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Plan de gestion du sclérophore givré (Sclerophora peronella), population de la Nouvelle–Écosse, au Canada [PROPOSITION] – 2011

Loi sur les espèces en péril
Série de Plans de gestion

Table des matières

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Sclérophore givré

Couverture de la publication : Plan de gestion du sclérophore givré (Sclerophora peronella), population de la Nouvelle–Écosse, au Canada [PROPOSITION] – 2011

Plan de gestion – Sclérophore givré

Référence recommandée :

Environnement Canada. 2011. Plan de gestion du sclérophore givré (Sclerophora peronella), population de la Nouvelle–Écosse, au Canada [Proposition]. Série de Plans de gestion de la Loi sur les espèces en péril. Environnement Canada, Ottawa. iii + 12 p.

Pour télécharger le présent plan de gestion, veuillez consulter le Registre public des espèces en péril.

Illustration de la couverture : Sclérophores givrés, photographie de Steven B. Selva, utilisée avec permission

Also available in English under the title:
“Management Plan for the Frosted Glass-whiskers (Sclerophora peronella) Nova Scotia Population in Canada [Proposed]”

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l’Environnement, 2011. Tous droits réservés.
ISBN
No de catalogue

Le contenu du présent document (à l’exception des illustrations) peut être utilisé sans permission, mais en prenant soin d’indiquer la source.

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Préface

En vertu de l’Accord pour la protection des espèces en péril (1996), les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux signataires ont convenu d’établir une législation et des programmes complémentaires qui assureront la protection efficace des espèces en péril partout au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (L.C. 2002, ch. 29) (LEP), les ministères fédéraux compétents sont responsables de l’élaboration des plans de gestion pour les espèces inscrites comme espèces préoccupantes et sont tenus de rendre compte des progrès réalisés d’ici cinq ans.

Le ministre de l’Environnement est le ministre compétent pour le rétablissement de cette espèce et a élaboré ce plan de gestion, conformément à l’article 65 de la LEP. Ce plan a été préparé en collaboration avec les compétences provinciales responsables du sclérophore givré et de son habitat (ministère des Ressources naturelles de la Nouvelle-Écosse) et avec le ministère de l’Environnement de la Nouvelle-Écosse, l’institut de recherche Mersey Tobeatic et l’Équipe de rétablissement de l’érioderme boréal (population de l’Atlantique).

La réussite de la gestion de l’espèce dépendra de l’engagement et de la collaboration d’un grand nombre de parties qui participeront à la mise en œuvre des recommandations formulées dans le présent plan de gestion. Cette réussite ne pourra reposer seulement sur Environnement Canada ou sur toute autre compétence. Tous les Canadiens et toutes les Canadiennes sont invités à appuyer le plan de gestion et à contribuer à sa mise en œuvre pour le bien du sclérophore givré, population de la Nouvelle-Écosse, et de l’ensemble de la société canadienne.

La mise en œuvre du présent plan de gestion est assujettie aux crédits, aux priorités et aux contraintes budgétaires des compétences et organisations participantes.

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Remerciements

Le présent plan de gestion a été préparé par Tyler Smith avec un apport de l’équipe de rétablissement de l’érioderme boréal (population de l’Atlantique).

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Sommaire

Le sclérophore givré est un minuscule lichen cryptique du groupe des lichens calicioïdes. Même les spécialistes doivent l’examiner au microscope pour pouvoir l’identifier. L’espèce est très rare dans la majeure partie de son aire de répartition mondiale. Au Canada, il y a une occurrence connue du sclérophore givré en Colombie-Britannique et deux occurrences de ce lichen dans l’île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse. Le présent plan de gestion vise uniquement la population de la Nouvelle-Écosse.

Le sclérophore givré est une espèce indicatrice des forêts anciennes, où il pousse sur le duramen exposé d’arbres matures. On peut penser que l’espèce est sensible à la pollution atmosphérique, aux pluies acides et aux brouillards acides, ce qui, ajouté à une apparente dépendance à l’égard de conditions particulières de microhabitat, en fait un indicateur biologique sensible de l’état de santé des écosystèmes forestiers.

Plusieurs facteurs limitatifs posent des difficultés pour la conservation du sclérophore givré en Nouvelle-Écosse. L’espèce possède une très faible capacité de coloniser un nouvel habitat, et ses exigences écologiques très particulières font que l’habitat qui lui est convenable est rare. Les deux occurrences connues de la Nouvelle-Écosse comptent chacune un seul individu; elles courent donc le risque de disparaître par suite de perturbations naturelles. Par ailleurs, comme on connaît très peu de choses sur la biologie et l’écologie de cette espèce, il est difficile de concevoir des mesures de gestion appropriées.

Les principales menaces pesant sur le sclérophore givré sont la déforestation, les activités industrielles et récréatives, la perte des arbres, découlant de processus naturels, et la pollution. Comme les deux occurrences de la Nouvelle-Écosse se trouvent à l’intérieur d’aires sauvages protégées (Wilderness Areas), la dégradation de l’habitat par l’activité humaine ne constitue pas une menace très importante. La pollution, en revanche, présente toujours une menace grave. Étant donné l’effectif extrêmement faible de la population de sclérophores givrés, toute perturbation naturelle (incendies de forêt, ouragans, etc.) risque de détruire la moitié de la population, voire la population entière.

L’objectif du présent plan de gestion est de conserver les deux occurrences connues du sclérophore givré en Nouvelle-Écosse ainsi que toute autre population qui pourrait y être découverte. Les stratégies générales recommandées pour atteindre cet objectif sont d’assurer une protection adéquate de l’habitat du sclérophore givré et de vérifier s’il existe d’autres occurrences en Nouvelle-Écosse.

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Plan de gestion du sclérophore givré (Sclerophora peronella), population de la Nouvelle Écosse, au Canada - 2011

1.  Information sur l'espèce

1.1. Évaluation de l’espèce par le COSEPAC[+]

Date de l’évaluation : Mai2005

Nom commun (population) : sclérophore givré (population de la Nouvelle–Écosse)[*]

Nom scientifique : Sclerophora peronella

Statut selon le COSEPAC : Préoccupante

Justification de la désignation : Ce minuscule lichen cryptique est très rare ou menacé dans la majeure partie de son aire de répartition mondiale. Deux des trois emplacements connus de cette espèce au Canada se trouvent en Nouvelle-Écosse. Malgré des efforts considérables pour localiser cette espèce et d’autres rares lichens calicioïdes dans la province, ce lichen n’est observé que sur le bois parfait des érables rouges dans la forêt de feuillus mature et ancienne. Les menaces comprennent la perte et la dégradation potentielles de l’habitat associées au déclin des écosystèmes de forêts anciennes. Toutefois, les deux populations en Nouvelle-Écosse semblent saines et se trouvent dans d’importantes aires protégées sur l’île du Cap-Breton.

Présence au Canada : Nouvelle-Écosse

Historique du statut selon le COSEPAC : Espèce désignée « préoccupante » en mai 2005. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

+ Comité sur la situation des espèces en péril au Canada
* Le sclérophore givré, population de la Colombie-Britannique, a été évalué en mai 2005 et classé dans la catégorie des espèces pour lesquelles les données sont insuffisantes.

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1.2. Description de l’espèce

Le sclérophore givré (Sclerophora peronella) appartient à un groupe de champignons lichénisés généralement réunis sous le terme « lichens calicioïdes ». Leurs petites apothécies pédicellées rappellent une barbe de quelques jours. Ces lichens sont si peu visibles que même les lichénologues d’expérience ont de la difficulté à les repérer et à les identifier. La partie principale du lichen (thalle) est enfouie dans le substrat (chez la population de la Nouvelle-Écosse, le duramen d’érables rouges (Acer rubrum) vivants); seules les fructifications (apothécies portant les spores), de couleur claire, émergent de 0,5 à 0,8 mm au-dessus de la surface.

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1.3. Populations et répartition

L’aire de répartition mondiale du sclérophore givré comprend l’Europe, le Caucase russe, les États-Unis et le Canada (figure 1). L’espèce est extrêmement rare dans l’ensemble de son aire de répartition : moins de 20 emplacements sont répertoriés pour les États-Unis (Oregon), et, en Eurasie, l’espèce est rare et se fait de plus en plus rare, particulièrement en Europe centrale (Tibell, comm. pers., cité dans COSEPAC, 2005). En partie à cause du manque de données, l’organisme NatureServe (2009) n’a pas classé le sclérophore givré à l’échelle mondiale, nationale ou infranationale. L’espèce est classée uniquement en Colombie-Britannique, où on lui a attribué la cote S1 (espèce gravement en péril) en raison du fait qu’une seule population est répertoriée pour la province. Au Canada, les deux seules autres populations connues se trouvent à l’île du Cap–Breton, en Nouvelle-Écosse. Ces deux populations sont situées à l’intérieur d’aires protégées en vertu de la Wilderness Areas Protection Act de la Nouvelle-Écosse.

La population de la Colombie-Britannique a été découverte pour la première fois en 1991, tandis que celles de la Nouvelle-Écosse l’ont été en 1998. Il n’existe aucune donnée antérieure à ces années, de sorte qu’il est impossible de connaître les tendances des populations ou l’évolution historique de leur répartition. On croit que les trois populations canadiennes ne comptent chacune qu’un seul individu et qu’elles occupent dans l’ensemble une superficie inférieure à 1 m² (COSEPAC, 2005). Les populations canadiennes représentent probablement moins de 5 % de la population mondiale. Le présent plan de gestion vise uniquement les deux occurrences de la Nouvelle-Écosse, formant la population de la Nouvelle-Écosse.

Figure 1. Répartition nord–américaine du sclérophore givré (d'après COSEPAC, 2005).

La figure 1 montre la répartition nord-américaine du sclérophore givré. Trois emplacements sont désignés, un en Nouvelle-Écosse, un en Colombie-Britannique et un en Oregon.

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1.4. Besoins du sclérophore givré

1.4.1. Besoins biologiques et besoins en matière d’habitat

En Eurasie, le sclélophore givré a été récolté sur l’écorce et le bois de vieux feuillus, notamment des érables, hêtres, frênes, chênes, sorbiers, tilleuls et ormes (Acer, Fagus, Fraxinus, Quercus, Sorbus, Tilia et Ulmus), dans des milieux humides et plutôt ombragés (Tibell, 1999). L’espèce pousse le plus souvent sur le duramen exposé d’arbres vivants. Les deux individus de la population de la Nouvelle-Écosse poussent dans des creux du tronc d’érables rouges vivants. D’après les données disponibles, le sclérophore givré se trouve uniquement dans les forêts matures ou anciennes à humidité stable et à faibles fluctuations de température (COSEPAC, 2005). Au Canada, le sclérophore givré est confiné aux régions maritimes, probablement en raison de la sensibilité au gel de l’algue symbiote.

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1.4.2. Rôle écologique

En tant que champignon lichénisé, le sclérophore givré satisfait ses besoins énergétiques par l’établissement d’une symbiose avec une algue photosynthétique. Comme tous les lichens, il tire de l’atmosphère l’eau et les éléments nutritifs dont il a besoin. En plus d’avoir besoin d’un habitat de forêts matures intactes, le sclérophore givré est probablement limité par les conditions de microhabitat suivantes : texture, pH et capacité de rétention d’eau du substrat; degré d’éclairement; microtopographie. Le sclérophore givré est ainsi une espèce indicatrice des forêts anciennes et un indicateur biologique sensible de l’état de santé des écosystèmes forestiers (Selva, 1994, 1996).

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1.4.3. Facteurs limitatifs

Plusieurs facteurs biologiques constituent des limites intrinsèques à la propagation du sclérophore givré. D’abord, on n’a jamais observé de propagules végétatives chez l’espèce. Donc, pour qu’il y ait propagation, il faut que des spores du champignon soient transportées, par exemple par le vent, vers de nouveaux milieux où les conditions sont propices à la fois à l’échelle du microhabitat et du macrohabitat et où se trouve également une algue compatible et libre avec laquelle le champignon peut former l’association lichénique (COSEPAC, 2005). Il est certain que ces conditions sont très rarement réunies.

De plus, le sclérophore givré exige des conditions de microhabitat particulières qu’on ne trouve que sur des arbres matures au sein de forêts matures ou anciennes (pH, texture et capacité de rétention d’eau du substrat, degré d’éclairement, microtopographie, etc.). La probabilité de réussite de l’établissement de l’espèce continuera à diminuer avec le déclin des forêts anciennes découlant de la récolte de bois et d’autres perturbations anthropiques. En fait, il sera peut-être difficile de conserver les deux populations connues car elles se trouvent dans un microhabitat intrinsèquement instable.

Un autre facteur limitatif pour la population de sclérophore givré de la Nouvelle-Écosse est son faible effectif. Comme la population ne compte que deux individus connus, la disparition de l’un ou l’autre d’entre eux serait grave, surtout en l’absence d’inventaires permettant de documenter d’autres occurrences. Si l’un ou l’autre des arbres hébergeant l’espèce devait disparaître avant qu’un nouvel individu ait pu s’établir, il est peu probable que des mesures de gestion de l’habitat permettent le rétablissement de la population.

Bien que la nature discrète du sclérophore givré ne soit pas en soi un facteur limitatif, elle explique néanmoins le fait que l’espèce soit si peu connue. Comme on connaît très peu de choses sur la biologie de cette espèce cryptique, il est difficile de concevoir des mesures de gestion appropriées.

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1.5. Menaces

1.5.1. Classification des menaces

Tableau 1. Tableau de classification des menaces
MenaceNiveau de préoccupation[1]ÉtendueOccurrence[2]Fréquence[3]Severity[4]Certitude causale[5]
Perte ou dégradation de l'habitat
Déforestation de l'habitat de forêts anciennessites connus : nulnullehistoriquerécurrenteélevéeélevée
sites convenables mais n’ayant pas fait l’objet d’un relevé : élevégénéraliséecouranterécurrenteélevéeélevée
Activités industrielles ou récréatives (construction de bâtiments et de routes, aménagement de sentiers de randonnée pédestre et de sentiers de VTT, etc.)sites connus : nulnullehistoriqueindéterminéeélevéeélevée
sites convenables mais n'ayant pas fait l'objet d'un relevé : faiblegénéraliséecouranterécurrentefaibleinconnue
Processus naturels
Sénescence naturelle aboutissant à la mort des arbresÉlevélocaliséeanticipéeponctuelleélevéeélevée
Perturbations naturelles (ouragans, incendies de forêt, etc.)Moyenlocaliséeinconnueindéterminéeélevéeélevée
Pollution
Pollution atmosphérique (pluies acides et autres polluants atmosphériques)Élevégénéraliséecourantecontinueélevéeélevée

1 Niveau de préoccupation : signifie que la gestion de la menace représente une préoccupation (élevée, moyenne ou faible) pour le rétablissement de l’espèce, conforme aux objectifs en matière de population et de répartition. Ce critère tient compte de l’évaluation de toute l’information figurant dans le tableau).

2 Occurrence : indique si la menace est historique (elle a contribué au déclin, mais n’a plus d’incidence sur l’espèce), courante (elle a actuellement une incidence sur l’espèce), anticipée (elle pourrait avoir une incidence sur l’espèce dans l’avenir) ou inconnue.

3 Fréquence : indique si la menace est ponctuelle, saisonnière (soit parce que l’espèce est migratrice, soit parce que la menace n’apparaît qu’à certaines époques de l’année), continue (en cours), récurrente (réapparaît de temps en temps mais non sur une base annuelle ou saisonnière) ou de fréquence indéterminée.

4 Gravité : indique l’effet à l’échelle de la population (Élevée : très grand effet à l’échelle de la population, modérée, faible, inconnue).

5 Certitude causale : indique le degré de preuve connu de la menace (Élevée : la preuve disponible établit un lien fort entre la menace et les pressions sur la viabilité de la population; Moyenne : il existe une corrélation entre la menace et la viabilité de la population, p. ex. une opinion d’expert; Faible : la menace est présumée ou plausible).

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1.5.2. Description des menaces

Perte ou dégradation de l’habitat

Dans les deux aires sauvages protégées abritant le sclérophore givré en Nouvelle-Écosse, le risque de perte d’habitat ou de dégradation de l’habitat est faible. Le sclérophore givré est restreint aux forêts anciennes relativement intactes. Une coupe à blanc des forêts anciennes signifierait la perte totale de l’habitat et de tous les sujets de l’espèce. Une coupe sélective pratiquée dans une forêt ancienne ou toute activité industrielle pratiquée dans les secteurs environnants (récolte de bois, construction de routes ou de bâtiments, etc.) pourraient modifier les conditions ambiantes à l’intérieur de la forêt au point qu’elles ne répondraient plus aux besoins du sclérophore givré. Ainsi, l’ouverture d’un chemin à proximité d’une forêt ancienne peut donner lieu à une augmentation de la vitesse des vents et, par conséquent, à une diminution de l’humidité au sein de la forêt et à une augmentation du risque de chablis. Elle pourrait également servir de voie d’entrée dans la forêt à des espèces exotiques envahissantes.

De même, l’aménagement de sentiers de randonnée pédestre ou de sentiers de VTT pourrait avoir un effet négatif sur l’habitat du sclérophore givré. Il est peu probable que l’aménagement de sentiers de randonnée pédestre entraîne des effets importants, à la condition qu’aucun arbre pouvant servir d’hôte à l’espèce ne soit abattu et que le tracé des sentiers ne passe pas près des arbres hébergeant l’espèce. Le risque est plus élevé dans le cas des sentiers de VTT, car les véhicules remuent le sol forestier, ce qui peut modifier le régime de drainage local ou créer des voies de pénétration pour des espèces exotiques envahissantes.

Activités ou processus naturels

La sénescence naturelle et la mort sont des étapes inéluctables de la vie des arbres, et les perturbations naturelles telles que les ouragans et les incendies de forêt sont des phénomènes imprévisibles et inévitables. Comme la population de la Nouvelle-Écosse est répartie entre seulement deux arbres hôtes, l’une ou l’autre de ces perturbations pourrait avoir un effet énorme sur la population.

Pollution

Le sclérophore givré absorbe directement de l’atmosphère la majeure partie de l’eau et des éléments nutritifs dont il a besoin. Par conséquent, on peut penser qu’il est sensible à la pollution atmosphérique et aux pluies acides (COSEPAC, 2005) puisqu’il risque d’absorber des polluants dissous dans l’eau de l’atmosphère. Le déclin d’autres lichens dans le Canada atlantique a été attribué à un taux d’acidité des pluies et des brouillards dépassant leur seuil de tolérance. Il existe certes des sources locales de pollution atmosphérique, mais le problème est d’envergure régionale, car la majeure partie des polluants se déposant sur la Nouvelle-Écosse provient de centres industriels situés plus à l’ouest de la province.

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1.6. Mesures déjà achevées ou en cours

À l’heure actuelle, les inventaires effectués dans le cadre du rapport de situation du COSEPAC (2005) sur le sclérophore givré constituent l’unique mesure prise en vue de la conservation du sclérophore givré.

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1.7. Lacunes dans les connaissances

Le nombre d’inventaires de plantes vasculaires réalisés par des spécialistes dans l’est du Canada s’élève certainement à plusieurs milliers, alors que seulement 39 relevés de lichens calicioïdes ont été faits par des spécialistes, dont cinq seulement à l’île du Cap–Breton (COSEPAC, 2005). L’écologie des sites connus occupés par le sclérophore givré n’a pas été décrite, et on connaît très peu les exigences biologiques spécifiques des populations de l’espèce. Une meilleure connaissance des exigences écologiques du sclérophore givré permettrait de repérer des secteurs additionnels en vue de relevés. La poursuite des inventaires dans les forêts matures et anciennes de l’île du Cap–Breton est la première activité de suivi préconisée dans le présent plan de gestion.

De plus, une planification appropriée de la gestion du sclérophore givré nécessite de nouveaux suivis de la dynamique de la population et des études sur le potentiel de sauvegarder l'espèce en utilisant les techniques de transplantation, la diversité génétique et la tolérance à la pollution de cette espèce. Cependant, compte tenu du fait que l’effectif des populations est extrêmement faible, aucun prélèvement d’échantillons ni autre forme de perturbation des sclérophores givrés ne peut être autorisé.

Bien que des tentatives de transplantation d’autres lichens aient été couronnées de succès (voir Richardson et Cameron, 2004), on ignore si la transplantation du sclérophore givré est possible. Pour l’heure, le prélèvement direct d’échantillons du sclérophore givré n’est pas indiqué. Cependant, il serait peut-être utile de concevoir et de tenter des transplantations expérimentales d’autres lichens calicioïdes plus communs afin d’évaluer le potentiel de la technique comme outil de gestion du sclérophore givré.

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2.  Gestion

2.1. Objectif de gestion

En l’absence de preuves que le sclérophore givré a déjà été plus répandu qu’aujourd’hui et en raison du manque de moyens de propagation artificielle de l’espèce dans la province, l’objectif le plus réaliste consiste au maintien des deux populations existantes et de toute autre population que les inventaires futurs pourraient permettre de découvrir.

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2.2. Stratégies générales pour l’atteinte des objectifs

  1. Assurer une protection adéquate de l’habitat du sclérophore givré

    La survie à long terme des populations de sclérophores givrés dépend principalement de la préservation de l’habitat dont ils ont besoin. Le fait que les deux individus connus de la Nouvelle-Écosse se trouvent dans des aires sauvages protégées de la province simplifie les communications et les négociations relatives à l’intendance de l’habitat.

  2. Déterminer s’il existe d’autres occurrences de l’espèce en Nouvelle-Écosse

    Seulement cinq relevés de lichens calicioïdes ont été réalisés à l’île du Cap–Breton, ce qui laisse penser qu’il reste peut-être des populations à découvrir.

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2.3. Calendrier de mise en œuvre

Tableau 2. Calendrier de mise en œuvre pour le sclérophore givré
MesureObjectifPrioritéMenace ou préoccupationResponsabilitéÉchéancier
PrincipaleAutres
2.3.1 Protection et gestion
Repérer les arbres hôtes et établir des zones tampons de 100 m, incluant des cartes SIG. La zone tampon de 100 m est proposée à titre de ligne directrice provisoire seulement; des études approfondies seront nécessaire pour déterminer la largeur de la zone tampon nécessaire pour assurer la préservation de l’arbre hôte et de l’habitat associé; il faudra à tout le moins instaurer des protocole de suivi pour voir si des processus ou activités se déroulant à l’extérieur de la zone tampon ont des répercussions négatives dans la zone tampon.1élevédéforestation, activités industrielles et récréativesRN N.–É.
Env. N.–É.
 2011
Inscrire les emplacements où se trouvent actuellement les arbres hôtes dans les programmes de gestion des aires sauvages protégées de la Nouvelle-Écosse. Les responsables des aires sauvages protégées doivent prendre les mesures voulues pour limiter les activités (récolte de bois, fréquentation des sentiers, etc.) et les aménagements (tracé de sentiers, construction de chemins, récolte de bois, etc.) à proximité des arbres hôtes.1élevéactivités industrielles et récréativesRN N.–É.
Env. N.–É.
 2012
2.3.2 Suivi
Réaliser des inventaires dans les habitats désignés prioritaires (activité à confier à des lichénologues d’expérience spécialisés dans l’identification des sclérophores givrés et autres lichens calicioïdes).1 et 2moyennelacunes dans les connaissancesRN N.–É.
Env. N.–É.
 2015
Définir les protocoles de suivi du sclélophore givré et de son habitat, y compris les critères de mesure de la taille des populations (nombre de fructifications et/ou superficie du thalle) et d’évaluation de l’habitat.1 et 2moyennelacunes dans les connaissancesRN N.–É.
Env. N.–É.
 2013
Faire le suivi des arbres hôtes et d’autres arbres au moins une fois tous les cinq ans, et déposer les données recueillies auprès du ministère des Ressources naturelles de la Nouvelle-Écosse.1 et 2moyennelacunes dans les connaissancesRN N.–É.
Env. N.–É.
 Terminé en 2012 et à des intervalles déterminés par des protocoles de suivi
Préparer une description écologique des sites connus et utiliser ces descriptions et les données recueillies pour repérer d’autres forêts pouvant faire l’objet de relevés. Les descriptions doivent inclure le couvert forestier, la composition du peuplement forestier, la végétation herbacée, la position topographique, le drainage et les données climatiques.

Les conditions écologiques peuvent indiquer d’autres sites de l’île du Cap-Breton pouvant faire l’objet de relevés.
2moyennelacunes dans les connaissancesRN N.–É.Env. N.–É.Terminé d’ici 2015

RN N.–É. = ministère des Ressources naturelles de la Nouvelle–Écosse
Env. N.–É. = ministère de l’Environnement de la Nouvelle-Écosse

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2.4. Mesure des progrès

Tous les cinq ans, les progrès accomplis dans la mise en œuvre du présent plan de gestion seront mesurés en fonction des indicateurs de performance suivants :

  • ni l’une ni l’autre des populations n’a été détruite par suite d’activités industrielles ou récréatives;
  • d’autres sites pouvant répondre aux besoins de l’espèce ont été repérés;
  • des inventaires ont été réalisés dans les sites potentiels par des lichénologues d’expérience capables d’identifier les lichens calicioïdes.

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2.5. Effets sur l’environnement et sur les espèces non ciblées

Une évaluation environnementale stratégique (EES) est effectuée pour tous les documents de planification du rétablissement en vertu de la LEP, conformément à La directive du Cabinet sur l’évaluation environnementale des projets de politiques, de plans et de programmes. L’objet de l’EES est d’incorporer les considérations environnementales à l’élaboration des projets de politiques, de plans et de programmes publics pour appuyer une prise de décisions éclairée du point de vue de l’environnement.

La planification du rétablissement vise à favoriser les espèces en péril et la biodiversité en général. Il est cependant reconnu que des programmes peuvent aussi, par inadvertance, produire des effets environnementaux qui dépassent les avantages prévus. Le processus de planification fondé sur des lignes directrices nationales tient directement compte de tous les effets environnementaux, notamment des incidences possibles sur des espèces ou des habitats non ciblés. Les résultats de l’EES sont directement inclus dans le programme lui-même, mais également résumés dans le présent énoncé, ci-dessous.

Le présent plan de gestion favorisera clairement l’environnement en encourageant la conservation du sclérophore givré, population de la Nouvelle-Écosse. La possibilité que le plan produise par inadvertance des effets négatifs sur d’autres espèces a été envisagée. L’EES a permis de conclure que le présent plan sera clairement favorable à l’environnement et n’entraînera pas d’effets négatifs significatifs. Le lecteur devrait consulter plus particulièrement les sections pertinentes du présent plan : Besoins biologiques et besoins en matière d’habitat; Rôle écologique; Facteurs limitatifs; Mesure des progrès; Effets sur l’environnement et sur les espèces non ciblées.

La mise en œuvre du présent plan de gestion n’exige que très peu de modifications aux programmes actuels de gestion foncière. En effet, comme les deux populations de sclérophores givrés se trouvent dans des aires protégées, il suffit de réduire les activités pouvant avoir cours dans le voisinage des arbres hébergeant l’espèce. Si cette mesure devait avoir des répercussions sur des espèces non ciblées, on peut penser que ces répercussions seraient positives puisqu’il s’agit de réduire les perturbations causées par l’activité humaine dans cette zone.

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3.  Références

COSEPAC. 2005. Évaluation et rapport de situation du COSEPAC sur le sclérophore givré (Sclerophora peronella) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada, Ottawa. vi + 31 pp.

NatureServe. 2009. NatureServe Explorer: An online encyclopedia of life (en anglais seulement) [application Web]. Version 7.1. NatureServe, Arlington, Virginia. (Site consulté le 4 juin 2009).

Nilsson, S. G., Arup, U., Baranowski, R. et Ekman, S. 1995. Tree-dependent lichens and beetles as indicators in conservation forests. Conservation Biology 9(5):1208-1215.

Richardson, D. H. S. et Cameron, R. P. 2004. Cyanolichens: their response to pollution and possible management strategies for their conservation in northeastern North America. Northeastern Naturalist. 11: 1-22.

Selva, S.B. 1994. Lichen Diversity and Stand Continuity in the Northern Hardwoods and Spruce-Fir Forests of Northern New England and Western New Brunswick. The Bryologist 94: 424-28.

Selva, S.B. 1996. Using lichens to assess ecological continuity in northeastern forests. Pp. 35-48 In Eastern Old-growth Forests, edited by M. B. Davis. Island Press, Washington, D.C.

Tibell, L. 1999. Calicioid lichens and fungi. In Nordic Lichen Flora, Volume 1, edited by T. Ahti, P.M. Jorgensen, H. Kristinsson, R. Moberg, U. Sochting, and G. Thor. Naturcentrum AB, Uddevalla.

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4.  Personnes-ressources

Voici les principales personnes-ressources pour toute question concernant le sclérophore givré.

Mark Elderkin
Service des ressources renouvelables
Ministère des Ressources naturelles de la Nouvelle-Écosse

Robert Cameron
Service des aires protégées
Ministère de l’Environnement de la Nouvelle-Écosse