dans le tableau.

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Note c du tableau 1

Gravité : indique l'effet à l'échelle de la population (élevée : très grand effet sur l'ensemble de la population, modérée, faible, inconnue).

Retour à la référence de la note c du Tableau 1

Note d du tableau 1

Certitude causale : indique le degré de preuve connu de la menace (élevée : la preuve disponible établit un lien fort entre la menace et les pressions sur la viabilité de la population; moyenne : il existe une corrélation entre la menace et la viabilité de la population, p. ex. une opinion d'expert; faible : la menace est présumée ou plausible). Remarque : considération de la province – notée lorsque l'évaluation des menaces diffère d'une province à l'autre (ON/QC, dans cet ordre).

Retour à la référence de la note d du Tableau 1

4.2. Description des menaces

La présente section décrit les principales menaces soulignées au tableau 1, met l'accent sur les points essentiels et fournit des renseignements supplémentaires. Chaque menace est présentée individuellement, mais il importe aussi de tenir compte des effets cumulatifs à long terme des diverses menaces qui pèsent sur les populations locales de tortues géographiques. Il est à noter que certaines de ces menaces s'appliquent uniquement pendant la période d'activité de l'espèce, car elles entraînent une mortalité directe, des blessures ou la capture d'individus. L'isolement provoqué par la perte et la fragmentation de l'habitat est particulièrement préoccupant, car il peut perturber la dynamique des métapopulations et réduire les possibilités d'immigration de source externe. Les menaces sont présentées en ordre décroissant de niveau de préoccupation.

Perte et dégradation de l'habitat

Aménagement des rives

La dégradation de l'habitat riverain réduit la disponibilité de sites convenables de ponte et de sites d'exposition au soleil (Carrière et Blouin-Demers, 2010; COSEWIC, 2012). Une telle dégradation de l'habitat peut aussi mener à une diminution du nombre de sites d'hibernation et à une augmentation du nombre de prédateurs (Ernst et Lovich, 2009). Dans de nombreuses régions, les rives sont renforcées pour prévenir l'érosion, souvent au moyen de métal, de murs de béton ou d'enrochementNote 21 (référence retirée). Même la construction de chalets et l'entretien des rives peuvent altérer l'habitat de nidification et détruire des éléments clés de l'habitat essentiel, comme les rondins sur lesquels les tortues s'exposent au soleil (McDonnell, comm. pers., 2012, dans COSEWIC, 2012). Ces ouvrages altèrent ou éliminent l'habitat riverain, empêchant ainsi les tortues géographiques d'assurer certaines activités vitales essentielles, comme la nidification ou l'exposition au soleil, ce qui entraîne à terme une baisse d'effectif. Les activités de construction associées à ce type d'aménagement peuvent aussi tuer directement des tortues. Des individus peuvent être extraits de leur hibernacle par la machinerie lourde utilisée pour des travaux de défrichage ou d'excavation, ou écrasés par ce type de machinerie durant leurs déplacements terrestres. Cette activité peut également entraîner la destruction ou la dégradation des communautés de végétaux aquatiques qui fournissent abri et habitat d'alimentation aux tortues.

Certaines techniques courantes de gestion des cours d'eau et des zones riveraines, comme la réduction des chicots ou des embâcles, le drainage riverain, la canalisation, la réduction des barres de sable et des plages, et l'aménagement d'ouvrages de retenue des eaux, peuvent également avoir des répercussions négatives sur les tortues géographiques (Bodie, 2001). La destruction et l'altération des barres de sable et des plages touchent particulièrement les tortues géographiques, car elles peuvent réduire la disponibilité de sites de nidification convenables.

Mortalité accidentelle

Navigation de plaisance

Quand les tortues sont dans l'eau, elles risquent d'être blessées ou tuées par les bateaux ou les hélices de bateaux (Burger et Garber, 1995; Smith et al., 2006; référence retirée; Bulté et al., 2010). La mortalité de tortues attribuable à des chocs avec des bateaux à moteur, même dans des plans d'eau où la circulation est faible à modérée (et non élevée), peut entraîner une baisse de la population de tortues d'eau douce à l'échelle locale (Bulté et al., 2010). Au Canada, des cas de mortalité et de blessures associés à la navigation à bord d'embarcations motorisées et à d'autres sports nautiques ont été observés chez la tortue géographique (Gillingwater, comm. pers., 2005, dans Seburn, 2007; Carrière, 2007; référence retirée; Bernier et Rouleau, 2010; Bulté et al., 2010; Bennett et Litzgus, 2014). On signale assez souvent des cas de blessures par des hélices de moteur, mais la gravité de cette menace n'a été évaluée qu'à seulement quelques endroits. Une étude de l'impact des bateaux de plaisance à moteur sur les populations de tortues géographiques menée à deux endroits en Ontario a révélé que les collisions avec des bateaux constituaient un risque important pour les populations. Globalement, 8,3 % et 3,8 % des individus présents dans les deux endroits visés par l'étude, respectivement, avaient été blessés par des hélices; si plus de 10 % des collisions se soldaient par la mort des tortues touchées, une extinction rapide des populations serait plausible (Bulté et al., 2010). Des blessures dues à la navigation ont aussi été signalées chez cette espèce au Québec (Bernier et Rouleau, 2010). On a également constaté, lors d'études, que les tortues géographiques femelles étaient plus susceptibles d'être blessées par des hélices de bateaux que les mâles, probablement à cause de leur grande taille (Bulté et al., 2010; Bennett et Litzgus, 2014).

Prises accessoires par les pêcheurs

On estime que les prises accessoires dans le cadre de la pêche récréative et de la pêche commerciale en eau douce constituent des menaces réelles, mais sous-évaluées, pour les tortues (Raby et al., 2011). Selon des recherches poussées sur les taux de prise accessoire dans les filets de pêche commerciale réalisées dans l'est de l'Ontario ces dernières années, la tortue géographique fait partie des espèces les plus souvent capturées (référence retirée; référence retirée; Midwood et al., 2014). Souvent, on ne vérifie pas les filets pendant plusieurs jours. Les taux de noyade des tortues sont donc élevés. Les taux de mortalité suffisent à entraîner la disparition de populations locales (Midwood et al., 2014). Les tortues qui survivent (c.-à-d. qui ne se noient pas) dans les filets peuvent subir des blessures ou présenter des changements de comportement, ce qui augmente les risques de mortalité ultérieure (référence retirée).

Des études menées dans l'est de l'Ontario et sur le fleuve Mississippi (aux États-Unis) ont révélé que les techniques de pêche passive (p. ex. verveux) pouvaient mener à un grand nombre de prises accessoires de tortues, en particulier de tortues géographiques (p. ex. Barko et al., 2004; Carrière, 2007; référence retirée). En 2005, 15 tortues géographiques se sont noyées dans des verveux utilisés pour la pêche commerciale à un site dans l'est de l'Ontario (Carrière, 2007). On a aussi rapporté une forte mortalité (33 %) de tortues dans des filets installés dans un lac en Ontario (Laroque et al., 2012c). Même lorsque l'on prend soin de garder une partie du verveux au-dessus de la surface de l'eau, les tortues ont tendance à se déplacer jusqu'au dernier compartiment, qui est parfois ancré au fond du plan d'eau et donc complètement submergé (Thompson, comm. pers., dans Seburn, 2007).

Outre le risque de faire partie des prises accessoires dans des filets de pêche commerciale, les tortues peuvent être blessées et tuées en ingérant les hameçons utilisés dans la pêche récréative. Il arrive souvent que les pêcheurs relâchent les tortues qui se font prendre en coupant la ligne; dans pareil cas, l'hameçon demeure dans la tortue (référence retirée; Gillingwater, 2008). L'hameçon et la ligne de nylon peuvent causer de graves lacérations du tube digestif, et les poids en plomb peuvent empoisonner les tortues (Borkowski, 1997). Des tortues géographiques faisant partie des prises accessoires de lignes de pêche ont été signalées en Ontario (Johnson, comm. pers., 2005, dans Seburn, 2007).

Mortalité accidentelle

Réseaux routiers

Les études sur les tortues font état d'une préoccupation grandissante à l'égard de la mortalité par collision avec des véhicules routiers (voir par exemple Andrews et al., 2006), particulièrement en ce qui concerne les routes longeant des cours d'eau et des lacs, très fréquentées. La tortue géographique étant essentiellement une espèce aquatique, on estime que la mortalité sur les routes est moins préoccupante pour cette espèce que pour d'autres tortues d'eau douce (Oldham, comm. pers., 2012, dans COSEWIC, 2012). Cependant, étant donné la sensibilité à la mortalité accrue des adultes, même de faibles taux de mortalité peuvent nuire aux populations locales.

Le réseau routier ontarien prend rapidement de l'expansion, en particulier dans la partie sud de la province, où la longueur moyenne des routes principales a augmenté de 28 000 km en 60 ans (Fenech et al., 2005). La mortalité routière est très préoccupante dans cette province, et les taux de mortalité des tortues d'eau douce sont élevés dans certains des tronçons de route de nombreuses régions, y compris dans des parcs nationaux et provinciaux (référence retirée; Crowley et Brooks, 2005; Ontario Road Ecology Group, 2010). Selon une étude, 25 tortues géographiques ont été tuées sur un tronçon de route de 3,6 km, ce qui pourrait représenter une mortalité annuelle maximale de 2 % dans ce secteur (référence retirée). Une autre étude menée en Ontario laisser croire que les populations locales pourraient diminuer dans des lieux où la densité est supérieure à 2 km de route/km2 et où le volume de la circulation est supérieur à 200 véhicules/voie/jour; on sait que ces seuils sont dépassés dans certains endroits (Gibbs et Shriver, 2002).

Les femelles sont plus exposées à la mortalité routière parce qu'elles se déplacent sur la terre ferme durant la période de nidification (Haxton, 2000), peuvent nidifier dans les accotements (voir par exemple Aresco, 2005) et, par conséquent, se retrouvent plus souvent sur les routes que les mâles (Steen et al., 2006). Il peut s'ensuivre une baisse de la population, car le nombre de femelles qui se reproduisent/nidifient et qui permettent donc d'augmenter ou de maintenir la population diminue. De même, les nouveau-nés qui sortent des nids situés dans les accotements peuvent être tués en tentant d'atteindre les milieux aquatiques. La mortalité peut également faire augmenter la probabilité de déclin de la population, compte tenu des taux de recrutement réduits.

Il est aussi possible que l'entretien des routes et des sentiers menace les individus et les nids à cause des travaux de terrassement, d'élimination/de maîtrise de la végétation nécessaires en été, en automne et en hiver. Il faut étudier de manière plus approfondie l'étendue des impacts de la mortalité routière sur les populations locales de tortues géographique.

Perte et dégradation de l'habitat

Ouvrages de régularisation des eaux

Les ouvrages de régularisation des eaux peuvent nuire au déplacement des tortues en milieu aquatique et, par conséquent, accroître la fragmentation de l'habitat (Bennett et al., 2010). Cet effet est particulièrement préoccupant dans le cas des espèces de tortues essentiellement aquatiques, comme la tortue géographique. Dans certains cas, la construction de barrages et d'écluses contribuerait peut-être à l'isolement des populations locales de tortues géographiques (Bennett et al., 2010; COSEWIC, 2012; Bouchard et al., 2013). Par exemple, la diversité génétique de populations locales le long d'une importante rivière en Ontario est plus faible que celle d'autres populations locales analysées. Cela pourrait être attribuable à des déplacements limités et à une connectivité faible de l'habitat à cause d'obstacles situés le long de la rivière (Bouchard et al., 2013). La perte de variation génétique dans de petites populations isolées peut à son tour entraîner une perte de valeur sélective et d'adaptabilité des populations, et augmenter le risque de disparition en cas d'événement catastrophique ou d'épidémieNote 22 (Frankham, 1995; Reed et Frankham, 2003). Cependant, des tortues géographiques ayant franchi des barrages et des écluses ont déjà été observées (Bennett et al., 2010; Bernier et Rouleau, 2010; Gillingwater, comm. pers., 2012), ce qui indique que ces structures n'empêchent pas toujours leurs déplacements.

L'exploitation d'ouvrages de régularisation des eaux peut aussi avoir une incidence sur l'habitat des tortues en raison de la modification des niveaux d'eau en amont et en aval, et donc sur la profondeur des hibernacles et la disponibilité de sites de ponte, d'exposition au soleil et d'alimentation. Par exemple, l'utilisation de barrages pour lutter contre les inondations a des répercussions négatives sur l'espèce, car elle réduit l'élimination de végétation sur les rives et donc la superficie de sol exposé convenant à la nidification découlant des inondations naturelles (Seburn, 2007; COSEWIC, 2012). De plus, les ouvrages de régularisation des eaux peuvent aussi altérer le régime d'écoulement en aval, qui détermine le transport de sédiments, les propriétés thermiques, les niveaux d'eau et les concentrations d'oxygène, tous des facteurs qui peuvent influer sur la qualité de l'habitat pour les tortues, particulièrement durant l'hibernation. La régularisation des niveaux d'eau par les barrages peut aussi se solder par la submersion de nids de tortues géographiques durant la période d'incubation ou d'hibernation, ce qui peut entraîner la noyade des œufs ou tuer les nouveau-nés en hibernation (Flaherty, 1982).

Utilisation des ressources biologiques

Capture illégale

Dans le monde entier, de nombreuses espèces de tortues sont touchées par la capture illégale individuelle ou systématique à grande échelle aux fins du commerce des animaux domestiques, d'alimentation ou d'utilisation dans les remèdes traditionnels (Bodie, 2001; Moll et Moll, 2004; référence retirée). Le taux d'exportation de tortues d'eau douce est élevé aux États-Unis (Mali et al., 2014). Par exemple, de 2003 à 2005, 511 520 tortues géographiques (genre Graptemys) ont été exportées légalement à partir des États-Unis, parmi lesquelles 10 365 individus avaient été déclarés capturés à l'état sauvage (capturés légalement dans la nature). De ces derniers, 3 672 individus ont été exportés (Senneke, 2006, dans COSEWIC, 2012). On peut s'attendre à ce que le taux d'exportation illégale soit élevé au Canada, étant donné la demande pour ce commerce lucratif. Les espèces de reptiles en péril sont plus susceptibles que celles non en péril d'être visées par le commerce international des animaux domestiques (Bush et al., 2014); ce constat reflète la demande générale en espèces sauvages rares (Courchamp et al., 2006). Les tortues géographiques possèdent des caractéristiques semblables à celles de nombreuses espèces de tortues visées par le commerce des animaux domestiques et de l'alimentation, notamment : graptémyde pseudogéographique (Graptemys pseudogeographica), graptémyde pseudogéographique du Sud (Graptemys kohnii), tortues peintes (Chrysemys spp.), pseudémydes (Pseudemys spp.) et trachémydes (Trachemys spp.) (Conant et Collins, 1991). La ressemblance avec bon nombre de ces espèces de tortues augmente le risque de braconnage des tortues géographiques (COSEWIC, 2012). On ne sait pas très bien si la récolte de tortues à des fins alimentaires est répandue au Canada, mais on sait que des tortues de diverses espèces, dont des tortues géographiques, sont consommées par des humains (Thorbjarnarson et al., 2000; Moll et Moll, 2004).

La vente illégale de tortues géographiques s'est accrue par l'entremise de sites Web comme Kijiji (Gillingwater, comm. pers., 2011, dans COSEWIC, 2012). Selon des renseignements fournis au ministère des Richesses naturelles et des Forêts de l'Ontario, neuf tortues géographiques capturées à l'état sauvage ont été mises en vente en ligne entre 2010 et 2012 en Ontario (Gillingwater, comm. pers., 2011, dans COSEWIC, 2012). Deux cas de capture de tortues géographiques ont été rapportés récemment en Ontario (Cebek, comm. pers., 2005; deSolla, 2005; deSolla, comm. pers., 2005, dans Seburn, 2007).

La capture illégale de tortues géographiques n'entraîne peut-être pas de mortalité directe, mais elle retire des individus (de toutes les classes d'âge) de la population, ce qui, étant donné la stratégie de reproduction de l'espèce (longévité extrême, faibles taux de recrutement), peut entraîner une importante baisse du recrutement (COSEWIC, 2012). L'élimination annuelle, ne serait-ce que de quelques adultes d'une population de tortues à l'échelle locale, peut avoir une incidence considérable (voir la section 3.4). Il existe peu d'information sur la portée de la capture illégale et organisée des tortues géographiques au Canada.

Changements dans la dynamique écologique ou dans les processus naturels

Prédateurs favorisés par les activités humaines

Dans bon nombre de régions, la faible densité ou l'absence de prédateurs occupant le sommet de la chaîne alimentaire ainsi que l'augmentation de la nourriture disponible associée aux humains (p. ex. nourriture donnée aux animaux, déchets, cultures) ont mené à des effectifs de prédateurs de tortues supérieurs à ceux que les conditions naturelles pouvaient soutenir dans le passé (Mitchell et Klemens, 2000). Parmi les principaux prédateurs de la tortue géographique figurent le vison (Neovison vison), le raton laveur (Procyon lotor), le renard roux (Vulpes vulpes) et le coyote (Canis latrans). On sait également que les nouveau-nés sont les proies de la grenouille verte (Rana clamitans), du ouaouaron (Lithobates catesbeianus), de la tortue serpentine (Chelydra serpentina), des gros poissons, des mouettes, des goélands, et des hérons (Gillingwater, comm. pers., 2011, dans COSEWIC, 2012). Plusieurs populations locales de tortues géographiques subissent des taux de prédation élevés. Par exemple, dans le cadre d'une étude menée pendant deux ans à un site du lac Érié, on a observé que 75 % des œufs avaient été mangés par des mammifères (référence retirée). Une étude réalisée (référence retirée) en Ontario a révélé que 63 à 100 % des nids de tortues subissaient une prédation, principalement par des ratons laveurs, et une autre étude (référence retirée) a établi que la densité de ratons laveurs dans le site d'étude était quatre fois plus élevée que la moyenne dans les régions rurales de l'Ontario (référence retirée). On croit que la mortalité accrue dans les nids au sein de l'habitat perturbé était principalement due à une densité globale élevée de ratons laveurs plutôt qu'au fait que la recherche de nourriture de ceux-ci ciblait les nids de tortues (référence retirée). La forte prédation par les ratons laveurs a été jugée comme une cause probable du faible recrutement et du changement de la structure par taille/âge des populations de tortues (référence retirée). Selon une étude réalisée au Québec, les taux de prédation sur les sites de nidification des tortues géographiques (entre 55 et 95 %) et les taux de prédation par les ratons laveurs étaient élevés, si lesdits sites se trouvaient à proximité de paysages modifiés par l'homme (Bernier et Rouleau, 2010).

Des méthodes visant à gérer les taux de prédation élevés ont été mises au point (p. ex. cages d'exclusion des prédateurs) et utilisées avec un succès variable (Seburn, 2007; Riley et Litzgus, 2013).

Perturbations ou dommages

Perturbations associées aux activités humaines

L'activité humaine peut toucher les tortues géographiques de nombreuses façons. Le simple fait de s'approcher des tortues qui s'exposent au soleil, elles qui sont si discrètes, peut les faire fuir et retourner à l'eau. Le refroidissement corporel qui en découle quand la perturbation se répète peut retarder la croissance des œufs dans les femelles, et nuire à d'autres processus du cycle vital des deux sexes et de toutes les classes d'âge (p. ex. métabolisme alimentaire, émergence printanière) (Bulté et Blouin-Demers, 2010b). De plus, la présence d'humains ou de bateaux peut retarder ou interrompre la nidification, et les femelles peuvent abandonner leur nid, rendant ce dernier plus vulnérable à la prédation (Horne et al., 2003; Moore et Seigel, 2006). La perturbation répétée dans les sites de ponte peut également forcer les femelles à utiliser des sites de moindre qualité (Moore et Seigel, 2006), ce qui peut ralentir l'incubation et réduire le taux d'éclosion (Horne et al., 2003). Les activités récréatives sur les plages de nidification (p. ex. utilisation de véhicules tout-terrain [VTT]) peuvent aussi mener au piétinement de nids ou de tortues (référence retirée). Le déplacement de tortues par des humains (p. ex. personnes qui les capturent et les relâchent ultérieurement dans la nature à des endroits différents de là où elles ont été capturées) d'un plan d'eau à un autre peut exposer les tortues à un stress ou à des menaces accrus (p. ex. réseaux routiers) si elles tentent de retourner dans leur milieu d'origine ou doivent trouver des habitats pour satisfaire leurs besoins vitaux (p. ex. alimentation ou hibernation) (Gillingwater, comm. pers., 2012). Diverses espèces de tortues sont aussi délibérément harcelées et persécutées, certaines personnes leur lançant parfois des roches ou les visant avec des armes à feu (voir par exemple Horne et al., 2003).

Une étude réalisée le long d'une rivière en Ontario a révélé que l'accroissement de la navigation et l'aménagement d'une plage publique ont entraîné une baisse des observations de tortues géographiques dans les baies et chenaux des environs (Tessier et Lapointe, 2009). Selon la même étude, le passage des bateaux perturbe fortement les tortues géographiques qui s'exposent au soleil. On a en effet vu des tortues quitter leur nid.

Espèces exotiques, envahissantes ou introduites

Espèces exotiques et envahissantes

L'introduction de végétaux exotiques envahissants peut modifier la disponibilité et la qualité de l'habitat de la tortue géographique. Dans certaines régions, en particulier autour des lacs Érié, Huron et Sainte-Claire, ainsi que le long de certains cours d'eau importants, le roseau commun (Phragmites australis), espèce non indigène, envahit les milieux humides, les lacs et les rivières en formant une monocultureNote 23 qui modifie les conditions et réduit la qualité de l'habitat (Wilcox et al., 2003; Hudon et al., 2005; Gillingwater, comm. pers., 2012). L'expansion de réseaux routiers facilite également la propagation d'espèces végétales envahissantes dans le sud de l'Ontario (Gelbard et Belnap, 2003).

Les tortues nidifient dans des zones ouvertes non ombragées adéquatement réchauffées par le soleil. Dans le cadre d'une étude réalisée à un site du lac Érié, en Ontario, il a été constaté que le roseau commun, espèce non indigène, avait réduit la superficie de l'habitat convenable de bon nombre d'espèces de tortues parce que sa croissance a modifié le microenvironnement (notamment par une importante baisse de la température dans les nids) des nids de tortues durant la période d'incubation (Bolton et Brooks, 2010). On a également observé une perte d'habitat convenable à la nidification de diverses espèces de tortues sous l'effet de végétaux envahissants, notamment le roseau commun, le houblon du Japon (Humulus japonicas) et la salicaire pourpre (Lythrum salicaria), toutes des espèces non indigènes, à de nombreux endroits dans tout le sud de l'Ontario (Gillingwater, comm. pers., 2012).

L'introduction d'espèces animales non indigènes peut également avoir un effet négatif sur les tortues. La mise en liberté de tortues domestiques exotiques (p. ex. tortue à oreilles rouges [Trachemys scripta]) dans les milieux naturels à la suite d'une période de captivité peut entraîner la transmission de maladies aux populations indigènes et créer une compétition pour les sites d'exposition au soleil et d'alimentation (Cadi et Joly, 2003, 2004). On sait que ces tortues sont très présentes dans certains endroits de l'Ontario, et même qu'elles s'y reproduisent (MRNFO, 2014, données inédites). La carpe commune (Cyprinus carpio) pose également problème dans de nombreux secteurs du sud de l'Ontario, en particulier en raison de son abondance, de ses habitudes d'alimentation actives et de sa grande capacité de supplanter les espèces indigènes. Pour se nourrir, la carpe fouille dans le substrat, ce qui endommage ou tue des plantes, et augmente l'envasement et la turbidité dans l'eau (Laird et Page, 1996), entraînant toute une gamme de répercussions écologiques, notamment la perte de la biodiversité (Kloskowski, 2011). Cela a une incidence sur la qualité et la superficie de l'habitat convenable pour la tortue géographique.

Pollution

Contamination et charge en nutriments

Les milieux aquatiques fréquentés par la tortue géographique peuvent être touchés par la dégradation de la qualité de l'eau causée par le ruissellement des eaux contaminées provenant de zones agricoles (nutriments et pesticides) et industrielles (déchets industriels), de routes (p. ex. sels de voirie) et de zones urbaines (p. ex. métaux lourds) (Mitchell et Klemens, 2000; Bishop et al., 2010). Il se peut que les tortues géographiques soient vulnérables à l'accumulation de contaminants dans leurs tissus corporels. Elles absorbent les contaminants provenant du milieu par l'intermédiaire par la voie de divers processus physiologiques (p. ex. alimentation, respiration, absorption par les tissus ou les membranes comme les coquilles d'œufs). La tortue géographique est plus vulnérable aux contaminants que d'autres espèces de tortues du fait de son régime alimentaire (c.-à.-d. mollusques, écrevisses et insectes) (Lindeman, 2006; Bulté et Blouin-Demers, 2008) et de l'emplacement de ses habitats (bassins versants des Grands Lacs et du Saint-Laurent) (référence retirée). L'ingestion de grandes quantités de moules zébrées provenant du bassin des Grands Lacs par les tortues géographiques (Bulté et Blouin-Demers, 2008) pourrait constituer une importante source d'exposition à des contaminants (Hogan et al., 2007). Puisque les tortues géographiques s'alimentent de mollusques, la dégradation de plans d'eau qui entraîne la réduction de l'abondance des mollusques serait également préjudiciable aux populations de l'espèce (COSEWIC, 2012).

De récentes études indiquent que la dépendance à l'égard de la chaîne trophique benthique influe peu sur l'accumulation de mercure chez les tortues peintes et musquées (référence retirée) sont faibles et que la concentration de mercure dans le sang et les scutelles n'a pas d'incidence sur le degré de parasitisme chez les tortues peintes (Slevan-Tremblay, 2013). Cependant, l'exposition au mercure peut nuire au système immunitaire, car il réduit le nombre de lymphocytes. Il se pourrait que les tortues géographiques soient soumises à des répercussions similaires. Deux études réalisées dans le bassin des Grands Lacs ont permis de détecter la présence de plusieurs contaminants d'origine industrielle dans les œufs de tortues serpentines. On a également remarqué une hausse du développement anormal des embryons à la suite de l'exposition à des hydrocarbures aromatiques polychlorés (Bishop et al., 1998; Van Meter et al., 2006). Bien que ces études se concentrent sur d'autres espèces, des répercussions similaires sur la tortue géographique sont possibles puisque ses habitats et comportements sont semblables.

Les apports en sédiments et en matière organique issus de l'érosion et du ruissellement peuvent aussi altérer la qualité de l'eau et la structure des habitats, et menacer les populations locales de tortues géographiques. L'envasement de bassins profonds a aussi été associé au déclin de plusieurs espèces de tortues (Bodie, 2001), et pourrait dégrader l'habitat d'hibernation de la tortue géographique et exposer les individus au gel. L'augmentation des charges de nutriments liée à l'activité humaine peut favoriser la prolifération des cyanobactéries (algues bleues) dans les eaux fréquentées par les tortues (Carpenter et al., 1998), ce qui peut constituer une menace pour les tortues qui ingèrent les toxines produites par ces algues. De plus, une augmentation de la charge en nutriments peut mener à une consommation accrue d'oxygène par les bactéries, ce qui peut entraîner des périodes de faibles concentrations d'oxygène dissous (hypoxie) ou même d'absence totale d'oxygène (anoxie) durant l'hiver. La tortue géographique est connue pour son intolérance à l'hypoxie pendant l'hibernation (Ultsch, 2006); ainsi, si elles hibernent dans des zones où les teneurs en oxygène sont faibles, elles risquent de mourir d'hypoxie ou d'anoxie pendant l'hibernation.

Climat et catastrophes naturelles

Changements climatiques

Le climat est le principal facteur limitatif de la répartition des tortues dans les régions nordiques. Compte tenu de l'effet du climat sur le taux de recrutement, il semble probable que les changements climatiques planétaires auront des répercussions sur les populations de tortues. En Ontario, une augmentation de la température annuelle moyenne de 2,5 à 3,7 °C est prévue d'ici 2050 (comparativement à la période de 1961 à 1990); on prévoit aussi dans les changements des régimes saisonniers de précipitations (Expert Panel on Climate Change Adaptation, 2009).

Chez la tortue géographique, le sexe est déterminé par la température ambiante : une température élevée entraîne la naissance d'un plus grand nombre de femelles, tandis qu'une température basse produit proportionnellement plus de mâles (Ernst et Lovich, 2009). On a avancé que les changements climatiques et la hausse attendue des températures moyennes pourraient avoir des répercussions sur le rapport des sexes dans les populations de tortues (en faveur des femelles) (Janzen, 1994; COSEWIC 2012) et sur le développement des embryons et des nouveau-nés (Willette et al., 2005), ce qui pourrait constituer une menace pour l'espèce à l'avenir (COSEWIC, 2012). Selon une étude de modélisation climatique réalisée dans la région des Grands Lacs, 50 à 75 % des emplacements connus de tortues géographiques au Canada et aux États-Unis devraient demeurer convenables pour l'espèce sur le plan du climat. La tortue géographique a été jugée moyennement sensible aux changements climatiques par rapport à d'autres espèces de reptiles visées par l'étude (King et Niiro, 2013). Même si les changements climatiques semblent constituer une menace pour la tortue géographique au Canada, le degré de préoccupation demeure difficile à prévoir. Il serait utile de réaliser d'autres études sur les répercussions des changements climatiques sur la tortue géographique et d'autres espèces de tortues en péril.

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5. Objectif de gestion

L'objectif de gestion de la tortue géographique est le suivant :

  • stabiliser les niveaux de la population et, ainsi, maintenir la répartition et l'abondance de la population canadienne de l'espèce par l'intermédiaire de la réduction et de l'atténuation des menaces ainsi que de la gestion de l'habitat.

On ne connaît pas entièrement la répartition et l'abondance de la tortue géographique à l'heure actuelle. Selon les estimations préliminaires de la population à certains emplacements, l'abondance totale de la tortue géographique au Canada pourrait comprendre plus de 10 000 adultes (COSEWIC, 2012). Il existe peu de données à long terme sur les tendances démographiques de l'espèce, mais le COSEPAC (COSEWIC, 2012) indique que la population globale est probablement en déclin en raison de la mortalité accrue chez les adultes liée aux nombreuses menaces auxquelles doit faire face l'espèce. Le présent plan de gestion a pour objectif de stopper le déclin de la population et de maintenir la population globale de l'espèce au Canada (répartition et abondance) en s'attaquant aux menaces qui pèsent sur l'espèce. Cette espèce longévive a des besoins écologiques précis, des besoins complexes en ce qui a trait à son cycle vital, et une capacité limitée de compenser la perte d'individus par la reproduction ou le recrutement depuis les populations adjacentes. Par conséquent, pour atteindre cet objectif, il faudra appliquer sur plusieurs fronts et sur de vastes régions des méthodes et des stratégies dynamiques. On mettra particulièrement l'accent sur la conservation des populations locales et de l'habitat convenable, ce qui permettra à l'espèce de devenir autosuffisante. Il sera également nécessaire de recueillir des données de base par l'intermédiaire d'activités de suivi de la population et de l'habitat, afin de définir les tendances de la population et l'utilisation de l'habitat, et d'aider à orienter davantage les mesures de gestion. Les stratégies de réduction et d'atténuation des menaces sont nécessaires pour assurer le maintien de la population de la tortue géographique au Canada. Si l'on ne s'attaque pas aux menaces qui pèsent sur l'espèce, les populations locales seront probablement incapables de maintenir leurs effectifs actuels. Il est nécessaire de mettre en place des activités de communication et de sensibilisation ainsi que des activités de recherche visant à combler les lacunes dans les connaissances, pour éviter que le déclin de la population se poursuive, comprendre la biologie et l'écologie de l'espèce, pour mieux documenter les menaces au Canada.

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6. Stratégies générales et mesures de conservation

6.1. Mesures déjà achevées ou en cours

À l'échelle nationale, la Société d'herpétologie du Canada (SHC) est la principale organisation sans but lucratif qui se consacre à la conservation des amphibiens et des reptiles, dont les tortues, par l'intermédiaire des activités suivantes : études scientifiques, programmes d'information du public et projets communautaires, compilation et analyse de données historiques et projets de conservation ou de remise en état de l'habitat.

Environnement Canada finance des projets liés à la conservation des tortues géographiques au Québec et de l'Ontario dans le cadre du Programme d'intendance de l'habitat (PIH) et du Fonds autochtone pour les espèces en péril (FAEP) depuis 2001, et grâce au Fonds interministériel pour le rétablissement (FIR) depuis 2004. Les projets ont consisté notamment en des activités telles que la réalisation des relevés ciblés de la tortue géographique, la désignation de l'habitat important pour les populations locales, l'étude de la gravité des menaces ou l'atténuation des menaces telles que la mortalité sur les routes, la sollicitation d'observations auprès de la population et l'incitation du public à signaler la découverte de tortues géographiques, la sensibilisation des propriétaires fonciers et de la population à l'identification de l'espèce, aux menaces et aux possibilités en matière d'intendance.

Ontario

L'équipe de rétablissement multi-espèces des tortues en péril de l'Ontario (Ontario Multi-Species Turtles at Risk Recovery Team) a été créée au début des années 2000 par un groupe de personnes intéressées par le rétablissement des tortues. Ce groupe a coordonné et entrepris diverses activités de rétablissement, et a participé à la préparation et à la révision de l'ébauche d'un programme de rétablissement de cinq espèces de tortues d'eau douce de l'Ontario, notamment la tortue géographique.

Le ministère des Richesses naturelles et des Forêts de l'OntarioNote 24 (MRNF) a financé de nombreux projets de conservation et d'intendance concernant les tortues en Ontario grâce au Fonds d'intendance pour les espèces en péril et à d'autres programmes de financement provinciaux. En 2010, il a publié le Forest Management Guide for Conserving Biodiversity at the Stand and Site Scales (Ontario Ministry of Natural Resources, 2010). Ce guide fait partie d'une série de guides sur la gestion des forêts utilisés par les gestionnaires des forêts dans le cadre de la planification et de la mise en œuvre d'opérations de gestion des forêts. Il contient des normes, des lignes directrices et des pratiques exemplaires de gestion (PEG) relatives aux espèces de tortues présentes dans la zone d'étude, notamment la tortue géographique.

Depuis 2009, Ontario Nature coordonne l'élaboration d'une nouvelle édition de l'atlas des reptiles et des amphibiens de l'Ontario. En sollicitant des mentions d'occurrence auprès de la population, des chercheurs et des organisations gouvernementales et non gouvernementales, le projet d'atlas contribue à l'amélioration des connaissances de la répartition et de la situation des reptiles et des amphibiens, notamment la tortue géographique, en Ontario (Crowley, comm. pers.; Ontario Nature, 2012). Ontario Nature travaille avec le Centre d'information sur le patrimoine naturel (CIPN), le ministère des Richesses naturelles et des Forêts et d'autres organisations à la promotion de la nouvelle édition de l'atlas des reptiles et des amphibiens de l'Ontario.

Il existe bon nombre d'organisations et d'organismes qui offrent des programmes de sensibilisation et d'information sur les espèces de tortues en péril aux groupes scolaires, aux Premières nations et au grand public (p. ex. le Reptiles at Risk on the Road Project, le Georgian Bay Reptile Awareness Program, Ontario Nature, le ministère des Richesses naturelles et des Forêts, Parcs Ontario, le Kawartha Turtle Trauma Centre, le zoo de Toronto, l'Office de protection de la nature de la rivière Thames supérieure). De plus, les parcs nationaux et les canaux historiques permettent aux visiteurs de découvrir la tortue géographique et d'autres tortues en péril dans l'ensemble de l'Ontario. Le programme Adopt-A-Pond du zoo de Toronto est l'un des nombreux projets dans le cadre desquels ont été élaborés des programmes scolaires sur la conservation des tortues, alors que le programme Turtle Island Conservation du zoo de Toronto promeut la conservation des tortues et la sensibilisation à l’égard de ces dernières au sein des groupes des Premières nation et non autochtones. L'organisation caritative Turtle SHELL (Safety, Habitat, Education and Long Life) a préparé des brochures et installé des panneaux de traverses de tortues. Le Kawartha Turtle Trauma Centre réhabilite les tortues blessées puis les relâche. Des activités de protection des nids des espèces de tortues en péril sont également menées.

Les populations de tortues géographiques bénéficient directement de bon nombre des projets réalisés conformément à une exigence de la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition de l'Ontario. Ainsi, des clôtures et des écopassages sont dorénavant intégrés à la conception de la plupart des nouvelles routes traversant un habitat d'espèce de tortue en péril (Ontario Road Ecology Group, 2010; Ontario Ministry of Natural Resources, 2013). On effectue actuellement des recherches actives sur les tortues en péril au Canada, et la plupart de ces dernières sont nommées dans le présent programme de rétablissement et inscrites à la section 8.

Québec

L'Équipe de rétablissement des tortues du Québec a été établie en 2005. L'un de ses mandats consistait à élaborer et à mettre en œuvre un plan de rétablissement pour cinq espèces de tortues : la tortue des bois (Glyptemys insculpta), la tortue géographique (Graptemys geographica), la tortue mouchetée (Emydoidea blandingii), la tortue musquée (Sternotherus odoratus) et la tortue ponctuée (Clemmys guttata) (de rétablissement de cinq espèces de tortues au Québec, 2005). Cette équipe a fusionné en 2012 avec l'Équipe de rétablissement de la tortue molle à épines; la nouvelle équipe visait donc une sixième espèce. Pour assurer la mise en œuvre des mesures de rétablissement, on a créé quatre groupes, chacun travaillant sur une espèce de tortue ou sur un groupe d'espèces précis. L'un de ces groupes est chargé de la mise en œuvre du plan de rétablissement de la tortue géographique. Il est composé de partenaires membres de nombreuses organisations et d'experts-conseils indépendants, notamment le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFPP), Environnement Canada, Éco-Nature, le Biodôme de Montréal, Conservation de la nature Canada, la Ville de Montréal, Hydro-Québec, Nature-Action Québec, le Zoo Ecomuseum/la Société d'histoire naturelle de la vallée du Saint-Laurent (SHNVSL), l'Université de Montréal et l'Université d'Ottawa, qui s'y sont joints au fil des ans.

Il existe une base de données sur les amphibiens et les reptiles (Atlas des amphibiens et des reptiles du Québec), gérée par la SHNVSL. Cet atlas constituait la base de données source du Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec (CDPNQ) jusqu'en 2014. Dans le cas des données sur les espèces sauvages menacées ou vulnérables, notamment la tortue géographique, c'est le MFFP qui exploite le CDPNQ. En 2011, le CDPNQ a cartographié les occurrences d'élément de la tortue géographique au Québec.

Diverses organisations (p. ex. MFFP, SHNVSL, Université de Montréal, Éco-Nature, Ville de Montréal) ont mené des inventaires et des recherches sur l'écologie, la génétique, l'utilisation de l'habitat, les déplacements, l'incidence des perturbations et la mortalité des tortues sur les routes dans l'ensemble de la province. Un protocole de suivi des populations a été élaboré et vérifié (Bernier et Mazerolle, 2009).

Plusieurs programmes d'information et de sensibilisation portant notamment sur la tortue géographique ont été dirigés par des institutions zoologiques (p. ex. Biodôme de Montréal, SHNVSL, Zoo de Granby), des organisations vouées à la conservation (p. ex. Nature-Action Québec, Conservation de la nature Canada, Éco-Nature) et des parcs. Bon nombre d'organisations et d'associations locales vouées à la conservation participent à la protection de la tortue géographique, et une vignette Web a été élaborée (site Web du MFFP (http://www.mddefp.gouv.qc.ca/faune/especes/menacees/fiche.asp?noEsp=72) et de l'Atlas des amphibiens et des reptiles du Québec [AARQ]). Par ailleurs, il y a eu distribution de diverses brochures d'information et affiches (Conservation de la nature Canada, Éco-Nature, SHNVSL).

Plusieurs projets auxquels participent de nombreux partenaires ont été lancés dans le but de protéger les nids, de créer et d'améliorer des sites de ponte, d'aménager des sites où les tortues peuvent s'exposer au soleil, de promouvoir l'installation de panneaux de signalisation routière et de bouées de navigation dans les zones de forte densité de tortues, ou à proximité, pour réduire la mortalité routière et la mortalité due à la navigation de plaisance, respectivement, et d'accroître la sensibilisation à la question des espèces indigènes et de la prévention du commerce illégal de tortues (Tessier et al., 2007; Éco-Nature/parc de la Rivière-des-Mille-Îles, MFFP, SHNVSL, Ville de Montréal, Hydro-Québec). Il existe aussi des programmes d'acquisition, des ententes et des programmes d'intendance pour la protection des milieux utilisés par les tortues dans diverses régions du Québec (p. ex. Conservation de la nature Canada, Nature-Action Québec, Éco-Nature, Canards Illimités, MFFP).

6.2. Stratégies générales

Les stratégies générales du présent plan de gestion sont les suivantes :

  1. utiliser des outils juridiques et administratifs afin de protéger les individus et l'habitat de la population de tortues géographiques;
  2. réduire la mortalité individuelle (adultes et nouveau-nés), les blessures et la capture illégale dans l'ensemble de l'aire de répartition de la tortue géographique au Canada;
  3. protéger, gérer et restaurer l'habitat dans l'ensemble de l'aire de répartition de la tortue géographique au Canada;
  4. mener des activités de communication et de sensibilisation afin de promouvoir des mesures de gestion efficaces et concertées dans l'ensemble de l'aire de répartition de la tortue géographique au Canada;
  5. recenser et effectuer le suivi des populations locales de tortues géographiques, leur habitat et les menaces auxquelles elles font face afin de fournir des données de base, et de suivre les tendances démographiques et l'utilisation de l'habitat;
  6. effectuer des recherches sur la démographie, la caractérisation et l'utilisation de l'habitat, et les menaces (et leur atténuation) afin de combler les lacunes dans les connaissances.

6.3. Mesures de conservation

Afin d'atteindre l'objectif de gestion, six stratégies générales pour le rétablissement ont été établies. Des mesures de conservation sont recommandées pour chacune d'elles (tableau 2). Les menaces ou les facteurs limitatifs figurant dans la troisième colonne sont numérotés comme suit à des fins de concision :

  1. Aménagement des rives
  2. Navigation de plaisance
  3. Prises accessoires par les pêcheurs
  4. Réseaux routiers
  5. Ouvrages de régularisation des eaux
  6. Capture illégale
  7. Prédateurs favorisés par les activités humaines
  8. Perturbations associées aux activités humaines
  9. Espèces exotiques et envahissantes
  10. Contamination et charge en nutriments
  11. Changements climatiques
  12. Données de base insuffisantes
  13. Lacunes dans les connaissances
Tableau 2 : Mesures de conservation et calendrier de mise en œuvre
#Mesure de conservation  PrioritéNote eMenace ou facteur limitatif
traité
Échéancier
1.Utiliser des outils juridiques et administratifs afin de protéger les individus et l'habitat de la population de tortues géographiques.---
1.1.Poursuivre la promotion du respect des lois provinciales et fédérales applicables à la tortue géographique et à son habitat.Élevée1 à 6, 8 à 10En cours
1.2.Promouvoir l'intégration de PEG approuvées dans les politiques et les pratiques des organismes responsables, des instances et de l'industrie.Moyenne1 à 10En cours
1.3.Continuer d'encourager les activités d'intendance, notamment l'appui financier, par l'intermédiaire de programmes de financement.Moyenne1 à 11En cours
2.Réduire la mortalité individuelle, les blessures et la capture illégale dans l'ensemble de l'aire de répartition de la tortue géographique au Canada.---
2.1.

Continuer à élaborer des techniques d'atténuation (p. ex. PEG et solutions autres que les projets d'aménagement traditionnels) et à encourager leur mise en œuvre afin de réduire la mortalité individuelle, la capture illégale et les blessures. Exemples de mesures d'atténuation prioritaires

  • mise en œuvre et évaluation de techniques visant à réduire les blessures et les cas de mortalité dus à la navigation de plaisance dans les zones ou le trafic est modéré à élevé (p. ex. zone de chalets) et à réduire les prises accessoires de tortues par les pêcheurs des pêches commerciale et récréative;
  • mise en œuvre et évaluation de techniques d'atténuation afin de réduire les taux de mortalité routière (p. ex. écopassages);
  • mise en œuvre et évaluation de techniques visant à contrôler les populations de prédateurs ou à limiter l'accès à l'habitat de nidification par l'intermédiaire de mesures directes et indirectes (p. ex. retrait des déchets, gestion des prédateurs, installation de clôtures);
  • mise en œuvre et évaluation d'activités d'intendance visant à réduire la perturbation de l'habitat de nidification occupé et des individus (p. ex. installation de panneaux, surveillance de l'utilisation de VTT sur les plages).
Élevée1 à 102015-2025
2.2Promouvoir la mise en œuvre de PEG, d'autres possibilités d'aménagement et de techniques d'atténuation approuvées auprès du grand public, des Premières nations, des propriétaires fonciers, des gestionnaires des terres et de l'industrie. Cette mesure cible les menaces prioritaires par l'intermédiaire de de l'intendance, du financement et d'autres techniques.Élevée1 à 102015-2025
3Protéger, gérer et restaurer l'habitat dans l'ensemble de l'aire de répartition de la tortue géographique au Canada.---
3.1Préserver des secteurs de taille suffisante pour répondre aux besoins en matière d'habitat des populations locales et améliorer la connectivité par l'intermédiaire de l'intendance, de l'acquisition de terres, de la gestion et d'autres outils.Élevée1 à 10En cours
3.2Réduire le plus possible ou empêcher la perte, la dégradation et la fragmentation de l'habitat (p. ex. perte attribuable à la construction d'ouvrages de régularisation des eaux et à l'aménagement des rives) en encourageant les activités d'intendance et en faisant la promotion des PEG en matière de conservation de l'habitat, et des solutions autres que les projets d'aménagement traditionnels.Élevée1, 2, 4, 5En cours
3.3Contrôler la propagation d'espèces exotiques et envahissantes, et contrôler ou éliminer ces espèces lorsqu'elles nuisent aux populations locales de tortues géographiques.Moyenne10En cours
3.4Évaluer les besoins en remise en état de l'habitat dans les lieux où la perte, la dégradation et la fragmentation de l'habitat menacent les populations de tortues géographiques.Moyenne1, 4, 5, 9, 102015-2025
3.5Élaborer, mettre en œuvre et évaluer des techniques de restauration de l'habitat, là où c'est nécessaire, pour soutenir les populations locales.Moyenne1, 4, 5, 9, 10En cours
3.6Restaurer ou créer un habitat de nidification convenable et en faire le suivi de l'utilisation par les tortues géographiques, le cas échéant.Faible1, 4, 5, 10En cours
4Mener des activités de communication et de sensibilisation afin de promouvoir des mesures de gestion efficaces et concertées dans l'ensemble de l'aire de répartition de la tortue géographique au Canada.---
4.1Élaborer et mettre en oeuvre une stratégie de communication et de sensibilisation, ou poursuivre la mise en œuvre d'outils de communication et de sensibilisation existants afin de faciliter l'élimination des menaces.Moyenne1 à 10En cours
4.2Encourager le transfert et l'archivage d'information et d'outils, y compris les connaissances écologiques traditionnelles.Moyenne1 à 12En cours
4.3Améliorer et préserver la collaboration parmi les intervenants et les Premières nations (p. ex. faire participer les partenaires et promouvoir le travail en collaboration avec plusieurs instances).Élevée1 à 12En cours
4.4Promouvoir et faire participer les partenaires (p. ex. universités, organisations gouvernementales, Premières nations ou organisations non gouvernementales) dans le cadre d'initiatives de recherche nécessaires pour combler les lacunes dans les connaissances.Moyenne12En cours
5Recenser et effectuer le suivi des populations locales de tortues géographiques, leur habitat et les menaces auxquelles elles font face afin de fournir des données de base et des tendances.---
5.1Repérer de façon opportuniste les sites de nidification et d'hibernation des populations locales pour lesquels les renseignements sont inexistants ou incomplets.Moyenne12En cours
5.2Encourager la présentation de mentions d'observation de tortues géographiques aux atlas herpétologiques provinciaux ainsi qu'aux centres de données sur la conservation provinciaux.Moyenne13En cours
5.3Établir des protocoles normalisés aux fins des activités de relevés, de suivi et de création de bases de données (p. ex. collecte de données, manipulation, marquage) et en promouvoir l'utilisation pertinente.Moyenne12En cours
5.4Effectuer le suivi des populations locales, des tendances en matière d'habitat et des menaces qui pèsent sur l'espèce.Moyenne12En cours
5.5Établir la priorité des sites présentant un habitat convenable, ou des populations historiques ou potentielles, et réaliser des relevés ciblés afin de documenter la présence de tortues géographiques, l'utilisation de l'habitat, l'abondance et les menaces qui pèsent sur l'espèce.Moyenne122020
6Effectuer des recherches sur la population, l'habitat et les menaces afin de combler les lacunes dans les connaissances.---
6.1Caractériser et définir davantage l'habitat utilisé par la tortue géographique à différents stades vitaux (p. ex. hibernation, thermorégulation, alimentation), en particulier par les nouveau-nés et les jeunes.Moyenne122015-2025
6.2Améliorer les connaissances sur les menaces qui pèsent sur la tortue géographique et son habitat pour comprendre toute la portée des répercussions et en documenter la gravité, la fréquence, l'étendue et la certitude causale.Moyenne12En cours
6.3Effectuer des recherches sur les mesures de réduction et d'atténuation des menaces afin de documenter leur efficacité et leurs effets sur les populations locales.Moyenne12En cours
6.4Réaliser des études démographiques dans des sites sélectionnés de l'ensemble de l'aire de répartition de la tortue géographique afin d'accroître les connaissances sur la taille des populations, la composition par âge et les rapports des sexes.Moyenne122015-2025
6.5Documenter les besoins en matière de recrutement des emplacements dans lesquels la tortue géographique est en déclin et définir des solutions adaptées aux causes du déclin et aux conditions des sites.Moyenne1, 4, 5,
7 à 10
2015-2025

Notes du Tableau 2

Note e du Tableau 2

« Priorité » reflète l'ampleur dans laquelle la mesure contribue directement à la conservation de l'espèce ou est un précurseur essentiel à une mesure qui contribue à la conservation de l'espèce. Les mesures à priorité élevée sont considérées comme étant celles les plus susceptibles d'avoir une influence immédiate et/ou directe sur l'atteinte de l'objectif de gestion de l'espèce. Les mesures à priorité moyenne peuvent avoir une influence moins immédiate ou moins directe sur l'atteinte de l'objectif de gestion, mais demeurent importantes pour la gestion de la population. Les mesures de conservation à faible priorité auront probablement une influence indirecte ou progressive sur l'atteinte de l'objectif de gestion, mais sont considérées comme des contributions importantes à la base de connaissances et/ou à la participation du public et à l'acceptation de l'espèce par le public.

Retour à la référence de la note e du Tableau 2

6.4. Commentaires à l'appui des mesures de conservation et du calendrier de mise en oeuvre

Compte tenu de la stratégie de reproduction de la tortue géographique (voir les sections 3.3 et 3.4), le maintien d'un taux de survie le plus élevé possible chez les adultes, particulièrement chez les femelles, demeure le principal besoin de l'espèce en matière de rétablissement. Malheureusement, certaines caractéristiques biologiques de l'espèce (c.-à-d. habitudes aquatiques, nidification sur les plages) la rendent particulièrement sensible à bon nombre d'activités humaines (p. ex. navigation de plaisance, sports nautiques et activités récréatives pratiquées sur les plages). La définition d'une approche intégrée proactive, en collaboration avec les propriétaires fonciers, les Premières nations et les utilisateurs des terres, en vue de limiter les menaces pesant sur les tortues géographiques adultes est donc requise et semble constituer une priorité élevée.

De telles approches devraient être principalement axées sur les échelles spatiales et temporelles auxquelles survient la plus grande mortalité des adultes. La conservation de l'habitat ainsi que la réduction et l'atténuation des menaces constituent des éléments importants de la gestion des populations locales de tortues géographiques, car ces mesures réduiront la mortalité des adultes et assureront un habitat convenable aux populations locales et, ainsi, leur autosuffisance. Les relevés et le suivi des populations sont également nécessaires à la collecte de données sur l'espèce afin de préciser les efforts de conservation. Ces mesures doivent être mises en œuvre dans le cadre d'une approche intégrée à laquelle participent divers intervenants (p. ex. propriétaires et utilisateurs des terres, planificateurs de l'utilisation des terres, organisations non gouvernementales, collectivités autochtones et gouvernements). Pour renseigner ces intervenants et pour commencer à atténuer des menaces précises (p. ex. mortalité attribuable à la navigation et à la capture accessoire par les pêcheurs), il est indispensable d'adopter des approches spécifiques en matière de communication et de sensibilisation. Il faut également combler les lacunes dans les connaissances pour favoriser l'atteinte de l'objectif de gestion.

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7. Mesure des progrès

Les indicateurs de rendement présentés ci-dessous permettent de définir et d'évaluer les progrès accomplis vers l'atteinte des objectifs de gestion. Tous les cinq ans, l'efficacité de la mise en œuvre du plan de gestion sera mesurée en fonction des indicateurs de rendement suivants :

  • maintien de la répartition et de l'abondance globales de la tortue géographique au Canada;
  • réduction ou atténuation des menaces pouvant entraîner le déclin de la population ou la contraction de l'habitat convenable disponible dans l'ensemble de l'aire de répartition canadienne.

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8. Références

En raison de la vulnérabilité des espèces de tortue à la capture illégale, les références précises fournissant de l'information sensible pour certaines espèces ont été retirées de la présente version du plan de gestion. À des fins de protection de l’espèce et de son habitat, la liste exhaustive des références peut être demandée, auprès de la section Planification du rétablissement d'Environnement Canada.

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Annexe A : Cotes de conservation infranationales attribuées à la tortue géographique (Graptemys geographica) au Canada et aux États-Unis

Tortue géographique (Graptemys geographica)
Cote mondiale (G)Cote nationale (N) (Canada)Cote infranationale (S) (Canada)Cote nationale (N) (États-Unis)Cote infranationale (S)
(États-Unis)
G5N3Québec (S2)
Ontario (S3)
N5Alabama (S3), Arkansas (S4), Géorgie (S1), Illinois (S4), Indiana (S4), Iowa (S4), Kansas (S2), Maryland (S1), Michigan (S5), Minnesota (S5), Mississippi (SNR), Missouri (S5), New Jersey (SNA), New York (S3), Caroline du Nord (S1), Ohio (SNR), Oklahoma (S1), Pennsylvanie (S4), Tennessee (S5), Vermont (S3), Virginie (S3), Virginie-Occidentale (S2), Wisconsin (S4S5).

Définitions des cotes (NatureServe, 2013)

G5 – Non en péril :
espèce très peu susceptible de disparaître du territoire en raison de la très vaste étendue de son aire de répartition ou de l'abondance de populations ou d'occurrences et ne suscitant aucune préoccupation associée à des déclins ou des menaces ou n'en suscitant que très peu.
S1 – Gravement en péril :
espèce dont le risque de disparition est très élevé dans le territoire visé en raison d'une aire de répartition très limitée, d'un nombre très restreint de populations ou d'occurrences, de baisses d'effectif très marquées, de menaces graves ou d'autres facteurs.
S2 – En péril :
espèce extrêmement susceptible de disparaître du territoire en raison d'une aire de répartition très limitée, d'un nombre très restreint de populations ou d'occurrences, de déclins très marqués, de menaces graves ou d'autres facteurs.
S2/S3 – Vulnérable/en péril :
espèce dont le risque de disparition est modéré à élevé dans le territoire visé en raison d'une aire de répartition relativement limitée à limitée, d'un nombre relativement faible à faible de populations ou d'occurrences, de baisses d'effectif récentes et étendues à marquées, de menaces modérées à graves ou d'autres facteurs.
N3/S3 – Vulnérable :
espèce modérément susceptible de disparaître du territoire en raison d'une aire de répartition plutôt limitée, d'un nombre relativement faible de populations ou d'occurrences, de déclins récents et généralisés, de menaces ou d'autres facteurs.
S4 – Apparemment non en péril :
espèce assez peu susceptible de disparaître du territoire en raison de la grande étendue de son aire de répartition ou du grand nombre de populations ou d'occurrences, mais pour laquelle il existe des sources de préoccupations en raison de déclins localisés récents, de menaces ou d'autres facteurs.
S4/S5 – Non en péril/apparemment non en péril :
espèce très peu à assez peu susceptible de disparaître du territoire visé en raison d'une aire de répartition étendue à très étendue ou d'un nombre élevé de populations ou d'occurrences, et suscitant des préoccupations faibles à modérées en raison de baisses d'effectif récentes à l'échelle locale, de menaces ou d'autres facteurs.
N5/S5 – Non en péril :
espèce très peu susceptible de disparaître du territoire en raison de la très vaste étendue de son aire de répartition ou de l'abondance de populations ou d'occurrences et ne suscitant aucune préoccupation associée à des déclins ou des menaces ou n'en suscitant que très peu.
SNA – Non applicable :
aucune cote de conservation ne s'applique, car l'espèce ou l'écosystème n'est pas une cible appropriée en matière de conservation.
SNR – Non classée :
espèce dont le statut de conservation infranational n'a pas encore été évalué.

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Annexe B : Effets sur l'environnement et sur les espèces non ciblées

Une évaluation environnementale stratégique (EES) est effectuée pour tous les documents de planification du rétablissement en vertu de la LEP, conformément à la Directive du Cabinet sur l'évaluation environnementale des projets de politiques, de plans et de programmes. L'objet de l'EES est d'incorporer les considérations environnementales à l'élaboration des projets de politiques, de plans et de programmes publics pour appuyer une prise de décisions éclairée du point de vue de l'environnement et d'évaluer si les résultats d'un document de planification du rétablissement peuvent affecter un élément de l'environnement ou tout objectif ou cible de la Stratégie fédérale de développement durable (SFDD).

La planification de la conservation vise à favoriser les espèces en péril et la biodiversité en général. Il est cependant reconnu que la mise en œuvre de plans de gestion peut, par inadvertance, produire des effets environnementaux qui dépassent les avantages prévus. Le processus de planification fondé sur des lignes directrices nationales tient directement compte de tous les effets environnementaux, notamment des incidences possibles sur des espèces ou des habitats non ciblés. Les résultats de l'EES sont directement inclus dans le plan de gestion lui-même, mais également résumés dans le présent énoncé, ci-dessous.

La plupart des activités réalisées pour protéger la tortue géographique et son habitat auront également des effets positifs sur d'autres espèces qui utilisent un habitat similaire. La conservation de lacs et de cours d'eau ainsi que des milieux riverains adjacents contribuera au maintien de la riche biodiversité assurée par ces milieux. En outre, la réduction et l'atténuation des menaces pesant sur la tortue géographique peuvent aider à réduire la mortalité chez d'autres espèces animales (p. ex. utilisation d'écopassages afin de réduire la mortalité sur les routes, gestion des populations de prédateurs, amélioration des techniques de pêche pour réduire les prises accessoires, activités d'élimination de la pollution des milieux aquatiques). Certaines de ces mesures sont probablement prévues dans d'autres documents de rétablissement, particulièrement ceux visant des espèces aquatiques et fluviales. Le tableau B-1 présente des exemples d'espèces qui peuvent tirer profit de la gestion de la population de la tortue géographique au Canada; d'autres espèces non répertoriées pourraient également en profiter.

Tableau B 1. Exemples d'espèces en péril pouvant profiter des mesures de conservation et de gestion de l'habitat occupé par la tortue géographique.
Nom communNom scientifiqueStatut selon la LEP
Couleuvre fauve de l'EstPantherophis gloydiEn voie de disparition
Crapaud de FowlerAnaxyrus fowleriEn voie de disparition
Râle élégantRallus elegansEn voie de disparition
Couleuvre d'eau du lac ÉriéNerodia sipedon insularumEn voie de disparition
Petit blongiosIxobrychus exilisMenacé
Méné camusNotropis anogenusMenacé
Tortue molle à épinesApalone spiniferaMenacée
Tortue musquéeSternotherus odoratusMenacée
Dard de sableAmmocrypta pellucidaMenacé
Anguille d'AmériqueAnguilla rostrataMenacée
Tortue serpentineChelydra serpentinaPréoccupante
Méné d'herbeNotropis bifrenatusPréoccupant
Brochet vermiculéEsox americanus vermiculatusPréoccupant

En raison des cycles vitaux et des besoins en matière d'habitat de chaque espèce, de même que d'autres besoins spécifiques, les mesures de gestion devraient tenir compte des possibilités de synergie en matière de rétablissement. Dans la mesure du possible, les processus naturels des écosystèmes doivent être maintenus et pouvoir évoluer sans interférence humaine, car ils représentent les processus auxquels les espèces sont adaptées.

La possibilité que le présent plan de gestion entraîne des effets négatifs imprévus sur l'environnement et d'autres espèces a été examinée. La majorité des mesures recommandées sont de nature non intrusive, y compris les relevés et les activités de sensibilisation. Le présent plan de gestion ne devrait donc pas entraîner d'effets négatifs importants.

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Notes de bas de page

Note 1 de bas de page

Le 26 juin 2014, le ministère des Richesses naturelles de lʼOntario est devenu le ministère des Richesses naturelles et des Forêts de lʼOntario.

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Note 2 de bas de page

La dossière est la partie supérieure de la carapace de la tortue. Elle est formée dʼos dermiques attachés aux côtes et aux vertèbres (Harding, 1997).

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Note 3 de bas de page

Les prédateurs favorisés par les activitiés humaines : les prédateurs dont les populations augmentent devant la faible densité ou l'absence de prédateurs occupant le sommet de la chaîne alimentaire ainsi que l'augmentation de la nourriture disponible associée aux humains (p. ex. nourriture donnée aux animaux, déchets, cultures).

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Note 4 de bas de page

Espèce préoccupante (LEP) : espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou une espèce en voie de disparition par lʼeffet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces signalées à son égard.

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Note 5 de bas de page

Espèce préoccupante (LVED) : espèce qui vit à lʼétat sauvage en Ontario et nʼest pas en voie de disparition ou menacée, mais qui peut le devenir par lʼeffet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces signalées à son égard.

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Note 6 de bas de page

Vulnérable (LEMV) : espèce dont la survie est précaire même si sa disparition nʼest pas prévue.

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Note 7 de bas de page

Espèces ou taxons inférieurs répandus et abondants.

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Note 8 de bas de page

Sexuellement dimorphe : se dit d'une espèce dont le mâle et la femelle sont morphologiquement différents (Carr, 1952).

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Note 9 de bas de page

Dossière : partie supérieure de la carapace de la tortue. Elle est formée dʼos dermiques qui sont soudés aux côtes et aux vertèbres (Harding, 1997).

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Note 10 de bas de page

Situées derrière lʼorbite.

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Note 11 de bas de page

En raison de la vulnérabilité des espèces de tortue à la capture illégale, les références précises fournissant de l'information sensible pour certaines espèces ont été retirées de la présente version du plan de gestion. Voir section : Références.

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Note 12 de bas de page

Le COSEPAC calcule habituellement la zone dʼoccupation (superficie au sein de la « zone dʼoccurrence » qui est occupée par un taxon, à l'exclusion des cas de nomadisme) en utilisant une grille à mailles de 2 km de côté (indice de zone dʼoccupation; COSEWIC, 2009). La zone dʼoccupation peut aussi être établie par cartographie et calcul de la superficie occupée par lʼespèce (COSEWIC, 2009), quand lʼutilisation de lʼhabitat est bien connue et cartographiée (Gaston et Fuller, 2008).

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Note 13 de bas de page

Anoxique : se dit d'un milieu présentant des concentrations dʼoxygène extrêmement faibles.

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Note 14 de bas de page

Surfusion : refroidissement des fluides corporels sous le point de congélation sans quʼils ne passent à lʼétat solide. Les reptiles résistants au froid peuvent se maintenir en état de surfusion seulement sʼils demeurent exempts d'agents pouvant provoquer la congélation de leurs fluides corporels (comme des particules de sol, de la poussière ou des microorganismes glaçogènes) (Baker et al., 2003).

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Note 15 de bas de page

La probabilité quʼune tortue revienne nidifier sur le même site année après année était très élevée (Carrière, 2007).

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Note 16 de bas de page

Lʼhabitat de déplacement correspond à lʼhabitat (aquatique ou terrestre) que lʼespèce utilise pour se déplacer dʼun milieu à un autre. Le terme « déplacements locaux » fait référence aux déplacements sur de courtes distances à lʼintérieur du domaine vital pour réaliser diverses activités (p. ex. accouplement, nidification), alors que le terme « dispersion » fait référence aux déplacements sur de longues distances associés à lʼémigration dʼindividus.

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Note 17 de bas de page

Milieu lentique : milieu dʼeau douce à circulation lente ou nulle, comme un lac ou un marais.

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Note 18 de bas de page

Milieu lotique : milieu dʼeau douce courante, comme une rivière ou un ruisseau.

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Note 19 de bas de page

Les unités thermiques correspondent à la quantité totale de chaleur requise par un organisme pour passer par tous les stades du cycle vital. Ainsi, plus on se dirige vers le nord, moins la température moyenne est élevée et moins les possibilités de développement dʼune espèce sont grandes.

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Note 20 de bas de page

Plaques osseuses : écailles larges et plates (Harding, 1997).

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Note 21 de bas de page

Roche ou autres matériaux utilisés pour protéger les berges.

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Note 22 de bas de page

Épidémie : propagation rapide dʼune maladie.

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Note 23 de bas de page

Zone dominée par une seule espèce végétale.

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Note 24 de bas de page

Anciennement connu sous le nom de ministère des Richesses naturelles de lʼOntario.

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