Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Rainette grillon Acris crepitans au Canada 2001

Photographie de la rainette grillon (Acris crepitans)

En voie de disparition - 2001

Table des matières

Information sur le document

Liste des figures

Liste des tableaux

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Information sur le document

COSEPAC – Comité sur la situation des espèces en péril au Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

Nota : Toute personne souhaitant citer l’information contenue dans le rapport doit indiquer le rapport comme source (et citer l’auteur); toute personne souhaitant citer le statut attribué par le COSEPAC doit indiquer l’évaluation comme source (et citer le COSEPAC). Une note de production sera fournie si des renseignements supplémentaires sur l’évolution du rapport de situation sont requis.

COSEPAC. 2001. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la rainette grillon (Acris crepitans) au Canada – Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. v + 14 p.

BRITTON, D. 2001. Rapport de situation du COSEPAC sur la rainette grillon (Acris crepitans) au Canada - Mise à jour, in Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la rainette grillon (Acris crepitans) au Canada – Mise à jour. Comité sur le statut des espèces en péril au Canada. Ottawa. Pages 1-14.

Rapport(s) précédent(s) :

OLDHAM, M.J., et C.A. CAMPBELL. 1990. COSEWIC status report on the Northern Cricket Frog Acris crepitans in Canada. Comité sur la situation des espèces menacées de disparition au Canada. Ottawa. 33 p.

Note de production :
Durant plusieurs années, le COSEPAC a utilisé le nom de rainette grillon de Blanchard (Acris crepitans blanchardi) pour désigner la rainette grillon (Acris crepitans).

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : 819-953-3215
Téléc. : 819-994-3684
Courriel
Site Web

Also available in English under the title COSEWIC Assessment and Update Status Report on the Northern Cricket Frog Acris crepitansin Canada.

Illustration/photo de la couverture :
Rainette grillon – phot o © Suzanne L. Collins.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2011.
No. de catalogue CW69-14/189-2002F-PDF
ISBN  0-662-87579-6

Papier recyclé

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COSEPAC

Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation – Mai 2001

Nom commun
Rainette grillon

Nom scientifique
Acris crepitans

Statut
Espèce en voie de disparition

Justification de la désignation
En raison des déclins continus des zones d’occurrence et d’occupation, de l’aire d’occupation, de l’étendue de l’habitat et du nombre d’individus de l’espèce, tous les individus restants de cette espèce de grenouille existeraient dans une seule petite population sur l’île Pelée.

Répartition
Ontario

Historique du statut
Espèce désignée « en voie de disparition » en avril 1990. Réexamen et confirmation de son statut en mai 2001. Dernière évaluation fondée sur une mise à jour d'un rapport de situation.

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COSEPAC
Résumé

Rainette grillon
Acris crepitans

Bien que la rainette grillon (Acris crepitans) soit largement répandue aux États-Unis, sa présence au Canada a été confirmée seulement à la pointe Pelée et à l’île Pelée, dans l’extrême sud-ouest de l’Ontario. La population de la pointe Pelée, pour laquelle on n’a que quelques mentions historiques, n’a jamais été bien connue, et on croit qu’elle a disparu. À l’île Pelée, on a documenté la présence de l’A. crepitans à une vingtaine d’endroits au début des années 1970. Cependant, durant cette décennie, les populations de l’île ont chuté rapidement, au point qu’après 1977, l’espèce n’était plus signalée au Canada qu’à un seul endroit, à savoir la réserve naturelle provinciale de la Pointe Fish, située à l’extrémité sud de l’île.

Le déclin des populations d’A. crepitans dans l’île Pelée est principalement attribuable aux dommages causés à l’habitat par le drainage des marais, le dragage des canaux de drainage qui servaient de lieux de reproduction et l’érosion des marais riverains durant les tempêtes violentes. La prédation par des oiseaux, des reptiles, des ouaouarons et des poissons ainsi que l’utilisation de pesticides et d’engrais sont d’autres facteurs ayant peut-être contribué au déclin de l’espèce. La destruction des habitats est aussi considérée comme la principale cause des déclins récents des populations de rainette grillon dans le Midwest américain.

Au cours des vingt dernières années, des observations et des auditions d’A. crepitans ont été signaléessporadiquement à la pointe Fish, la mention la plus récente datant de 1997. Malheureusement, ces mentions récentes ne sont pas étayées par des photographies ou des enregistrements sonores d’appels.

Historique du COSEPAC
Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC
Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine la situation, à l'échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés et populations (importantes à l'échelle nationale) sauvages jugées en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles, poissons, mollusques, lépidoptères, plantes vasculaires, lichens et mousses.

Composition du COSEPAC
Le COSEPAC est formé de représentants des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique) et de trois organismes non gouvernementaux, ainsi que des coprésidents des groupes de spécialistes des espèces. Le Comité se réunit pour examiner les rapports sur la situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n'existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n'est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants auxquels elle est exposée ne sont pas inversés.

Espèce préoccupante (P)*
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)**
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)***
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d'un manque de données scientifiques.

* Appelée « espèce rare » jusqu'en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.
** Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».
*** Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu'en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

Le Service canadien de la faune d'Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

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Mise à jour - Rapport de situation du COSEPAC sur la Rainette grillon Acris crepitans au Canada – 2001

Introduction

La rainette grillon (Acris crepitans; famille des Hylidés) est une petite rainette largement répandue dans l’est de l’Amérique du Nord. Au Canada, sa présence a été confirmée à deux endroits seulement, soit à la pointe Pelée et dans l’île Pelée, dans l’extrême sud-ouest de l’Ontario.

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Répartition

L’Acris crepitans est largement répandu dans l’est et le centre des États-Unis. Dans l’ouest de son aire de répartition, on le trouve du Texas jusque dans le sud-est du Dakota du Sud et, dans l’est de son aire de répartition, des États du golfe du Mexique jusque dans le sud-est de l’État de New York. Il est absent d’une bonne part de la région des Appalaches, du sud de la plaine côtière de l’Atlantique et de la bande de terre du nord-ouest de la Floride (Florida Panhandle), où il est remplacé par l’Acris gryllus (Southern Cricket Frog), morphologiquement semblable.Dans la région des Grands Lacs, on a observél’A. crepitans dans le sud du Wisconsin, le sud du Michigan, l’ouest de l’Ohio et dans l’extrême sud-ouest de l’Ontario. Sur le plan taxinomique, l’A. crepitans se divise en trois sous-espèces selon la variation géographique de la coloration et de la morphologie (Conant et Collins, 1991) : la rainette grillon du nord (A. c. crepitans) dans l’est de l’aire de répartition, la rainette grillon de Blanchard (A. c. blanchardi) dans l’ouest de l’aire de répartition, dont le sud-ouest de l’Ontario, et l’A. c. paludicola (Coastal Cricket Frog) dans lesmarais côtiers de la Louisiane et de l’est du Texas.

Au Canada, l’A. crepitans a été signalé seulement dans l’extrême sud-ouest de l’Ontario (figure 1; tableaux 1 et 2). La première mention sûre de l’espèce au Canada est celle d’un individu récolté lors d’une expédition du musée national du Canada en 1913 à la pointe Pelée (Oldham et Campbell, 1990). La pointe Pelée, protégée en vertu de son statut de parc national, est sur la terre ferme l’endroit le plus au sud au Canada et consiste en une étroite flèche de sable qui s’étend sur 16 kilomètres dans l’ouest du lac Érié. En 1950, des rainettes grillons ont étérécoltées à plusieurs endroits dans l’île Pelée (J. Baillie, notes de terrain, citées dans Oldham et Campbell, 1990). D’une superficie de 4 000 ha, cette île (figure 2) constitue le lieu habité le plus au sud au Canada; elle est située dans le lac Érié, à environ 30 kilomètres au sud-ouest de l’extrémité de la pointe Pelée. Au début des années 1970, la rainette grillon avait été signalée à vingt endroits dans l’île, toujours à proximité de la rive (tableau 2).

En plus des mentions pour la pointe Pelée et l’île Pelée, il y a plusieurs mentions non confirmées pour le sud-ouest de l’Ontario remontant aux années 1970 et 1980(figure 1, tableau 1) : dans le comté d’Essex, à Lighthouse Cove à l’embouchure de la rivière Canard, dans le bassin de stabilisation des eaux usées de Comber et au marais du ruisseau Big à la plage Holiday; dans la municipalité régionale de Haldimand-Norfolk, à Long Point et à la pointe Turkey (Oldham et Campbell, 1990; Natural Heritage Information Centre, 1998). Cependant, étant donné qu’aucune de ces mentions n’a été confirmée par des photographies, des enregistrements sonores ou des spécimens de référence et parce que les recherches ultérieures à ces endroits n’ont pas mené à d’autres observations, leur validité demeure contestable. Selon Oldham et Campbell (1990), il pourrait y avoir eu confusion dans certains cas entre l’A. crepitans etla rainette faux-grillon de l'Ouest (Pseudacris triseriata), répandue dans le sud de l’Ontario et d’apparence assez semblable à l’A. crepitans.

 Figure 1. Répartition de la rainette grillon (Acris crepitans) en Ontario.

Carte de la répartition de la rainette grillon en Ontario.

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Tableau 1.  Mentions de l’A. crepitans pour la terre ferme en Ontario (figure 1). Les points d’interrogation indiquent des mentions non confirmées. Tiré d’Oldham et Campbell (1990).
EndroitsAnnées des observations
Pointe Pelée, comté d’Essex1913, 1920, 1972(?)
Lighthouse Cove, comté d’Essex1979(?), 1980(?)
Bassin de stabilisation des eaux usées de Comber, comté d’Essex1985(?)
Rivière Canard, comté d’Essex1981(?)
Marais du ruisseau Big, comté d’Essex1962(?)
Long Point, M.R. de Haldimand-Norfolk1976(?), 1984(?)
Pointe Turkey, M.R. de Haldimand-Norfolk1985(?)

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Figure 2. Répartition de la rainette grillon (Acris crepitans) dans l’île Pelée.

Carte de la répartition de la rainette grillon dans l’île Pelée.

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Tableau 2. Mentions de l’A. crepitans pour l’île Pelée (figure 2). Les points d’interrogation indiquent des mentions non confirmées. Tableau fondé sur Oldham et Campbell (1990).
 EndroitsAnnées des observations
1Lagune du nord-ouest1970, 1972, 1976
2Lagune du nord-est1972
3Pointe Mosquito1970
4Pointe Mosquito1970
5Fossés de la West Road1970, 1972
6Pointe Lizard1970
7Lagune de la pointe Lighthouse1970, 1976
8Carrière du nord-ouest1972, 1973
9Marais du sud (marais Curry)1970, 1972, 1973, 1974, 1976, 1977
10Étang Peregrine (aussi appelé étang Fox ou étang du sud)1971, 1972, 1973, 1983, 1984, 1987, 1989, 1993(?), 1997
11Camp des GuidesAucune donnée
12Base de la pointe Lighthouse1972
13Propriété de Moelles-Kamp1972
14Aucune donnéeAucune donnée
15Est du marais du sud1972, 1976
16Lac Henry1974, 1976
17Rollo1977
18Ouest du marais du sud1976
19Canal du nord-ouest1976, 1977
20Canaux de l’East Beach Road1970

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Protection

L’Acris crepitans est désigné en voie de disparition par le ministère des Richesses naturelles de l'Ontario et est protégé en vertu de dispositions réglementaires adoptées en application de la Loi sur les espèces en voie de disparition de l’Ontario, qui protège les espèces en voie de disparition et leur habitat. L’organisme The Nature Conservancy le classe G5 (commun à l’échelle mondiale) et, pour l’Ontario, SH (mentions historiques seulement). À la pointe Lighthouse et à la pointe Fish dans l’île Pelée, deux sites de reproductionsont protégés contre le développement du fait qu’ils se trouvent dans des réserves naturelles provinciales (figure 2). L’espèce a déjà été désignée en voie de disparition par le COSEPAC (Oldham et Campbell, 1990).

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Taille et tendances des populations

À part les mentions historiques, il n’existe aucune donnée quantitative sur la population d’A. crepitans qui vivait jadis à la pointe Pelée. Après la collecte d’un premier individu en 1913, il n’y a eu qu’une seule autre mention, soit celle d’un mâle appelant qui a été récolté en 1925 (Logier, 1925). Plus récemment, en 1972, on a signalé un autre mâle appelant (Rivard et Smith, 1972), mais cette mention n’a pas été documentée par une photographie, un enregistrement sonore ou un spécimen de référence. Malgré plusieurs recherches concertées menées depuis 1972 à la pointe Pelée (Oldham et Campbell, 1990) et la grande attention portée à cet endroit par les naturalistes et les employés de Parcs Canada, aucune rainette grillon n’y a été observée ou entendue après cette date, et on s’entend généralement pour dire que l’espèce y a disparu (Cook, 1984; Oldham et Campbell, 1990).

Pour l’île Pelée, la présence de l’A. crepitans est mieux documentée. Sa présence y a été établie pour la première fois en 1950 lorsqu’une équipe de terrain du Musée royal de l’Ontario a récolté 17 individus et en a entendu plusieurs autres (J.L. Baillie, cité dans Oldham et Campbell, 1990). Par la suite, un individu a été récolté en 1961, un autre en 1963. C.A. Campbell a commencé à visiter l’île Pelée en 1970 et a pris des notes de terrain détaillées sur les sites de reproduction de l’espèce (Oldham et Campbell, 1990). Ses relevés n’étaient pas uniformisés sur le plan de l’effort de recherche ou de la période de l’année et, par conséquent, ne se prêtent pas à des analyses statistiques sur les tendances des populations; ils fournissent néanmoins des données exceptionnelles et précieuses sur le déclin des populations dans l’île. Au début des années 1970, Campbell y a confirmé la présence de l’espèce à 20 endroits sur les rivages de l’île ou à proximité. Cependant, les populations de rainette grillon se sont effondrées durant les années 1970. Les notes de terrain de Campbell documentent la disparition de l’A. crepitans de nombreux endroits durant les années 1970 jusqu'à ce que, après 1977, l’espèce n’y persiste plus qu’en un seul endroit, soit à l’étang Peregrine (autrefois appelé étang Fox ou étang du sud), situé à l’extrémité sud de l’île Pelée dans la réserve naturelle provinciale de la Pointe Fish. Au cours des années 1980, des observations sporadiques d’A. crepitans ont été signalées à la pointeFish, la plus remarquable étant l’audition d’une trentaine de mâles en 1984. L’espèce n’a pas été observée en 1985, en 1986 ni en 1988, mais on a signalé des appels de mâles en 1987 et en 1989 à l’étang Peregrine (Oldham et Campbell, 1990). En 1992, tous les sites de reproduction connus dans l’île ont fait l’objet d’un nouveau relevé (Kellar et al., 1997), mais aucun signe de la présence de l’espèce n’y a été trouvé. En 1993, on a cependant à nouveau entendu des mâles et peut-être vu des adultes, encore une fois à l’étang Peregrine (Kellar et al., 1997).

La mention la plus récente de A. Crepitans dans l’île Pelée remonte au 11 septembre 1997. Une rainette a été découverte sous un petit morceau de bois à la pointe Fish, le long du sentier d’interprétation qui relie le parc de stationnement à l’extrémité de la pointe, à environ 100 m au sud du stationnement, à la hauteur de l’étang Peregrine. L’observateur, Rick Simek, est un biologiste du département des sciences naturelles de la University of Michigan qui visitait l’île Pelée. Même s’il n’avait jamais observé l’A. crepitans sur le terrain auparavant, il avait déjà effectué des relevés de grenouilles au Michigan et il connaît bien les espèces de grenouilles de la région des Grands Lacs. Il a décrit la rainette comme étant petite de taille semblable à celle de la rainette crucifère ou peut-être même plus petite de couleur assez foncée et couverte de verrues plus petites que celles des crapauds (R. Simek, comm. pers.). Par ailleurs, au cours d’une sortie ultérieure en Floride, il a observé l’Acris gryllus (Southern Cricket Frog - rainette grillon du sud), qu’il a trouvé très semblable à l’espèce observée dans l’île Pelée; pour lui, cela a confirmé que l’espèce observée dans l’île était bien l’A. crepitans. Cet observateur ne savait pas que l’A. crepitans était une espèceimportantedans l’île Pelée, ni que l’étang Peregrine était le dernier endroit où il avait été signalé (R. Simek, comm. pers.).

Le 18 juin 1999, l’auteur a recherché l’espèce pendant trois heures dans l’étang Peregrine et les environs. Il n’y a trouvé aucune trace de l’A. crepitans. Récemment, une plaque d’interprétation a été installée au poste d’observation en bois qui donne sur l’étang. On y mentionne que l’étang est l’endroit où l’A. crepitans a été observé pour la dernière fois au Canada, mais qu’une observation récente laisse espérer qu’une petite population y vit encore.

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Habitat et biologie générale

L’Acris crepitans est une espèce semi-aquatique qui vit en général dans des plans d’eau permanents ou à proximité. Dans son aire de répartition, on le trouve dans divers plans d’eau permanents, dont des lacs, des étangs et des cours d’eau, le plus souvent en eaux peu profondes près de berges où la couverture végétale est importante (Conant et Collins, 1991; Vogt, 1981). Dans l’île Pelée, la rainette grillona été observée dans des marais riverains, des mares, des lagunes, des canaux de drainage agricole, des fossés et des champs inondés (Oldham et Campbell, 1990).

Dans l’île, tous les sites où l’A. crepitans a été observé se trouvent près des berges. Campbell (1971, cité dans Oldham et Campbell, 1990) a émis l’hypothèse que la rainette grillon aurait occupé avant les années 1880, un grand marais de 2 800 hectares situé au centre de l’île. Dans les années 1880, le marais a été endigué et asséché pour l’agriculture, ce qui aurait eu pour effet de forcer les rainettes à migrer vers les marais riverains situés en bordure de l’île.

Dans la partie méridionale de l’aire de répartition de l’A. crepitans, la période de reproduction peut commencer dès février (Conant et Collins, 1991). Dans l’île Pelée, située à la limite septentrionale de l’aire de répartition de l’espèce, des appels de mâles ont été entendus du début de juin jusqu’à la fin de juillet (Oldham et Campbell, 1990). Les œufs sont pondus en petites grappes qui adhèrent à la végétation. Le stade de têtard semble durer de 5 à 10 semaines (Burkett, 1984). Un individu capturé dans l’île le 16 septembre 1972 portait un reste de queue, ce qui indique que sa métamorphose était récente (Oldham et Campbell, 1990).

Des études démographiques ont révélé que la vie des rainettes grillons est très courte, comme c’est le cas pour d’autres petites grenouilles comme la rainette crucifère (Pseudacris crucifer) et d’autres rainettes faux-grillons (Pseudacris sp.); en général, les adultes ne vivent qu’un an et se reproduisent une seule fois (Johnson et Christiansen, 1976; Burkett, 1984). Par conséquent, des facteurs qui réduisent le succès reproducteur durant une seule saison peuvent décimer une population; cela peut expliquer le déclin très marqué de la population qui s’est produit en seulement quelques années à l’île Pelée à la fin des années 1970.

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Facteurs limitatifs

Oldham et Campbell (1990) ont proposé plusieurs facteurs ayant pu jouer un rôle dans le déclin des populations d’Acris crepitans sur l’île Pelée, les plus importants étant la dégradation de l’habitat et la prédation. Les dommages à l’habitat de reproduction de la rainette peuvent être attribuables à plusieurs causes. Par exemple, on pense que le drainage de terres marécageuses à des fins agricoles a eu pour impact d’éliminer la population du marais Curry, sur le rivage sud de l’île. La rainette grillon se reproduisait aussi beaucoup dans les canaux de drainage; le dragage artificiel et l’abaissement des niveaux de ces canaux pour en éliminer la végétation pourraient avoir décimé les populations présentes. Depuis 1972, après que de violentes vagues et tempêtes ont ravagé et érodé les marais riverains, aucune rainette grillon n’a été mentionnée à la pointe Lighthouse (Oldham et Campbell, 1990). De plus, l’utilisation à grande échelle d’engrais et de pesticides à des fins agricoles peut compter parmi les facteurs ayant contribué au déclin de l’espèce, qu’on sait sensible aux concentrations élevées depesticides (Minton, 1972). Campbell (1978, cité dans Oldham et Campbell, 1990) a mesuré plusieurs types de pesticides dans 7 rainettes grillons capturées dans l’île et a constaté qu’elles renfermaient des concentrations de DDE et de BPC supérieures à la normale.

La prédation peut aussi avoir joué un rôle dans le déclin des populations d’A. crepitans. Des échassiers tels que le Grand Héron (Ardea herodias), le Bihoreau gris (Nycticorax nycticorax) et le Butor d’Amérique (Botaurus lentiginosus) sont des prédateurs de grenouilles (Ehrlich et al., 1988) et sont présents dans l’île Pelée. Quand les hérons de la héronnière voisine de l’étang Peregrine sont allés nicher ailleurs à la fin des années 1980, on a espéré un rétablissement de la population de rainettes à cet endroit (Oldham et Campbell, 1990). Au contraire, le déplacement des hérons aurait entraîné une augmentation du nombre de ouaouarons (Rana catesbeiana), grands prédateurs de plus petites grenouilles et de têtards (Bury et Whelan, 1984). La croissance des populations de ouaouarons peut avoir eu pour effet d’augmenter la pression de la prédation sur la population d’A. crepitans, déjà en déclin. Parmi les autres prédateurs potentiels de la rainette grillon qui vivent dans l’île Pelée, on compte les grandes araignées et les larves d’Odonates, qui consomment des têtards, ainsi que la carpe (Cyprinus carpio), la couleuvre rayée (Thamnophis sirtalis sirtalis), la couleuvre d’eau (Nerodia sipedon insularum), la chélydre serpentine (Chelydra serpentina), la tortue peinte (Chrysemys picta marginata) et la tortue de Blanding (Emydoidea blandingii).

En Ontario, le déclin de la rainette grillon s’inscrit semble-t-il dans le déclin à plus grande échelle observé dans la partie nord-ouest de l’aire de répartition de l’espèce. Depuis la fin des années 1970, on a signalé de fortes chutes des populations de rainette grillon dans le Midwest américain. Autrefois répandu dans cette région, l’A. crepitans se limite de nos jours à quelques populations isolées dans l’Illinois (Mierzwa, 1998) et le Wisconsin (Hay, 1998), où il figure sur la liste des espèces en voie de disparition depuis 1982. De plus, l’espèce aurait disparu de l’Indiana (Brodman et Kilmurry, 1998) et du Minnesota (Moriarty, 1998). La perte d’habitats, découlant particulièrement de la transformation de milieux humides en terres agricoles, serait le principal facteur responsable du déclin de l’A. crepitans.

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Importance de l’espèce

En ce qui concerne l’importance de l’A. crepitans pour les humains, l’espèce intéresserait surtout les naturalistes et les chercheurs, et seulement ceux qui ont suffisamment d’expérience pour la différencier des autres petites grenouilles. Étant largement aquatique, la rainette grillon est peu remarquée par les humains, et Oldham et Campbell (1990) pensent qu’elle n’a jamais été assez abondante dans l’île Pelée pour qu’on la récolte couramment dans le but de s’en servir comme appât.

Au Canada, les populations d’A. crepitans sont importantes sur le plan biogéographique parce qu’elles font partie des populations connues les plus nordiques et qu’elles se trouvent à la limite nord de l’aire de répartition de l’espèce. Elles sont intéressantes pour les biologistes en raison des processus démographiques et génétiques particuliers qui se produisent à la périphérie de l’aire de répartition des espèces (Pulliam, 1988; Green et al., 1996). Des études génétiques ont révélé que la variabilité génétique est moindre dans les populations périphériques que dans les populations qui vivent dans l’aire de répartition principale (Highton et Webster, 1976) et que la variabilité génétique dans les populations insulaires a tendance à être moindre que dans les populations de la terre ferme (Frankham, 1997). Ainsi, dans le cas de la rainette grillon, la variabilité génétique des populations de l’île Pelée est peut-être réduite par rapport à celle des populations de la terre ferme qui vivent plus au sud.

Sans recherche scientifique rigoureuse, il est difficile d’établir jusqu’à quel point les populations canadiennes d’A. crepitans se distinguent d’autres populations de rainette grillon sur les plans génétique et morphologique. Les rainettes grillons de l’île Pelée proviennent probablement de l’Ohio, notamment d’îles de cet État. Comme les îles du bassin ouest du lac Érié ne sont émergées que depuis environ 4 000 ans (Calkin et Feenstra, 1985), la population de l’île Pelée n’a probablement pas été isolée durant une période assez longue sur le plan évolutionnaire pour permettre une différenciation génétique neutre importante par rapport à la population mère.

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Évaluation

Comme la dernière mention confirmée pour la pointe Pelée remonte à 1925, malgré l’attention générale que les naturalistes et les employés de Parcs Canada portent à cet endroit, les auteurs s’entendent pour dire (Cook, 1984; Oldham et Campbell, 1990) que l’A. crepitans y a disparu. Comme pour les autres mentions de l’espèce sur la terre ferme dans le sud de l’Ontario, vu l’absence de photographies, d’enregistrements sonores ou de spécimens de référence et le manque de mentions répétées pour la pointe Pelée, on peut penser que les mentions pour cet endroit découlent d’une confusion avec d’autres espèces de grenouilles.

Si une population persiste dans l’île Pelée, ce n’est sans doute qu’à l’étang Peregrine dans la réserve naturelle provinciale de la Pointe Fish, parce qu’aucune observation de l’espèce n’a été faite ailleurs dans l’île depuis plus de vingt ans. Au cours des dix dernières années, plusieurs recherches menées à l’étang par des spécialistes se sont avérées infructueuses (Oldham et Campbell, 1990; Kellar et al., 1997). Vu l’assez faible superficie de l’étang et la courte vie des rainettes grillons, certains chercheurs estiment que l’espèce a peut-être disparu du Canada (Kellar et al., 1997). Cependant, il existe deux mentions non confirmées assez récentes pour ce site, datant de 1993 et de 1997.

La mention de 1997 semble fiable, compte tenu particulièrement que l’observateur est un biologiste qui a l’expérience de l’identification des grenouilles et des crapauds et que son observation est étayée par son observation ultérieure de l’A. gryllus. De plus, ce biologiste ignorait la précarité de l’A. crepitans dans l’île Pelée et que les dernières mentions confirmées provenaient de l’étang Peregrine; cela élimine donc le biais potentiel lié à l’expectative d’une telle découverte. Cette observation a suscité un certain optimisme chez les naturalistes de la région (Meleg et Tiessen, 1997), qui est exprimé sur la plaque d’interprétation installée récemment à l’étang Peregrine.

Malgré qu’il soit très possible que l‘A. crepitans ait disparudu Canada, vu la période relativement courte qui s’est écoulée depuis la dernière mention confirmée et les mentions sporadiques non confirmées subséquentes, il semble prudent d’envisager que l’espèce puisse encore être présente au pays.

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Remerciements

Je dois beaucoup à Mike Oldham et à Craig Campbell, qui ont rédigé en 1990 le premier rapport de situation du COSEPAC sur l’A. crepitans. Ce rapport m’a été très utile pour la rédaction de la présente mise à jour, en témoigne le nombre de fois où il est cité. Leur excellent document constitue un des rares rapports publiés portant sur les populations de rainette grillon au Canada et il est de loin le plus exhaustif. Je tiens à remercier aussi Jim Bogart, Mike Oldham, Ben Porchuk, Kent Prior, Ron Tiessen et Rick Simek de leur aide et des renseignements et des conseils qu’ils m’ont donnés en cours de route. Enfin, les nombreuses suggestions des réviseurs David Green, Dave Galbraith, Don Rivard et Tom Herman m’ont été fort utiles.

Ce rapport a été financé par le Service canadien de la faune d’Environnement Canada.

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Ouvrages cités

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L’auteur

David Britton a obtenu un baccalauréat (1993) et une maîtrise (1998) en zoologie de la University of Guelph. Ses travaux de maîtrise ont porté sur la biogéographie des amphibiens et des reptiles dans les îles de la baie Georgienne et sur la structure génétique des populations insulaires d’amphibiens. À la University of Guelph, il a aussi eu l’occasion de faire des travaux de terrain dans des endroits aussi éloignés les uns des autres que la Colombie et Thunder Bay. Il est actuellement responsable des questions législatives et parlementaires au Cabinet du secrétaire d'État (Développement rural, Initiative fédérale du développement économique pour le Nord de l’Ontario), à la colline parlementaire à Ottawa.