Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur L’éléocharide géniculée Eleocharis geniculata au Canada

Population des plaines des Grands Lacs
Population des montagnes du Sud

COSEPAC Sommaire de l’évaluation
COSEPAC Résumé
Table des matières

Photographie de touffes de l’éléocharide géniculée (Eleocharis geniculata) à la pointe Long, en Ontario

En voie de disparition
2009



COSEPAC
Comité sur la situation
des espèces en péril
au Canada
logo du COSEPAC


COSEWIC
Committee on the Status
of Endangered Wildlife
in Canada


Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

COSEPAC. 2009. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur l’éléocharide géniculée (Eleocharis geniculata), population des plaines des Grands Lacs et population des montagnes du Sud, au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. vii + 29 p.
(Rapports de situation du Registre public des espèces en péril)

Note de production :
Le COSEPAC remercie Terry McIntosh, Michael J. Oldham et Curtis Björk qui ont rédigé le rapport de situation sur l’éléocharide géniculée (Eleocharis geniculata) au Canada, préparé en vertu d’un contrat avec Environnement Canada. Erich Haber, coprésident du Sous–comité de spécialistes des plantes vasculaires du COSEPAC, a supervisé le présent rapport et en a fait la révision.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : 819–953–3215
Téléc. : 819–994–3684
Courriel : COSEWIC/COSEPAC@ec.gc.ca
Site Web : http://www.cosepac.gc.ca/fra/sct5/index_f.cfm

Also available in English under the title COSEWIC Assessment and Status Report on the Bent Spike–rush Eleocharis geniculata, Great Lakes Plains population and Southern Mountain population, in Canada.

Photo de la couverture :
Éléocharide géniculée -- Photo par T. McIntosh.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2009.
No de catalogue : CW69–14/581–2009F–PDF
ISBN : 978–1–100–91940–9

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COSEPAC
Sommaire de l’évaluation

 

Sommaire de l’évaluation – Avril 2009

Nom commun :

Éléocharide géniculée - Population des plaines des Grands Lacs

Nom scientifique :
Eleocharis geniculata

Statut :
En voie de disparition

Justification de la désignation :
Cette espèce annuelle de la famille des carex ne compte que deux populations en Ontario, qui totalisent possiblement moins de 2 500 plants. Les plants sont généralement présents dans des habitats humides et sablonneux le long d’étangs et dans des prés ouverts humides, et couvrent une zone de quelque 2 000 m2 seulement. L’habitat diminue en raison de la propagation d’une forme introduite envahissante de roseau commun, une herbe exotique agressive.

Répartition :
Ontario

Historique du statut :
Espèce désignée « en voie de disparition » en avril 2009. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

 

Sommaire de l’évaluation – Avril 2009

Nom commun :

Éléocharide géniculée - Population des montagnes du Sud

Nom scientifique :
Eleocharis geniculata

Statut :
En voie de disparition

Justification de la désignation :
Une seule population de cette espèce annuelle de la famille des carex est présente dans un complexe de terres humides inondées de façon saisonnière, qui se trouve sur une flèche de sable au lac Osoyoos, en Colombie–Britannique. Ses quelque 10 000 petits plants sont restreints à une zone d’environ 1 200 m2, où ils sont exposés à des événements stochastiques et aux impacts potentiels de la propagation d’herbes exotiques.

Répartition :
Colombie–Britannique

Historique du statut :
Espèce désignée « en voie de disparition » en avril 2009. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

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Résumé

Éléocharide géniculée
Eleocharis geniculata

Population des plaines des Grands Lacs
Population des montagnes du Sud

Information sur l’espèce

L’éléocharide géniculée (Eleocharis geniculata) est une petite cypéracée annuelle poussant en touffes comprenant chacune de nombreuses tiges minces. Chaque tige se termine normalement par un seul épillet, composé de fleurs bisexuées qui finissent par donner des akènes (petits fruits secs) de couleur noire. Chaque akène est surmonté d’un tubercule aplati assez large. La couleur noire des akènes permet de distinguer l’espèce de la plupart des autres espèces canadiennes d’Eleocharis poussant en touffes. Jusqu’à récemment, les spécimens d’E. geniculata récoltés au lac Osoyoos, en Colombie–Britannique, étaient considérés comme appartenant à l’E. atropurpurea, mais des recherches ont montré que cette identification était erronée.

Répartition

L’éléocharide géniculée est une espèce pantropicale assez répandue dans le sud de l’Amérique du Nord. Au Canada, elle a été signalée dans une seule localité de Colombie–Britannique (terrain de la bande indienne d’Osoyoos, sur la rive est du lac Osoyoos) et dans 3 localités du sud–ouest de l’Ontario situées sur la rive nord du lac Érié : la Réserve nationale de faune de Long Point, la municipalité de Cedar Springs et le parc provincial Rondeau (population historique). Deux unités désignables (UD) sont distinguées aux fins du présent rapport : l’UD des Montagnes du Sud, en Colombie–Britannique, et l’UD des plaines des Grands Lacs, en Ontario. La superficie totale d’habitat occupé par les populations est d’environ 1 200 m2 en Colombie–Britannique et 2 000 m2 en Ontario. Selon un maillage de 2 × 2 km, l’indice de zone d’occupation est de 16 km2 pour le Canada, dont 4 km2 en Colombie–Britannique et 12 km2 en Ontario.

Habitat

En Colombie–Britannique, l’éléocharide géniculée a été trouvée sur le sol bordant des complexes d’étangs temporaires dégagés, dans la zone biogéographique à graminées cespiteuses. Ces étangs sont inondés pendant une bonne partie de l’année et s’assèchent généralement au cours du printemps et de l’été, mais ils sont parfois à nouveau inondés vers la fin de l’été. En Ontario, l’espèce se rencontre sur sol mouillé sableux à bourbeux, dans des plaines dégagées ou au bord d’étangs temporaires et de prés humides, dans la Région forestière des feuillus (zone carolinienne). Le site de Cedar Springs semble être une ancienne sablière. En Colombie–Britannique, l’habitat de l’espèce semble stable, tandis qu’en Ontario il est menacé par le fait que la souche exotique du roseau commun (Phragmites australis) en envahit des superficies importantes.

Biologie

L’éléocharide géniculée pousse chaque année à partir d’akènes ayant survécu à l’hiver. La plante pousse jusqu’au début de l’automne, produit des fleurs et des akènes, puis flétrit et meurt au début de l’hiver. Ce ne sont pas tous les akènes produits qui germent l’année suivante. Certains restent à l’état dormant, parfois pendant plusieurs années, et forment un réservoir de semences dans le sol. L’éléocharide géniculée a besoin d’un tel réservoir pour sa persistance à long terme. Les plantes annuelles présentent souvent de grandes fluctuations annuelles dans la taille et le nombre des individus ainsi que dans le nombre de fleurs et d’akènes produits. Chez l’éléocharide géniculée, la dispersion est entièrement assurée par les akènes, car l’espèce ne possède aucun mécanisme de reproduction asexuée.

Taille et tendances des populations

En Colombie–Britannique, de nombreuses localités ont été fouillées au cours des dernières années quant à la présence possible de l’éléocharide géniculée. En Ontario, les 3 sites connus de l’espèce ont fait l’objet de relevés en 2007. Dans l’ensemble du Canada, l’espèce compte 3 populations existantes connues et 1 population historique. En Colombie–Britannique, en 2007, le nombre estimatif d’individus adultes était de plus de 10 000. En Ontario, également en 2007, le nombre estimatif d’individus adultes et en fruits était de 300 à 500 à Cedar Springs et de 1 000 à 2 000 à la pointe Long. En Colombie–Britannique, l’aire de répartition de l’espèce ne semble pas avoir changé récemment, mais elle a probablement déjà diminué dans le passé. En Ontario, l’aire de répartition semble subir un déclin à mesure que l’habitat disponible est envahi par le roseau commun.

Facteurs limitatifs et menaces

Dans toute l’aire de répartition naturelle de l’Eleocharis geniculata au Canada, le principal facteur limitatif est le caractère particulier et peu répandu de l’habitat de l’espèce. En Colombie–Britannique, le piétinement et la perturbation du sol dus aux bovins et aux chevaux, les perturbations causées par les activités humaines, les graminées et autres plantes envahissantes ainsi que la régularisation artificielle du niveau du lac Osoyoos constituent des menaces pour l’espèce. En Ontario, la principale menace pour les populations est l’envahissement rapide des superficies connues ou possibles d’habitat par le roseau commun.

Importance de l’espèce

Les populations canadiennes d’éléocharide géniculée constituent les occurrences les plus septentrionales de l’espèce en Amérique du Nord. De plus, comme elles sont isolées par rapport aux populations situées plus au sud, elles pourraient constituer un patrimoine génétique important pour l’espèce en matière de variabilité génétique, d’adaptation à l’environnement et de persistance à long terme.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

La population d’éléocharide géniculée de Colombie–Britannique est protégée par une clôture qui a été installée par la bande indienne d’Osoyoos. En Ontario, la population de la Réserve nationale de faune de Long Point est protégée par la législation fédérale, tandis que la population de Cedar Springs ne jouit d’aucune protection connue.

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Historique du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale–provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) évalue la situation, au niveau national, des espèces, des sous–espèces, des variétés ou d’autres unités désignables qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes comprises dans les groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, arthropodes, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes responsable des espèces sauvages des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (le Service canadien de la faune, l’Agence Parcs Canada, le ministère des Pêches et des Océans et le Partenariat fédéral d’information sur la biodiversité, lequel est présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres scientifiques non gouvernementaux et des coprésidents des sous–comités de spécialistes des espèces et du sous–comité des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit au moins une fois par année pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions
(2009)

Espèce sauvage
Espèce, sous–espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d’animal, de plante ou d’une autre organisme d’origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s’est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.

Disparue (D)
Espèce sauvage qui n’existe plus.

Disparue du pays (DP)
Espèce sauvage qui n’existe plus à l’état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

En voie de disparition (VD)*
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Menacée (M)
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Préoccupante (P)**
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Non en péril (NEP)***
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes (DI)****
Une catégorie qui s’applique lorsque l’information disponible est insuffisante (a) pour déterminer l’admissibilité d’une espèce à l’évaluation ou (b) pour permettre une évaluation du risque de disparition de l’espèce.
*
Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.

**
Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

***
Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

****
Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».

*****
Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999. Définition de la catégorie (DI) révisée en 2006.

 

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.


Rapport de situation du COSEPAC sur L’éléocharide géniculée
Eleocharis geniculata
Population des plaines des Grands Lacs
Population des montagnes du Sud
au Canada
2009

Table des matières

Liste des figures

Information sur l’espèce

Nom et classification

Nom scientifique :
Eleocharis geniculata (L.) Roemer & J.A. Schultes, Syst. Veg. 2:150. 1817

Synonymes :
Eleocharis dispar E.J. Hill, Eleocharis capitata (L.) R.Br. var. dispar (E.J. Hill) Fern., Eleocharis caribaea (Rottb.) Blake, Eleocharis caribaea (Rottb.) Blake var. dispar (E.J. Hill) Blake, Scirpus geniculata L. Dans la plupart des ouvrages récents, c’est le nom E. geniculata qui est employé pour l’éléocharide géniculée (voir entre autres Menapace, 2002), mais quelques auteurs continuent d’appeler la plante E. caribaea, dont Gleason et Cronquist (1991), Crow et Hellquist (2000) ainsi que Mohlenbrock (2001). Selon Menapace (2002), qui se fondait sur Wilson (1990), le nom E. caribaea est mal appliqué; Gleason et Cronquist (1991) estiment plutôt que c’est le nom E. geniculata qui est mal appliqué.

Noms français :
éléocharide géniculée, éléocharide coudée

Noms anglais :
Bent Spike–rush (Menapace, 2002), Canada Spikesedge, Caribbean Spike–rush, Annual Spike–rush, Pantropic Spike–rush

Famille :
Cypéracées

Grand groupe végétal :
Monocotylédones

Historique de la taxinomie employée au Canada :
Jusqu’en 2007, les spécimens récoltés sur les rives du lac Osoyoos, en Colombie–Britannique, ont été considérés comme appartenant à l’éléocharide pourpre–noir (Eleocharis atropurpurea), notamment par Hitchcock et al. (1969) ainsi que Douglas et al. (2001), et un rapport de situation intermédiaire a été rédigé pour cette espèce (COSEPAC, 2006). Cependant, en 2007, les spécimens initialement récoltés en 1939 ainsi que des spécimens récoltés plus récemment au lac Osoyoos ont été examinés par T. McIntosh, qui les a comparés à des spécimens d’E. atropurpurea et d’une espèce semblable, l’E. geniculata, récoltés aux États–Unis, à la suite d’une suggestion faite par C. Björk. Il a ainsi pu établir que tous les spécimens récoltés à diverses époques dans la région du lac Osoyoos appartiennent à l’espèce E. geniculata. Cette identification a été confirmée par A.A. Reznicek, de l’Université du Michigan (comm. pers., 2007). L’E. geniculata avait été signalé au Canada pour la première fois par Taylor (1935, sous le nom E. caribaea var. dispar), qui se fondait sur une récolte faite en 1934 par R.F. Cain (GH, TRT) au parc provincial Rondeau, dans le comté de Kent (faisant maintenant partie du comté de Chatham–Kent), en Ontario.

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Description morphologique

L’Eleocharis geniculata est une petite cypéracée non rhizomateuse poussant en touffes mesurant généralement de 2 à 15 cm de hauteur, mais atteignant parfois 20 cm (figure 1). Chaque individu est composé de tiges photosynthétisantes minces et nombreuses ainsi que d’un groupe dense de racines souterraines courtes. Chaque tige produit deux feuilles basilaires, mais celles–ci sont réduites à leurs gaines très pointues, minuscules et non photosynthétisantes. Chaque tige produit normalement des fleurs, réunies en un seul épillet, terminal, ovoïde ou légèrement pointu, généralement long de 3 à 7 mm. L’épillet se compose d’un axe central, de fleurs et d’écailles longues de 1,5 à 2 mm. Les fleurs sont bisexuées, comportant à la fois des organes mâles et des organes femelles. Après la fécondation, la plante produit des akènes lisses, d’un noir luisant (figure 2), surmontés d’un tubercule aplati et assez large. González–Elizondo et Reznicek (1996) ont décrit une forme brunnea de l’espèce, qui n’est présente qu’au Venezuela. Chez cette forme, les akènes sont bruns à brun rougeâtre au lieu d’être d’un noir luisant.

Figure 1 : Touffes d’Eleocharis geniculata à la pointe Long, en Ontario

Photographie de touffes de l’éléocharide géniculée (Eleocharis geniculata) à la pointe Long, en Ontario.

Photographie de T. McIntosh.

Figure 2 : Akènes et écailles de l’Eleocharis geniculata

Photographie d’akènes et d’écailles de l’éléocharide géniculée (Eleocharis geniculata). Spécimen récolté en 2006 au lac Osoyoos, en Colombie-Britannique.

Spécimen récolté en 2006 au lac Osoyoos. Photographie de T. McIntosh.

Des plantes poussant sur le sable mouillé près du lac Michigan, dans le comté de Lake, en Indiana, ont été décrites sous le nom Eleocharis dispar E.J. Hill (Hill, 1882), puis renommées E. capitata (L.) R.Br. var. dispar (E.J. Hill) Fernald (Fernald, 1906) ou E. caribaea (Rottb.) Blake var. dispar (E.J. Hill) Blake (Blake, 1918). Ce taxon n’a pas été reconnu par Menapace (2002) dans son traitement récent de l’E. geniculata. À titre de variété, il se distingue de la forme typique de l’E. geniculata par ses écailles brun violacé et ses akènes noir violacé (alors que la forme typique a les écailles jaunes à brun pâle et les akènes noir luisant). Des plantes répondant à la description de la variété dispar ont également été récoltées en Illinois (Mohlenbrock, 2001), au Michigan et en Indiana (Hermann, 1935) ainsi qu’en Ontario (Taylor, 1935). Un examen récent des spécimens par A.A. Reznicek (comm. pers., 2007) semble confirmer que les plantes récoltées dans la région des Grands Lacs qui correspondent à la description de la variété dispar ne devraient pas être reconnues comme formant un taxon distinct. Il se peut que la couleur violacée des écailles caractérisant l’E. dispar soit liée aux conditions climatiques. Reznicek a constaté que des individus à écailles rougeâtres ou violacées se rencontrent également à l’extérieur de l’aire de répartition de l’E. dispar, notamment en Colombie–Britannique, dans les montagnes du Nouveau–Mexique, en Floride et dans la partie tempérée de l’Argentine. Dans tous les cas, ces spécimens provenaient de régions tempérées ou avaient été récoltés en hiver. De plus, Reznicek n’a pu trouver aucune différence de couleur des akènes entre les plantes provenant de la région des Grands Lacs et celles provenant d’autres parties de l’aire de répartition de l’E. geniculata. Reznicek en tire la conclusion suivante quant à la validité taxinomique de l’E. dispar : (traduit de l’anglais) « Les plantes provenant de la région des Grands Lacs forment un groupe géographiquement très isolé, mais la différence de couleur est liée au climat tempéré [...] Je crois improbable que les Eleocharis de la région des Grands Lacs méritent d’être reconnus comme un taxon distinct, mais il est très probable que ces plantes sont jusqu’à un certain point génétiquement distinctes et méritent donc d’être traitées séparément de celles provenant de Colombie–Britannique. » (A.A. Reznicek, comm. pers., 2007).

La couleur foncée des akènes permet de distinguer l’espèce des autres espèces d’Eleocharis poussant en touffes qui ont été signalées au Canada. Cependant, l’espèce a été confondue avec l’E. atropurpurea, qui a une aire de répartition semblable plus au sud et pourrait un jour être trouvé au Canada. Les 2 espèces sont de petites plantes annuelles poussant en touffes et produisant des akènes qui sont noirs à maturité. Cependant, l’E. geniculata peut être distingué de l’E. atropurpurea par ses akènes et par d’autres caractères. Les akènes de l’E. geniculata sont normalement plus longs (de 0,7 à 1,1 mm au lieu de 0,3 à 0,5 mm chez l’E. atropurpurea), leur tubercule est toujours plus gros, plus large et plus aplati que chez l’E. atropurpurea, les écailles de l’épillet sont toujours plus grandes (longues de 1,5 à 2 mm au lieu de 1 mm), et les épillets sont plus ronds, généralement moins pointus et souvent plus courts que chez l’E. atropurpurea.

En Ontario, l’Eleocharis geniculata peut être confondu avec un taxon d’aspect similaire, l’E. flavescens var. olivacea, avec lequel il pousse parfois. Cependant, l’E. flavescens var. olivacea produit des akènes vert olive à bruns, à tubercule vert. De plus, l’E. flavescens var. olivacea est une plante vivace à stolons, tandis que l’E. geniculata est une plante annuelle sans stolons.

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Description génétique

Aucune étude génétique n’a été faite sur l’Eleocharis geniculata.

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Unités désignables

Deux unités désignables (UD) sont distinguées chez l’Eleocharis geniculata dans le présent rapport : l’UD des montagnes du Sud, en Colombie–Britannique, et l’UD des plaines des Grands Lacs, en Ontario. Cette distinction est fondée sur le fait que les populations de l’est et de l’ouest du pays se trouvent dans des « aires écologiques nationales du COSEPAC » séparées par une grande distance, celle des montagnes du Sud, en Colombie–Britannique, et celle des plaines des Grands Lacs, en Ontario, et sur le fait que les populations de chacune de ces régions sont elles–mêmes relativement isolées des populations les plus proches se trouvant aux États–Unis. La population de Colombie–Britannique constitue en fait la plus septentrionale des occurrences nord–américaines de l’espèce, et les populations les plus proches se trouvent au Nevada et dans le sud de la Californie. Même dans le cas des États contigus des États–Unis, l’aire de répartition établie en matière de présence ou d’absence dans chaque comté est très fragmentée (USDA, NRCS, 2009) et pourrait être révélatrice d’adaptations locales. Dans l’ensemble de son aire de répartition, cette espèce pantropicale présente des variations dans la couleur des akènes et des écailles de l’épillet (voir discussion ci–dessus sur l’E. dispar et sur la forme de l’E. geniculata découverte au Venezuela). Certains spécimens provenant des régions plus tempérées formant la bordure nord de la répartition de l’espèce, notamment en Colombie–Britannique, en Ontario et dans quelques États du centre–nord des États–Unis, diffèrent des spécimens typiques quant à la couleur des épillets et des akènes. Ces différences pourraient correspondre à des différences génétiques par rapport aux populations situées plus au sud, dans les zones tempérées plus chaudes ou dans les zones tropicales. De plus, il est fort possible que des différences génétiques existent entre les deux UD reconnues au Canada, puisque la répartition bimodale formée par les populations de Colombie–Britannique et d’Ontario traduit sans doute des origines historiques différentes.

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Répartition

Aire de répartition mondiale

L’Eleocharis geniculata est une espèce pantropicale largement répandue dans tout le sud de l’Amérique du Nord (Menapace, 2002; NatureServe, 2007). Cependant, l’espèce est peu commune à rare dans les parties septentrionales de son aire de répartition nord–américaine. Ailleurs qu’en Amérique du Nord, l’E. geniculata a été signalé dans les Antilles, aux Bermudes, en Amérique centrale, en Amérique du Sud, en Asie, en Afrique, dans les îles du Pacifique (dont Hawaï) et en Australie (Svenson, 1929; Menapace, 2002). Selon Svenson (1957), l’E. geniculata est l’espèce la plus répandue du genre Eleocharis.

La figure 3 montre l’aire de répartition généralisée de l’E. geniculata en Amérique du Nord. Au Canada, l’espèce a été signalée sur la rive est du lac Osoyoos, en Colombie–Britannique (figure 4) et le long des rives du lac Érié, en Ontario (figure 5).

Figure 3 : Aire de répartition généralisée de l’Eleocharis geniculata en Amérique du Nord en matière de présence ou d’absence dans chaque État ou province

Carte montrant l’aire de répartition généralisée de l’éléocharide géniculée (Eleocharis geniculata) en Amérique du Nord en matière de présence ou d’absence dans chaque État ou province.

(d’après Smith et al., 2003). Les gros points noirs indiquent la présence de l’espèce dans chaque État, et non la position réelle des occurrences.

Note : Il n’existe aucune carte indiquant la répartition réelle de cette espèce. La présente figure est fondée sur l’article récemment publié par Smith et al. dans Flora of North America (FNA). Elle diffère de la carte fournie par NatureServe (2007), selon laquelle l’espèce ne serait pas présente au Nevada et au Nebraska, mais le serait en Caroline du Sud et au Kansas; ces occurrences n’ont pas été vérifiées dans l’article de FNA.

Figure 4 : Aire de répartition de l’Eleocharis geniculata en Colombie–Britannique

Carte montrant l’aire de répartition de l’éléocharide géniculée (Eleocharis geniculata) en Colombie-Britannique.

(UD 1)

Figure 5 : Aire de répartition de l’Eleocharis geniculata en Ontario

Carte montrant l’aire de répartition de l’éléocharide géniculée (Eleocharis geniculata) en Ontario.

(UD 2). La localité indiquée par un X est le parc provincial Rondeau, d’où l’espèce est probablement disparue.

La localité où l’Eleocharis geniculata a été signalé et qui se trouve le plus près de la population de Colombie–Britannique est située dans le sud de la Californie. L’E. atropurpurea a été signalé dans l’État de Washington (Hitchcock et al., 1969), et il pourrait s’agir d’un spécimen d’E. geniculata mal identifié, mais cette hypothèse n’a pas été vérifiée, car le spécimen n’a pu être retrouvé.

Les populations ontariennes de l’espèce font partie d’un groupe d’occurrences situées autour des Grands Lacs inférieurs en Illinois, en Indiana, au Michigan, en Ohio et en Pennsylvanie, lesquelles sont bien séparées des populations se trouvant plus au sud aux États–Unis. Dans le sud des États–Unis, l’espèce se rencontre depuis la Caroline du Sud, la Georgie et la Floride jusque dans le sud de la Californie, avec quelques occurrences situées à l’intérieur du continent en Oklahoma, au Kansas et au Nebraska. L’espèce a également été signalée en Caroline du Nord (Fernald, 1950), au Maryland (Brown et Brown, 1984) et au New Jersey (NatureServe, 2007), mais il s’agit peut–être d’erreurs puisque ces États ne sont pas mentionnés par Menapace (2002). En fait, aucune mention n’a été répertoriée pour le New Jersey (D. Snyder, comm. pers., 2007), et la seule mention répertoriée pour le Maryland est celle publiée par Brown et Brown (1984), qui n’a jamais été vérifiée (C. Frye, comm. pers., 2007). Il n’existe aucune mention récente pour la Caroline du Nord (R. LeBlond, B. Sorrie et A. Weakley, pers. comm., 2007), où la présence de l’espèce est uniquement indiquée par l’énoncé « n. to N.C. » (vers le nord jusqu’en Caroline du Nord) utilisé dans le Gray’s Manual (Fernald, 1950) pour décrire l’aire de répartition de l’espèce. En Amérique du Nord, les États où l’espèce est la plus commune sont probablement la Floride (où elle serait présente dans 33 des 67 comtés selon la carte de Ward et Leigh, 1975) et le Texas (où elle serait présente dans 32 des 254 comtés selon la carte de l’USDA, 2007).

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Aire de répartition canadienne

Au Canada, l’E. geniculata a été signalé dans une localité de Colombie–Britannique, un terrain de la bande indienne d’Osoyoos, sur la rive est du lac Osoyoos, et dans trois localités du sud–ouest de l’Ontario, le long de la rive nord du lac Érié (figure 4 et 5).

En Colombie–Britannique, l’E. geniculata a été récolté pour la première fois en 1939 par J.W. Thompson (qui a alors considéré qu’il s’agissait de l’E. atropurpurea). L’espèce a été observée et récoltée au même endroit par A. Ceska en 1980 et en 1991 (A. Ceska a déposé ses spécimens des deux années à l’herbier du Musée royal de la Colombie–Britannique, sous le nom E. atropurpurea). G. Douglas a indiqué qu’il n’avait pas vu l’espèce au site du lac Osoyoos depuis plusieurs années (COSEPAC, 2006), mais la présence de l’espèce à cet endroit a été confirmée en 2005, 2006 et 2007 par C. Björk et T. McIntosh.

En Ontario, l’E. geniculata a été signalé dans la Réserve nationale de faune de Long Point, dans le parc provincial Rondeau (site historique) et à Cedar Springs, au sud–ouest de Blenheim (figure 5). Les sites de la pointe Long et du parc Rondeau sont situés sur le littoral du lac Érié, tandis que celui de Cedar Springs est situé sur une crête de plage de l’ancien lac glaciaire Warren, parfois appelée « moraine de Blenheim ». La première récolte ontarienne a été faite dans le parc provincial Rondeau en 1934 (Taylor, 1935), mais l’espèce n’a jamais été retrouvée dans cette localité par la suite, malgré plusieurs recherches menées spécifiquement à cette fin au cours de plusieurs années (y compris en 2007); il est donc possible que l’espèce soit disparue de cette localité. Reznicek et Catling (1989) ont signalé l’espèce à la pointe Long, où elle avait été observée pour la première fois en 1979. La population de Cedar Springs a été découverte en 1996 par M.J. Oldham et A.W. Cusick. Les spécimens ont été déposés dans les herbiers DAO, MICH, TRT et WIS (acronymes selon Holmgren et Holmgren, 1998).

L’aire de répartition canadienne de l’Eleocharis geniculata représente actuellement moins de 1 % de l’ensemble de son aire nord–américaine. La zone d’occurrence formée par les populations canadiennes, selon les observations faites sur le terrain et les données UTM, est d’environ 7,7 km2, dont 1 km2 en Colombie–Britannique et 6,7 km2 en Ontario. La portion ontarienne est fondée sur un polygone incluant les populations de la pointe Long et de Cedar Springs, mais excluant les eaux du lac Érié situées entre ces localités. La superficie estimative d’habitat occupé par les populations connues est d’environ 1 200 m2 en Colombie–Britannique et 2 000 m2 en Ontario. Selon un maillage de 1 × 1 km, l’indice de zone d’occupation est de 5 km2 pour le Canada, dont 1 km2 en Colombie–Britannique et 4 km2 en Ontario; selon un maillage de 2 × 2 km, il est de 16 km2 au Canada, dont 4 km2 en Colombie–Britannique et 12 km2 en Ontario.

Il convient de noter que l’Eleocharis geniculata n’est pas la seule espèce à présenter une telle répartition bimodale au Canada. C’est également le cas de plusieurs espèces désignées en voie de disparition aux termes de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du gouvernement fédéral, dont le rotala rameux (Rotala ramosior), l’ammannie robuste (Ammannia robusta) et le lipocarphe à petites fleurs (Lipocarpha micrantha).

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Habitat

Besoins en matière d’habitat

À l’échelle mondiale, l’Eleocharis geniculata est une espèce des terres humides qui pousse sur la terre ou le sable au bord de lacs et d’étangs, sur la berge de canaux, de rivières et de ruisseaux, dans les dépressions des dunes et d’autres milieux ainsi que dans les lagunes, les vasières, les fossés d’irrigation et les rizières (Menapace, 2002; COSEPAC, 2006). Généralement, ces milieux sont inondés vers le début de la saison de végétation et s’assèchent jusqu’en été et en automne, le retrait des eaux exposant les sols humides nécessaires à la croissance de l’E. geniculata. Au Canada, l’espèce ne pousse que dans des sols sableux ou limono–sableux (bourbeux) dégagés, où elle n’est pas soumise à la compétition de plantes vasculaires plus grandes et plus agressives.

En Colombie–Britannique, l’espèce a été trouvée sur le sol limono–sableux mouillé qui borde les complexes d’étangs temporaires d’une flèche limono–sableuse formant une pointe triangulaire dans le lac Osoyoos. Les étangs sont remplis pendant une bonne partie de l’hiver et s’assèchent durant l’été, mais ils se remplissent généralement à nouveau vers la fin de l’été ou au début de l’automne, à cause de changements du niveau du lac ou d’un flux tardif d’eaux souterraines à partir des montagnes se trouvant à l’est. Après cette seconde période d’inondation, les étangs s’assèchent à nouveau durant l’automne. Les 2 périodes d’assèchement exposent les sols nécessaires à la croissance de l’E. geniculata.Les complexes d’étangs sont séparés du lac par des dunes et des plaines couvertes de végétation. Les étangs sont ainsi protégés des vagues du lac, et l’E. geniculata a peut–être besoin de leurs eaux calmes. Il se peut également que l’espèce ait besoin des sols limoneux–sableux relativement complexes qui se rencontrent dans les secteurs pourvus d’étangs; au bord du lac, on trouve surtout du sable. Dans l’habitat de l’E. geniculata, le pH du sol superficiel (mesuré durant les travaux sur le terrain de 2007) était d’environ 8,0 à un endroit et 7,0 à un autre endroit. L’habitat fait partie de l’écosystème de la steppe arbustive semi–aride de la zone biogéoclimatique à graminées cespiteuses (Iverson et Haney, 2005).

En Ontario, l’E. geniculata a été trouvé sur le sol mouillé sableux à bourbeux de plaines dégagées, de bords d’étangs temporaires ou de prés humides, dans la Région forestière des feuillus (zone carolinienne). La population de la pointe Long est probablement plus ou moins dépendante des fluctuations de niveau du lac Érié, comme devait l’être aussi la population historique du parc Rondeau. Le site où se trouve la population de Cedar Springs semble être une sablière abandonnée, aménagée à même une ancienne crête de plage à environ 1,7 km du littoral actuel du lac Érié.

De nombreuses espèces végétales, principalement basses, sont associées à l’habitat de l’E. geniculata. En Colombie–Britannique, ces plantes comprennent un nombre appréciable d’espèces désignées en voie de disparition aux termes de la LEP : l’ammannie robuste, l’aster des terrains alcalins (Symphyotrichum frondosum, parfois appelé « aster feuillu ») et, occasionnellement, le rotala rameux et le lipocarphe à petites fleurs. Les autres espèces associées sont le carex verdâtre (Carex viridula), le carex compact (Csychnocephala), l’éléocharide aciculaire (Eleocharis acicularis), l’éléocharide à gros épi (E. macrostachya), l’éléocharide ovale (E. ovata), le jonc de Torrey (Juncus torreyi), le jonc articulé (J. articulatus), le scirpe piquant (Schoenoplectus pungens), la verge d’or de l’Ouest (Euthamia occidentalis), le bident penché (Bidens cernua) et la renoncule cymbalaire (Ranunculus cymbalaria). Peu de plantes introduites sont présentes, dont un laiteron (Sonchus sp.), l’alpiste roseau (Phalaris arundinacea) et l’agrostide stolonifère (Agrostis stolonifera).

En Ontario, les espèces indigènes fréquemment associées à l’Eleocharis geniculata sont l’éléocharide olivâtre (E. flavescens var. olivacea), l’éléocharide elliptique (E. elliptica), l’éléocharide à tige carrée (E. quadrangulata), la sclérie verticillée (Scleria verticillata), le rhynchospore capillaire (Rhynchospora capillacea), le carex verdâtre, le marisque inerme (Cladium mariscoides), le souchet des rivières (Cyperus bipartitus), le fimbristyle d’automne (Fimbristylis autumnalis), le jonc alpin (Juncus alpinus), le panic capillaire (Panicum capillare), le panic de Tuckerman (P. tuckermanii), le millepertuis majeur (Hypericum majus), le lycope uniflore (Lycopus uniflorus), la gérardie appauvrie (Agalinis paupercula), la leucospore multifide (Leucospora multifida), le troscart des marais (Triglochin palustre), l’hélénie automnale (Helenium autumnale) et l’utriculaire cornue (Utricularia cornuta). En 1994 et 1995, dans le site de la pointe Long, l’utriculaire résupinée (U. resupinata) était commune à localement abondante dans les étangs se trouvant entre la baie Gravelly et l’extrémité est de la pointe (D.A. Sutherland, comm. pers., 2008). Dans tous les sites ontariens, la principale plante envahissante est la race envahissante du roseau commun (Phragmites australis ssp. australis).

Les milieux convenant à l’Eleocharis geniculata semblent rares en Colombie–Britannique. Il existe de vastes étendues de milieux riverains dans les régions intérieures semi–arides de la province, mais peu de ces milieux semblent renfermer les plaines ou flèches avec étangs isolés dont a besoin l’E. geniculata. Les seuls autres milieux semblables connus se trouvent à l’extrémité nord–ouest du lac Osoyoos. Le caractère apparemment limité de l’habitat est confirmé par des travaux sur le terrain. De 2005 à 2007, C. Björk et T. McIntosh ont fouillé de nombreux milieux riverains de la vallée de l’Okanagan, du plateau Thompson, du lac Shuswap et de la vallée de la Similkameen et n’ont pas repéré l’espèce ailleurs que dans le seul site connu. Plus tôt, R. et B. Klinkenberg avaient recherché l’espèce au bord de lacs et d’étangs du secteur allant du lac Osoyoos à Salmon Arm, dans le nord de la vallée de l’Okanagan, mais ils n’ont pas trouvé de nouvelle population (COSEPAC, 2006). Sur les berges où l’espèce a été cherchée, l’eau s’était beaucoup retirée au moment des travaux sur le terrain, mais il demeure possible que l’espèce soit un jour découverte à certains de ces endroits, car les milieux pourraient s’assécher encore davantage : comme l’espèce connaît des fluctuations d’effectif d’une année à l’autre, il est possible que des populations soient passées inaperçues.

En Ontario, le long du lac Érié, les milieux pouvant servir d’habitat à l’espèce, comme les plages de sable naturelles et les prés littoraux, sont peu communs et ont été fortement modifiés par les activités humaines. M.J. Oldham et d’autres botanistes ont fouillé plusieurs fois, à des moments propices de l’année, les milieux littoraux sableux humides naturels et semi–naturels existant encore sur la rive nord du lac Érié (île Pelée, zone de protection de la nature de Holiday Beach, pointe Pelée, marais Hillman, parc provincial de Wheatley, parc provincial Rondeau, parc provincial de Port Burwell, pointe Turkey, pointe Abino, etc.), pour vérifier la présence éventuelle de l’Eleocharis geniculata et d’autres espèces de ces milieux. Étant donné la biologie de l’espèce et les fluctuations auxquelles est soumis son habitat, il est possible que des populations non encore découvertes existent dans le sud de l’Ontario, mais ces populations seraient sans doute petites et peu nombreuses.

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Tendances en matière d’habitat

En Colombie–Britannique, l’habitat actuel de l’E. geniculata semble avoir subi un déclin. Dans le passé, l’espèce était probablement présente dans les flèches semblables ainsi que les étangs et prés inondés bordant le lac Osoyoos qui ont été détruits au cours de la dernière centaine d’années, principalement par l’exploitation urbaine ou agricole. Vers la fin des années 1990, A. Ceska (comm. pers., 2007) a observé le lipocarphe à petites fleurs sur le littoral du lac Osoyoos, dans la ville d’Osoyoos. Cette plante poussait dans un milieu ressemblant aux plaines où il avait récolté l’E. atropurpurea (= E. geniculata), sur les terres de la bande indienne d’Osoyoos. Or, ce site a été comblé de sable environ une année plus tard, et des toilettes y ont été construites, ce qui a complètement détruit le milieu. Un autre site qui peut avoir abrité l’E. geniculata est une très grande plaine, inondée une partie de l’année, se trouvant à l’extrémité nord–ouest du lac Osoyoos. Ce secteur a été gravement transformé avec le temps par l’élevage du bétail et les activités connexes, mais le rivage voisin abrite toujours plusieurs espèces végétales souvent associées à l’E. geniculata, dont l’aster des terrains alcalins, le lipocarphe à petites fleurs, le carex compact et l’éléocharide ovale.

Le niveau du lac Osoyoos est régularisé depuis 1987, depuis la reconstruction du barrage Zosel, à Oroville, dans l’État de Washington. Cette régularisation pourrait un jour constituer une menace pour l’habitat de l’espèce, mais on n’en sait rien pour le moment. Depuis au moins 2005 et probablement depuis 1987, soit depuis que les eaux du lac sont maintenues aux niveaux actuels, de nombreuses portions de la rive est du lac, dont la flèche, subissent une lente érosion probablement due à l’action des vagues, qui est plus ciblée depuis que le niveau est relativement constant tout l’été. Dans le passé, les fluctuations naturelles de niveau devaient répartir l’action des vagues sur une gamme beaucoup plus large d’altitudes. Aujourd’hui, des terrasses se sont formées dans plusieurs secteurs, sans doute parce que les vagues ont creusé la berge autrefois graduelle du lac et ainsi provoqué la submersion de l’ancien littoral. Bien que l’habitat de l’E. geniculata soit pour l’instant relativement isolé et protégé de l’action des vagues, il pourrait un jour y être exposé.

En Ontario, à cause de l’envahissement très grave des terrains dégagés humides par la souche exotique du roseau commun (Phragmites australis), la qualité de l’habitat est en déclin dans tous les sites connus, y compris le site historique (figure 6). À la pointe Long, Wilcox et al. (2003) ont répertorié une augmentation exponentielle de la superficie occupée par le roseau commun, qui est passée de 18 ha en 1995 à 137 ha en 1999. Les travaux sur le terrain menés à la pointe Long en 2007 ont confirmé que le roseau commun envahit rapidement les rives sableuses humides des étangs et les prés dégagés privilégiés par l’Eleocharis geniculata. À Cedar Springs, l’habitat de l’espèce a peut–être déjà subi des pertes dues à l’envahissement par le roseau commun et pourrait disparaître complètement si une exploitation foncière est entreprise sur le site.

Figure 6 : Envahissement de l’habitat de l’Eleocharis geniculata par le roseau commun à la pointe Long, en Ontario

Photo montrant l’envahissement de l’habitat de l’éléocharide géniculée (Eleocharis geniculata) par le roseau commun à la pointe Long, en Ontario.

Note : La dépression allongée de couleur foncée se trouvant devant la colonie dense de roseau commun (partie centrale supérieure de la photo) et derrière les traces de pas dans le sable est un des sites de l’E. geniculata à la pointe Long. Les tiges plus petites poussant à gauche et à droite jusqu’à l’avant–plan sont probablement des tiges de roseau commun apparues en 2007 à partir de rhizomes souterrains. Photographie de T. McIntosh.

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Protection et propriété

La seule population d’Eleocharis geniculata de Colombie–Britannique est clôturée, ce qui la protège en grande partie du broutage et du piétinement par le bétail. Cette clôture fait également obstacle aux incursions de visiteurs. De plus, la bande indienne d’Osoyoos appuie depuis 2004 le Programme d’intendance de l’habitat pour les espèces en péril (PIH). La plupart des travaux effectués dans le cadre du PIH ont visé à enlever les plantes envahissantes, particulièrement dans les sites où des espèces rares ont été trouvées. Des panneaux indiquant la présence d’espèces rares dans le secteur ont été placés le long de la rive dans la zone protégée. Divers projets d’exploitation ont été envisagés par la bande Osoyoos pour la rive est du lac, mais jusqu’à présent aucun n’a été entrepris, et aucun n’a visé le secteur de la flèche. Cependant, toute exploitation riveraine entreprise près du site aurait probablement pour effet d’accroître l’utilisation du terrain, ce qui pourrait nuire à la population d’E. geniculata et à son habitat.

En Ontario, toute ou presque toute la population d’Eleocharis geniculata de la pointe Long est située dans la Réserve nationale de faune de Long Point, administrée par le Service canadien de la faune d’Environnement Canada. Il se peut que certains individus d’E. geniculata poussant près de l’extrémité de la pointe se trouvent sur des terrains appartenant à Transport Canada ou au ministère des Richesses naturelles de l’Ontario. L’E. geniculata n’a pas été signalé dans le parc provincial de la pointe Long, situé à la base de la pointe. Par conséquent, à la pointe Long, l’habitat de l’E. geniculata est protégé par des lois et directives fédérales et notamment par la Loi sur les espèces sauvages au Canada. En 1986, une bonne partie de la pointe a été déclarée « réserve mondiale de la biosphère » par l’UNESCO, mais cette désignation ne confère aucune protection juridique. À Cedar Springs, l’habitat de l’espèce ne jouit d’aucune protection connue. Le site est situé à proximité d’un terrain de baseball qui appartient probablement à la municipalité. Le site de la population historique (disparue) du parc Rondeau est situé dans un parc provincial.

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Biologie

Cycle vital et reproduction

L’Eleocharis geniculata est une plante annuelle qui pousse chaque année à partir d’akènes lorsque les conditions sont favorables. La plante continue de pousser jusqu’au début de l’automne, produit des fleurs et des akènes, puis flétrit et meurt au début de l’hiver. Les akènes tombent de la plante et sont probablement enfouis par une fine couche de terre ou de litière au moment de la hausse du niveau de l’eau. Cependant, ce ne sont pas tous les akènes qui germent l’année suivante. Certains restent dormants et forment un réservoir de semences, ne germant qu’en présence de signaux environnementaux particuliers. La dormance peut ainsi durer de nombreuses années, voire plusieurs décennies. Les espèces annuelles telles que l’E. geniculata ont besoin d’un réservoir de semences pour assurer leur persistance à long terme dans le milieu. Dans les écosystèmes naturels de ce type, il faut que des akènes soient toujours présents dans le sol pour que la population se maintienne à long terme et puisse même traverser les années de conditions défavorables où pratiquement aucun individu n’est produit. Chez les plantes annuelles, on observe souvent de larges fluctuations annuelles dans le nombre et la taille des individus et dans le nombre de fleurs et d’akènes produits. Comme les taux de production de graines et de germination sont incertains et qu’il est difficile de discerner les tendances des taux inhérents de dormance des réservoirs de semences, il est également difficile de prédire chaque année l’effectif des populations de plantes annuelles telles que l’E. geniculata. L’espèce ne se reproduit pas par voie asexuée.

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Physiologie

On ne sait presque rien de la physiologie de l’Eleocharis geniculata. Des observations faites au lac Osoyoos semblent indiquer que l’espèce pourrait avoir besoin d’une eau et d’un sol légèrement alcalins, mais cette hypothèse reste à confirmer.

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Dispersion

La dispersion se fait par les akènes, car l’espèce ne possède aucun mécanisme de reproduction asexuée. Les akènes tombent probablement à proximité de la plante, mais peuvent être transportés par l’eau ou par les animaux. En laboratoire, les akènes préalablement mouillés commencent par flotter, coulent rapidement lorsque l’eau est brassée, puis reviennent immédiatement à la surface. Après quelques heures, ils coulent à nouveau et demeurent sous l’eau. Il semble donc que les akènes ne sont pas dispersés efficacement à grande distance. Comme l’Eleocharis geniculata pousse dans des milieux dégagés, les akènes pourraient être transportés vers d’autres milieux humides par les pattes des oiseaux de type sauvagine. Ce mode de dispersion, ou peut–être une dispersion associée à l’alimentation, a été signalé en Australie pour d’autres espèces d’Eleocharis (Bell, 2000), mais il n’a jamais été constaté dans le cas de l’E. geniculata. L’absence de l’espèce dans des milieux voisins convenant par ailleurs à l’espèce, à la pointe Long, semble indiquer que l’E. geniculata ne se disperse normalement qu’à de courtes distances.

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Relations interspécifiques

Il n’existe aucune information sur les relations pouvant exister entre l’Eleocharis geniculata et d’autres espèces d’organismes.

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Adaptabilité

L’Eleocharis geniculata semble avoir une amplitude écologique relativement faible et être adapté à un habitat relativement restreint.

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Taille et tendances des populations

Activités de recherche

D’août à octobre 2007, T. McIntosh et C. Björk ont effectué des recherches quant à la présence de plantes rares, dont l’Eleocharis geniculata, dans plusieurs sites des rives du lac Okanagan et de la rivière Thompson, en Colombie–Britannique. De telles recherches ont porté sur les rives nord et ouest du lac Osoyoos ainsi que sur le côté est du lac, dans la réserve indienne d’Osoyoos. Divers sites ont également été fouillés aux lacs Vaseux, Mahoney, Okanagan et Skaha. De plus, T. McIntosh, C. Björk ainsi que Ron Hall, de la bande indienne d’Osoyoos, ont effectué deux journées de recherches intensives dans le site connu pour évaluer l’état de la population et de son habitat. De nombreuses recherches additionnelles ont été faites au cours des dix dernières années dans la vallée de l’Okanagan. T. McIntosh et C. Björk ont fait des recherches et des inventaires sur les populations et l’habitat des plantes rares dans la réserve indienne au cours des trois dernières années. A. Ceska (comm. pers., 2007) et O. Ceska ont fait des relevés sur les rives du lac Osoyoos à l’égard de l’E. geniculata et d’autres espèces rares durant les années 1980 et 1990. G. Douglas a herborisé plusieurs fois sur la flèche se trouvant dans la réserve indienne d’Osoyoos de 1991 à 2004 (COSEPAC, 2006). En 2002 et 2003, R. et B. Klinkenberg ont réalisé des relevés ciblant cette espèce dans la vallée de l’Okanagan (COSEPAC, 2006); ces relevés ont notamment porté sur les lacs Deadman, Gallagher, Mahoney, Okanagan, Osoyoos, Prather, Shannon, Skaha, Tugunuit, Twin, Vaseux et White ainsi que sur les terres humides connexes.

Les 7 et 8 septembre 2007, les 3 sites ontariens connus de l’Eleocharis geniculata ont fait l’objet de relevés. Le 7 septembre, M.J. Oldham, T. McIntosh et S. Brinker se sont rendus à la plage sud du parc provincial Rondeau et y ont fouillé le littoral du lac Érié ainsi que le rivage faisant face à la baie Rondeau. Le même jour, M.J. Oldham et T. McIntosh ont fait des relevés et recueilli de l’information sur la population de Cedar Springs et sur son habitat. Le 8 septembre, A.A. Reznicek, M.J. Oldham, T. McIntosh et S. Brinker ont fait des relevés et recueilli de l’information sur la population de la pointe Long et sur son habitat; ces relevés ont porté sur une série de transects traversant les sites connus de l’espèce ainsi que des secteurs où elle n’avait jamais été observée. Au cours des 25 dernières années, M.J. Oldham et d’autres botanistes ont fouillé d’autres sites pouvant convenir à l’espèce sur la rive ontarienne du lac Érié, à une période propice de l’année, souvent plusieurs fois; les sites ainsi étudiés comprennent les pointes Lighthouse et Fish, à l’île Pelée, le parc national de la Pointe–Pelée, la zone de protection de la nature de Big Creek, la pointe Turkey, le parc provincial de Port Burwell, la pointe Abino et d’autres localités littorales de la région de Niagara.

L’Eleocharis geniculata n’a pas fait l’objet de recherches ciblées dans d’autres provinces du Canada, mais il est peu probable qu’il y soit présent. En effet, les nombreuses récoltes de plantes du genre Eleocharis faites depuis de nombreuses décennies dans toutes les régions du Canada et déposées dans les principaux herbiers comprennent uniquement, dans le cas de l’E. geniculata, les spécimens provenant des localités mentionnées dans le présent rapport. De plus, les occurrences de cette espèce pantropicale signalées dans les diverses régions d’Amérique du Nord présentent de fortes disjonctions, et les populations des États–Unis situées le plus près des populations canadiennes se trouvent en Pennsylvanie, en Ohio et au Michigan, où l’espèce est également rare.

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Abondance

Au Canada, l’Eleocharis geniculata compte 3 populations existantes connues et une population historique. En Colombie–Britannique, selon une estimation visuelle faite en 2007 par C. Björk et T. McIntosh dans le cadre de relevés effectués à pied le long de transects, le nombre total d’individus serait supérieur à 10 000. Ces individus forment une seule population.

En Ontario, le nombre d’individus adultes et en fruits serait de 300 à 500 à Cedar Springs et de 1 000 à 2 000 à la pointe Long, selon des estimations visuelles faites en 2007 dans le cadre de relevés effectués à pied, par M.J. Oldham et T. McIntosh à Cedar Springs et par M.J. Oldham et A.A. Reznicek à la pointe Long. Dans chacune de ces 2 localités, on considère que les individus forment une seule population. Comme certains milieux pouvant convenir à l’espèce n’ont pas été examinés à la pointe Long, il est possible qu’un plus grand nombre d’individus soient présents dans cette localité. Aucune indication d’abondance ne figure sur l’étiquette du spécimen récolté en 1934 au parc provincial Rondeau.

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Fluctuations et tendances

En Colombie–Britannique, la zone d’occurrence de l’espèce ne semble pas avoir changé au cours des dernières années, mais elle a probablement rapetissé dans le passé. En Ontario, par contre, la zone d’occurrence est train de rapetisser. En effet, de nombreux botanistes ont examiné les milieux convenant à l’espèce dans le parc provincial Rondeau depuis que l’espèce y a été découverte en 1934, et ces milieux ont notamment été fouillés en 2007, mais l’espèce n’y a plus été observée et est sans doute disparue de cette localité. Par ailleurs, la population de la pointe Long semble avoir régressé au cours des 10 à 20 dernières années, à cause de l’envahissement des milieux dégagés par une plante extrêmement agressive, le Phragmites australis.

En Colombie–Britannique, aucune donnée n’a été recueillie sur les fluctuations et tendances avant 2005, mais l’effectif de la population ne semble pas avoir changé de façon appréciable de 2005 à 2007. Cependant, le relevé de 2007 a été plus approfondi que ceux des deux années précédentes.

On dispose de données limitées sur les fluctuations et tendances des deux populations ontariennes d’E. geniculata. Celle de Cedar Springs semble relativement stable. En effet, depuis la découverte de cette population en 1996 par M.J. Oldham et A.W. Cusick, elle a été visitée en 1999 et 2007, et aucun changement d’effectif ou de densité n’a été observé (aucune donnée quantitative n’a été recueillie avant 2007). Par contre, la population de la pointe Long semble connaître un déclin, car son habitat subit des pertes à cause de l’envahissement par le Phragmites australis. Au cours d’une visite faite en 1988, M.J. Oldham et A.A. Reznicek avaient observé l’E. geniculata sur la rive nord de la pointe, mais l’espèce n’a pas été trouvée à cet endroit en 2007. Moins d’individus ont été observés en 2007 qu’en 1988 dans les prés humides situés près de l’extrémité de la pointe (où la population de P. australis a connu une énorme augmentation). Comme aucun dénombrement n’a été fait en 1988 ni auparavant, il est impossible de quantifier le déclin de la population d’E. geniculata, mais les auteurs des relevés ont eu la nette impression qu’elle avait décliné entre 1988 et 2007 et qu’une partie des milieux qui convenaient à l’espèce en 1988 étaient occupés par des peuplements denses de P. australis en 2007. À moins que des mesures correctives soient prises à l’égard des pertes d’habitat et d’effectif subies par l’E. geniculata à la pointe Long, son déclin devrait se poursuivre.

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Immigration de source externe

La probabilité de sauvetage par immigration de source externe est extrêmement faible. Étant donné les grandes distances séparant les populations et la faible probabilité de dispersion à grande distance existant chez l’Eleocharis geniculata, il est peu probable qu’il y ait des échanges entre les populations canadiennes ou entre celles–ci et les populations situées aux États–Unis. De plus, l’espèce est rare (Michigan, Ohio et Pennsylvanie) ou absente (État de New York et peut–être de Washington si la seule mention n’est pas confirmée) dans tous les États situés à proximité des populations canadiennes. Des milieux convenant à l’espèce semblent exister à proximité des deux unités désignables (UD) reconnues au Canada. Cependant, aucun de ces milieux n’a été colonisé par les populations locales d’E. geniculata, comme on se serait attendu s’il existait la moindre dispersion de propagules au–delà des environs immédiats des populations actuellement connues.

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Facteurs limitatifs et menaces

Dans toute l’aire de répartition naturelle de l’Eleocharis geniculata au Canada, le principal facteur limitatif est le caractère particulier et peu répandu de l’habitat de l’espèce : sol dégagé au bord d’étangs temporaires abrités. Ces secteurs sont particulièrement sujets à être dégradés par les plantes envahissantes et les perturbations humaines.

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Facteurs menaçant l’UD des montagnes du Sud

En Colombie–Britannique, plusieurs facteurs menacent la présence et la répartition de l’E. geniculata. Bien qu’il soit protégé par une clôture, le secteur de la flèche subit à l’occasion un piétinement et une perturbation par les bovins et les chevaux; cependant, aucun dommage n’a été observé dans la population d’E. geniculata. La clôture comporte une petite barrière qui est parfois ouverte, ce qui permet au bétail d’avoir accès au secteur de la flèche. Une telle intrusion est survenue au moins trois fois en 2007 (deux fois par des bovins et une fois par des chevaux), mais aucune intrusion n’avait été observée en 2005 et en 2006. Cependant, avant que le site ne soit clôturé, le site a servi de pâturage pour le bétail pendant plusieurs décennies sans que cela fasse disparaître les populations de cette espèce et d’autres plantes rares se rencontrant uniquement dans le site. Il se peut que la clôture permette une augmentation future de l’effectif et de la densité de la population.

Les perturbations dues aux activités humaines constituent des menaces pour la population de Colombie–Britannique. Le littoral situé au sud et à l’est du secteur de la flèche est fréquemment utilisé par les plaisanciers et les nageurs. À l’occasion, des gens marchant sur la plage ont été aperçus dans le secteur protégé de la flèche, mais aucune de ces personnes ne se trouvait dans l’habitat de l’E. geniculata. Il n’existe aucun projet d’exploitation foncière pour le secteur entourant la flèche, mais une telle possibilité existe pour l’avenir. L’exploitation de ce secteur accroîtrait l’utilisation du site situé dans la flèche, même si des panneaux indiquent que des espèces rares y sont présentes.

Les espèces envahissantes pourraient constituer une menace continue, particulièrement dans le cas de l’alpiste roseau, mais les travaux de désherbage financés par le Programme d’intendance de l’habitat ont ciblé les secteurs où des espèces rares avaient été trouvées. Il est probable que la population continuera d’être exposée à ce risque si la lutte contre les graminées envahissantes n’est pas poursuivie régulièrement. On s’inquiète également du fait que la forme introduite du roseau commun a récemment été signalée dans la région. La propagation agressive de cette plante dans les milieux humides ou détrempés a été attestée dans d’autres régions d’Amérique du Nord.

On a déjà avancé que l’espèce est peut–être menacée par la régularisation artificielle du niveau du lac Osoyoos par le barrage Zosel (situé à Oroville, aux États–Unis), sous la gouverne de la Commission mixte internationale (COSEPAC, 2006). Le niveau du lac est ainsi régularisé depuis au moins 20 ans, et l’E. geniculata est toujours présent dans le site. Cependant, on ne dispose d’aucune donnée sur les changements survenus dans la population au cours de cette période; on ne connaît pas la répartition de la population avant la construction du barrage, mais il est possible qu’elle ait été plus étendue. Il faudra peut–être plus de temps pour que l’effet du barrage sur niveau du lac et sur l’habitat ait des répercussions pour l’espèce. Par exemple, on observe depuis au moins 2005 (et le phénomène a pu débuter auparavant) que plusieurs portions des berges du lac Osoyoos, dont celles de la flèche, sont lentement érodées par l’action des vagues. Les vagues ont bien sûr toujours été un facteur d’érosion, mais leur action devait être répartie sur une bien plus grande gamme d’altitudes avant que le barrage ne soit construit, et les berges n’étaient sans doute pas aussi érodées qu’aujourd’hui. Ce facteur pourrait donc finir par menacer la population d’E. geniculata.

Selon un rapport antérieur (COSEPAC, 2006), les sédiments et produits chimiques rejetés par les égouts pluviaux, les engrais agricoles et les pesticides provenant des vignobles peuvent avoir une incidence sur les écosystèmes riverains. Cependant, il est peu probable que ces facteurs aient un effet sur la végétation de la flèche, car le vignoble le plus proche est situé à environ 1 km et n’est d’aucune façon relié à la flèche. Selon le même rapport (COSEPAC, 2006), le BC Water Quality Status Report a attribué en 1996 au lac Osoyoos une cote « médiocre » en matière de qualité de l’eau, soit la plus mauvaise cote de l’échelle. Aucune donnée plus récente n’est disponible. Cependant, comme la population d’E. geniculata est située à bonne distance du rivage, il est probable que l’action filtrante des sols réduit énormément la gravité éventuelle de cette menace durant les périodes de crue, mais cela n’a pas été vérifié.

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Facteurs menaçant l’UD des plaines des Grands Lacs

En Ontario, le facteur qui menace le plus les populations d’E. geniculata est l’envahissement rapide des superficies connues et possibles d’habitat par le roseau commun, qui menace à la fois la population de la pointe Long (figure 6) et celle de Cedar Springs.

La perturbation due aux activités humaines menace la population de Cedar Springs, car le site risque d’être visé par un projet d’exploitation résidentielle (P. Allen Woodliffe, comm. pers., 2007). Un tel projet détruirait probablement la population.

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Importance de l’espèce

Les populations canadiennes de l’Eleocharis geniculata constituent les occurrences les plus septentrionales de l’espèce en Amérique du Nord. De plus, comme elles sont isolées par rapport aux populations plus méridionales, elles pourraient constituer un patrimoine génétique important pour l’espèce, en matière de variabilité génétique, d’adaptation à l’environnement et de persistance à long terme. Aucune information n’a été trouvée sur une éventuelle utilisation de l’E. geniculata à des fins économiques ou par les Premières Nations; cependant, étant donné la rareté de l’espèce, la petite taille de la plante et la variabilité annuelle imprévisible de la taille de ses populations, de telles utilisations sont peu probables.

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Protection actuelle ou autres désignations de statut

La population d’Eleocharis geniculata de Colombie–Britannique est protégée par une clôture qui a été installée par la bande indienne d’Osoyoos. La bande appuie depuis 2004 les travaux de conservation financés par le Programme d’intendance de l’habitat. La plus grande partie de ces travaux ont visé à enlever les plantes envahissantes, particulièrement dans les sites où des espèces rares ont été trouvées. Des panneaux indiquant la présence d’espèces rares ont été installés sur le littoral de la zone protégée.

En Ontario, la Réserve nationale de faune de Long Point est administrée par le Service canadien de la faune d’Environnement Canada. Par conséquent, toutes les populations d’organismes rares se trouvant dans cette réserve, y compris l’E. geniculata, sont protégées par les lois et les lignes directrices fédérales et provinciales. De plus, en 1986, une bonne partie de la pointe Long a été désignée « réserve mondiale de la biosphère » par l’UNESCO. À Cedar Springs, l’espèce ne jouit d’aucune protection connue.

À l’échelle mondiale, NatureServe (2007) a attribué à l’Eleocharis geniculata la cote G5 (non en péril). À l’échelle de chaque État ou province, NatureServe (2007) a attribué à l’espèce les cotes suivantes : Alabama (SNR), Arizona (SNR), Californie (SNR), Caroline du Nord (SNR), Caroline du Sud (SNR), Floride (SNR), Georgie (SNR), Hawaï (SNA), Illinois (S1), Indiana (S2), Kansas (S1), Louisiane (S1?), Maryland (SU), Michigan (SNR), Mississippi (S3S4), Nebraska (SNR), New Jersey (SNR), Nouveau–Mexique (SNR), Ohio (S1), Oklahoma (SNR), Pennsylvanie (SNR), Texas (SNR) et Ontario (S1). L’E. geniculata est rare dans toute la région des Grands Lacs. Il figure sur la liste des espèces en voie de disparition (endangered) de l’Ohio et de la Pennsylvanie ainsi que sur celle des espèces menacées (threatened) de l’Indiana et du Michigan (USDA, 2007). En Illinois, l’espèce n’a pas été observée depuis 1894 (Swink et Wilhelm, 1994; Mohlenbrock, 2001). Par ailleurs, NatureServe (2007) a attribué à l’E. atropurpurea la cote SX (présumée disparue) pour l’État de Washington; cette cote s’appliquerait à l’E. geniculata si jamais le spécimen récolté dans cet État est localisé et s’avère appartenir à cette espèce. NatureServe n’a attribué aucune cote à l’espèce pour la Colombie–Britannique, parce que les spécimens provenant de cette province avaient été mal identifiés.

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Résumé technique - UD des montagnes du Sud

Eleocharis geniculata

Éléocharide géniculée
UD des montagnes du Sud
Bent Spike–rush

Répartition au Canada : Colombie–Britannique

Données démographiques

Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population)< 1 année
Pourcentage observé de la réduction du nombre total d’individus matures au cours des dix dernières annéesInconnu
Pourcentage prévu de la réduction du nombre total d’individus matures au cours des dix prochaines annéesInconnu
Pourcentage observé de la réduction du nombre total d’individus matures au cours d’une période de dix ans couvrant une période antérieure et ultérieureInconnu
Est–ce que les causes du déclin sont clairement réversibles?
Déclin inconnu
Inconnu
Est–ce que les causes du déclin sont comprises?
Déclin inconnu
Inconnu
Est–ce que les causes du déclin ont cessé?
Déclin inconnu
Inconnu
Tendance observée du nombre de populationsStable
Y a–t–il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures?
Un réservoir de semences est présent dans le sol.
Non
Y a–t–il des fluctuations extrêmes du nombre de populations?Non
La population totale est–elle très fragmentée?Non


Nombre d’individus matures dans chaque population

PopulationNbre d’individus matures
  
  
Total>10 000
Nombre de populations (emplacements)1


Information sur la répartition

Superficie estimée de la zone d’occurrence (km2)1 km2
Tendance observée dans la zone d’occurrence
Probablement un déclin, étant donné les pertes d’habitat survenues au lac Osoyoos
Inconnue
Y a–t–il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occurrence?Non
Indice de zone d’occupation (km2)Maillage de 2 × 2 : 4 km2
Tendance observée dans la zone d’occupation
Perte probable d’habitat dans le passé, mais perte réelle inconnue.
Inconnue
Y a–t–il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occupation?Non
La zone d’occurrence ou la zone d’occupation sont–elles très fragmentées?Non
Nombre d’emplacements actuels1
Tendance du nombre d’emplacementsStable
Y a–t–il des fluctuations extrêmes du nombre d’emplacements?Non
Tendance de la superficie et de la qualité de l’habitat
La présence d’une graminée envahissante agressive, l’alpiste roseau, risque d’avoir une incidence importante sur l’habitat si aucune mesure corrective n’est prise.
Déclin inféré de la qualité de l’habitat


Analyse quantitative

Aucune n’est disponible.


Menaces (réelles ou imminentes pour les populations ou l’habitat)

Piétinement (bovins, chevaux, humains)
Plantes envahissantes (alpiste roseau, etc.)


Immigration de source externe

L’espèce existe–t–elle ailleurs (au Canada ou à l’extérieur)?États–Unis : espèce rare ou absente dans les régions voisines du Canada
Une immigration a–t–elle été constatée ou est–elle possible?Non
Des individus immigrants seraient–ils adaptés pour survivre au Canada?Probablement
Y a–t–il suffisamment d’habitat disponible au Canada pour les individus immigrants?Probablement
La possibilité d’une immigration de populations externes existe–t–elle?Non


Statut existant

COSEPAC : espèce en voie de disparition (avril 2009)

Sources additionnelles d’information : aucune

Statut et justification de la désignation

Statut :
Espèce en voie de disparition
Code alphanumérique :
B1ab (iii)+2ab (iii)
Justification de la désignation :
Une seule population de cette espèce annuelle de la famille des carex est présente dans un complexe de terres humides inondées de façon saisonnière, qui se trouve sur une flèche de sable au lac Osoyoos, en Colombie–Britannique. Ses quelque 10 000 petits plants sont restreints à une zone d’environ 1 200 m2, où ils sont exposés à des événements stochastiques et aux impacts potentiels de la propagation d’herbes exotiques.


Applicabilité des critères

Critère A (Déclin du nombre total d’individus matures) :
Non applicable. Aucun déclin n’est connu.
Critère B (Petite aire de répartition, et déclin ou fluctuation) :
Correspond au critère d’espèce en voie de disparition B1ab (iii)+2ab (iii), étant donné l’existence d’un seul emplacement, où on infère que l’habitat est en déclin puisqu’une graminée agressivement envahissante est présente.
Critère C (Petite population et déclin du nombre d’individus matures) :
Non applicable. La population semble avoir un effectif supérieur à 10 000 individus.
Critère D (Très petite population ou aire de répartition limitée) :
Correspond au critère d’espèce en voie de disparition, D2, étant donné l’existence d’une seule population, qui est menacée par une graminée exotique envahissante. La population déclinerait rapidement si les mesures de lutte actuelles étaient interrompues.
Critère E (Analyse quantitative) :
Aucune n’est disponible.

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Résumé technique - UD des plaines des Grands Lacs

Eleocharis geniculata

Éléocharide géniculée
UD des plaines des Grands Lacs
Bent Spike–rush

Répartition au Canada : Ontario

Données démographiques

Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population)< 1 année
Pourcentage observé de la réduction du nombre total d’individus matures au cours des dix dernières annéesInconnu
Pourcentage prévu de la réduction du nombre total d’individus matures au cours des dix prochaines annéesInconnu
Pourcentage observé de la réduction du nombre total d’individus matures au cours d’une période de dix ans couvrant une période antérieure et ultérieureInconnu
Est–ce que les causes du déclin sont clairement réversibles?
Déclin inconnu
Inconnu
Est–ce que les causes du déclin sont comprises?
Déclin inconnu
Inconnu
Est–ce que les causes du déclin ont cessé?
Déclin inconnu
Inconnu
Tendance observée du nombre de populationsStable
Y a–t–il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures?
Un réservoir de semences est présent dans le sol.
Non
Y a–t–il des fluctuations extrêmes du nombre de populations?Non
La population totale est–elle très fragmentée?Non


Nombre d’individus matures dans chaque population

PopulationNbre d’individus matures
Pointe Long1 000 – 2 000
Cedar Springs300 – 500
Total> 1 300 – 2 500
Nombre de populations (emplacements)2


Information sur la répartition

Superficie estimée de la zone d’occurrence (km2)6,7 km2 (en excluant les eaux libres du lac Érié)
Tendance observée dans la zone d’occurrence
Déclin historique dû à la disparition de la population du parc Rondeau.
Stable
Y a–t–il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occurrence?Non
Indice de zone d’occupation (km2)Maillage de 1 × 1 : 4 km2
Maillage de 2 × 2 : 12 km2
Tendance observée dans la zone d’occupation
Perte d’habitat due à la propagation du roseau commun dans les deux emplacements.
Déclin
Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occupation?Non
La zone d’occurrence ou la zone d’occupation sont-elles très fragmentées?Non
Nombre d’emplacements actuels2
Tendance du nombre d’emplacementsStable
Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’emplacements?Non
Tendance de la superficie et de la qualité de l’habitat
Le roseau commun se propage de façon agressive à la pointe Long.
Déclin en qualité et en superficie


Analyse quantitative

Aucune n’est disponible.


Menaces (réelles ou imminentes pour les populations ou l’habitat)

Perte d’habitat principalement due à la forme envahissante du roseau commun, dans les deux emplacements.
Risque d'exploitation résidentielle dans un des deux emplacements (Cedar Springs).


Immigration de source externe

L’espèce existe-t-elle ailleurs (au Canada ou à l’extérieur)?États-Unis : espèce rare dans tous les États situés près de l’Ontario : Illinois (S1), Indiana (S2; menacée), Michigan (SNR; menacée), Ohio (S1; en voie de disparition), Pennsylvanie (SNR; en voie de disparition)
Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?
Inconnue et très improbable
Non
Des individus immigrants seraient-ils adaptés pour survivre au Canada?Oui
Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible au Canada pour les individus immigrants?Oui
La possibilité d’une immigration de populations externes existe-t-elle?Non


Statut existant

COSEPAC : espèce en voie de disparition (avril 2009)

Sources additionnelles d’information : aucune

Statut et justification de la désignation

Statut :
Espèce en voie de disparition
Code alphanumérique :
B1ab (ii,iii)+2ab (ii,iii)
Justification de la désignation :
Cette espèce annuelle de la famille des carex ne compte que deux populations en Ontario, qui totalisent possiblement moins de 2 500 plants. Les plants sont généralement présents dans des habitats humides et sablonneux le long d’étangs et dans des prés ouverts humides, et couvrent une zone de quelque 2 000 m2 seulement. L’habitat diminue en raison de la propagation d’une forme introduite envahissante de roseau commun, une herbe exotique agressive.


Applicabilité des critères

Critère A (Déclin du nombre total d’individus matures) :
Non applicable. Degré de déclin inconnu.
Critère B (Petite aire de répartition, et déclin ou fluctuation) :
Correspond au critère d’espèce en voie de disparition, B1ab (ii,iii)+2ab (ii,iii), étant donné l’existence de seulement deux emplacements, la très petite zone d’occurrence, le très faible indice de zone d’occupation, le déclin de l’habitat à la pointe Long en qualité et en superficie dû à la propagation agressive d’une plante envahissante, le roseau commun et l’incidence possible de l'exploitation foncière prévu à proximité de l’emplacement de Cedar Springs.
Critère C (Petite population et déclin du nombre d’individus matures) :
Non applicable. L’ampleur de l’incidence future de la perte d’individus matures à la pointe Long ou à Cedar Springs est incertaine mais pourrait être supérieure à 10 ou 20 %.
Critère D (Très petite population ou aire de répartition limitée) :
Correspond au critère d’espèce menacée, D2, étant donné l’existence de seulement deux emplacements et des menaces liées à la propagation d’une graminée envahissante dans les deux emplacements et au risque d'exploitation foncière à proximité de l’emplacement de Cedar Springs.
Critère E (Analyse quantitative) :
Aucune n’est disponible.

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Remerciements et experts consultés

Les rédacteurs souhaitent remercier la bande indienne d’Osoyoos, qui leur a fourni un appui et des conseils et leur a permis d’utiliser leurs données de Colombie–Britannique. Ils souhaitent aussi remercier Tony Reznicek, qui a examiné des récoltes, aidé aux travaux sur le terrain et mené d’utiles discussions au sujet de l’espèce. Sam Brinker a également aidé aux travaux sur le terrain. Barton Feilders et Bill Crins, du ministère des Richesses naturelles de l’Ontario, ont fourni un permis d’herborisation pour les parcs provinciaux ontariens, et Jeff Robinson, du Service canadien de la faune, en fait autant pour la Réserve nationale de faune de Long Point. Danny Bernard, du Service canadien de la faune, a aidé les rédacteurs dans le cadre des travaux sur le terrain menés en 2007 à la pointe Long.

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Experts contactés

Ceska, Adolf. 2007. Botaniste spécialiste des cypéracées de la Columbie–Britannique, Victoria (Colombie–Britannique) [concernant l’histoire relative aux récoltes près d’Osoyoos].

Frye, Christopher T. 2007. Maryland Natural Heritage Program [éclaircissements sur la situation au Maryland].

LeBlond, Richard. 2007. Richlands, Caroline du Nord [éclaircissements sur la situation en Caroline du Nord.]

Reznicek, A.A. 2007. Curator of Vascular Plants, University Herbarium, spécialiste, Systematics and evolution of Cyperaceae, plant geography, Department of Ecology and Evolutionary Biology, Université du Michigan, Ann Arbor (Michigan) États–Unis.

Snyder, David. 2007. New Jersey Natural Heritage Program [éclaicissement sur la situation au New Jersey].

Sorrie, Bruce A. 2007. North Carolina Natural Heritage Program [éclaircissements sur la situation en Caroline du Nord].

Weakley, Alan S. 2007. University of North Carolina Herbarium (NCU) [éclaicissements sur la situation dans le sud–est des États–Unis].

Woodliffe, P. Allen. 2007. Ministère des Richesses naturelles de l’Ontario, Chatham [concernant la situation sur le site de Cedar Springs].

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Sources d’information

Argus, G.W., K.M. Pryer, D.J. White et C.J. Keddy, éditeurs. 1982–1987. Atlas des plantes vasculaires rares de l’Ontario, quatre parties, Musée national des sciences naturelles, Ottawa.

Bell, D. M. 2000. Dispersal of Eleocharis seeds by birds, The Australian Society for Limnology Conference, Darwin, Northern Territory.

Blake, S.F. 1918. Notes on the Clayton Herbarium, Rhodora 20(230):21–28.

Brown, M.L., et R.G. Brown. 1984. Herbaceous Plants of Maryland, Port City Press, Baltimore (Maryland).

COSEPAC. 2006. Rapport de situation du COSEPAC sur l’éléocharide géniculée (Eleocharis atropurpurea), rapport intérimaire de 2 mois, Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, Ottawa, Ottawa. [Ce rapport n’a pas été terminé, parce qu’il était fondé sur une mauvaise identification de l’espèce visée.]

Crow, G.E., et C.B. Hellquist. 2000. Aquatic and Wetland Plants of Northeastern North America, volume 2, Angiosperms: Monocotyledons, University of Wisconsin Press, Madison.

Douglas, G.W., D. Meidinger et J. Pojar. 2001. Illustrated Flora of British Columbia, volume 6: Monocotyledons (Acoraceae through Najadaceae), ministère de l’Environnement, des Terres et des Parcs de la Colombie–Britannique et ministère des fôrets de la Colombie–Britannique.

Fernald, M.L. 1906. Some new or little known Cyperaceae of eastern North America, Rhodora 1906:126–130.

Fernald, M.L. 1950. Gray’s Manual of Botany, 8th Corrected Edition (1970), Van Nostrand Co., New York.

Gleason, H.A., et A. Cronquist. 1991. Manual of Vascular Plants of Northeastern United States and Adjacent Canada, Second Edition, New York Botanical Garden, Bronx (État de New York).

González–Elizondo, M.S., et A.A. Reznicek. 1996. New Eleocharis (Cyperaceae) from Venezuela, Novon 6:356–365.

Hermann, F.J. 1935. Eleocharis caribaea var. dispar in Michigan, Rhodora 37:366–367.

Hill, E.J. 1882. Eleocharis dispar N. Sp. Botanical Gazette 7:3.

Hitchcock, C.L., A. Cronquist, M. Ownbey et J.W. Thompson. 1969.

Vascular Plants of the Pacific Northwest, Part 1: Vascular Cryptogams, Gymnosperms, and Monocotyledons, University of Washington Press, Seattle.

Holmgren, P. K., et N. H. Holmgren. 1998 [constamment mis à jour]. Index Herbariorum: A global directory of public herbaria and associated staff, New York Botanical Garden’s Virtual Herbarium, Search Index Herbariorum (en anglais seulement).

Iverson, K., et K. Haney. 2005. Updated Ecosystem Mapping for the South Okanagan Valley, Rapport prepare pour le ministère de la Protection de l’eau, de la terre et de l’air de la Colombie–Britannique.

Menapace, F.J. 2002. Eleocharis R. Brown (subg. Eleocharis sect. Eleogenus) ser. Maculosae, pages 100 à 102 in: Flora of North America Volume 23, Magnoliophyta: Commelinidae (in part): Cyperaceae. Oxford University Press, New York.

Mohlenbrock, R.H. 2001. The Illustrated Flora of Illinois, Sedges: Cyperus to Scleria,. Second Edition, Southern Illinois University Press, Carbondale (Illinois).

NatureServe. 2007. NatureServe Explorer: an online encyclopedia of life [application Web], version 4.5, NatureServe, Arlington (Virginie). Disponible à l’adresse www.natureserve.org/explorer [consulté en novembre 2007].

Reznicek, A.A., et P.M. Catling. 1989. Flora of Long Point, Regional Municipality of Haldimand–Norfolk, Ontario, Michigan Botanist 28(3) : 99–175.

Smith, S.G., J.J. Bruhl, M. S. González–Elizondo et F.J. Menapace. 2003. Eleocharis, Flora North America, vol. 23, p. 101; en ligne le 21 février 2003.

Sutherland, D. A.Comm. pers. 2008. Centre d’information sur le patrimoine naturel, ministère des Richesses naturelles de l’Ontario,

Peterborough (Ontario), [commentaires sur l’examen du rapport de situation de novembre 2008 concernant les relevés de 1994 et 1995 dans les étangs de Long Point].

Svenson, H.K. 1929. Monographic studies in the genus Eleocharis, Rhodora 31 : 121–135, 152–163, 167–191, 199–219, 224–242.

Svenson, H.K. 1957. North American Flora, Poales, Cyperaceae, Scirpeae (continuation), 18(9) : 505–556, New York Botanical Garden.

Swink, F., et G. Wilhelm. 1994. Plants of the Chicago Region, 4e édition, Morton Arboretum, Lisle (Illinois).

Taylor, T.M.C. 1935. Eleocharis caribaea var. dispar in Ontario, Rhodora 37 : 365–366.

USDA (United States Department of Agriculture). 2007. Plants Profile for Eleocharis geniculata, Plants Database, Natural Resources Conservation Service, USDA (en anglais seulement), [consulté en novembre 2007].

USDA, NRCS (Natural Resources Conservation Service). 2009. The PLANTS Database (en anglais seulement). National Plant Data Center, Baton Rouge (Louisianne) 70874–4490 États–Unis.

Ward, D.B., et E.M. (Hodgson) Leigh. 1975. Contributions to the Flora of Florida – 8, Eleocharis (Cyperaceae), Castanea 40(1) : 16–36.

Wilcox, K.L., S.A. Petrie, L.A. Maynard et S.W. Meyer. 2003. Historical distribution and abundance of Phragmites australis at Long Point, Lac Érié, Ontario, Journal of Great Lakes Research 29(4) : 664–680.

Wilson, K.L. 1990. Typification and application of Scirpus geniculatus L. Cyperaceae Newsletter 7 : 6–8.

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Sommaire biographique des rédacteurs du rapport

Terry McIntosh est botaniste–conseil spécialiste des plantes poussant dans les écosystèmes arides et particulièrement des bryophytes de ces milieux. Il participe au projet Flora of North America à titre de réviseur taxinomique (pour les volumes portant sur les bryophytes) et de membre du conseil d’administration. Il a rédigé huit rapports de situation du COSEPAC, portant tous sur des mousses (Bryoerythrophyllum columbianum, Entosthodon fascicularis, E. rubiginosus, Fabronia pusilla, Microbryum vlassovii, Pterygoneurum kozlovii, Scouleria marginata et Tortula laevipila). Il a également rédigé sept programmes nationaux de rétablissement. Il s’intéresse beaucoup à la conservation et à l’histoire naturelle et travaille étroitement avec la bande indienne Osoyoos dans le cadre des mesures de conservation qu’elle a entreprises.

Michael J. Oldham est botaniste au Centre d’information sur le patrimoine naturel de l’Ontario. Il est membre du COSEPAC, du CDSEPO (Comité de détermination du statut des espèces en péril en Ontario) et du Sous–comité de spécialistes des plantes vasculaires du COSEPAC. Il a rédigé ou corédigé plus d’une douzaine de rapports de situation du COSEPAC, dont ceux sur le Pygargue à tête blanche, la tortue ponctuée, la rainette grillon de Blanchard, le stylophore à deux feuilles, le lipocarphe à petites fleurs, le rotala rameux, le carex des genévriers, l’aster fausse–prenanthe, l’aster de Short, la verge d’or de Riddell, l’ammannie robuste et la camassie faux–scille. Il s’intéresse à divers aspects de l’histoire naturelle et de la biologie de conservation.

Curtis Björk travaille comme botaniste depuis 1991 dans le nord–ouest des États–Unis et en Colombie–Britannique et s’est spécialisé dans les milieux de prairie et de steppe arbustive, les étangs printaniers, la taxinomie et la floristique générale des plantes vasculaires. Depuis 2003, il fait des recherches en lichénologie et en écologie des lichens, principalement en Colombie–Britannique. Il a été auteur ou coauteur de neuf articles de botanique ou de lichénologie publiés dans des revues scientifiques. Il participe au projet Flora of North America à titre de réviseur régional.

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Collections Examinées

Les spécimens provenant de Colombie–Britannique déposés dans les herbiers de l’Université de Washington, à Seattle, et du Musée royal de la Colombie–Britannique, à Victoria, ont été examinés. Les spécimens se trouvant dans les herbiers personnels de T. McIntosh et de C. Björk ont également été examinés. Dans le cadre de la préparation de l’Atlas des plantes vasculaires rares de l’Ontario, Argus et al. (1982–1987) ont cherché les spécimens d’Eleocharis geniculata dans la plupart des herbiers ontariens, mais ils n’en ont trouvé que dans les herbiers AAR, DAO, MICH et TRT. Les spécimens récoltés en Ontario depuis la publication de l’Atlas d’Argus et al. (1982–1987) ont été déposés dans les herbiers DAO (Agriculture et Agroalimentaire Canada), MICH (Université du Michigan), NHIC (ministère des Richesses naturelles de l’Ontario), TRT (Musée royal de l’Ontario), TRTE (Erindale College, Université de Toronto), WAT (Université de Waterloo) et WIS (Université du Wisconsin). On trouvera des détails sur les herbiers de ces établissements dans Holmgren et Holmgren (1998).