Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Gérardie de Skinner Agalinis skinneriana au Canada – 2010

                  Photographie de la fleur d’une gérardie de Skinner (Agalinis skinneriana) butinée par une abeille.

En voie de disparition – 2010

Table des matières

Information sur le document

Liste des figures

Liste des tableaux


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Information sur le document

 

COSEPAC – Comité sur la situation des espèces en péril au Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

COSEPAC. 2010. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la gérardie de Skinner (Agalinis skinneriana) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. xi + 26 p.

Rapport(s) précédent(s) :

COSEWIC. 2000. COSEWIC assessment and update status report on the Skinner’s Agalinis Agalinis skinneriana in Canada. Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada. Ottawa. vi + 10 pp.

Canne-Hilliker, J.M. 2000. Update COSEWIC status report on the Skinner’s Agalinis Agalinis skinneriana in Canada, in COSEWIC assessment and update status report on the Skinner’s Agalinis Agalinis skinneriana in Canada. Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada. Ottawa. 1-10 pp.

Canne-Hilliker, J.M. 1988. COSEWIC status report on the Skinner’s Agalinis Agalinis skinneriana in Canada. Committee on the Status of Endangered Wildlife in Canada. 26 pp.

Note de production :
Le COSEPAC remercie Jane M. Bowles, Rachel C. White et Clinton R. Jacobs, qui ont rédigé le rapport sur la situation de la gérardie de Skinner (Agalinis skinneriana) au Canada en vertu d’un contrat avec Environnement Canada. Erich Haber, coprésident du Sous-comité de spécialistes des plantes vasculaires du COSEPAC, a supervisé la préparation du rapport et en a assuré la révision.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : 819-953-3215
Téléc. : 819-994-3684
Courriel
Site Web

Illustration/photo de la couverture :
Gérardie de Skinner -- Photo: Jane M. Bowles.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2011.
No de catalogue CW69-14/202-2011F-PDF
ISBN 978-1-100-97284-8

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COSEPAC
Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation – novembre 2010

Nom commun
Gérardie de Skinner

Nom scientifique
Agalinis skinneriana

Statut
En voie de disparition

Justification de la désignation
Au Canada, seulement deux populations dans le sud-ouest de l'Ontario sont connues pour cette espèce annuelle qui est présente dans une zone très restreinte de prairie à graminées hautes. La perte récente de sous-populations a entraîné un déclin de l'aire de répartition, de la superficie et de la qualité de l'habitat ainsi que du nombre d'individus matures.

Répartition
Ontario

Historique du statut
Espèce désignée « en voie de disparition » en avril 1988. Réexamen et confirmation du statut en avril 1999, en mai 2000, et en novembre 2010.

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COSEPAC
Résumé

Gérardie de Skinner
Agalinis skinneriana

Description et importance de l’espèce

La gérardie de Skinner est une petite herbacée annuelle. La plante est grêle et peut atteindre 65 cm de hauteur. La plupart des individus ont la tige non ramifiée, mais chez certains la partie supérieure de la tige produit des rameaux ascendants. La tige est quadrangulaire, avec les angles rigides et légèrement rugueux. Les feuilles, opposées ou subopposées, sans pétiole, sont linéaires et peuvent atteindre 2 mm de largeur et 20 mm de longueur. La tige et les feuilles sont vert jaunâtre, acquièrent une teinte violet brunâtre à la fin de la saison et deviennent vertes en séchant. L’inflorescence est une grappe comportant une fleur par nœud, parfois deux. Le pédicelle, long de 5 à 20 mm, s’allonge parfois davantage durant la formation du fruit. Les pétales sont soudés et blancs, parfois avec un faible lavis de rose très pâle. Les capsules sont arrondies, mesurent environ 4 à 5 mm de diamètre et éclatent à maturité. Les graines sont jaune brunâtre, triangulaires et ont le tégument réticulé.

Aucun usage économique ou ethnobotanique n’est répertorié pour la gérardie de Skinner. Comme d’autres espèces du genre Agalinis, la gérardie de Skinner présente un intérêt biologique en raison de sa nature d’hémiparasite.

Répartition

La gérardie de Skinner ne se rencontre que dans le centre et l’est de l’Amérique du Nord, où elle est plus répandue dans le Midwest et le centre-sud des États-Unis. L’espèce est répertoriée pour l’Arkansas (présence historique), l’Illinois, l’Indiana, l’Iowa, l’est du Kansas, la Louisiane, le Maryland, le sud-est du Michigan, le Mississippi, le Missouri, l’Ohio et le Wisconsin ainsi que pour le sud-ouest de l’Ontario. Au Canada, l’espèce est répertoriée uniquement pour le territoire de la Première nation de Walpole Island (PNWI) et pour la municipalité de La Salle, située près de Windsor.

Habitat

Dans l’ensemble de son aire, la gérardie de Skinner pousse dans des prairies sèches à humides, dans des bois clairsemés à sol peu épais sur calcaire, chert ou granite, dans des clairières, des landes ou des escarpements rocheux et dans des creux dunaires. Toutes les populations canadiennes de l’espèce poussent dans des prairies mésiques à humides. Les populations situées sur le territoire de la PNWI poussent dans la prairie à grandes graminées, sur un loam sableux.

Biologie

La gérardie de Skinner fleurit de la fin de l’été au début de l’automne. Les fleurs sont éphémères : la plupart tombent avant la fin de la matinée où elles se sont ouvertes, mais certaines durent jusqu’au milieu de l’après-midi. L’espèce est pollinisée par des abeilles, mais elle possède un potentiel élevé d’autopollinisation. Aucun cas de prédation sur la partie aérienne des plantes n’a été observé, mais les capsules sont parfois vidées de leurs graines par les larves d’un insecte non identifié. Les graines de la gérardie de Skinner ne semblent pas posséder de mécanisme de dispersion à grande distance. Elles sont vraisemblablement dispersées à faible distance par le vent lorsque les capsules éclatent, ou par les eaux de ruissellement au cours de fortes pluies.

La gérardie de Skinner est une hémiparasite (pratiquant un parasitisme partiel) dont les racines produisent des organes spécialisés (haustoriums) qui se fixent aux racines des plantes hôtes. L’espèce a probablement diverses plantes hôtes, mais la seule espèce hôte confirmée est le barbon à balais.

Taille et tendances des populations

Au total, 6 populations de gérardie de Skinner (selon le critère de séparation par une distance de plus de 1 km) sont répertoriées pour le Canada, et 5 d’entre elles se trouvent sur le territoire de la PNWI. L’une de ces dernières est probablement disparue par suite d’un changement d’utilisation des terres alors que 2 autres n’ont pas été revues respectivement depuis 1985 et 1997, et on pense qu’elles sont peut-être disparues. Il reste cependant des milieux favorables à l’espèce dans ces 2 sites, et il est possible que l’espèce soit tout simplement demeurée inaperçue. La majeure partie de l’effectif canadien de la gérardie de Skinner est répartie entre 2 populations situées sur le territoire de la PNWI. En 2008, le nombre d’individus florifères a été estimé à environ 6 000 pour 3 sous-populations de l’une de ces populations et à environ 17 000 pour 2 sous-populations de l’autre population. L’espèce n’a pas été revue à La Salle en 2008, mais quelques individus y avaient été observés quelques années auparavant.

Il est difficile d’estimer les tendances des populations de gérardie de Skinner car aucune n’a fait l’objet d’un recensement complet avant 2003. Chez les populations qui ont été recensées au moins deux fois depuis 2003, on ne dégage aucune tendance numérique. De plus, comme l’espèce est une annuelle, le nombre d’individus varie vraisemblablement d’une année à l’autre. À La Salle, la cause la plus probable de l’apparent déclin (ou de l’éventuelle disparition) de la population de gérardie de Skinner est l’empiètement d’espèces ligneuses sur son habitat.

Menaces et facteurs limitatifs

Au Canada, le principal facteur limitant la gérardie de Skinner est probablement le déclin de la prairie à grandes graminées, à laquelle l’espèce est inféodée. Sur les terres de la PNWI, l’habitat de la gérardie de Skinner s’est rétréci au profit de l’agriculture, de la construction d’habitations et d’autres utilisations des terres. Le Walpole Island Heritage Centre a mené une campagne active de baux de conservation qui a permis de ralentir la transformation des prairies en terres agricoles, mais la menace demeure, en particulier dans le cas des terrains privés. Le piétinement lié surtout à la circulation de véhicules tout-terrain (VTT) peut également constituer un facteur limitatif. Le mélilot blanc et d’autres espèces envahissantes sont en voie d’empiéter sur l’habitat de la gérardie de Skinner à plusieurs endroits, le rendant moins favorable à l’espèce. L’absence de feu permet aux espèces ligneuses sensibles au feu de s’étendre. Ce facteur menace la population de La Salle, et il est peut-être à l’origine du rétrécissement de l’habitat de l’espèce sur les terres de la PNWI, où la fréquence des feux diminue à mesure qu’augmente la construction d’habitations. Un feu survenu à la fin du printemps 2008 est peut-être en partie responsable d’une baisse d’effectif chez une des populations situées sur le territoire de la PNWI. La gérardie de Skinner subit peut-être également les effets de changements dans le régime hydrique causés par des travaux de dragage et de creusage de fossés ou encore par la fluctuation naturelle du niveau des lacs. Vers la fin des années 1980, une élévation du niveau des eaux a pu être à l’origine de la disparition d’une des populations.

Protection, statuts et classements

La gérardie de Skinner est inscrite comme espèce en voie de disparition à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du Canada, de sorte qu’elle est protégée sur les terres fédérales, y compris le territoire de la Première nation de Walpole Island. Elle est également visée par la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario, en vertu de laquelle l’espèce et son habitat sont protégés. La gérardie de Skinner est classée comme espèce vulnérable à apparemment non en péril à l’échelle mondiale et comme espèce vulnérable à l’échelle des États-Unis. Au Canada, elle est classée comme espèce gravement en péril à l’échelle nationale et à l’échelle de l’Ontario.

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Résumé technique

Agalinis skinneriana

Gérardie de Skinner Skinner’s Agalinis
Répartition au Canada : Ontario

Données démographiques

Durée d’une génération (généralement, âge moyen des parents dans la population; indiquer si une méthode d’estimation de la durée d’une génération autre que celle qui est présentée dans les lignes directrices de l’UICN [2008] est utilisée) 1 an
Y a-t-il un déclin continu [observé, inféré ou prévu] du nombre total d’individus matures?
Certaines populations sont disparues, mais il n’existe aucune donnée indiquant un déclin du nombre d’individus matures chez les principales populations. La fluctuation du nombre d’individus est également source d’incertitude à cet égard.
On ne sait pas
Pourcentage estimé du déclin continu du nombre total d’individus matures pendant cinq ansInconnu
Pourcentage [observé, estimé, inféré ou présumé] de [la réduction ou l’augmentation] du nombre total d’individus matures au cours des dix dernières annéesInconnu
Pourcentage [prévu ou présumé] de [la réduction ou l’augmentation] du nombre total d’individus matures au cours des dix prochaines annéesInconnu
Pourcentage [observé, estimé, inféré ou présumé] de [la réduction ou l’augmentation] du nombre total d’individus matures au cours de toute période de dix ans couvrant une période antérieure et ultérieureInconnu
Est-ce que les causes du déclin sont clairement réversibles et comprises et ont effectivement cessé?Non
Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures?
La gérardie de Skinner est une annuelle. On ne connaît pas la longévité des graines ni le rôle du réservoir de graines. Des phénomènes stochastiques survenant après la germination des graines (par exemple, un feu ou une période de sécheresse) peuvent causer des fluctuations extrêmes du nombre d’individus. Le nombre d’individus florifères fluctue d’une année à l’autre.
On ne sait pas

Information sur la répartition

Superficie estimée de la zone d’occurrence70 km²
Indice de la zone d’occupation (IZO)
La superficie occupée par l’espèce est d’environ 4,3 ha.
20 km²
(grille de 2 km x 2 km)
La population totale est-elle très fragmentée?
Probablement pas, étant donné qu’il existe deux grandes populations viables et peut-être aussi des colonies ou populations non encore découvertes sur les terres de la PNWI.
Non
Nombre de « localités* » (selon la définition du COSEPAC relativement aux menaces)
Compte tenu des menaces signalées pour les sous-populations restantes de La Salle et des terres de la PNWI, il y a peut-être moins de cinq localités au total, et peut-être même seulement deux.
Peut-être pas plus de 2
Y a-t-il un déclin continu [observé, inféré ou prévu] de la zone d’occurrence?
La population de La Salle n’a pas été confirmée en 2008. Étant donné son faible effectif et les menaces qui pèsent sur elle, cette population n’est peut-être pas viable. Elle est peut-être même déjà disparue. Selon la situation de cette population, il pourrait y avoir un déclin de la zone d’occurrence.
Oui
Y a-t-il un déclin continu [observé, inféré ou prévu] de l’indice de la zone d'occupation?
Certains sites sont disparus par suite de l’aménagement des terres, d’autres sont menacés de disparaître.
Oui
Y a-t-il un déclin continu [observé, inféré ou prévu] du nombre de populations?
Trois populations situées sur les terres de la PNWI sont supposées disparues.
Oui
Y a-t-il un déclin continu [observé, inféré ou prévu] du nombre de localités?Oui
Y a-t-il un déclin continu [observé, inféré ou prévu] de [la superficie, l’étendue ou la qualité] de l’habitat?Déclin continu de la superficie et de la qualité de l’habitat
Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de populations?Non
Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de localités?Non
Y a-t-il des fluctuations extrêmes de la zone d’occurrence?Non
Y a-t-il des fluctuations extrêmes de l’indice de la zone d'occupation?Non

Nombre d’individus matures (dans chaque population)

PopulationNbre d’individus matures
Terres de la PNWI, population 36 000
Terres de la PNWI, population 417 000
La Salle (non confirmée en 2008 mais peut-être pas disparue)0
Total23 000

Analyse quantitative

La probabilité de disparition de l’espèce à l’état sauvage est d’au moins [20 % sur 20 ans ou 5 générations, ou 10 % sur 100 ans].Inconnue

Menaces (réelles ou imminentes, pour les populations ou leur habitat)

Absence de feu, empiètement d’espèces ligneuses sur l’habitat, construction d’habitations, espèces envahissantes (mélilot blanc), piétinement, modification du niveau des eaux

Immigration de source externe (immigration de l’extérieur du Canada)

Situation des populations de l’extérieur
États-Unis : Gérardie de Skinner classée S1 au Michigan et en Ohio
Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?On ne sait pas; très peu probable
Des individus immigrants seraient-ils adaptés pour survivre au Canada?Les milieux favorables sont très restreints
Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible au Canada pour les individus immigrants?L’habitat disponible est très limité
La possibilité d’une immigration de populations externes existe-t-elle?Non

Statuts existants

COSEPAC : Espèce en voie de disparition (Novembre 2010)

Statut recommandé et justification de la désignation

Statut :
Espèce en voie de disparition
Code alphanumérique :
B1ab(i,ii,iii,iv,v)+B2ab(i,ii,iii,iv,v)
Justification de la désignation :
Au Canada, seulement deux populations dans le sud-ouest de l'Ontario sont connues pour cette espèce annuelle qui est présente dans une zone très restreinte de prairie à graminées hautes. La perte récente de sous-populations a entraîné un déclin de l'aire de répartition, de la superficie et de la qualité de l'habitat ainsi que du nombre d'individus matures.

Applicabilité des critères

Critère A (déclin du nombre total d’individus matures) : Sans objet.
Aucun déclin continu d’importance.
Critère B (aire de répartition peu étendue et déclin ou fluctuation) :
Répond au critère d’espèce en voie de disparition B1ab(i,ii,iii,iv,v)+2ab(i,ii,iii,iv,v) puisque la zone d’occurrence et l’IZO se situent dans les limites du critère, que l’espèce est présente dans seulement 2 localités et que la zone d’occurrence, l’IZO, la superficie et la qualité de l’habitat, le nombre de localités et le nombre d’individus sont en déclin. Des fluctuations extrêmes n’ont pas été signalées.
Critère C (nombre d’individus matures peu élevé et en déclin) : Sans objet.
L’effectif total dépasse le seuil du critère.
Critère D (très petite population totale ou répartition restreinte) : Répond au critère d’espèce en voie de disparition D2 puisque l’espèce est présente dans seulement 2 localités (en supposant que la population de La Salle existe toujours), que l’IZO ne dépasse pas 20 km² et que plusieurs menaces risquent de faire disparaître d’autres petites sous-populations, comme cela s’est produit sur les terres de la PNWI.
Critère E (analyse quantitative) : Aucune analyse quantitative disponible.

Préface

Les douze populations répertoriées par Canne-Hilliker (2000) dans le dernier rapport de situation du COSEPAC ont été regroupées en six populations sur la base du critère actuel de distinction des populations, à savoir une distance de séparation de 1 km. Seulement deux des trois populations, regroupant neuf sous-populations antérieurement reconnues, subsistent toujours à l’île Walpole. Les deux populations de l’île Squirrel sont disparues. La population de La Salle, revue dans les dernières années, n’a pas été confirmée en 2008, et on pense qu’elle pourrait être disparue. L’habitat de la gérardie de Skinner continue de rétrécir devant la progression d’espèces envahissantes et d’espèces ligneuses favorisées par une diminution de la fréquence des feux dans les prairies ainsi que par suite de l’aménagement des terres par l’homme.

Mandat du COSEPAC
Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine la situation, à l'échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés et populations (importantes à l'échelle nationale) sauvages jugées en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles, poissons, mollusques, lépidoptères, plantes vasculaires, lichens et mousses.

Composition du COSEPAC
Le COSEPAC est formé de représentants des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique) et de trois organismes non gouvernementaux, ainsi que des coprésidents des groupes de spécialistes des espèces. Le Comité se réunit pour examiner les rapports sur la situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n'existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n'est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants auxquels elle est exposée ne sont pas inversés.

Espèce préoccupante (P)*
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)**
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)***
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d'un manque de données scientifiques.

* Appelée « espèce rare » jusqu'en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.
** Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire »
*** Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu'en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d'une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation au cours des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

Le Service canadien de la faune d'Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Gérardie de Skinner Agalinis skinneriana au Canada – 2010

Description et importance de l’espèce

Nom et classification

Nom scientifique : Agalinis skinneriana (Wood) Britt., Britton and Brown, Illustrated Flora of northeastern United States, ed. 2 (3): 212, fig 3828. 1913.

Synonymes : Gerardia skinneriana Wood, Class-book, ed. 2, 408. 1847.
Aureolaria skinneriana (Wood) Farw., Annual Rep. Michigan Acad. Sci. 20: 190. 1919.

Nom commun français : Gérardie de Skinner

Noms communs anglais : Skinner’s Agalinis, Skinner’s False Foxglove, Skinner’s Gerardia, Skinner’s-foxglove, Pale False Foxglove, Pale Gerardia, Skinner's Pale Purple False Foxglove, Midwestern Gerardia

Famille : Orobanchacées (antérieurement, Scrofulariacées)

Grand groupe végétal : Eudicotylédones

Le genre Agalinis était autrefois classé dans la famille des Scrofulariacées, mais des analyses phylogénétiques récentes fondées sur les séquences du gène rps2 des plastes montrent que toutes les plantes parasites classées avec les Scrofulariacées et les Orobanchacées forment un groupe monophylétique chez lequel le parasitisme est apparu une fois (dePamphilis et al., 1997; Olmstead et al., 2001). En 2008, la gérardie de Skinner était toujours classée comme scrofulariacée dans le Système d’information taxonomique intégré (SITI).

Il subsiste encore beaucoup de confusion quant à la distinction entre l’A. skinneriana et l’A. gattingeri. Les deux espèces sont morphologiquement semblables, et leurs aires de répartition se recoupent en grande partie. Certains auteurs (p. ex. Holmgren, 1986; Canne-Hilliker, 1988) les ont considérées comme appartenant au même taxon. À l’heure actuelle, la plupart des auteurs les considèrent comme espèces distinctes (p. ex. Morton et Venn, 1990; Voss, 1996; Kartesz, 1999; NatureServe, 2009). Les analyses génétiques confirment qu’il s’agit d’espèces distinctes (Pettengill et Neel, 2008).

Le nom de genre original, Gerardia L., a été remplacé par Agalinis Raf. car il avait été attribué d’après un spécimen type de la famille des Acanthacées (Stafleu, 1978).

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Description morphologique

La gérardie de Skinner est une petite herbacée annuelle hémiparasite. La plante est grêle et peut atteindre 65 cm de hauteur. La plupart des individus ont la tige non ramifiée, mais chez certains la partie supérieure de la tige produit des rameaux ascendants. La tige est quadrangulaire, avec les angles rigides et légèrement rugueux (figure 1). Les feuilles, opposées ou subopposées, sont sessiles et linéaires; elles peuvent atteindre 2 mm de largeur et 20 mm de longueur. La tige et les feuilles sont vert jaunâtre, acquièrent une teinte violette à la fin de la saison et deviennent vertes en séchant. Les racines sont ramifiées et produisent de petits suçoirs (haustoriums) avec lesquels elles s’implantent dans les plantes voisines. L’inflorescence est une grappe comportant une fleur par nœud, parfois deux. Le pédicelle, long de 5 à 20 mm, s’allonge parfois davantage durant la formation du fruit et peut alors atteindre deux fois la longueur de la bractée sous-tendant ce dernier. Le calice est cupuliforme et glabre. Les sépales sont longs de 2 à 3,5 mm, ont des lobes triangulaires d’environ 1 mm de longueur et possèdent une nervation réticulée parfois inapparente, en particulier chez les spécimens frais. La corolle a été décrite comme étant rose pâle à blanche avec des lignes jaune pâle et des points roses sur la gorge (p. ex. Canne-Hilliker, 1988; Gleason et Cronquist, 1991; Voss, 1996), mais les populations situées sur le territoire de la Première nation de Walpole Island semblent produire des fleurs à corolle presque uniformément blanche, parfois avec un très faible lavis de rose très pâle (figure 2). Les pétales sont soudés à la base, formant une gorge cupuliforme, et les lobes sont étalés. Les lobes ont la face glabre mais le bord cilié. Les capsules sont arrondies, mesurent environ 4 à 5 mm de diamètre et éclatent à maturité. Les graines sont jaune brunâtre, triangulaires et ont le tégument réticulé. Le port dressé de la plante et ses fleurs blanches permettent de distinguer aisément l’Agalinis skinneriana de toutes les autres gérardies grêles présentes en Ontario. L’A. gattingeri donne une plante plus ramifiée et plus ouverte, ses inflorescences sont irrégulières, et ses fleurs sont rose pâle. En outre, la face interne des lobes de la corolle présente une bande pubescente (Jones, comm. pers., 2009). Chez l’Agalinis tenuifolia, les fleurs sont roses ou violettes, les graines sont brun foncé, et le feuillage est généralement d’un vert plus foncé et devient noir en séchant.

Figure 1. Morphologie de l’Agalinis skinneriana. Illustrations tirées de la base de données sur les plantes de l’USDA-NRCS / Britton, N.L., et A. Brown. 1913. Illustrated flora of the northern states and Canada. Vol. 3: 212. Wikimedia Commons, Domaine public (USDA).

Dessin de la gérardie de Skinner illustrant son port ainsi que les détails de la feuille et de la capsule.

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Figure 2. Fleurs de l’Agalinis skinneriana. (Photographie de Jane M. Bowles)

Photographie de fleurs de la gérardie de Skinner.

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Structure spatiale et variabilité de la population

Le nombre chromosomique de l’Agalinis skinneriana est 2n = 26 (Canne, 1984). Pettengill et Neel (2008) ont analysé l’ADN chloroplastique et ribosomal chez le genre Agalinis, et l’analyse statistique des données appuyait fortement l’hypothèse que les 29 espèces nord-américaines étudiées constituaient un groupe monophylétique distinct. Les auteurs ont établi que l’A. skinneriana forme un clade sœur du clade regroupant l’A. tenella, l’A. decemloba et l’A. acuta. Avant les travaux de ces auteurs, la classification et les liens de parenté de l’A. skinneriana n’étaient pas bien définis.

Pennell (1928; idem, 1929; idem, 1935), dont la classification a été adoptée par Canne (1979; idem, 1984), classait l’A. skinneriana dans la section Erectae sur la base de la forme et de la pubescence de la corolle, de la couleur et des motifs du tégument des graines et de l’anatomie de la tige et des feuilles. Sur la base de ces caractères, la sous-section Pedunculares se distinguait de la section Erectae. Pettengill et Neel (2008) s’appuient sur des analyses d’ADN pour confirmer l’appartenance de l’A. skinneriana à la section Erectae, mais aussi pour y inclure la sous-section Pedunculares.

ette classification appuie une proposition antérieure de Neel et Cummings (2004). Elle regroupe tous les Agalinis à 13 chromosomes, à l’exception de l’A. gattingeri, que ces auteurs ont classé dans la section Purpureae. S’il n’était de la position problématique de l’A. gattingeri, il semblerait que l’ancêtre des Agalinis possédait le nombre chromosomique = 14 et que le nombre chromosomique haploïde de 13 serait apparu seulement une fois chez le genre.

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Unités désignables

Les unités désignables ne sont pas reconnues, car il n’existe, pour la gérardie de Skinner, aucun taxon infraspécifique reconnu et toutes les populations canadiennes connues de l’espèce se trouvent dans un secteur très restreint de la zone écologique des plaines des Grands Lacs (selon la classification du COSEPAC).

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Importance de l’espèce

Aucun usage économique ou ethnobotanique n’est répertorié pour l’Agalinis skinneriana. Comme d’autres espèces du genre Agalinis, l’A. skinneriana présente un intérêt biologique de par sa nature d’hémiparasite. L’espèce présente probablement peu d’intérêt pour l’horticulture parce qu’étant hémiparasite elle n’est pas facile à cultiver et parce que ses fleurs, bien que jolies, sont petites et pâles et ne durent qu’une demi-journée.

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Répartition

Aire de répartition mondiale

La gérardie de Skinner ne se rencontre que dans le centre et l’est de l’Amérique du Nord, où elle est plus répandue dans le Midwest et le centre-sud des États-Unis. L’espèce est répertoriée pour l’Arkansas (présence historique), l’Illinois, l’Indiana, l’Iowa, l’est du Kansas, la Louisiane, le Maryland, le sud-est du Michigan, le Mississippi, le Missouri, l’Ohio et le Wisconsin ainsi que pour le sud-ouest de l’Ontario (figure 3). Les mentions pour le Kentucky, l’Oklahoma, le Nebraska et le Tennessee n’ont pas été confirmées, mais on trouve des milieux répondant aux exigences écologiques de l’espèce du moins au Kentucky et au Tennessee (NatureServe, 2009). Bien que l’espèce soit répertoriée pour dix États, la majeure partie de la population américaine (plus de 70 %) se trouve au Missouri. Au moment où les populations du Maryland ont été découvertes, elles se trouvaient en dehors de l’aire connue de l’espèce, et leur identité a été mise en doute. Pettengill et Neel (2008) ont confirmé que les sujets du Maryland sont sœurs du spécimen d’A. skinneriana du Missouri. On peut donc conclure que la présence de ce taxon des prairies au Maryland résulte d’une extension de la population du Midwest aux prairies de la plaine côtière de l’Atlantique.

Figure 3. Aire de répartition mondiale de l’Agalinis skinneriana. (D’après Canne-Hilliker, 1988)

Carte de l’aire de répartition mondiale de la gérardie de Skinner.

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Aire de répartition canadienne

Au Canada, la gérardie de Skinner ne se rencontre qu’en Ontario, où elle est répertoriée uniquement pour le territoire de la Première nation de Walpole Island (PNWI) et pour la municipalité de La Salle, située près de Windsor (figure 4).

Figure 4. Position géographique des populations canadiennes (sud de l’Ontario) d’Agalinis skinneriana. Carte de base établie d’après la carte Southern Ontario, obtenue le 2 novembre 2008 de la Cartothèque de l’Université Brock (Brock University Map Library), à St. Catharines, en Ontario. Cette carte est disponible à partir du site Web de la cartothèque, à accès contrôlé.

Carte illustrant la position géographique des populations canadiennes de gérardie de Skinner.

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La zone d’occurrence de la gérardie de Skinner est d’environ 70 km² et comprend les terres mais non les eaux séparant le territoire de la PNWI et La Salle. Si on applique une grille de 1 km x 1 km, les populations connues de l’espèce occupent 11 carrés sur le territoire de la PNWI et 1 carré à La Salle, ce qui donne un indice de zone d’occupation (IZO) de 12 km². Si on applique une grille de 2 km x 2 km, l’espèce occupe 4 carrés sur le territoire de la PNWI et 1 carré à La Salle, pour un IZO de 20 km². La superficie réellement occupée par l’espèce est d’environ 4,3 ha (environ 0,4 % de l’IZO).

Un polygone convexe tracé autour des populations actuelles du territoire de la PNWI (populations 3 et 4) englobe une superficie d’environ 59 ha, au sein de laquelle la gérardie de Skinner occupe 4,3 ha, soit 7 % de la superficie totale. Seulement deux des sous-populations (une chez chacune des deux populations) occupent une superficie supérieure à 1 ha. Les sous-populations formant la population 3 sont séparées par des distances de 570 m et de 620 m, tandis que celles de la population 4 sont séparées par des distances de 800 m et de 1 000 m. Les deux populations se trouvent à environ 4,7 km l’une de l’autre.
 
On ne connaît pas la distance normale de dispersion des graines d’Agalinis skinneriana, mais on pense qu’elle est probablement de l’ordre de quelques mètres ou dizaines de mètres et non de kilomètres, ce qui est bien moindre que la distance séparant les sous-populations. Il est donc très peu probable qu’il y ait des échanges de graines entre sous-populations, d’autant plus que la majeure partie du paysage s’intercalant entre elles n’est pas favorable (terres cultivées, habitations, routes, boisés). De plus, 4 des 6 sous-populations formant les 2 populations actuelles couvrent moins de 1 ha, et 3 des 6 sous-populations ne comptent jamais plus de 1 000 individus. Dieringer (1999) a observé des changements sur le plan des organes et des modes de reproduction chez une population de gérardie de Skinner de moins de 1 000 individus, ce qui peut être une indication de la taille d’une population viable.

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Activités de recherche

Les prairies des terres de la PNWI (Woodliffe et Allen, 1996) et de la Réserve naturelle provinciale de la Prairie Ojibway ont été bien étudiées sur le plan botanique, mais il n’est pas impossible qu’elles abritent des populations de gérardie de Skinner encore inconnues. La plante est délicate et souvent petite (moins de 20 cm de hauteur), de sorte qu’elle est difficile à distinguer parmi le reste de la végétation, surtout lorsqu’elle n’est pas en fleurs ou en fin de journée, alors que les fleurs sont tombées. À cause de ses fleurs blanches, l’espèce est facile à identifier et risque peu de ne pas être aperçue par les botanistes lorsque les plantes sont en fleurs. Une nouvelle colonie a été découverte en 2008 au site de la population 4, et il est possible qu’il reste d’autres colonies, voire d’autres populations, à découvrir sur les terres de la PNWI. Sur les terres de la PNWI et dans la Réserve de la Prairie Ojibway, il existe d’autres secteurs répondant aux exigences écologiques de l’espèce. Compte tenu de ses exigences écologiques strictes, il est peu probable que l’espèce soit présente ailleurs en Ontario.

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Habitat

Besoins en matière d’habitat

Dans l’ensemble de son aire, l’Agalinis skinneriana pousse dans des prairies sèches à mésiques, dans des boisés clairsemés à sol peu épais sur calcaire, chert ou granite, dans des clairières, des landes ou des escarpements rocheux et dans des creux dunaires (Canne-Hilliker, 1988). Toutes les populations canadiennes de l’espèce poussent dans des prairies mésiques à humides. Les populations du territoire de la PNWI poussent dans la prairie à grandes graminées, sur un loam sableux. Les espèces les plus souvent associées à la gérardie de Skinner sont les suivantes (par ordre décroissant d’abondance) : le barbon à balais (Schizachyrium scoparium), le panic raide (Panicum virgatum), la verge d’or hispide (Solidago hispida), des carex (genre ou espèce non identifiés), le liatris à épi (Liatris spicata), le barbon de Gérard (Andropogon gerardii), le lysimaque à quatre feuilles (Lysimachia quadrifolia), la prêle d’hiver (Equisetum hyemale), l’aster éricoïde (Symphyotrichum ericoides) et la rudbeckie hérissée (Rudbeckia hirta) (White, 2009). De toutes les espèces associées, les carex, le Solidago hispida et le Rudbeckia hirta sont les plus proches voisins de la gérardie de Skinner plus souvent que leur abondance ne le laisserait prévoir (par conséquent, probablement les hôtes de l’hémiparasite), et, de toutes les espèces, le Schizachyrium scoparium est le plus souvent celle qui est le plus proche. Le Panicum virgatum était un des plus proches voisins moins souvent que son abondance ne le laisserait prévoir.

Bowles, Jacobs et White ont observé qu’à l’échelle du micro-habitat la gérardie de Skinner est plus abondante dans des zones basses, des baissières peu profondes et des secteurs où la terre végétale a été enlevée au cours d’opérations de drainage. L’espèce pousse le plus souvent dans des zones où la végétation prairiale (généralement des graminées) est plus courte qu’ailleurs et où on trouve également des zones de sol dénudé. Souvent, l’espèce est réunie autour de touffes de graminées, en particulier autour du barbon à balais.

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Tendances en matière d’habitat

Partout en Amérique du Nord, la prairie à grandes graminées a beaucoup décliné depuis l’arrivée des colons européens (Rodger, 1998). Le territoire de la PNWI comprend un bon nombre de parcelles de prairie en excellent état. Certaines n’ont jamais été labourées et sont régulièrement brûlées (Bowles, 2005). Les populations de gérardie de Skinner se trouvent dans deux des plus grandes étendues résiduelles de prairie. En Ontario, où les pluies sont abondantes et la croissance des arbres n’est pas arrêtée par le feu, les prairies peuvent se transformer rapidement en savanes, et les savanes en forêts. C’est le cas notamment sur les terres de la PNWI, où la nappe phréatique est relativement élevée (Woodliffe et Allen, 1996; Woodliffe, 2002). Il est possible que certaines prairies se soient étendues depuis l’établissement permanent de Premières nations dans les îles, au début du 19e siècle, mais de nombreuses parcelles sont disparues au profit de l’agriculture, de l’habitation ou d’espèces ligneuses. Des photographies aériennes datant de 1972 à 1998 montrent que, durant cette période de 25 ans, les prairies du territoire de la PNWI auraient décliné d’environ 36 %, passant d’environ 730 ha à environ 470 ha (Crow et al., 2003). Cette perte s’explique en partie par l’aménagement aux fins d’agriculture et d’habitation, mais surtout par l’empiétement d’espèces ligneuses qui ne sont plus tenues en échec par les feux et le broutage de troupeaux de chevaux sauvages.

Les milieux susceptibles d’abriter la gérardie de Skinner continuent de disparaître au profit de l’habitation, de l’agriculture et de la succession végétale. La fréquence des feux dans les prairies du territoire de la PNWI a diminué avec l’augmentation de la construction d’habitations. Un des sites favorables à l’espèce a été inondé par l’effet combiné du niveau élevé des lacs et des changements apportés au drainage en vue de l’aménagement des terres.

À La Salle, l’empiétement d’espèces ligneuses, dont une plantation de pin sylvestre (Pinus sylvestris), a dégradé l’habitat de la gérardie de Skinner.

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Biologie

Cycle vital et reproduction

La gérardie de Skinner est une annuelle qui, en Ontario, fleurit d’août à la fin de septembre. Les fleurs sont éphémères : la plupart tombent avant la fin de la matinée où elles se sont ouvertes, mais certaines durent jusqu’au milieu de l’après-midi. Selon Dieringer (1999), en Illinois, l’espèce serait pollinisée par des abeilles mais posséderait un potentiel élevé d’autopollinisation (70 à 100 % des fleurs mises à l’abri des insectes pollinisateurs). Le taux d’autopollinisation observé était plus élevé chez une petite population que chez une population comptant plus de 1 000 individus. Dieringer a observé la pollinisation par des insectes seulement chez la grande population; il s’agissait de bourdons (Bombus pennsylvanicus, B. impatiens) et d’abeilles solitaires (Hymenoptera sp.). Au Wisconsin, Trick (1995) a vu le Colias eurytheme et l’abeille domestique (Apis mellifera) butiner la gérardie de Skinner. Chez les populations situées sur les terres de la PNWI, seules des abeilles solitaires ont été observées sur les fleurs (figure 5). Comme les fleurs de la gérardie de Skinner sont blanches et qu’elles s’ouvrent dès le lever du jour, il est possible qu’elles soient également butinées par des papillons nocturnes, mais le cas n’a encore jamais été signalé. Dieringer (1999) a pensé que l’autopollinisation est retardée jusqu’à ce que la corolle, encore pourvue des étamines, tombe de la plante et entre en contact avec un stigmate réceptif. Les fleurs examinées dès leur ouverture ne montraient aucun signe de fécondation.

Figure 5. Fleur d’Agalinis skinneriana butinée par une abeille. (Photographie de Jane M. Bowles)

Photographie d’une fleur de gérardie de Skinner butinée par une abeille.

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Dieringer (1999) a également observé que la quantité de pollen par fleur et la viabilité du pollen étaient plus faibles chez la petite population, et le taux d’autopollinisation était plus élevé. Il a pensé qu’un faible rapport pollen/ovules et la production de fleurs plus petites chez une petite population pouvaient résulter d’un taux d’autopollinisation plus élevé, adaptation à la rare fréquentation par des insectes pollinisateurs.

Les graines de la gérardie de Skinner sont très petites : 100 graines séchées à l’air pèsent environ 0,0035 g. Dans des expériences de germination, White (2009) a obtenu, pour des graines stratifiées en conditions humides à 5 oC durant 60 jours, un taux de germination de 18 % après 7 jours d’incubation sous un régime de 16 heures d’éclairement et 8 heures d’obscurité par jour, et 3 % de plus au cours des 7 jours suivants. Ces résultats correspondent au taux de germination de 20 % mentionné par Canne-Hilliker (1988). Le taux de germination chez des graines incubées à l’obscurité durant la même période était de seulement 3 %. Moins de 2 % des graines incubées sans stratification froide préalable ont germé. Les graines stratifiées au froid en conditions humides, déposées dans du terreau puis placées en serre ont germé au bout d’environ 14 jours, mais leur croissance était très lente. Les plantes obtenues de graines semées en serre en février ont commencé à fleurir en mai, et leur floraison s’est poursuivie jusqu’en octobre.

White (2009) décrit la germination des graines. Elle commence par l’apparition de la radicule, suivie d’un bref allongement de l’hypocotyle. Un anneau de poils se forme à la base de l’hypocotyle, et la racine émerge à travers cet anneau. Canne-Hilliker (1988) a examiné la morphologie de plantules de plusieurs espèces du genre Agalinis et n’a observé des poils sur l’hypocotyle d’aucune d’entre elles. L’A. skinneriana n’était pas au nombre des espèces étudiées. Chez les graminoïdes, une des premières étapes de la germination est le développement de poils sur le coléorhize; ces poils se fixent au substrat et servent à orienter la graine et à guider l’enfoncement de la racine dans le substrat. Un rôle semblable a été décrit pour les poils de l’hypocotyle chez l’Artemisia tridentata (Young et Martens, 1991), le Melaleuca ericifolia (Robinson et al., 2008) et l’Angelonia salicariifolia (Moro et al., 2001), mais très peu d’auteurs mentionnent la présence de poils sur l’hypocotyle. Morita et al. (1995) ont étudié le développement de poils sur l’hypocotyle et l’enfoncement de la racine dans le substrat chez plusieurs espèces de différentes familles et ont constaté que l’enfoncement de la racine est plus rapide chez les espèces où l’hypocotyle est pourvu de poils. Ils ont observé des poils sur l’hypocotyle seulement chez les espèces produisant de très petites graines (poids de 1 000 graines inférieur à 1 g). Les auteurs ont émis l’hypothèse que les poils de l’hypocotyle sont importants chez les espèces poussant dans la prairie, où la surface du sol est dure. La formation de poils sur l’hypocotyle pourrait donc être importante pour une annuelle de la prairie comme la gérardie de Skinner.

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Physiologie et adaptabilité

Il n’existe aucune donnée sur la physiologie et l’adaptabilité de la gérardie de Skinner.

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Dispersion

Les graines de la gérardie de Skinner, petites (environ 1 mm), à tégument réticulé, ne semblent pas posséder de mécanisme de dispersion à grande distance. Elles sont vraisemblablement dispersées à faible distance par le vent lorsque les capsules éclatent, ou par les eaux de ruissellement au cours de fortes pluies. Cette dernière voie de dispersion expliquerait en partie les concentrations de sujets de l’espèce qu’on observe dans des dépressions peu profondes.

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Relations interspécifiques

La gérardie de Skinner est une hémiparasite dont les racines produisent des organes spécialisés (haustoriums) qui se fixent aux racines des plantes hôtes. Les hémiparasites ont des feuilles chlorophylliennes capables d’accomplir la photosynthèse, mais leurs racines s’implantent dans celles des plantes hôtes. Les espèces hémiparasites du genre Agalinis ont divers hôtes, dont plusieurs graminoïdes (graminées et espèces assimilées) (Riopel et Musselman, 1979; Baird et Riopel, 1984; Trick, 1995; Voss, 1996). White (2009) a sorti de terre les racines de plusieurs sujets de gérardie de Skinner afin de suivre les haustoriums jusqu’à la plante hôte, mais il a observé un lien seulement avec le barbon à balais.

Aucun cas de prédation sur la partie aérienne de plantes de l’espèce n’a été observé. En revanche, on a observé qu’environ 13 % des capsules étaient vidées de leurs graines par les larves d’un insecte non identifié.

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Taille et tendances des populations

Activités et méthodes d’échantillonnage

Les populations de gérardie de Skinner situées sur les terres de la PNWI font l’objet d’une surveillance continue dans le cadre du programme sur les espèces en péril du Walpole Island Heritage Centre (WIHC). Toutes les populations connues ont été recensées en 2003, et l’une d’elles a été recensée de nouveau en 2006. Les relevés consistaient à parcourir à pied toute la superficie des localités connues et à noter à chaque point du parcours la position GPS, le nombre d’individus présents et la superficie approximative occupée. La plupart des relevés ont été effectués par Bowles, Jacobs et White, avec l’aide du personnel du WIHC. Aucun registre du nombre exact d’heures consacrées à ces relevés n’a été tenu, mais ceux-ci ont été réalisés sur quatre jours en 2003 et un jour en 2006. En 2008, les recherches ont été faites par six personnes et ont été réparties sur sept jours de la période allant du 18 août au 19 septembre, pour un total de onze années-personnes de recherche.

À La Salle, Bowles a recherché l’espèce durant deux heures environ le 2 septembre 2008.

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Abondance

Canne-Hilliker (1988; idem, 2000) mentionnait douze populations de gérardie de Skinner, dont l’une située dans le comté d’Essex (à La Salle) et les onze autres sur les terres de la PNWI. Les populations situées sur les terres de la PNWI sont maintenant regroupées en cinq populations (tableau 1) séparées les unes des autres par une distance de plus de 1 km. Cette distance est le critère généralement utilisé pour définir une population dans les rapports de situation sur des plantes vasculaires du COSEPAC et dans la base de données du Centre d’information sur le patrimoine naturel. Selon cette révision, il y aurait eu en tout 6 populations de l’espèce en Ontario. Parmi les populations complètement disparues au cours des 10 à 20 dernières années se trouvaient peut-être les populations 1 et 5, qui n’ont pas été revues respectivement depuis 1997 et 1985, et la population 2, probablement disparue par suite d’un changement d’utilisation des terres. À l’endroit où se trouvait la population 1, il reste encore des milieux favorables à l’espèce, et plusieurs autres espèces en péril qui s’y trouvaient et qu’on croyait disparues en raison du niveau élevé des eaux durant les années 1980 et 1990 y ont été revues récemment (Walpole Island Heritage Centre, données inédites).

Tableau 1. Sommaire des mentions historiques et actuelles de la gérardie de Skinner au Canada et estimation de la taille des populations.
PopulationSous-population1987
Canne-Hilliker
1997
Canne-Hilliker
2003
PNWI
2008
PNWI
11250-300« plusieurs douzaines » d’individusAucun sujet observéAucun sujet observé
212Sous-population disparue
211« quelques individus »Aucun sujet observéAucun sujet observéAucun sujet observé
3315Sous-population disparueSous-population disparueSous-population disparue
4« plusieurs centaines d’individus »« plusieurs centaines d’individus »Aucun sujet observé90
(relevé partiel)
5« plusieurs milliers d’individus »« plusieurs milliers d’individus »1 400 (2003)
2 100 (2006)
780
7« espèce localement abondante »« plusieurs centaines d’individus »Aucun sujet observé5 000
8« seulement quelques individus »Sous-population disparueSous-population probablement disparueSous-population probablement disparue
46« au moins 1 000 individus »« plusieurs centaines d’individus »3 20017 000
10« plusieurs individus »Aucun sujet observé; sous-population peut-être disparueAucun sujet observéAucun sujet observé
13Sous-population découverte en 200840
59Population non revue depuis 1985Population non revuePopulation non recherchéeAucun sujet observé
La Salle12« quelques centaines d’individus »Population non recherchéeAucun sujet observé

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En 2008, seulement deux populations ont été confirmées sur les terres de la PNWI. La population de La Salle n’a pas été confirmée en 2008, mais quelques individus y avaient été observés auparavant (Paul Pratt, comm. pers., 2008); la situation de cette population demeure donc incertaine. Compte tenu des menaces signalées pour les populations restantes des terres de la PNWI et pour le site de La Salle, il y a probablement moins de cinq localités au total, peut-être même seulement deux.

En 2008, on estimait que la population canadienne de gérardie de Skinner comptait environ 6 000 individus florifères répartis entre trois sous-populations formant la population 3 et environ 17 000 individus florifères répartis entre deux sous-populations formant la population 4 (tableau 1).

Comme la gérardie de Skinner peut être difficile à repérer parmi les graminées hautes des prairies, il est possible qu’il reste d’autres colonies à découvrir sur les terres de la PNWI.

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Fluctuations et tendances

Il est difficile d’estimer les tendances des populations de gérardie de Skinner car aucune n’a fait l’objet d’un recensement complet avant 2003. Canne-Hilliker décrit l’abondance des populations en termes de « quelques centaines » ou de « quelques milliers » d’individus (tableau 1). De plus, comme l’espèce est une annuelle, le nombre d’individus peut varier d’une année à l’autre. Sur les terres de la PNWI, deux sous-populations des populations actuelles ont été détruites par un changement d’utilisation des terres, et on pense qu’une petite population confirmée à la fin des années 1980 est disparue. De plus, deux autres populations et une autre sous-population d’une des populations actuelles n’ont pas été revues depuis les relevés de Canne-Hilliker, en 2000; cependant, il existe des parcelles de milieu favorable à l’espèce dans ces sites. Le faible nombre d’individus matures recensés est probablement attribuable au fait que des sujets sont demeurés inaperçus.

Chez les populations qui ont été recensées au moins deux fois depuis 2003 (sous-populations 5, 6 et 7; tableau 1), on ne dégage aucune tendance numérique. La sous-population 5 (population 3) comptait environ 1 400 individus en 2003, puis environ 2 100 en 2006, mais seulement 780 en 2008. La sous-population 7 (population 3) n’a pas été confirmée en 2003, bien que des recherches aient été effectuées à maintes reprises à cet endroit pour la gérardie de Skinner et pour d’autres espèces. En 2008, environ 5 000 individus ont été recensés et cartographiés chez la sous-population 7. Chez la population 4, environ 3 200 individus ont été recensés en 2003, et environ 17 000 en 2008.

On peut penser que l’été pluvieux de 2008 offrait les conditions idéales pour la germination et la croissance de la gérardie de Skinner, ce qui expliquerait le nombre élevé d’individus recensés dans les sous-populations 6 et 7. Chez la sous-population 5, l’effectif de la gérardie de Skinner, comme celui d’autres espèces en péril (Polygala incarnata, Solidago speciosa et Liatris spicata), était moins élevé qu’il ne l’est normalement. On pense qu’un brûlage pratiqué tard au printemps a eu une incidence sur les populations de plusieurs espèces. L’absence apparente de l’espèce certaines années, comme chez la sous-population 4 de la population 3 (tableau 1), pourrait être liée à une diminution de l’intensité de recherche ou aux conditions climatiques. Si elle est liée aux conditions climatiques, la réapparition de l’espèce au même site révèle l’existence d’un réservoir de graine, comme à La Salle, où l’espèce a été observée dans les dernières années mais non en 2008.
La cause la plus probable de l’apparent déclin (ou de l’éventuelle disparition) de la population de La Salle est l’empiétement d’espèces ligneuses sur son habitat. Ces terres n’ont pas été brûlées depuis plusieurs années, et il ne reste plus qu’une petite superficie de prairie.

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Immigration de source externe

Si la gérardie de Skinner venait à disparaître du Canada, il est très peu probable qu’elle puisse s’y rétablir naturellement à partir de graines provenant de populations américaines, et ce pour plusieurs raisons : la distance de dispersion des graines est faible, la superficie de milieu favorable à l’espèce au Canada est très limitée, et il y a peu de populations américaines proches des populations canadiennes. La gérardie de Skinner est répertoriée pour une seule localité du Michigan, située dans le parc Algonac, dans le comté de St. Clair. Une distance d’environ 5 km, dont 1 km d’eau, sépare la population du Michigan de celles des terres de la PNWI. Des sujets introduits artificiellement dans les milieux propices disponibles sur les terres de la PNWI pourraient probablement y survivre.

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Facteurs limitatifs et menaces

Au Canada, le principal facteur limitant la gérardie de Skinner est probablement le déclin de la prairie à grandes graminées. Ce type de formation végétale est gravement en péril au Canada (Bakowsky, 1995). Le feu joue un rôle extrêmement important dans le maintien des prairies dont dépend la survie de la population canadienne de gérardie de Skinner. On ne connaît pas l’importance des associations que peut former la gérardie de Skinner avec des insectes pollinisateurs, des plantes hôtes et des champignons mycorhiziens.

Sur les terres de la PNWI, certains facteurs anthropiques touchent les populations de gérardie de Skinner, car la superficie de prairie naturelle diminue au profit de l’agriculture, de la construction d’habitations et d’autres utilisations des terres. Le WIHC a mené une campagne active de baux de conservation qui a permis de ralentir la transformation des prairies en terres agricoles, mais la menace demeure, en particulier dans le cas des terrains privés. Les principaux sites occupés par la gérardie de Skinner sont actuellement protégés du fait que le WIHC est propriétaire ou locataire des terrains. Cependant, comme la PNWI connaît une grave pénurie de logements, on ne cesse de construire des maisons dans la prairie à grandes graminées. Certains sites occupés par la gérardie de Skinner ont ainsi été détruits par la construction d’habitations au cours des vingt dernières années.

Le piétinement, lié surtout à la circulation de véhicules tout-terrain (VTT), peut également constituer un facteur limitatif. Certaines personnes circulent en VTT dans les prairies de la PNWI à la recherche de foin d’odeur, et les jeunes sujets de gérardie de Skinner peuvent être écrasés au passage de ces véhicules. Certains amateurs de VTT s’adonnent également à cette activité dans les prairies.

Le mélilot blanc (Melilotus alba) et d’autres espèces sont en voie d’envahir l’habitat de la gérardie de Skinner à plusieurs endroits, le rendant moins favorable à cette dernière.

Sur les terres de la PNWI, tous les sites de la gérardie de Skinner ont été brûlés depuis 2006, ce qui n’est pas le cas pour le site de La Salle. L’absence de feu permet aux espèces ligneuses sensibles au feu d’envahir l’habitat de la gérardie de Skinner (Bowles, obs. pers., 2008). Les annuelles de petite taille produisant de petites graines, comme la gérardie de Skinner, sont parmi les espèces prairiales les plus sujettes à disparaître en l’absence de feu (Leach et Givnish, 1996). Or, la fréquence des feux sur les terres de la PNWI diminue à mesure qu’augmente la construction de maisons. Par ailleurs, un feu survenant durant la saison de végétation risque de nuire aux annuelles comme la gérardie de Skinner. Un feu survenu à la fin du printemps 2008 est peut-être en partie responsable d’une baisse d’effectif chez une des populations situées sur le territoire de la PNWI. Dans les 40 à 50 dernières années, la surface du sol a été raclée au site de La Salle et aux sites abritant les populations les plus denses des terres de la PNWI. Ces opérations éliminent les horizons superficiels du sol et inhibent la croissance de certaines plantes; elles peuvent donc également limiter l’ombrage et la compétition interspécifique et créer un milieu favorable à la gérardie de Skinner.

La gérardie de Skinner subit peut-être les effets de changements dans le régime hydrique causés par des travaux de dragage et de creusage de fossés ou encore par la fluctuation naturelle du niveau des lacs. Vers la fin des années 1980, une élévation du niveau des eaux a pu être à l’origine de la disparition d’une population de l’espèce.

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Protection, statuts et classements

Statuts et protection juridiques

La gérardie de Skinner est inscrite comme espèce en voie de disparition à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du Canada; les interdictions générales prévues par la LEP s’appliquent aux populations de l’espèce situées sur des terres fédérales, y compris le territoire de la Première nation de Walpole Island. L’habitat essentiel de l’espèce n’a pas encore été désigné par la LEP. La gérardie de Skinner est également visée par la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario, en vertu de laquelle l’espèce et son habitat sont protégés.

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Autres classements

L’organisme NatureServe a attribué à l’Agalinis skinneriana la cote G3G4 (espèce vulnérable à apparemment non en péril) à l’échelle mondiale et la cote N3 (espèce vulnérable) à l’échelle des États-Unis (NatureServe, 2009). La gérardie de Skinner est répandue dans la majeure partie des États du Midwest et du centre-sud des États-Unis, mais la plupart des populations sont très petites, et l’espèce est tenue pour rare dans la majorité des États pour lesquels elle est répertoriée (voir le tableau 2). Au Canada, la cote N1 (espèce gravement en péril) a été attribuée à l’espèce à l’échelle nationale, et la cote S1 (espèce gravement en péril), à l’échelle provinciale (Ontario).

Tableau 2. Sommaire des classements sub-nationaux de la gérardie de Skinner aux États-Unis (NatureServe, 2009).
Cote SÉtat
SH (présence historique)Arkansas, Kentucky
S1 (espèce gravement en péril)Indiana, Iowa, Kansas, Maryland, Michigan, Mississippi, Ohio
S1S2 (espèce gravement en péril à en péril)Louisiane, Tennessee
S2 (espèce en péril)Illinois, Wisconsin
S3S4 (espèce vulnérable à apparemment non en péril)Missouri
SNR (espèce non classée)Alabama, Oklahoma

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Protection et propriété de l’habitat

Sur les terres de la PNWI, la plupart des sites où pousse la gérardie de Skinner se trouvent sur des terrains privés pour lesquels un certificat de possession a été émis sous le régime de la Loi sur les Indiens. De plus, quatre sites, dont un situé dans une réserve naturelle, sont visés par des baux de conservation. Le Walpole Island Land Trust est en voie d’acquérir environ 23 ha de terrain sur lequel se trouve la majeure partie de l’un des sites les plus importants; celui-ci sera dès lors soustrait à tout changement d’utilisation des terres. Une des populations est située en partie sur des terres de la bande gérées par le WIHC. Tous les sites sont situés à l’intérieur ou à proximité de zones reconnues par le conseil de bande comme zones importantes du patrimoine naturel. Cette reconnaissance ne leur confère cependant aucune protection officielle. Le programme provisoire de rétablissement des écosystèmes de l’île Walpole (Bowles, 2005) décrit les facteurs menaçant les milieux naturels des terres de la PNWI ainsi que les mesures à prendre pour les contrer (Bowles, 2005).

Le site de La Salle fait partie de la Réserve naturelle provinciale de la Prairie Ojibway. Il est donc protégé en vertu de la Loi sur les parcs provinciaux de l’Ontario et visé par un plan directeur approuvé (Pratt, comm. pers., 2008).

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Remerciements et experts consultés

Le présent rapport a été financé par Environnement Canada, par l’entremise du Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). Les rédacteurs tiennent à remercier Dean Jacobs, Paul Pratt et Michael Oldham pour l’information et l’aide fournies. Ils remercient également les nombreuses autres personnes qui ont participé aux travaux de terrain sur les terres de la Première nation de Walpole Island ou les ont rendus possibles, en particulier les propriétaires fonciers, qui ont bien voulu permettre l’accès à leur propriété, et le personnel du Walpole Island Heritage Center, qui a participé à la collecte de données et a fourni d’autres formes d’appui. Ils remercient enfin Calvert Wright, Cam Williams et Leroy Altiman pour leur participation aux travaux de terrain en 2008.

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Sources d’information

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Sommaires biographiques des rédacteurs du rapport

Jane M. Bowles a obtenu un doctorat de l’Université Western Ontario en 1980. Elle possède plus de 25 ans d’expérience comme écologiste, travaillant à la pige dans le sud de l’Ontario, où elle a réalisé des inventaires biologiques, mené des recherches en écologie de la conservation et étudié des espèces en péril. Depuis 2003, elle collabore avec le Walpole Island Heritage Centre (WIHC) dans le cadre de ses programmes d’intendance des espèces en péril et de leur habitat. Elle est membre du Sous-comité de spécialistes des plantes vasculaires du COSEPAC depuis 2002 et membre du Comité de détermination du statut des espèces en péril en Ontario (CDSEPO) depuis 2006. Elle fait également partie des équipes chargées du rétablissement du stylophore à deux feuilles, des dunes herbeuses du lac Huron (et du chardon de Pitcher), de la prairie à grandes graminées, des forêts caroliniennes ainsi que des milieux naturels de la PNWI. Elle est professeure adjointe à l’Université Western Ontario où elle est également conservatrice de l’herbier et directrice de l’arboretum Sherwood Fox depuis 2005.

Rachel White obtiendra un baccalauréat spécialisé en biologie de l’Université Western Ontario en 2009. Son programme d’étude comprend un stage dans un laboratoire de phytopathologie d’Agriculture et Agroalimentaire Canada. En 2008-2009, elle étudiait le microhabitat de la gérardie de Skinner et l’association de l’espèce avec ses hôtes chez les populations des terres de la PNWI, comme sujet de mémoire pour son baccalauréat spécialisé. Elle a également participé aux relevés de l’espèce en 2008.

Clinton R. Jacobs appartient à la bande Anishnabe de la Première nation de Walpole Island (territoire Bkejwanong). Il est coordonnateur du patrimoine naturel au Walpole Island Heritage Centre (WIHC) depuis 1998. Il fait partie de l’équipe du programme sur le patrimoine naturel du WIHC, qui englobe l’intendance des espèces en péril et de leur habitat. Il gère la surveillance et la gestion des espèces en péril sur les terres de la PNWI, les activités d’information et de sensibilisation à leur égard et le programme de protection des terres. Il oriente et supervise des activités de recherche sur le territoire de la PNWI menées en collaboration avec diverses universités. Il connaît bien toutes les populations de plantes en péril sur le territoire de la PNWI, et il supervise les équipes chargées de leurs relevés et leur suivi. Il est reconnu au sein de la communauté et entretient des relations suivies avec les propriétaires fonciers. On lui a présenté pour avis de nombreux programmes de rétablissement visant une espèce en particulier. Il fait partie de l’équipe de rétablissement des écosystèmes du territoire de la Première nation de Walpole Island.

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Collections examinées

Aucun spécimen d’herbier n’a été examiné pour la préparation du présent rapport.