Rapport sur les progrès de la mise en œuvre du programme de rétablissement du rorqual bleu, du rorqual commun et du rorqual boréal (Balaenoptera musculus, B. physalus et B. borealis) dans les eaux canadiennes du Pacifique pendant la période 2006 - 2011

Rorqual bleu, rorqual commun et rorqual boréal

Table des matières

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rorqual bleu

rorqual commun

rorqual boréal

Rapport sur les progrès de la mise en œuvre du programme de rétablissement du rorqual bleu, du rorqual commun et du rorqual boréal (Balaenoptera musculus, B. physalus et B. borealis) dans les eaux canadiennes du Pacifique pendant la période 2006 - 2011

2013

Citation recommandée :

MPO. 2013. Rapport sur les progrès de la mise en œuvre du programme de rétablissement du rorqual bleu, du rorqual commun et du rorqual boréal (Balaenoptera musculus, B. physalus et B. borealis) dans les eaux canadiennes du Pacifique pendant la période 2006 - 2011. Loi sur les espèces en péril, Série de programmes de rétablissement. Pêches et Océans Canada, Ottawa. v + 12 p.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires du rapport d'étape ou de plus amples renseignements sur les espèces en péril, y compris les rapports de situation du COSEPAC, les descriptions de résidence, les plans d'action et d'autres documents liés au rétablissement, veuillez consulter le Registre public des espèces en péril.

Illustrations de la couverture : Du haut en bas, rorqual bleu, rorqual commun et rorqual boréal. A Denbigh, courtoisie de Pêches et Océans Canada.

Also available in English under the title:
Report on the Progress of Recovery Strategy Implementation for Blue, Fin and Sei Whales (Balaenoptera musculus, B. physalus and B. borealis) in Pacific Canadian Waters for the Period 2006-2011

©Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de Pêches et Océans Canada, 2013. Tous droits réservés.
ISBN 978-0-660-21285-2
Numéro de catalogue : En3-4/1-1-2013F-PDF

Le contenu (à l'exception des illustrations de la couverture) peut être utilisé sans autorisation, sous réserve de mention de la source.

Auteurs

Le présent document a été rédigé par Jonathan Thar pour le compte de Pêches et Océans Canada (le MPO).

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Remerciements

Pêches et Océans Canada aimerait remercier John Ford, Linda Nichol, Lisa Spaven (MPO) et Patrick O'Hara (Environnement Canada) pour leurs importantes contributions à l'élaboration du présent rapport.

Préface

L’article 46 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) prévoit que le ministre compétent doit établir un rapport sur la mise en œuvre du programme de rétablissement d’une espèce en péril et sur les progrès effectués en vue des objectifs qu'il expose, dans les cinq ans à compter de son inscription au registre des espèces en péril.

Pour rendre compte des progrès de la mise en œuvre du programme de rétablissement, il faut présenter les efforts collectifs déployés par le ministre compétent, les organismes provinciaux et toutes les autres parties concernées pour mener des activités qui contribuent au rétablissement de l’espèce.

Sommaire

Les populations de rorquals bleus, de rorquals communs et de rorquals boréaux (Balaenoptera musculus, B. physalus et B. borealis) présentes dans les eaux canadiennes du Pacifique ont été inscrites en vertu de la Loi sur les espèces en péril respectivement comme suit : espèce en voie de disparition (2005), espèce menacée (2006) et espèce en voie de disparition (2005).

Les menaces qui pèsent actuellement sur le rorqual bleu, le rorqual commun et le rorqual boréal, telles que décrites dans le programme de rétablissement de ces espèces dans les eaux canadiennes du Pacifique (Gregr et al. 2006), comprennent : les collisions avec des navires, le bruit anthropique, l'enchevêtrement dans des engins de pêche et des débris, la pollution, le déplacement des habitats dû à des modifications du climat océanique ou à la structure trophique, ainsi que les perturbations acoustiques et les risques de blessures physiques liés à la présence de navires.

Le présent rapport décrit les progrès de la mise en œuvre du programme de rétablissement des populations de rorquals bleus, de rorquals communs et de rorquals boréaux  présentes dans les eaux canadiennes du Pacifique pendant la période 2006 - 2011. Il résume les progrès réalisés par Pêches et Océans Canada (le MPO) et l'ensemble de la communauté scientifique vers l'atteinte des buts et objectifs fixés dans le programme de rétablissement. Progrès à ce jour :

  • avancement d'études précises visant à définir les habitats potentiels, confirmés et essentiels, ainsi que d'autres recherches non mentionnées dans le calendrier des études indiquées dans le programme de rétablissement pour désigner les habitats essentiels;
  • réalisation d'activités de gestion et préparation de normes d'atténuation pour aider les Canadiens à mieux comprendre les menaces qui pèsent sur le rorqual bleu, le rorqual commun et le rorqual boréal et limiter leurs impacts sur ces espèces;
  • développement du corpus de connaissances sur l'identité des populations actuelles de rorquals bleus, de rorquals communs et de rorquals boréaux, leurs aires de répartition et leur abondance, afin de pouvoir gérer les mesures du rendement décrites dans le programme de rétablissement.

Le MPO collabore avec les Premières Nations, les chercheurs de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis, des organisations de recherche indépendantes et des universitaires canadiens et américains pour appuyer les efforts visant à développer les connaissances et désigner les habitats essentiels. Des observations et une compréhension limitées de l'aire de répartition actuelle du rorqual bleu, du rorqual commun et du rorqual boréal ne permettent pas encore de définir leurs habitats essentiels dans les eaux canadiennes du Pacifique.

Même si des progrès mesurables ont été réalisés vers l'atteinte des buts, objectifs et mesures du rendement présentés dans le programme de rétablissement, d'autres travaux sont nécessaires pour continuer à mieux comprendre ces trois espèces et, en fin de compte, assurer leur rétablissement.

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1. Renseignements de base

1.1 Résumés des évaluations du COSEPAC

Nom courant : Rorqual bleu (population du Pacifique)
Nom scientifique : Balaenoptera musculus
Inscription légale (LEP) : Janvier 2005 (En voie de disparition)
Statut selon le COSEPAC : Espèce en voie de disparition
Résumé de l'évaluation : Mai 20121
Justification de la désignation : Les individus observés au large de la côte de la Colombie-Britannique font probablement partie d’une population du nord-est du Pacifique qui a été décimée par la chasse à la baleine. La rareté des observations (visuelles et acoustiques) semble indiquer que les effectifs sont actuellement très faibles au Canada (largement inférieurs à 250 individus matures). Les menaces pesant sur cette espèce le long de la côte de la Colombie-Britannique sont peu connues, mais elles peuvent comprendre les collisions avec des navires, les bruits d’origine anthropique et des changements à long terme en ce qui concerne le climat (lesquels pourraient influer sur l’abondance des proies zooplanctoniques).
Présence au Canada : Océan Pacifique
Historique du statut : L’espèce a été considérée comme une unité et a été désignée « préoccupante » en avril 1983. Division en deux populations en mai 2002. La population du Pacifique a été désignée « en voie de disparition » en mai 2002. Réexamen et confirmation du statut en mai 2012.

Nom courant : Rorqual commun (population du Pacifique)
Nom scientifique : Balaenoptera physalus
Inscription légale (LEP) : Septembre 2006 (menacée)
Résumé de l'évaluation : Mai 2005
Statut selon le COSEPAC : Espèce menacée
Justification de la désignation : L’espèce est actuellement observée seulement de façon peu fréquente dans les anciens lieux de pêche à la baleine au large de la Colombie-Britannique. La pêche côtière à la baleine a réduit la population entre 1905 et 1967 d’au moins 7 600 individus, et des milliers d’autres individus ont été pris lors de pêches pélagiques durant les années 1970. Le taux des prises des stations de pêche côtière à la baleine a diminué de façon abrupte au large de la Colombie-Britannique au cours des années 1960. En se basant sur l’importante diminution de la population et un délai de temps insuffisant pour son rétablissement, on en a déduit que la population actuelle est inférieure à 50 % de son niveau d’il y a 60 à 90 ans. Les individus continuent d’être vulnérables aux collisions avec des navires et à l’enchevêtrement dans des engins de pêche.
Présence au Canada : Océan Pacifique
Historique du statut : L’espèce a été considérée comme une unité et a été désignée « préoccupante » en avril 1987. Division en deux populations (population de l'Atlantique et population du Pacifique) en mai 2005. La population du Pacifique a été désignée « menacée » en mai 2005. Dernière évaluation fondée sur une mise à jour d'un rapport de situation.

Nom courant : Rorqual boréal (population du Pacifique)
Nom scientifique : Balaenoptera borealis
Inscription légale (LEP) : Janvier 2005 (En voie de disparition)
Résumé de l'évaluation : Mai 2003
Statut selon le COSEPAC : Espèce en voie de disparition
Justification de la désignation : Il s'agit de l'une des espèces les plus abondantes visées par la chasse à la baleine au large de la côte de la Colombie-Britannique (plus de 4 000 individus tués) et couramment capturée également dans d'autres zones de l'est du Pacifique Nord. Aucun rorqual boréal n'a été signalé en Colombie-Britannique depuis la fin de la chasse à la baleine et l'espèce pourrait être partie. Il reste peut-être quelques individus matures dans les eaux de la Colombie-Britannique et les preuves ne manquent pas du dramatique déclin causé par la chasse à la baleine, tandis que l'on ne trouve aucun signe de rétablissement.
Présence au Canada : Océan Pacifique
Historique du statut : Espèce désignée « en voie de disparition » en mai 2003. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

1.2 Menaces

1.2.1 Menaces pesant sur les espèces en péril

Les menaces qui pèsent actuellement sur le rorqual bleu, le rorqual commun et le rorqual boréal, telles que décrites dans le programme de rétablissement de ces espèces dans les eaux canadiennes du Pacifique (Gregr et al. 2006), comprennent : les collisions avec des navires, le bruit anthropique, l'enchevêtrement dans des engins de pêche et des débris, la pollution, le déplacement des habitats dû à des modifications du climat océanique ou à la structure trophique, ainsi que les perturbations acoustiques et les risques de blessures physiques liés à la présence de navires.

1.2.2 Activités susceptibles de détruire l'habitat essentiel

Les habitats essentiels de ces espèces n'ayant pas été désignés dans le programme de rétablissement, il n'est pas possible de définir ici les activités susceptibles de les détruire.

Compte tenu des priorités et contraintes budgétaires du Ministère, Pêches et Océans Canada (le MPO ou « le Ministère ») et ses partenaires se sont engagés, dans le programme de rétablissement, à entreprendre les activités suivantes afin de définir les habitats essentiels :

  • Définir les habitats potentiels en :
    • établissant les relations entre les aires de répartition historiques des Balénoptéridés et les conditions océaniques à long terme pour prédire les habitats potentiels;
    • élaborant des méthodes de prévision des aires de répartition des espèces proies et en les mettant à l'essai.
  • Définir les habitats confirmés en :
    • déterminant l'aire de répartition saisonnière relative des Balénoptéridés de l'est du Pacifique Nord dans les eaux canadiennes du Pacifique;
    • déterminant les facteurs (p. ex., proies, courants océaniques, remontée des eaux) qui contribuent aux aires de répartition des espèces;
    • établissant les relations entre les facteurs déterminés et les aires de répartition saisonnières et en prévoyant comment les espèces pourraient occuper les habitats potentiels (tous les habitats potentiels ne seront pas occupés).
  • Définir les habitats essentiels en :
    • mettant en place des collaborations avec des chercheurs d'autres instances afin de déterminer les habitats fréquemment utilisés et de prioriser les zones en vue de sélectionner les habitats essentiels;
    • définissant les habitats essentiels du rorqual bleu, du rorqual commun et du rorqual boréal à partir de la quantité d'habitat potentiel nécessaire à leur survie et à leur rétablissement.

2. Rétablissement

2.1 Buts et objectifs du rétablissement

Le programme de rétablissement fixe les buts et objectifs suivants :

Buts du rétablissement

Le rorqual bleu, le rorqual commun et le rorqual boréal sont des espèces d'une grande longévité, avec des espérances de vie entre 50 et 100 ans. Les buts à long terme doivent couvrir plusieurs générations et s'inscrivent de ce fait dans un horizon de 150 à 300 ans. Les buts du rétablissement de ces espèces sont les suivants :

  1. Atteindre une population de rorquals bleus viable à long terme dans les eaux canadiennes du Pacifique;
  2. Atteindre une population de rorquals communs viable à long terme dans les eaux canadiennes du Pacifique;
  3. Atteindre une population de rorquals boréaux viable à long terme dans les eaux canadiennes du Pacifique.

Objectifs du rétablissement

Les objectifs ne concernent que la portion de ces populations qui fréquente les eaux canadiennes et permettent de mesurer les progrès enregistrés à court terme vis-à-vis des buts du rétablissement.

  1. D'ici 2011, identifier les populations de rorquals bleus et communs qui fréquentent les eaux canadiennes du Pacifique.
  2. Maintenir ou accroître les proportions relatives de rorquals bleus et communs dans les eaux canadiennes du Pacifique par rapport aux niveaux l'ensemble de la population, jusqu'en 2016.
  3. D'ici 2011, confirmer la présence de rorquals boréaux dans les eaux canadiennes du Pacifique. Le cas échéant, maintenir ou accroître la proportion relative de rorquals boréaux dans les eaux canadiennes du Pacifique par rapport au niveau de l'ensemble de la population, jusqu'en 2016.
  4. Vérifier si les menaces, telles qu’elles ont été définies, ne réduisent pas de façon importante les habitats potentiels ou la répartition des rorquals bleus, communs et boréaux qui fréquentent les eaux canadiennes du Pacifique, et ce jusqu’en 2016 (par comparaison au moment où l’on a défini les menaces).

2.2 Mesures du rendement

Le programme de rétablissement définit les mesures du rendement suivantes :

Critères d'évaluation fondés sur les objectifs :

    1.  Les populations de rorquals bleus et communs fréquentant les eaux canadiennes du Pacifique ont-elles été définies?

    2.  La proportion relative de rorquals bleus dans les eaux canadiennes du Pacifique, par comparaison avec l’ensemble de la population, s’est-elle maintenue ou a-t-elle augmenté?

    3.  La présence de rorquals boréaux a-t-elle été confirmée dans les eaux canadiennes du Pacifique? Si oui, la proportion relative de rorquals boréaux dans les eaux canadiennes du Pacifique, par comparaison avec l’ensemble de la population, s’est-elle maintenue ou a-t-elle augmenté?

    4.  Les menaces relevées réduisent-elles de façon importante les habitats potentiels ou la répartition des rorquals bleus, communs et boréaux dans les eaux canadiennes du Pacifique?

  Critères d'évaluation fondés sur l'approche adoptée :

    5.  Des études ont-elles été entreprises pour définir les habitats essentiels de ces grandes baleines?

    6.  A-t-on mené des recherches ou effectué des relevés pour mieux définir l’abondance et la répartition des espèces?

    7.  Les menaces sont-elles mieux définies? Ont-elles été réduites ou atténuées?

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3. Progrès réalisés en matière de rétablissement

Les progrès réalisés dans l'atteinte des buts et objectifs définis dans le programme de rétablissement sont largement décrits dans Nichol et Ford 2011 et dans Ford et al. 2010.  Les progrès réalisés jusqu'en 2011 sont résumés dans la présente section, ainsi que les éléments qui ne figurent pas dans les documents de référence.

3.1 Activités de recherche et de surveillance

Le calendrier des études fixé dans le programme de rétablissement en vue de désigner les habitats essentiels a établi trois grands domaines d'études : définir les habitats potentiels, définir les habitats confirmés et définir les habitats essentiels. La présente section résume les résultats obtenus par le MPO et la communauté scientifique dans le cadre de ces études, ainsi que les autres recherches non mentionnées dans le calendrier des études pour désigner les habitats essentiels.

Définir les habitats potentiels

Le Ministère a travaillé avec un étudiant en doctorat pour prédire les habitats potentiels des baleines dans les zones historiques de chasse à la baleine, c'est-à-dire des zones loin au large où l'on n'a pas encore effectué beaucoup de relevés visuels par bateaux. Le MPO a également entrepris l'examen des caractéristiques océanographiques physiques et biologiques qui peuvent être importantes pour les rorquals et qui pourraient servir de prédicteurs de l'habitat. Ces connaissances permettent de mieux cibler les relevés visuels par bateaux, mais sont loin d'être suffisamment approfondies pour permettre d'estimer la quantité d'habitat potentiel. Les observations et enregistrements acoustiques de rorquals bleus et boréaux sont minimes et limitent notre capacité de valider les exercices de modélisation visant à définir les habitats potentiels.

Définir les habitats confirmés

La plupart des activités de recherche menées en ce moment par le MPO sur les rorquals bleus, communs et boréaux portent sur la définition des habitats confirmés. On a besoin des résultats de ces recherches pour évaluer les modèles d'habitat potentiel et essentiel. Notre compréhension actuelle de l'aire de répartition, de l'abondance et de la présence saisonnière de ces espèces est fondée avant tout sur les relevés visuels par bateaux et les études par photo-identification et la télésurveillance acoustique réalisés dans le cadre du Programme de recherche sur les cétacés (PRC) du MPO. Les activités du PRC sont complétées par les données tirées de la base de données historiques du MPO sur la chasse à la baleine en Colombie-Britannique, les observations ponctuelles faites par le MPO, le British Columbia Cetacean Sightings Network (réseau d'observation des cétacés de la Colombie-Britannique) de l'Aquarium de Vancouver et le Platforms of Opportunity Program de la NOAA, les dispositifs et réseaux d'observation acoustique, ainsi que les ouvrages publiés.

Le PRC a consacré plus de 2 000 heures à des relevés spéciaux par bateaux, couvrant près de 40 000 km de transects entre 2002 et 2010. Les données recueillies en 2011 n'ont pas encore été résumées. Les relevés portaient souvent sur des espèces susceptibles d'être présentes près des côtes et sur le plateau continental plutôt que d'aller au large étudier les grandes espèces de baleines océaniques. Environ 10 % des relevés ont été effectués à l'ouest du plateau continental, où se trouvent les plus grandes concentrations de rorquals bleus, communs et boréaux.

On photographie les cétacés rencontrés durant les relevés par bateaux et on utilise les photos pour identifier les individus, ce qui permet d'en faire le suivi au fil des ans et dans une même année ou saison. Les analyses de marquage-recapture permettent également d'estimer l'abondance de la population et d'étudier les mouvements migratoires et la fidélité au site. On a dressé un catalogue des rorquals bleus, des rorquals communs et des rorquals boréaux identifiés en Colombie-Britannique. Compte tenu du nombre relatif d'observations, les bases de données de photo-identification de ces trois espèces sont petites par rapport à celles des rorquals à bosse, que l'on peut observer plus fréquemment. Elles sont toutefois activement partagées avec les organisations menant des recherches similaires le long de la côte Ouest des États-Unis.

Depuis 2005, le PRC a déployé des dispositifs de surveillance acoustique passive à neuf endroits dans les eaux canadiennes du Pacifique (voir la figure 2 dans Nichol et Ford 2011). Chaque dispositif détecte les vocalisations distinctes des cétacés pendant un an tout au plus, ce qui permet de surveiller de vastes zones pendant de longues périodes et lorsque les relevés visuels par bateaux sont impossibles. Les dispositifs sont retirés chaque année et peuvent être redéployés pour une seconde année d'échantillonnage. Le réseau du MPO est complété par un dispositif acoustique continu par câble dans l'observatoire de Barkley Canyon de NEPTUNE Canada, ainsi que par les dispositifs et réseaux de surveillance d'autres collaborateurs.

Le Ministère a aussi tenté de déployer des émetteurs satellitaires sur les individus rencontrés lors des relevés par bateaux. Ces émetteurs permettent de suivre les déplacements et la fidélité au site des animaux sur des périodes relativement courtes. Trois émetteurs satellitaires ont ainsi pu être placés sur des rorquals communs en 2011.

On a également mis l'accent sur la collecte de données hydroacoustiques et d'échantillons de proies pendant les relevés par bateaux afin de déterminer la qualité de l'habitat à partir des préférences en matière de proies et de la densité de ces dernières. De récentes observations de rorquals bleus dans les eaux de la Colombie-Britannique montrent un comportement alimentaire dans les couches de proies observées simultanément (Calambokidis et al. 2009). On a récemment associé la répartition des Balénoptéridés dans différentes régions océaniques aux zones où la remontée des eaux est forte (Irvine 2007) et les gradients de température de la surface de la mer ou « fronts » sont élevés (Doniol-Valcroze et al. 2007), ce qui favorise la concentration des proies. Cependant, Gregr et Coyle (2009) affirment que le cycle biologique du zooplancton et la disponibilité de sa nourriture brouillent la prévisibilité des accumulations dynamiques de plancton.

On a également procédé à des prélèvements par biopsie pendant les relevés visuels par bateaux afin de collecter des données génétiques pour déterminer l'identité du stock en le comparant aux échantillons prélevés dans d'autres régions et pour déterminer les mouvements migratoires par des analyses de capture-recapture. Les données obtenues serviront à préciser les connaissances actuelles sur l'utilisation de l'habitat de ces espèces dans les eaux canadiennes du Pacifique.

Les observations de rorqual bleu et de rorqual boréal sont rares et il n'est pas encore possible, sur quelques années seulement, de définir les habitats confirmés de ces deux espèces. Quelques photo-identifications de rorquals bleus en Colombie-Britannique et dans le golfe d'Alaska indiquent un potentiel retour dans les aires d'alimentation historiques (Calambokidis et al. 2009). Le comportement alimentaire supposé du rorqual bleu a surtout été observé à la fin de l'été et pendant l'automne dans les eaux de l'État de Washington et de la Colombie-Britannique (Irvine 2007; Bailey et al. 2009; Calambokidis et al. 2009). Cette présence saisonnière concorde avec les données acoustiques récemment enregistrées, mais des observations directes tirées des relevés visuels par bateaux et les données historiques montrent une présence dans les eaux canadiennes du Pacifique de la fin du printemps à la fin de l'été. On a également envisagé un lien entre le moment de la phase froide de l'oscillation décennale du Pacifique et la présence du rorqual bleu (Calambokidis et al. 2009).

Deux observations seulement de rorquals boréaux ont été signalées dans les eaux canadiennes du Pacifique depuis la fin de la chasse à la baleine au Canada : une en 2004 et l'autre en 2008. Il est possible que les dispositifs de surveillance acoustique passive d'Union Seamount et du banc La Pérouse aient détecté des appels de rorquals boréaux en 2006 et 2007 respectivement. La rareté des observations de rorquals boréaux ne permet pas encore d'émettre des hypothèses ou des conclusions sur leurs habitats confirmés.

Les rorquals communs étaient la troisième espèce la plus observée pendant les relevés par bateaux effectués au printemps, en été et en hiver entre 2002 et 2010. Les stations de surveillance acoustique passive ont également enregistré leurs appels entre février et septembre de 2005 à 2010, ce qui permet de supposer qu'ils pourraient être présents à l'année dans les eaux canadiennes du Pacifique. Les rorquals communs ont été fréquemment observés sur le plateau continental à l'ouest de l'île de Vancouver et de Haida Gwaii, ainsi que dans le bassin de la Reine-Charlotte, dans le sud du détroit d’Hécate et dans l'entrée Dixon. Ils ont également été aperçus dans les passages confinés de l'entrée Caamano et du Squally Channel. Après un relevé systématique par transect réalisé en 2010 dans le fossé Moresby (à l'ouest de l'entrée Caamano jusqu'au détroit d’Hécate et au bassin de la Reine-Charlotte), le PRC (données non publiées) a estimé que la densité de rorquals communs était de 0,035/km2, ce qui correspond à une abondance de 176 individus dans le fossé Moresby au moment du relevé. Williams et Thomas (2007) ont estimé l'abondance à 496 individus dans l'entrée Dixon, le détroit d’Hécate et le bassin de la Reine-Charlotte en 2004 et 2005. La présence de rorquals communs dans le détroit de Davis (à l'est du Canada) pendant la principale période de conception (novembre et décembre) laisse supposer qu'ils pourraient se reproduire également sous des latitudes septentrionales (Simon et al. 2010).

Définition des habitats essentiels

Le MPO collabore avec les Premières Nations, les chercheurs de la NOAA qui étudient les mêmes populations, ainsi que des organisations de recherche indépendante, des étudiants diplômés et des membres du corps professoral des universités canadiennes et américaines pour poursuivre les activités visant à définir les habitats essentiels. Des observations et une compréhension limitées de l'aire de répartition actuelle du rorqual bleu, du rorqual commun et du rorqual boréal ne permettent pas encore de définir leurs habitats essentiels dans les eaux canadiennes du Pacifique. Bien que l'on dispose de davantage de données pour le rorqual commun que pour le rorqual bleu et le rorqual boréal, le corpus de connaissances n'est pas encore suffisant pour que l'on puisse déterminer un modèle des associations avec l'habitat du rorqual commun ou identifier les zones où l'espèce est régulièrement présente (Nichol et Ford 2011).

3.2 Activités de gestion

Deux normes sur l'atténuation ont été mises en place pour réduire la menace de bruit pour les rorquals bleus, les rorquals communs et les rorquals boréaux : 1) l'Énoncé des pratiques canadiennes d’atténuation des ondes sismiques en milieu marin (MPO 2007); 2) l'Ordre du Commandement maritime : Mesures d'atténuation pour les mammifères marins (MDN 2008). Ces normes visent à minimiser les impacts du bruit des sonars tactiques sur les mammifères marins. Dans le Management Plan for the Offshore Killer Whale (Orcinus orca) in Canada (MPO 2009), le calendrier des études indique qu'une des mesures doit consister à étudier et améliorer l'efficacité de l'Ordre du Commandement maritime du ministère de la Défense nationale.

Le personnel du Secteur des sciences et de la gestion des pêches examine régulièrement des propositions de développement et de recherche sur les effets potentiels du bruit et de la pollution sur le rorqual bleu, le rorqual commun et le rorqual boréal et émet des exigences ou des recommandations précises concernant le risque que présentent les activités proposées pour les animaux.

Il s'est avéré difficile d'étendre nos connaissances sur les menaces qui pèsent sur ces espèces car peu d'incidents concernant des rorquals bleus, communs ou boréaux ont été signalés au Programme d'intervention auprès des mammifères marins du Pacifique (un rorqual bleu et dix rorquals communs tués). L'absence relative d'incidents signalés pourrait s'expliquer par le fait que les carcasses coulent avant d'être trouvées ou aboutissent dans des endroits très reculés. La cause de la mort ou des blessures a été confirmée dans seulement deux des incidents signalés; dans les deux cas, il s'agissait d'une collision avec un navire. Il est difficile de confirmer la cause de la mort de ces gros animaux à cause de leur état de décomposition après leur découverte souvent tardive dans des endroits éloignés et de l'impossibilité de prendre des radios ou de pratiquer des scintigrammes sur des animaux de cette taille. L'examen des os nettoyés donne parfois des renseignements impossibles à obtenir par une analyse histopathologique

3.3 Résumé des progrès accomplis par rapport au rétablissement

Pour pouvoir assurer le rétablissement des rorquals bleus, des rorquals communs et des rorquals boréaux, nous devons d'abord identifier les populations actuelles, déterminer leurs aires de répartition, leur abondance et leurs habitats confirmés, puis être en mesure de définir leurs habitats potentiels et essentiels. Les mesures du rendement décrites dans la section 2.2 du présent document sont traitées ci-après.

    1.  Les populations de rorquals bleus et communs fréquentant les eaux canadiennes du Pacifique ont-elles été définies?

On a pu identifier dix rorquals bleus photographiés dans les eaux de la Colombie-Britannique en comparant les photographies à celles d'individus connus présents dans les eaux américaines. Il n'a pas encore possible d'identifier les populations de rorquals communs.

    2.  La proportion relative de rorquals bleus dans les eaux canadiennes du Pacifique, par comparaison avec l’ensemble de la population, s’est-elle maintenue ou a-t-elle augmenté?

On ne connaît pas encore la proportion relative de rorquals bleus à cause du nombre limité d'observations recueillies depuis la fin de la chasse commerciale à la baleine.

    3.  La présence de rorquals boréaux a-t-elle été confirmée dans les eaux canadiennes du Pacifique? Si oui, la proportion relative de rorquals boréaux dans les eaux canadiennes du Pacifique, par comparaison avec l’ensemble de la population, s’est-elle maintenue ou a-t-elle augmenté? 

La présence de rorquals boréaux a été confirmée. On ne dispose pas d'information sur les tendances de la population de rorquals boréaux pour le moment à cause du nombre très faible d'observations visuelles et acoustiques, tant dans les eaux canadiennes du Pacifique que dans le reste du Pacifique du Nord-est.

    4.  Les menaces relevées réduisent-elles de façon importante les habitats potentiels ou la répartition des rorquals bleus, communs et boréaux dans les eaux canadiennes du Pacifique? 

Les données demeurent insuffisantes pour déterminer si les menaces réduisent de manière importante les habitats potentiels ou la répartition des rorquals bleus, communs et boréaux dans les eaux canadiennes du Pacifique.

    5.  Des études ont-elles été entreprises pour définir les habitats essentiels de ces grandes baleines?

Les recherches décrites à la section 3.1 du présent document ont été menées afin de contribuer à l'identification des habitats confirmés et potentiels. Lorsque l'on connaîtra suffisamment bien les habitats confirmés et potentiels, il sera possible de désigner les habitats essentiels.

    6.  A-t-on mené des recherches ou effectué des relevés pour mieux définir l’abondance et la répartition des espèces? 

Les relevés visuels par bateaux et le déploiement des dispositifs acoustiques, ainsi que l'analyse de données qui a été réalisée par la suite, s'inscrivent dans le cadre des activités menées pour mieux définir l'abondance et la répartition des rorquals bleus, des rorquals communs et des rorquals boréaux.

    7.  Les menaces sont-elles mieux définies? Ont-elles été réduites ou atténuées? 

Comme indiqué à la section 3.2, il s'est avéré difficile de mieux définir les menaces à cause du manque de données et de la difficulté à déterminer la cause de la mort des animaux morts qui ont été retrouvés.

Il est dit dans la section 11 du Programme de rétablissement définitif pour le rorqual bleu, le rorqual commun et le rorqual boréal dans les eaux canadiennes du Pacifique (MPO 2006) que « un plan d’action doit être élaboré dans les deux ans suivant l’approbation du programme de rétablissement ». Un plan d'action partiel a été préparé et soumis à des consultations régionales, et son élaboration se poursuit. On considère qu'il s'agit d'un plan d'action partiel parce que les meilleurs renseignements disponibles actuellement ne permettent pas de déterminer les habitats essentiels (MPO 2012). Lorsque les renseignements le permettront, on déterminera les habitats essentiels pour une ou plusieurs espèces dans un chapitre ultérieur du plan d'action.

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4. Références

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1 L'évaluation a été mise à jour à partir de celle qui est présentée dans le programme de rétablissement de 2006. COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada). 2012. Évaluations des espèces sauvages du COSEPAC (version détaillée), mai 2012. Site Web : http://www.cosewic.gc.ca/rpts/Detailed_Species_Assessments_f.html, mai 2013* [consulté en août 2012].


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