C. Québec – Rapports sommaires sur les connaissances traditionnelles autochtones

Document de source : Rapports sommaires des connaissances traditionnelles autochtones sur la population boréale du caribou des bois (Rangifer tarandus caribou)

Table des matières

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Remerciements à l’Administration régionale crie

Environnement Canada aimerait remercier l’Administration régionale crie d’avoir préparé un rapport sommaire sur les connaissances traditionnelles autochtones des communautés Waswanipi, Ouje-Bougoumou, Mistissini, Nemaska, Waskaganish et Eastmain en vue d’appuyer l’élaboration du programme national de rétablissement de la population boréale du caribou des bois (caribou boréal). Les connaissances transmises dans leur rapport ont contribué au programme de rétablissement du caribou boréal; toutefois, elles n’ont pas été présentées dans le présent rapport de compilation public.

Projet Caribous forestiers

Information sur le document

Projet Caribous forestiers

Rapport final de projet

Présenté par l’Institut de développement durable des Premières Nations du Québec et du Labrador

Photographie montrant des mains tenant la nature.

À Environnement Canada

21 octobre 2010

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Méthodologie de travail

Le projet actuel consiste principalement à l’intégration des connaissances traditionnelles autochtones au programme national de rétablissement de la population boréale du caribou des bois d’Environnement Canada (EC). 

Afin de l’aider à réaliser les différentes étapes de ce projet, EC a mandaté l’Institut de développement durable des Premières Nations du Québec et du Labrador (IDDPNQL).

Le chargé de projet sur les espèces en péril, M. Mario Gros-Louis, était responsable de ce projetNote de bas de page 1. Une ressource externe à l’Institut fut également impliquée. Il s’agissait de M. Serge Ashini Goupil, d’Ashini Goupil enr.

Le mandat consistait principalement à :

  • Recueillir et interpréter les données fondamentales de base en vue de compléter le programme de rétablissement du caribou forestier.
  • Recueillir et interpréter les connaissances écologiques traditionnelles sur le caribou forestier par Nation et Première Nation.
  • Rédiger un rapport.

Le présent rapport comprend la méthodologie de travail du projet dans son ensemble. Il expose une analyse détaillée (mise en contexte, résultats, fiche synthèse des entrevues ainsi que les photos et cartes) pour les 15 communautés que nous avons rencontrées. Ces communautés sont les suivantes :

  • Kitcisakik, Lac Simon, Pikogan, Temiscaming First Nation, Winneway pour la Nation Anishinabeg;
  • Pakua Shipi, Unamen Shipu, Nutashkuan, Ekuanitshit, Uashat mak Mani-Utenam, Pessamit, Essipit et Matimekush Lac-John pour la Nation Innu;
  • Manawan et Opitciwan pour la Nation Atikamekw.

Par la suite, l’analyse générale pour chacune des Nations est présentée. Le rapport est structuré en trois sections : la section 1 est celle qui concerne les Anishinabeg, la section 2 est celle qui concerne les Innus et la troisième concerne les Atikamekw.

À ce jour, nous n’avons toujours pas eu de confirmation de rencontre avec les Naskapis.

Afin de nous permettre de réaliser ces entrevues, nous avons préalablement obtenu et développé un calendrier de rencontres avec des spécialistes reconnus des communautés. L’IDDPNQL ayant développé, depuis les dernières années, une bonne collaboration avec la plupart de ces communautés, il fut facile de confirmer des rendez-vous. Cependant, dans le cas de quelques communautés, nous avons eu une collaboration d’EC pour cibler les bonnes personnes à contacter. La visite des communautés s’est réalisée du mois de décembre 2009 au mois de juin 2010. Lors de nos rencontres, les participants (trente personnes furent rencontrées en tout) ont été informés de notre démarche de collaboration entre l’IDDPNQL et EC.  Nous commencions chacune de nos rencontres en leur demandant l’autorisation de filmer et photographier les participants. Une demande formelle et verbale (nous utilisions le formulaire de consentement fourni par EC) était également formulée concernant l’utilisation et le partage de l’information recueillie dans le cadre de ce projet. Tous les participants ont compris les termes et les objectifs du projetNote de bas de page 2 ainsi que celui du formulaire de consentement et ont offert leur collaboration future. Tous ont également accepté d’être filmés et photographiés.

À noter qu’un important travail de traduction pour la Nation Innu (de l’innue vers le français) fut nécessaire et explique l’important retard du projet dans son ensemble. L’IDDPNQL possède l’ensemble des données brutes en sa possession (verbatim des rencontres, photos et vidéos).

Nous avons décidé, conjointement avec les représentants d’EC, que Mashteuiatsh et Wemotaci ne seront pas visitées dans le cadre de ce projet. Pour ce qui est d’Essipit et d’Opitciwan, les données ont été récoltées par des intervenants de la communauté. Ces données sont transcrites dans ce rapport.

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Section 1 : Les Anishinabeg

Analyse détaillée par Première Nation

Pour chacune des Premières Nations rencontrées, nous présentons une analyse détaillée.

Une mise en contexte, la présentation des résultats de l’entrevue, une fiche synthèse ainsi que les photos et cartes sont présent es dans cette section du rapport. Les analyses détaillées concernent les communautés suivantes : Kitcisakik, Lac Simon, Pikogan, Temiscaming First Nation et Winneway.


Kitcisakik

Mise en contexte

La communauté de Kiticisakik fut rencontrée le 3 décembre 2009 lors d’une visite de cinq communautés Anishinapeg qui a eu lieu du 3 au 8 décembre 2010.

La communauté de Kitcisakik est située dans la partie nord de la réserve faunique La Vérendrye d36660 dans la région de l’Abitibi-Témiscamingue au Québec, à environ 90 kilomètres au sud-est de Val-d’Or. La communauté accueille environ 430 habitants sur communauté. Les principales langues parlées sont l’anishinabeg et le français.

La communauté est localisée en territoire forestier sous exploitation commerciale. La forêt fait partie de la sapinière à bouleau jaune, une forêt mixte modelée à la fois par les feux et les épidémies d’insectes. Le relief y est ondulé et de nombreux grands plans d’eau couvrent le territoire (Grand Lac Victoria, réservoir Dozois, etc.)

Nous avions convenu avec un représentant de la communauté (nom expurgée des raisons de confidentialité […] de rencontrer trois membres qui pouvaient nous entretenir sur l’enjeu du caribou forestier en lien avec le savoir des Premières Nations (connaissances traditionnelles autochtones). Lors de notre arrivée dans la communauté, il fut difficile pour nous de rejoindre […] car celui-ci était à l’extérieur de la communauté. Nous avons alors fait la rencontre de […] qui devait être notre traductrice pour la journée. Nous avons exposé le projet à […] et celle-ci nous a proposé de prendre le relais afin de nous aider à rencontrer les trois personnes présélectionnées par […].

Pour des raisons qui nous sont inconnues et hors de notre contrôle, aucune des personnes prévues ne s’est présentée. Nous avons alors pris l’initiative de faire une entrevue avec […] qui s’est avérée une candidate idéale pour le projet en cours. Cette entrevue a eu lieu à l’intérieur de sa maison et elle fut réalisée en français, d’une façon très cordiale et franche. Mme Valérie Courtois a fait l’entrevue tandis que M. Serge Ashini Goupil s’est occupé de filmer l’entrevue.

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Résultats de l’entrevue

Pour les Anishinabeg de Kitcisakik, le caribou demeure une espèce importante bien que l’orignal soit maintenant omniprésent sur leur territoire. L’entrevue avec […] a permis de confirmer que le caribou, dans la région de Kitcisakik, est dans une situation précaire. Bien que sa connaissance de l’animal (qu’elle nomme Adik dans sa langue) ne provienne pas d’un lien direct (comme d’avoir chassé un caribou par exemple), les informations qu’elles possèdent proviennent de la tradition orale. Elle a fourni sur la carte présentée à la page 12 du présent rapport, des informations sur les zones de présence du caribou.

Afin de valider ces propos, […] nous a entretenus sur l’histoire de la rencontre entre le brochet et un homme de Kitcisakik où les poissons annoncent leur départ pour un endroit moins pollué.

[…] est également en mesure de distinguer ce que le caribou mange : le lichen.

Elle a pu également nous renseigner sur les menaces qui touchent le caribou. Les coupes forestières intensives, le manque de lichen, la présence du loup et de l’ours noir préoccupent […]. Elle a également mentionné que la pollution et la présence de trop de chasseurs dans la région sont des éléments qui menacent le caribou.

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Fiche synthèse de l'entrevue
Première Nation :
Anishinabeg (Algonquin)
Communauté :
Kitcisakik
Nom des répondants :
Louisa Papatie
Date de l'entrevue :
3 décembre 2009 réalisée par Valérie Courtois et Serge Ashini Goupil
Langue utilisée lors de l'entrevue :
Français
Présense d'un traducteur :
Non
Un formulaire de consentement a été signé par les participants Note de bas de page2 :
Non
Tableau 1 : Formulaire de Consentement
Renseignement généralInformatrice : […]
Expérience sur le territoire-
Période de présence sur le territoire-
Langue autochtoneAdik = caribou
Adikshish = bébé caribou
Connaissances sur le caribouHistoires détenues par une autre personne
Chasser le caribou-
Importance du caribou-
Cartographie-
Zones de présence du caribou1-Près de Kitcisakik
2-Près de Senneterre
Zones à protéger pour le caribouPrès du Lac Dozois
Divers troupeaux (différenciation)-
Habitat du caribou-
Type de planteLichen (blanc)
Saisons-
Tendances des populations-
Changements identifiés (jeunes)-
Menaces-
Changement d'habitat1-Coupes forestières intensives
2-Manque de lichen
PrédationLoups et ours noirs, mais pas nécessairement que pour le caribou.
Parasites, maladiesPollution
Chasse excessiveIl y a trop de chasseurs.
Collisions avec véhicules-
Perturbation par le bruit et la lumière-
Changements climatiques-
Pratiques traditionnelles-
Savoir-faire-
Histoires et règles-
Ajout d'informationsHistoire de la rencontre entre le brochet et un homme de Kitcisakik
(les poissons vont partir pour un endroit moins pollué).

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Photos
Figure 1a : Photograghie montrant un panneau de bienvenue, en français et en algonquin, aux visiteurs de la collectivité de Kitcisakik.

Un panneau de bienvenue, en français et en algonquin, aux visiteurs de la collectivité de Kitcisakik.


Figure 1b : Photographie montrant un aîné Kitcisakik

Photographie montrant un aîné Kitcisakik

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Carte
Figure 1c: Cartographie des zones sensibles en lien avec le caribou - Kitcisakik

Cartographie des zones sensibles en lien avec le caribou - Kitcisakik.

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Lac Simon

Mise en contexte

La communauté de Lac-Simon fut rencontrée le 4 décembre 2009 .

La communauté est située en Abitibi à l’est de Val-d’Or, sur la rive ouest du Lac Simon, et occupe une superficie de 326 hectares. La population sur communauté est d’environ 1200 personnes. Les principales langues parlées sont l’algonquin et le français.

La communauté est située dans un paysage forestier en majorité sous exploitation commerciale. Les forêts font partie de la sapinière à bouleau blanc, une forêt coniférienne fortement modelée par les feux. On y trouve localement de nombreuses arbustaies et tourbières, particulièrement à l’ouest et au sud-ouest.

Nous avions convenu avec un représentant de la communauté de rencontrer trois membres qui pouvaient nous entretenir sur l’enjeu du caribou forestier en lien avec le savoir des Premières Nations (connaissances traditionnelles autochtones).

Deux entrevues ont été réalisées. La première avec un chasseur d’une trentaine d’années et la seconde avec un couple d’aînés. La présence d’un traducteur a facilité le travail (nom expurgée des raisons de confidentialité […]) . Les entrevues ont eu lieu à même les bureaux de l’équipe en lien avec les ressources naturelles de la communauté.

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Résultas de l’entrevue

Les informations obtenues de la première entrevue avec le chasseur dans la trentaine sont fragmentaires, car celui-ci n’a jamais vu de caribou bien qu’il occupe régulièrement le territoire (toutes les saisons). Pour lui, le caribou se nomme Adik. Le chasseur respecte des règles de chasse qui lui permettent de garder une nourriture abondante.

Il mentionne que le caribou a besoin de la mousse blanche (lichen) et que celle-ci est toujours présente sur le territoire.

Selon lui, la menace vient des feux de forêt (informations disponibles sur la carte à la page 18 du présent rapport) et des coupes forestières qui font fuir également les orignaux et autres animaux. La prédation par les loups et les cougars sont également des sources de menaces. Ce chasseur mentionne également la présence d’autres Premières Nations (les Cris) ce qui entraîne la raréfaction de la ressource. Il fait également mention que les changements climatiques ont une influence néfaste pour les animaux. Par ailleurs, la présence importante de neige ne permet pas aux caribous de se sauver des prédateurs.

Les informations obtenues lors de la deuxième entrevue nous informent que, pour le couple d’aînés, le caribou est leur troisième nourriture après l’orignal et le chevreuil. Auparavant, il y avait une abondance d’animaux. Bien-que les caribous occupent moins le territoire, les aînés ont constaté une décroissance importante de la présence du caribou. Ils nous informent de la présence de deux troupeaux dans la région de Val-d’Or et qu’il faut protéger les zones de feux de forêt.

Le sapin et le lichen « poilu » qui se trouve sur les arbres ainsi qu’un autre type de lichen qui se trouve par terre font partie de la nourriture du caribou.

Les principales menaces sont l’industrie forestière et la présence des loups, des cougars et des ours noirs.

D’après les aînés, les caribous ont développé des maladies (réserve de graisse impossible) en raison des déversements causés par l’industrie forestière. La chasse sportive est également une menace importante car les buts ne sont pas les mêmes que pour les Premières Nations. Ils chassent pour le plaisir et gaspillent beaucoup. La perturbation par le bruit influence aussi négativement les caribous car ils ont peur.

Enfin, il n’y avait pas de gaspillage avant puisque tous les organes du caribou étaient utilisés.

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Fiche synthèse de l’entrevue
Première Nation :
Anishinabeg (Algonquin)
Communauté :
Lac-Simon
Nom des répondants :
-
Date de l’entrevue :
4 décembre 2009 réalisée par Valérie Courtois et Serge Ashini Goupil
Langues utilisées lors de l’entrevue :
Français et anishinabeg
Présence d’un taducteur :
Oui
Un formulaire de consentement a été signé par les participants Note de bas de page2 :
Non
Tableau 2 : Formulaire de Consentement
Renseignement généralIn formateurs (2 personnes + 1 interprète)Informateurs (1 personne)
Expérience sur le territoireIls vont moins sur le territoire maintenantIl est régulièrement sur le territoire, été comme hiver. Il se déplace en motoneige. C'est un chasseur communautaire (partage le gibier avec les aînés).
Période de présence sur le territoireLieux différents pour chaque saison (voir leurs indications sur la carte). Ils passaient l'automne près du Lac Cooper

Hiver: voir la car te
Toutes les saisons
Langue autochtoneAdik = caribouAdik = caribou
Adikshish = bébé caribou
Connaissances sur le caribouIl y a une décroissance du caribou. Avant, il y avait une abondance d'animaux,maintenant, il y a une diminution, du caribou également.eIl n'en a jamais vu lui - même mais il sait que les caribous voyagent en famille (troupeau) et ont leur propre «trail »(piste, chemin) .
Chasser le caribouLes gouvernements ne les laissent plus chasser (le caribou ou autre espèce?).-
Importance du caribouC'est leur troisième nourriture (orignal,chevreuil, caribou). Maintenant, il y a un panneau routier qui indique la présence de caribou s-
Cartographie--
Zones de présence du caribouIl y aurait deux troupeaux qui demeurent dans une région précise (voir la carte).-
Zones à protéger pour le caribouZone de feux de forêt-
Divers troupeaux (différenciation)Petit caribou (Caribou des bois)Caribou et petit caribou
Habitat du caribou--
Type de planteLe sapin et le lichen « poil u » qui se trouve sur les arbres et un autre type de lichen qui se trouve par terre.Mousse blanche (toujours présente sur le territoire)
SaisonsI-
Tendances des populations--
Changements identifiés (jeunes)l y a moins de caribou s qu'avant.

Les loups mangent les petits caribous.
-
Menaces--
Changement d'habitatL'industrie forestière a modifié les écosystèmes. Elle arrache tout. Il manque de nourriture pour les animaux et ces derniers ont un goût étrange. Chemins, coupes forestières et déversement font disparaître les animaux. L'industrie devrait laisser des petits arbres pour la régénération.nFeux de forêt (68 000 hectares)

Coupes forestières font fuir les animaux (orignaux).
PrédationLoups et ours noirs, mais pas nécessairement que pour le caribou.Loups et cougars. Des chasseurs cris viennent chasser dans les territoires algonquins et cela fait en sorte qu'il n'y a plus d'animaux à chasser.
Parasites, maladiesLes caribous ont développé des maladies (réserve de graisse impossible) en raison des déversements causés par l'industrie forestière.Les maladies ont fait migrer les gens et les animaux.
Chasse excessiveIl y a trop de chasseurs.-
Collisions avec véhiculesOui: les Allochtones chassent pour le plaisir et gaspillent beaucoup. C'est une chasse cruelle qui prend le garde - manger des Autochtones .Il y a beaucoup de camps (de chasse)
Collisions avec véhicules--
Perturbation par le bruit et la lumièreOui, les caribous ont peur et se sauvent.-
Changements climatiquesLa neige arrive trop tard et les rapides n e gèlent pas.Il y a beau coup de neige et les caribous ont peine à se sauver des prédateurs.
Pratiques traditionnelles--
Savoir-faireLes loups ont leur propre cycle de prédation, le castor l'automne et le faon du caribou l'hiver.

Les Anishinabeg ont toujours une bonne cohabitat ion avec le caribou (bonne écologie).
-
Histoires et règlesIl n'y avait pas de gaspillage avant, tou s les organes du caribou étaient utilisés (reins, intestins, etc. )Il chasse le nombre d'animaux dont il a besoin, pas plus afin de les laisser se reproduire (il chasse les mâles et les petites femelles uniquement).

Ils laissent les animaux grandir (ex. ne chasse pas les perdrix en été). Il faut qu'il garde la nourriture.

Il change de site de chasse après une chasse.
Ajout d'informationsLes coupes forestières sont responsables de la disparition des animaux.

Consentement verbal des aînés « c'estpour aider les animaux ».
Les caribous ont diminué, ils sont moins nombreux, en raison des feux de forêt (ils voyagent et migrent).

Les caribous demeurent tous ensemble pour se protéger.

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Photos
Figure 2a : Photographie montrant un panneau de signalisation routière indiquant « Lac Simon 1 km ».

Un panneau de signalisation routière indiquant « Lac Simon 1 km ».


Figure 2b : Photographie montrant un groupe d'aînés discutant autour d'une carte.

Un groupe d'aînés discutant autour d'une carte.

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Cartes
Figure 2c: Cartographie des zones sensibles en lien avec le caribou - Lac Simon (Jesse)

Cartographie des zones sensibles en lien avec le caribou - Lac Simon (Jesse).


Figure 2d : Cartographie des zones sensibles en lien avec le caribou - Lac Simon

Cartographie des zones sensibles en lien avec le caribou - Lac Simon.

Description longue pour la figure 2d

Carte illustrant les zones sensibles au caribou boréal à Lac-Simon. Le jaune représente l'aire de répartition actuelle de la harde de caribous de Val d'Or; le rouge, les zones perturbées par des feux de forêt; et le vert, les aires de répartition actuelle et passée du caribou.*"

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Pikogan

Mise en contexte

La communauté de Pikogan fut rencontrée le 5 décembre 2009. Pikogan, connu également sous le nom de la Première Nation Abitibiwinni, occupe un territoire de 90,5 hectares situé à environ trois kilomètres d’Amos, sur la rive ouest de la rivière Harricana. La population sur communauté est d’environ 800 personnes. Les principales langues parlées sont l’anishinabeg et le français.

La communauté de Pikogan est localisée dans le premier secteur d’Abitibi à être colonisé, au tout début du XXesiècle. L’économie repose essentiellement sur l’agriculture, les mines et la forêt. Le paysage est essentiellement agroforestier et les parcelles forestières font partie du domaine de la sapinière à bouleau blanc, une forêt boréale sèche modelée par les feux de forêts.

Nous avions convenu avec un représentant de la communauté de rencontrer trois membres qui pouvaient nous entretenir sur l’enjeu du caribou forestier en lien avec le savoir des Premières Nations (connaissances traditionnelles autochtones).

Finalement, l’entrevue fut réalisée en présence de quatre personnes. La présence d’un traducteur a facilité le travail (M. John Mowatt). Les entrevues ont eu lieu dans un des édifices de la communauté. Un repas traditionnel fut servi à la fin des entrevues. Mme Valérie Courtois a fait l’entrevue tandis que M. Serge Ashini Goupil s’est occupé de filmer celle-ci. Tous les participants ont accepté de partager les informations divulguées lors de l’entrevue à EC.

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Résultats de l’entrevue

Les personnes rencontrées nous ont informés qu’ils ont entendu parler des caribous du sud de Val-d’Or sans les avoir vus. Ils ont mentionné que, lorsqu’ils étaient jeunes, il y avait du caribou au nord de Pikogan et, d’après eux, il y en aurait encore à l’automne et l’hiver. D’après les personnes rencontrées, le caribou est présent dans trois zones (voir carte). Les participants nous ont aussi informés qu’ils avaient de l’information concernant des caribous qui se tiennent au nord de la région de La Sarre. La carte de travail ne couvrait pas cette région. Il faudrait plus tard tenir compte de cette réalité.

Les personnes présentes nomment le caribou en le différenciant entre le caribou du nord et celui du sud (voir tableau ). À la question concernant l’habitat du caribou et les types de plantes que celui-ci mange, nos interlocuteurs nous ont informés que le caribou recherche les éléments secs, la mousse blanche (lichen et barbe sur les arbres) et les racines, notamment après les feux de forêt et les coupes forestières. Il affectionne particulièrement deux types de mousse qui se retrouvent près des marécages.

Ils utilisaient la peau du caribou pour des matelas et consommaient la moëlle des os et de l’estomac.

Par ailleurs, nos interlocuteurs mentionnent qu’ils ont aperçu des vers dans le cœur et le foie du caribou. Les participants nous ont informés que la viande de caribou demeure très bonne.

La raison pour laquelle le caribou n’est plus présent tout près de Pikogan est la déforestation. Les autres menaces proviennent de l’activité minière et de l’agriculture. La présence de barrages, de lignes de transmission, l’augmentation des températures (la chaleur fait en sorte qu’il y a plus de mouches) ainsi que la présence de loups sont d’autres menaces.

Deux derniers points :

  1. En présence d’orignaux, le caribou s’en va à cause du manque de nourriture.
  2. À la suite d’un feu de forêt, le caribou reste dans la région entre cinq et sept ans (s’il n’y a pas d’orignaux).

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Fiche synthèse de l’entrevue
Première Nation :
Anishinabeg (Algonquin)
Communauté :
Pikogan
Nom des répondants :
-
Date de l’entrevue :
5 décembre 2009 réalisée par Valérie Courtois et Serge Ashini Goupil
Langues utilisées lors de l’entrevue :
Français et algonquin
Présence d’un taducteur :
Oui
Un formulaire de consentement a été signé par les participantsNote de bas de page2 :
Non
Tableau 3 : Formulaire de Consentement
Renseignement généralInformateurs (4 personnes)
Expérience sur le territoireDéménagé à Pikogan en 1967 (homme né en forêt et femme ont vécu en forêt pendant 25 ans)

Cueillette de baies au printemps et à l'été
Période de présence sur le territoirePrincipalement le printemps, l'automne et l'hiver Deux modes de vie, en ville et en forêt
Langue autochtoneAtik du nord (caribou)

Atik du sud (caribou)
Connaissances sur le caribouOnt entendu parler des caribous du sud de Val - d'Or sans les avoir vu.

Avant (lorsque les répondants aînés étaien t jeunes), il y avait du caribou au nord de Pikogan et il y en a toujours, l'automne et l'hiver. Il n'y en a plus près de Pikogan en raison de la déforestation.
Chasser le caribouAuparavant, la chasse au caribou était pratiquée pour survivre uniquement.
Importance du caribou-
Cartographie-
Zones de présence du caribouZone Harricana

Lac Chicobi (à l'époque)

Rivière Chisasibi
Zones à protéger pour le caribou-
Divers troupeaux (différenciation)-
Habitat du caribou-
Type de planteLe caribou cherche les éléments secs, la mousse blanche (lichen et barbe sur les arbres) et les racines, après les feux de forêt et les coupes forestières.

Deux types de mousse (près des marécages).

Le caribou creuse pour trouver de la mousse en hiver
Saisons-
Tendances des populations-
Changements identifiés (jeunes)Les petits sont très bons à manger.

Lors d'attaques de loups, les caribous restent en troupeau, les petits au centre
Menaces-
Changement d'habitat1-Déforestation par les compagnies forestières

2- Mines

3-Arrivée des colons (1930), présence de chevreuils à cette époque
PrédationLoups ( réserve faunique la Vérendrye)
Parasites, maladiesPrésence de vers dans le cœur et le foie du caribou
Chasse excessive-
Collisions avec véhicules-
Perturbation par le bruit et la lumièreBarrages et lignes de transmission d'Hydro - Québec
Changements climatiquesChaleur fait en sorte qu'il y a plus de mouches
Pratiques traditionnelles-
Savoir-faire1-Consommation de la moëlle des os, de l'estomac.

2-Le caribou éta it comme du « bonbon »

3-Usage de la peau de caribou (matelas)
Histoires et règles-
Ajout d'informationsLorsqu'il y a des orignaux, le caribou s'en va à cause du manque de nourriture.

Suite à un feu de forêt, le caribou reste dans la région entre 5 e t 7 ans (s'il n'y a pas d'orignaux).

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Photos
Figure 3a : Photograghie montrant un panneau de bienvenue, en français et en algonquin, aux visiteurs de la communauté de Pikogan.

Un panneau de bienvenue aux visiteurs de la communauté de Pikogan.


Figure 3b : Photographie montrant un groupe d'aînés discutant autour d'une carte.

Un groupe d'aînés discutant autour d'une carte - Pikogan.

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Cartes
Figure 3c : Cartographie des zones sensibles en lien avec le caribou - Pikogan

Cartographie des zones sensibles en lien avec le caribou - Pikogan.

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Temiscaming First Nation

Mise en contexte

La communauté de Temiscaming First Nation fut rencontrée le 7 décembre 2009 . Timiskaming First Nation est située sur un territoire de 2428,08 hectares à la tête du lac Temiscamingue et adjacent à la municipalité de Notre-Dame-du-Nord. On y accède par la route 101. Lorsque la communauté a été constituée en 1851, elle avait une superficie de plus de 15 000 hectares. Des lots ont été cédés par la suite à des compagnies et à des particuliers. La population sur communauté est d’environ 600 personnes. Les principales langues parlées sont l’anishinabeg et le français.

La communauté de Timiscaming First Nation est située dans un paysage agroforestier colonisé au début du 20e siècle. Le relief est peu accentué et comporte plusieurs grands lacs de forme linéaire (Témiscaming, Rémigny, des Quinze, Beaudry, etc.). Les forêts, la plupart sous exploitation forestière, sont mixtes avec une dominance de bouleau jaune et de sapin.

Nous avions convenu, avec un représentant de la communauté, de rencontrer trois membres qui pouvaient nous entretenir sur l’enjeu du caribou forestier en lien avec le savoir des Premières Nations (connaissances traditionnelles autochtones).

L’entrevue fut réalisée en anglais en présence de trois personnes. Les entrevues ont eu lieu dans un des édifices de la communauté. Mme Valérie Courtois a fait l’entrevue tandis que M. Serge Ashini Goupil s’est occupé de filmer celle-ci. Tous les participants ont accepté de partager les informations divulguées lors de l’entrevue à EC. À noter que nous avons produit une carte qui excède la zone définie par la carte qu’EC avait fournie. Des informations sont inscrites à l’intérieur de la limite de l’Ontario.

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Résultats de l’entrevue

Les personnes interviewées ont peu d’informations sur le caribou. Elles ont entendu dire qu’il y avait des caribous dans la région dans les années 1930-40 et une présence de celui-ci au lac Winneway (voir information sur la carte). Elles nomment le caribou Adik dans leur langue.

L’habitat du caribou doit contenir de la mousse blanche (lichen).

Les principales menaces sont celles reliées à la colonisation (l’agriculture) ainsi que la foresterie et l’érection de routes forestières. Ces activités/événements ont fait fuir le caribou vers le nord. La prédation naturelle par les loups, les coyotes et l’ours noir doit être considérée comme une menace. L’observation de changements climatiques (arrivée de différents oiseaux et animaux) et l’augmentation du nombre d’oies blanches semblent être une préoccupation chez les personnes rencontrées. Enfin, la croûte de glace n’arrive plus au même moment et il y a moins de neige qu’avant.

Une information concernant des contaminants au foie chez les orignaux (lié à la fonderie de Rouyn-Noranda) peut aussi être considérée comme une menace.

Les participants à l’entrevue mentionnent l’importance d’établir des zones de protection (de type corridor) qui comprendraient les marais.

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Fiche synthèse de l’entrevue
Première Nation :
Anishinabeg (Algonquin)
Communauté :
Timiskaming First Nation
Nom des répondants :
-
Date de l’entrevue :
7 décembre 2009 réalisée par Valérie Courtois et Serge Ashini Goupil
Langue utilisée lors de l’entrevue :
Anglais
Présence d’un traducteur :
Non
Un formulaire de consentement a été signé par les participantsNote de bas de page2 :
Non
Tableau 4 : Formulaire de Consentement
Renseignement généralInformateurs (3 personnes)
Expérience sur le territoireExpérience régulière et ancienne (se remémorent les feux de forêts dans les années 1960).
Période de présence sur le territoireDe façon régulière pour le travail de surveillance environnementale (contamination).
Langue autochtoneAdik = caribou
Connaissances sur le caribouIls ont entendu dire qu’il y avait des caribous dans la région dans les années 1930-40
Chasser le caribou-
Importance du caribou-
Cartographie-
Zones de présence du caribouPrésence de caribou au lac Winneway dans le passé.
Zones à protéger pour le caribouLes marais et l’établissement de corridor entre les zones protégées.
Divers troupeaux (différenciation)-
Habitat du caribou-
Type de planteMousse blanche
Saisons-
Tendances des populations-
Changements identifiés (jeunes)-
Menaces-
Changement d’habitatLa colonisation (établissement des fermiers) a fait fuir le caribou vers le nord.
 La foresterie et les routes forestières y ont contribué aussi.
PrédationLoups, coyotes et ours noirs (pas d’interaction connue entre ces derniers et les cervidés)
Parasites, maladiesProblèmes (cadmium) au foie chez les orignaux (lié à la fonderie de Rouyn-Noranda)
Chasse excessive-
Collisions avec véhicules-
Perturbation par le bruit et la lumière-
Changements climatiquesArrivée de différents oiseaux et animaux dus aux changements climatiques (ex. oies blanches plus nombreuses qu’avant dans la région).
La croute de glace n’arrive plus au même moment et il y a moins de neige qu’avant.
Pratiques traditionnelles-
Savoir-faire-
Histoires et règles-
Ajout d’informationsIl y a une surpopulation de ratons laveurs dans la région, ils mangent les œufs de perdrix.

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Photos
Figure 4a : Photograghie montrant un panneau de signalisation routière, en français et en anglais, indiquant la Première Nation de Timiskaming.

Panneau de signalisation routière - Première Nation de Timiskaming.


Figure 4b : Photographie montrant un groupe d'aînés discutant autour d'une carte.

Un groupe d'aînés discutant autour d'une carte - Temiskaming.

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Carte
Figure 4c : Cartographie des zones sensibles en lilen avec le caribou - Temiskaming First Nation

Cartographie des zones sensibles en lilen avec le caribou - Temiskaming First Nation.

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Winneway

Mise en contexte

La communauté de Winneway fut rencontrée le 8 décembre 2009 . Winneway est située à 114 kilomètresà l’est de Ville-Marie au Témiscamingue, sur la rive sud de la rivière Winneway. Elle s’étend sur 37,84 hectares. La population sur communauté est d’environ 350 personnes. Les principales langues parlées sont l’anishinabeg, l’anglais et le français.

La communauté de Winneway est située sur les rives du lac Simard, un lac de plus de 15 000 ha, dans un secteur au relief ondulé. La forêt, en grande partie sous exploitation commerciale, fait partie du domaine de la sapinière à bouleau jaune, une forêt mixte modelée par les feux et les épidémies d’insectes.

Nous avions convenu avec un représentant de la communauté de rencontrer trois membres qui pouvaient nous entretenir sur l’enjeu du caribou forestier en lien avec le savoir des Premières Nations (connaissances traditionnelles autochtones).

L’entrevue fut réalisée en anglais en présence d’un aîné et de deux spécialistes. Les entrevues ont eu lieu dans un des édifices de la communauté. Mme Valérie Courtois a fait l’entrevue tandis que M. Serge Ashini Goupil s’est occupé de filmer celle-ci. Tous les participants ont accepté de partager les informations divulguées lors de l’entrevue à EC. Cependant, nous avons noté lors de cette rencontre que les participants étaient plus réticents à fournir de l’information que les quatre autres communautés Anishinabeg rencontrées dans le cadre de ce projet. Si d’éventuelles futures démarches étaient nécessaires, elles nécessiteraient un plan d’action précis pour cette communauté. Nous croyons qu’il est possible que des informations (importantes et pertinentes) soient disponibles.

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Résultats de l’entrevue

L’information reste fragmentaire concernant le caribou pour Winneway. Les informations obtenues confirment la présence de celui-ci il y a 100 ans et sa disparition en raison de l’arrivée de l’orignal. Les informateurs confirment que les caribous chassés viennent du nord (région de Matagami). Si le caribou revenait dans la région, les gens le chasseraient de nouveau, car sa viande est appréciée.

La pratique d’une chasse non conforme aux règles des gens interviewés est préoccupante : les Autochtones ont su prendre du gibier depuis des millénaires. La surchasse par les Non-Autochtones, pour des trophées et non pas pour assurer l’alimentation, donne le résultat actuel (absence du caribou). D’après les intervenants rencontrés, il est donc important de pratiquer une chasse de subsistance uniquement.

Les principales menaces sont principalement en lien avec les feux de forêt majeurs dans la région dans les années 1950 à 1970. Les coupes à blanc importantes dans la région ont fait fuir certaines espèces pendant un certain temps. L’absence de corridor entre les habitats est aussi une menace importante car cela entraîne un cloisonnement de la harde. Le nombre important de loups et d’ours noirs, l’augmentation de la consanguinité dans la harde et la contamination de l’eau sont d’autres facteurs menaçants.

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Fiche synthèse de l’entrevue
Première Nation :
Anishinabeg (Algonquin)
Communauté :
Winneway (Long Point)
Nom des répondants :
-
Date de l’entrevue :
8 décembre 2009 réalisée par Valérie Courtois et Serge Ashini Goupil
Langue utilisée lors de l’entrevue :
Anglais
Présence d’un taducteur :
Non
Un formulaire de consentement a été signé par les participantsNote de bas de page2 :
Non
Tableau 5 : Formulaire de Consentement
Renseignement généralInformateurs (3 personnes)
Expérience sur le territoire-
Période de présence sur le territoire-
Langue autochtoneAdik = caribou
Connaissances sur le caribouIl y en avait dans la région il y a environ 100 ans et il a disparu en raison de l’arrivée de l’orignal, entre autres.
Les caribous avaient l’habitude d’aller se nourrir sur une île (voir sur la carte).
Chasser le caribouLes jeunes vont chasser le caribou plus au nord, vers Matagami, et le rapportent à Winneway.
Importance du caribouCe n’est plus important (à confirmer) Il a presque disparu de la région, il est presque absent de la région. S’il revenait, les gens le chasseraient certainement pour sa viande qui est appréciée.
Cartographie-
Zones de présence du caribouZone sud-est du réservoir Decelles (selon des informations reçues).
Zones à protéger pour le caribouZones tampons autour des zones de nourriture appropriée pour le caribou. Une zone pour l’été et une autre pour l’hiver avec un corridor de transition entre les deux.
Divers troupeaux (différenciation)-
Habitat du caribou-
Type de plante-
Saisons-
Tendances des populations-
Changements identifiés (jeunes)-
Menaces-
Changement d’habitatFeux de forêt majeurs dans certains secteurs (1950-70).
Coupes à blanc majeures dans la région qui ont fait fuir certaines espèces pendant une période de temps (ex. l’orignal).
Le cloisonnement de la harde (absence de corridor entre les habitats)
PrédationLoups et ours noirs présents en grand nombre dans la région.
Parasites, maladiesLa consanguinité chez la harde de caribous des bois.
L’eau de la forêt n’est pas potable.
Les lièvres sont malades.
Chasse excessiveSurchasse faite par les non-autochtones
Collisions avec véhicules-
Perturbation par le bruit et la lumière-
Changements climatiques-
Pratiques traditionnelles-
Savoir-faireLes Autochtones ont su prendre du gibier depuis des millénaires, la surchasse des non-Autochtones (pour des trophées et non pas pour la subsistance) donne le résultat actuel.
Histoires et règlesIl faut prendre ce dont on a besoin uniquement.
Ajout d’informations-

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Photos

Non disponible.

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Carte
Figure 5a : Carte illustrant les zones sensibles au caribou boréal - Winneway

Carte illustrant les zones sensibles au caribou boréal - Winneway.

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Analyse générale pour la Nation Anishinabeg

Notre compréhension et notre analyse préliminaire concernant la Nation Anishinabeg confirment que le caribou de la région est absent ou très précaire. L’importance (en nombre) des connaissances des personnes rencontrées varie d’une Première Nation à une autre selon si le caribou est présent ou non sur leur territoire.

Pour l’ensemble des cinq Premières Nations rencontrées, les principales menaces sont la prédation par le loup ainsi que l’impact de la foresterie et de l’agriculture sur les habitats. La chasse sportive a également un impact négatif sur le caribou car les règles de chasse ne sont pas les mêmes selon si l’on est Anishinabeg ou chasseur sportif.

Les gens interviewés semblent tous d’accord sur le fait que la protection des habitats et la conservation de corridors demeurent importantes afin de s’assurer de la survie du caribou. Enfin, les changements climatiques préoccupent l’ensemble des personnes rencontrées.

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Section 2 : Les Innus

Analyse détaillée par Première Nation

Pour chacune des Premières Nations rencontrées, nous présentons une analyse détaillée.

Une mise en contexte, la présentation des résultats de l’entrevue, une fiche synthèse ainsi que les photos et cartes sont présentes dans cette section du rapport. Les analyses détaillées concernent les communautés suivantes : Pakua Shipi, Nutashkuan, Matimekush Lac-John, Unamen Shipu, Pessamit et Uashat mak Mani-Utenam.

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Pakua Shipi

Mise en contexte

La communauté de Pakua Shipi fut rencontrée le 18 janvier 2010 lors d’une tournée de deux communautés innues dans la même semaine : Pakua Shipi et Nutashkuan.

La communauté est située dans la partie est du Nitassinan, territoire traditionnel de la Nation Innu, et dans la région de la Basse-Côte-Nord au sud de Blanc-Sablon et au nord de Chevery. La communauté est située sur la rive ouest de la rivière Saint-Augustin, à 550 kilomètres au nord-est de Sept-Îles. Elle est accessible par bateau et par avion seulement. La population sur communauté est d’environ 300 personnes. Les principales langues parlées sont l’innu et le français.

La communauté de Pakua Shipi se trouve dans un paysage rocheux au relief fortement découpé, non loin du golfe du Saint-Laurent. Les vallées sont étroites et orientées nord-sud. Dans la frange littorale, la végétation fait partie du domaine de la toundra maritime avec des épinettes blanches rabougries. À l’intérieur des terres, on passe rapidement au domaine de la pessière noire à mousse.

Nous avons tenu la rencontre dans les bureaux du conseil de bande. L’entrevue fut filmée et enregistrée. La présence d’un traducteur a facilité l’entrevue.

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Résultats de l’entrevue

L’enjeu du gaspillage de la viande de caribou par les non-Autochtones préoccupe les aînés car cela n’est pas Innu d’agir ainsi. Un effort important est fait dans la communauté afin de sensibiliser la nouvelle génération de ne pas gaspiller et de rapporter les têtes et les peaux de caribous dans la communauté. L’enseignement doit permettre aux jeunes de savoir ce que l’on doit faire avec une peau de caribou : les mitaines, les bottes, la babiche, et même de gratter les os pour ensuite les mettre en morceaux. On les fait ensuite bouillir et on récolte le gras.

Les légendes doivent aussi être transmises aux jeunes afin de leur enseigner le respect au caribou.

Concernant l’habitat et la présence de nourriture, la région propose des endroits encore très intéressants. La nourriture est encore très abondante. Pour les aînés présents, le caribou du nord ou de la toundra (Kashkanaatik) est plus petit (il se promène plus) tandis que celui du sud est plus gros et meilleur. Celui-ci vit plus en forêt et mange, entre autres, une sorte de feuillage qui ne se retrouve pas dans la toundra : nipnamoa. Concernant l’endroit de la mise bas, les caribous vont des endroits marécageux ainsi que dans des îles parce qu’ils sont protégés des loups. Le caribou utilisait et occupait tout le territoire de la région de Pakua Shipi il y a plusieurs années. Il se rendait dans la région de Nutashkuan pour ensuite revenir vers Pakua Shipi et remonter par la suite vers le nord.

Les aînés se disent préoccupés par la construction du barrage de la Mécatina car cela inonderait et modifierait complètement le territoire.

Ils mentionnent également qu’une grande pression de chasse s’est faite par les chasseurs non-autochtones et par les Innus. Plus de 2000 caribousont été tués dans la région dans une période de deux ans. La motoneige a eu un impact important sur la population de caribou – une diminution importante est observée. Aujourd’hui, le caribou est beaucoup plus stressé et court dans tous les sens en partie à cause des hélicoptères mais aussi à cause des chasseurs.

Un des principaux problèmes présentés par les aînés lors de la rencontre à Pakua Shipi concerne la frontière qui sépare le Québec du Labrador et qui se situe près de la communauté et l’aire de chasse au caribou des Innus de Pakua Shipi. Les aînés présents lors de l’entrevue mentionnent que les responsables (du Labrador) de la surveillance et de la protection du caribou empêchent régulièrement les caribous de se rendre au sud de la frontière du Labrador afin que les Innus du Québec ne puissent les tuer. Cela empêche les caribous de circuler librement.

De plus, l’utilisation des colliers (afin de les repérer) n’est pas une bonne chose. Les Innus présents mentionnent que les deux paliers de gouvernement devraient travailler ensemble pour sa conservation. Ils mentionnent également que le caribou des bois est une nouvelle catégorie qui n’existait pas avant. Ils mentionnent que la protection du caribou doit être étendue à une très grande échelle, soit le Québec au complet.

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Fiche synthèse de l’entrevue
Première Nation :
Innu
Communauté :
Pakua Shipi
Nom des répondants :
-
Date de l’entrevue :
18 janvier 2010 réalisée par Serge Ashini Goupil
Langue utilisée lors de l’entrevue :
Français
Présence d’un taducteur :
Oui – Mathias Mark
Un formulaire de consentement a été signé par les participantsNote de bas de page2 :
Non
Tableau 6 : Formulaire de Consentement
Renseignement général-
Expérience sur le territoireLes Innus ont peur des gardes-chasse et sont confinés sur le territoire. Les gouvernements du Québec et de Terre-Neuve devraient s’entendre.
Période de présence sur le territoire-
Langue autochtoneKashkana-Atik : caribou
Connaissances sur le caribouUsages multiples du caribou, tout est utilisé de l’animal. Mise bas dans des marécages ou sur une île.
Chasser le caribouLa chasse et l’usage complet du caribou sont une marque de respect
Importance du caribouIl ne faut pas gaspiller le caribou. Le caribou est l’animal des Innus, analogie avec le bœuf pour les Blancs.
Cartographie-
Zones de présence du caribouVoir les cartes géographiques
Zones à protéger pour le caribouIl faut protéger toute la zone du territoire concerné (Québec et Labrador).
Divers troupeaux (différenciation)Le caribou des bois est une nouvelle catégorie (création)
Le caribou de la toundra est plus petit, celui de la forêt est plus gros et meilleur au goût.
Le caribou de la toundra est plus blanc que celui de la forêt qui est brun et qui a les pattes blanches avec un peu de noir.
Habitat du caribou-
Type de planteNipinamoa : sorte de feuillage qu’il n’y a pas dans la toundra, plante qui se retrouve dans les milieux marécageux.
Le caribou mange des algues et de l’herbe.
SaisonsLe caribou reste dans les marécages durant l’été.
Tendances des populations-
Changements identifiés (jeunes)Le caribou d’aujourd’hui est beaucoup plus maigre qu’avant en raison du stress occasionné par la poursuite par hélicoptère, entre autres.
Sa moëlle épinière est plus pâle qu’avant.
Menaces-
Changement d’habitatMigration du caribou La construction de barrages menace le caribou
Prédation-
Parasites, maladiesMaladie du foie en raison d’un changement d’alimentation
Chasse excessivePression de la chasse faite par les Anglais à l’époque.
Gaspillage de la viande laissée sur place.
Collisions avec véhicules-
Perturbation par le bruit et la lumièreApparition de la motoneige = augmentation du nombre de caribous tués.
Introduction des colliers de repérage
Changements climatiques-
AutresGardes-chasse et hélicoptères qui les font fuir ou les confinent à un endroit.
Pratiques traditionnelles-
Savoir-faireUsage de la peau et des os, récolte du gras de l’animal
Histoires et règlesIl y a des légendes, mais les Innus désirent les garder pour eux.
Le caribou a été maltraité dans le passé.
Le gaspillage n’est pas permis et le caribou ne se vend pas.
On demande aux jeunes Innus de rapporter la tête et la peau de caribou dans la communauté.
Il faut respecter le caribou.
Ajout d’informations-

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Photo
Figure 6a : Photographie montrant un panneau de bienvenue, en cri, en français et en anglais, aux visiteurs de la communauté de Pakua Shipi

Panneau de bienvenue-Pakua Shipi


Figure 6b : Photographie montrant un groupe d'aînés discutant autour d'une carte.

un groupe d'aînés discutant autour d'une carte

Carte

À la demande des participants, la carte ne sera pas publiée.

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Nutashkuan

Mise en contexte

La communauté de Nutashkuan fut rencontrée le 19 janvier 2010. Elle est située à l’embouchure de la Rivière Natashquan, sur le golfe du St-Laurent, à 336 kilomètres à l’est de Sept-Îles. Elle s’étend sur 20,3 hectares. La population sur communauté est d’environ 900 personnes. Les principales langues parlées sont l’innu et le français.

Le territoire entourant la communauté de Nutashkuan a un relief plutôt uniforme avec d’immenses étendues sableuses. À l’arrière des dunes côtières, on retrouve une infinité de petits lacs et de petites mares au sein de grandes étendues de tourbières. La forêt de l’arrière-pays est une forêt coniférienne sur mousse dominée par l’épinette noire.

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Résultats de l’entrevue

Pour les aînés interviewés à Nutashkuan, le caribou a deux noms, le Mushuau-atik et le Menaskua-atik. Le Mushuau-atik est celui qui habite plus au nord tandis que le Menaskua-atik est celui du sud et il n’en reste presque plus. Une différence entre les deux est la grosseur du panache qui est plus gros pour celui du Mushuau-atik. Le goût, la grosseur et le gabarit sont les mêmes pour les deux types de caribous. Par contre, celui du nord est plus maigre car il est toujours en déplacement. Une autre raison qui explique la raison pour laquelle le caribou du nord est plus maigre est en raison des entraînements de vols militaires qu’il y a eu pendant plusieurs années au-dessus du Labrador. D’après l’informateur, la présence d’eau (détournement de rivières et inondations) influence le caribou : celui-ci a peur et se cache.

Pour un des aînés, le caribou n’a pas besoin de beaucoup d’espace pour vivre. L’hiver, il vit de sa provision de graisse ou sinon, il cherche sa nourriture à travers la neige. Le caribou n’a pas besoin de beaucoup d’espace, comme l’ours. Le caribou se tient loin des lacs et marécages car il n’aime pas les mouches. Il préfère les buttes et les montagnes, surtout les plus grosses. D’après les aînés, le caribou forestier est en hausse dans leur secteur. Ils mentionnent également qu’après un feu de forêt, le caribou s’en va mais il revient par la suite.

Les aînés mentionnent que la protection du caribou implique qu’il faut interdire sa commercialisation et qu’il faut également nettoyer son habitat (ils font référence aux sites miniers). Ils mentionnent également qu’ils essaient de protéger le caribou forestier en tuant celui de la toundra mais il demeure difficile de faire la différence entre les deux (caribou forestier et celui de la toundra.

Concernant la prédation, le loup demeure le pire prédateur du caribou. Concernant le bruit, les aînés se contredisent. Le caribou peut avoir peur du bruit des voitures et des scies mécaniques. Par contre, si l’on utilise une motoneige et que l’on ferme les lumières de celle-ci, on peut facilement se rendre près de l’animal. De grands travaux dans une région donnée (exemple : projet hydroélectrique de La Romaine au nord d’Ekuanitshit) peuvent influencer la répartition des caribous. Les aînés mentionnent que le caribou se déplacera dans le nord. Un aîné mentionne qu’il a déjà vu du caribou avec des parasites dans le cou et que, d’après lui, c’est seulement le caribou du nord dont le foie est attaqué.

D’après les aînés, les changements climatiques favorisent les caribous car la nourriture est plus abondante et il fait plus chaud. Par contre, il peut devenir plus difficile pour le caribou de se nourrir l’hiver car la neige peut être plus épaisse et le caribou doit alors gratter plus longtemps afin d’atteindre sa nourriture.

Le partage équitable de l’animal entre tous les chasseurs présents, la conservation de la viande via l’utilisation des échafauds (Teshepetan) et le respect de l’animal étaient des règles et pratiques importantes que l’on doit continuer de pratiquer et d’enseigner.

Les aînés présents lors de l’entrevue mentionnent que la protection du caribou commence par ne pas gaspiller le caribou. Il est aussi important de bien connaître ses propres besoins afin de s’assurer de ne pas en tuer trop. Le chasseur ménageait le caribou, il ne voulait pas en tuer pour rien car leur survie en dépendait. Un des hommes présents mentionne qu’il n’a jamais entendu parler que le caribou est en danger. S’il est en danger, l’aîné mentionne qu’il faut absolument tuer en fonction de nos besoins. Il ne faut pas gaspiller et cela concerne tout le monde : non-Autochtones et Innus. Sinon, ce sont les animaux qui puniront les Innus.

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Fiche synthèse de l’entrevue
Première Nation :
Innu
Communauté :
Nutashkuan
Nom des répondants :
-
Date de l’entrevue :
19 janvier 2010. Réalisée par Anne-Marie André St-Onge (présence de Serge Ashini Goupil)
Langue utilisée lors de l’entrevue :
Innu
Présence d’un taducteur :
Oui
Un formulaire de consentement a été signé par les participantsNote de bas de page2 :
Non
Tableau 7 : Formulaire de Consentement
Renseignement général-
Expérience sur le territoireIls ont accès à un territoire légué par leurs ancêtres
Période de présence sur le territoireEn raison d’un décès, il y a une période de non-fréquentation.
La région d’Aguanish est le territoire de la troisième personne.
Langue autochtoneCaribou de toundra : Mushuau-atik
Caribou forestier : Menaskua-atik
Connaissances sur le caribouLe caribou forestier se tient en petit groupe et ne se promène pas autant que celui de la toundra.
Chasser le caribou-
Importance du caribouIl faut respecter le caribou. Sa viande est essentielle pour les Innus.
Le caribou est l’animal des Innus, analogie avec la vache et le poulet pour les Blancs.
Cartographie-
Zones de présence du caribouLe caribou des bois se tient sur les montagnes et les buttes.
Le caribou des bois se tient aux abords du boisé; celui de la toundra se tient plus au nord.
L’été, il vit dans une forêt dense et ne se promène pas beaucoup.
Zones à protéger pour le caribou-
Divers troupeaux (différenciation)Le panache du caribou de la toundra est plus gros que celui de la forêt. Le caribou du nord est plus maigre tandis que celui de la forêt est plus gras en raison de la disponibilité de la nourriture. Le goût de l’animal est le même.
Les deux types de caribous se rencontrent et les Innus chassent le nombre de caribous dont ils ont besoin uniquement.
Sachant qu’il est protégé, les Innus tentent de ne tuer que le caribou de la toundra pour protéger le caribou forestier.
Habitat du caribou-
Type de planteLe caribou mange de la mousse blanche (lichen).
SaisonsL’été, il se tient loin des marécages en raison des mouches.
Tendances des populations-
Changements identifiés (jeunes)Le cheptel de caribous forestiers est de plus en plus grand.
Menaces-
Changement d’habitatLes inondations et les détournements de rivière perturbent la migration des caribous. La construction de barrage tel que celui de La Romaine et les autres travaux (de ?) perturbent aussi le caribou et tous les autres animaux également.
PrédationLe loup empêche le caribou des bois de se promener. C’est le pire prédateur pour les animaux, dont le caribou.
Le carcajou, par le passé, était également un prédateur pour le caribou.
Parasites, maladiesPrésence de parasites dans le cou du caribou. Ces parasites attaquent aussi le foie du caribou de la toundra.
Chasse excessiveChasse exercée par les non-Autochtones pour le profit uniquement.
Collisions avec véhicules-
Perturbation par le bruit et la lumièreLes vols militaires perturbent les caribous. Ils ont peur. Le bruit de la scie mécanique effraie le caribou ainsi que le vent et la lumière.
Changements climatiquesLes hausses de température favorisent la disponibilité de la nourriture des caribous. Les chasseurs peuvent s’habiller moins chaudement en hiver.
AutresSurchasse par les gens plus jeunes qui tuent plus de caribous qu’ils en ont besoin.
Pratiques traditionnelles-
Savoir-faireLe séchage de la viande de caribou afin de ne pas gaspiller. Il est important de transmettre cela aux jeunes.
Neweken : farine faite avec de la viande séchée
Pashteuiash : de la viande séchée
Makusham : festin afin de partager tous ensemble la nourriture apportée et célébrer.
Les Innus faisaient/font attention pour ne rien gaspiller et pour ne rien laisser par terre.
La fabrication de raquette est importante et cela nécessite de la babiche (peau) de caribou.
Histoires et règlesLe gaspillage du caribou n’est pas permis, par respect pour lui. Il peut y avoir des punitions d’infligées aux Innus par les animaux eux-mêmes.
Il faudrait instaurer un quota de caribous à chasser par personne.
Il ne faut pas laisser les os trainer par terre pour ne pas offenser Pepekesik : Dieu.
Teuikan : tambour qui gérait les chasses, dans un sens, puisqu’une bonne partie se déroulait dans les rêves des chasseurs.
L’esprit du caribou est important et il ne faut pas le perdre.
Il ne faut pas vendre la viande de caribou par respect pour lui.
Il faut une bonne gestion du partage de la chasse au caribou.
Ajout d’informations-

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Photos
Figure 7a : Photographie montrant un panneau de bienvenue, en français, aux visiteurs de la communauté de Matshiteu

Un panneau de bienvenue, en français, aux visiteurs de la communauté de Matshiteu


Figure 7b : Photographie montrant un groupe d'aînés discutant autour d'une carte.

un groupe d'aînés discutant autour d'une carte

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Carte
Figure 7c : Carte indiquant l'emplacement des zones sensibles au caribou boréal - Natashquan.

Carte indiquant l'emplacement des zones sensibles au caribou boréal - Natashquan.

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Essipit

Mise en contexte

La communauté d’Essipit est située sur la rive nord du Saint-Laurent, près de la baie des Escoumins, à 40 kilomètres au nord-est de Tadoussac. Elle s’étand sur 87,6 hectares. La population sur communauté est d’envrion 175 personne. Les principales langues parlées sont le français l’innu.

Bien que la communauté soit relativement urbanisée, l’arrière-pays est fortement forestier avec une dominance de forêts mixte avec une forte proportion de feuillus. Le relief est bien exprimé avec des vallées profondes d’orientation nord-sud. Les dépôts glaciaires sont souvent entrecoupés d’affleurements rocheux.

La réalisation des entrevues pour la communauté d’Essipit fut réalisée par un représentant de la communauté en avril 2010. L’entrevue s’est déroulée lors d’un souper. La grande majorité des personnes interviewées demeurent toujours dans la communauté et ont l’opportunité d’avoir occupé et utilisé le territoire pour des fins de chasse, pêche et piégeage depuis plusieurs années. Les connaissances sur le caribou proviennent principalement de leurs parents, familles ou d’anciennes observations, car ils ont actuellement peu ou rarement la chande d’en voir, et ils n’ont plus la chance d’en prélever ou d’en manger, car la communauté à maintenant un moratoire sur cette chasse pour permettre à la population d’augmenter.

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Résultas de l’entrevue

La plupart des personnes présentes lors de l’entrevue mentionnent que le caribou serait une espèce qu’ils aimeraient chasser de nouveau dans le futur. C’est pour cette raison qu’ils sont actuellement dans une démarche de protection de celui-ci.

Concernant les histoires, règles ou pratiquestraditionnelles qui aideraient à protéger et préserver le caribou, les gens présents n’ont pas d’information.

Concernant l’habitat du caribou, les gens ne connaissent que peu son habitat (bien qu’ils aient identifié le lichen terrestre et arboricole). Les cartes disponibles aux pages suivantes permettent de situer les habitats anciens.

Les participants font un lien étroit entre l’arrivée des activités forestières (dans les années 30 et 40) et la disparition du caribou. Actuellement, le braconnage et la poursuite du caribou en motoneige sont un gros problème. L’utilisation de la motoneige st facililtée par les couples et la présence de chemins de pénétration.

Enfin, les gens mentionnent que le maintien de grands massifs de protection, qui minimisent le développement, ainsi que les données scientifiques nécessaires afin de connaître les besoins du caribou sont essentiels pour la survie du caribou.

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Fiche synthèse de l’entrevue
Première Nation :
Innu
Communauté :
Essipit
Nom des répondants :
-
Date de l’entrevue :
Avril 2010.  Réalisée par Michael Ross
Langue utilisée lors de l’entrevue :
Français
Présence d’un taducteur :
Non
Un formulaire de consentement a été signé par les participants Note de bas de page2 :
Non
Tableau 8 : Formulaire de Consentement
Renseignement général-
Expérience sur le territoire-
Période de présence sur le territoirePrésence annuelle sur le territoire.
Langue autochtonePeu utilisée
Connaissances sur le caribouConnaissances minimes bien que la transmission orale soit encore importante.
Chasser le caribou-
Importance du caribouLes gens favoriseraient le caribou aux endroits où il y a peu d’orignaux. Ils restent tellement peu de caribou que l’orignal est maintenant plus important par rapport à la pratique traditionnelle. Le caribou est quand même important pour les Innus d’Essipit.
Cartographie-
Zones de présence du caribouVoir cartes présentées.
Zones à protéger pour le caribouRéserve de biodiversité projetée – Akumunan
Le massif de protection Olaf et les massifs de remplacement dans un principe d’alternance
Lac Poulin de Courval (sud du lac)
Divers troupeaux (différenciation)Atuk
Habitat du caribou-
Type de planteLichen terrestre et arboricole
Saisons-
Tendances des populations-
Changements identifiés (jeunes)-
Menaces-
Changements d’habitatLa foresterie a influencé grandement la présence du caribou
PrédationHumaine, ours, loup
Parasites, maladies-
Chasse excessive-
Collisions avec véhicules-
Perturbation par le bruit et la lumière-
Changements climatiques-
Autres-
Pratiques traditionnelles-
Savoir-faire-
Histoires et règles-
Ajout d’informationsIl est très important de garder une connectivité entre la harde du lac des CSurs et celle du Pipmuacan et de Portneuf. Il semble également y avoir une connectivité naturelle vers le sud en direction de la réserve aquatique projetée de la rivière Sainte-Marguerite.

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Photos

Aucune photo de l’événement.

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Carte
Figure 8a : Cartographie des zones sensibles en lien avec le caribou - Essipit.

La description longe de la figure 7c fournissait ci-dessous

Description longue pour la figure 8a

Carte indiquant l'emplacement des zones sensibles au caribou boréal, établie par la communauté d'Essipit. La carte montre les observations passées et présentes.

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Notes extraites des entrevues. […] ont vu des individus seuls dans les environs du lac Achistin en automne 2008 et aussi un groupe de 4 individussur le lac Jacqueline en période hivernale (2005).

Il y avait beaucoup d’observations plus au sud-est que la répartition actuelle de la harde du lac des Cœurs. Il y a eu beaucoup d’observations jusqu’aux années 1935-1940, et même quelques observations jusqu’en 1950, de caribous qui fréquentaient les environs des lacs Bernier, Polette, Mercier et des Grandes Bergeronnes. […] a dit : « Grand-mère faisait des Pishus (mocassins) en caribou dans les années 1930-1935. Mon père ([…]), né en 1907, avait déjà vu des caribous dans le coin du lac Bernier dans les années 30-40. C’est là que les chantiers de récolte ont commencé et puis le caribou a disparu pas longtemps après ». […] a dit : « Mon grand-père chassait le caribou au pont du 9emilles et dans le coin du lac Bernier au plus tard dans les années 1940. Il est décédé en 1948 ». Le grand-père de […] a aussi vu son premier orignal dans les années 30-35. Il n’avait jamais vu ça avant et croyait que c’était un cheval. La plupart des gens présents avaient entendu parler par leurs parents qu’il y avait déjà eu des caribous au lac Bernier et au pont du 9e milles. La plupart des Innus d’Essipit ont chassé le caribou dans ces environs avant que l’orignal ne colonise le territoire.

Dans les dix dernières années, […] ont vu des petits groupes ou des caribous seuls et aussi beaucoup de pistes dans les environs du lac Girard et au sud du lac Renard.

Les observations au lac Gorgotton sont plus en hiver (grand lac qui offre une protection contre la prédation). Un troupeau de plusieurs caribous a été vu en hiver au début des années 1980 et un autre groupe de 10 à 12 caribous dans l’hiver 1998-1999.

[…]voyaient des caribous au camp Sablon quand ils travaillaient dans le bois dans les années 50-70. Il y avait beaucoup de troupeaux dans le coin de camp Sablon. Ils ont déjà vu des caribous dans le coin du lac Portneuf (en haut du lac Laflamme). […]voyaient des caribous au lac Laflamme et à la rivière Tagi. Il y avait un gros passage de caribous au lac aux Brumes et au lac des Six Milles.

[…] a vu des pistes de 3-4 caribous à la Chute-à-Boulé au 20 milles envers Portneuf en 1953.

Le père […] a tué 5 caribous dans le coin de la rivière Ste-Marguerite en 1947. La famille se nourrissait plus de caribous que d’orignaux. Dès que les compagnies ont commencé à bûcher la forêt, les troupeaux ont diminué en grosseur et le nombre de caribous total a aussi diminué. Durant cette même période et même un peu avant, il y aurait eu un envahissement par l’orignal.

En hiver (février) 1935, […] a vu 3 caribous sur le lac Marche-Serré. Il y avait beaucoup de grattoirs (neige bouleversée pour atteindre le lichen) créés par les caribous. Ça faisait longtemps que les caribous étaient là parce qu’il y avait de très gros grattoirs. Ils ont essayé d’en tuer un, mais ils n’ont pas réussi. Il a vu beaucoup de pistes (il devait y avoir entre 15 et 20 caribous) dans le coin de la rivière Ross et du lac Thomas dans les années 1935-1940.

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Alliance Stratégique Innu

Les communautés innues de l’Alliance Stratégique Innu furent rencontrées lors d’une chasse communautaire qui s’est tenue à l’intérieur des terres du territoire traditionnel de la Nation Innu : le Nitassinan dans la région du Labrador.

Cette rencontre regroupait cinq communautés : Uashat mak Mani-Utenam, Unamen Shipu, Pessamit, Ekuanitshit et Matimekush Lac-John et s’est déroulée du 19 au 24 février 2010. C’est lors de celle-ci que les chefs, les représentants politiques, les chasseurs et leurs familles ont participé à une chasse communautaire aux caribous.

Nous avons eu l’autorisation des chefs de l’Alliance de participer à cette chasse, de filmer et réaliser des entrevues en lien avec la question du caribou et, par le fait même, de discuter de la situation du caribou forestier. À noter que notre présence était conditionnelle à ce qu’aucune donnée cartographique ne soit transmise dans le cadre de ce rapport à Environnement Canada.

Les entrevues se sont déroulées à l’intérieur des tentes traditionnelles innues et à l’extérieur en compagnie d’aînés, de chefs et de chasseurs innus. Plus de 150 personnes étaient présentes à cette chasse. Les participants aux entrevues des cinq communautés de l’Alliance Stratégique Innu ont accepté que leurs propos soient transmis à Environnement Canada. Cela s’applique pour les communautés suivantes : Unamen Shipu, Matimekush Lac-John, Uashat mak Mani-Utenam, Pessamit et Ekuanitshit.

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Unamen Shipu
Mise en contexte

Voir page 52.

La communauté d’Unamen Shipu (La Romaine) est située à 400 kilomètres au nord-est de Sept-Îles, sur la côte nord du Saint-Laurent. Elle s’étend sur 70,3 hectares. La communauté n’a pas accès aux routes toute l’année et doit utiliser un transport d’un coût supérieur pour accéder au centre de services le plus près. La population sur communauté est d’environ 1000 personnes. Les principales langues parlées sont l’innu et le français.

La communauté d’Unamen Shipu se trouve dans un paysage rocheux au relief ondulé. Vers l’intérieur des terres, les affleurements rocheux laissent place à de minces dépôts glaciaires. Dans la frange littorale, la végétation fait partie du domaine de la toundra maritime avec des épinettes blanches rabougries. En se déplaçant vers l’arrière-pays, on passe rapidement au domaine de la pessière noire à mousse.

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Résultats de l’entrevue

Les Innus d’Unamen Shipu mentionnent qu’il est important de continuer la pratique de la chasse au caribou ainsi que la transmission des règles concernant l’esprit du caribou. Il demeure primordial que la nouvelle génération conserve les pratiques et de bonnes techniques de conservation du caribou et de ses parties.  Rien ne doit être gaspillé. Il faut également laisser le caribou libre et permettre que les Innus prélèvent selon leurs besoins. Les pratiques de surveillance de caribous avec les colliers ne devraient pas se faire. C’est un manque de respect au caribou. Les Innus ont un immense respect du caribou. Il ne faut pas trop en prendre et toujours respecter son esprit. Il est important de mettre les os et les restes sur le Teshepetan (échafaud) afin de permettre l’abondance l’année suivante. 

Concernant la santé du caribou, la chair et la viande du caribou ne sont plus les mêmes. Les caribous sont maigres, courent partout et sont plus stressés. La raison : les hélicoptères. La moëlle est également plus petite.

Un aîné mentionne que le gouvernement ne devrait pas influencer les troupeaux de caribous en les regroupant.  Les caribous sont mêlés.  Les perturbations actuelles et la présence des hélicoptères font qu’il est plus difficile de tuer du caribou. Auparavant, dans la région d’Unamen Shipu, les chasseurs pouvaient tuer du caribou en se rendant dans les lieux de chasse à pied.

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Fiche synthèse de l’entrevue
Première Nation :
Innu
Communauté :
Unamen Shipu
Nom des répondants :
-
Date de l’entrevue :
22 février 2010 par Valérie Courtois et Serge Ashini Goupil
Langues utilisées lors de l’entrevue :
Innue et français
Présence d’un taducteur :
Oui
Un formulaire de consentement a été signé par les participantsNote de bas de page2:
Non
Tableau 9 : Formulaire de Consentement
Renseignement général-
Expérience sur le territoire-
Période de présence sur le territoire-
Langue autochtone-
Connaissances sur le caribou-
Chasser le caribou-
Importance du caribouLe caribou est l’animal des Innus commele bSuf et le baloney est la nourriture des Blancs.
Cartographie-
Zones de présence du caribou-
Zones à protéger pour le caribou-
Divers troupeaux (différenciation)Le caribou de la toundra est blanc en hiver et le caribou forestier est brun. Le goût de la viande est aussi différent.
Habitat du caribou-
Type de planteLa mousse blanche et les nouvelles racines qui poussent en été. Ils mangent aussi la plante qui ressemble au thé du Labrador, mais celle qui fait une fleur au centre. Ils mangent l’herbe.
Saisons-
Tendances des populations-
Changements identifiés (jeunes)Les caribous sont plus maigres qu’avant, leur viande est plus pâle, en raison du stress causé par les hélicoptères. La moëlle épinière est plus mince, il est difficile de faire de la graisse.
Menaces-
Changement d’habitatL’arrivée de l’orignal dans cette région il y moins de 40 ans.
PrédationLe loup est un des prédateurs du caribou. Les Innus pouvaient vivre en harmonie avec celui-ci avant.
Parasites, maladies-
Chasse excessive-
Collisions avec véhicules-
Perturbation par le bruit et la lumièreLes Blancs tentent de regrouper tous les caribous ensemble.
Changements climatiques-
AutresLa pose de collier trop serré tue les caribous. Injection de somnifère aux caribous afin de les diriger et les rassembler.
Pratiques traditionnelles-
Savoir-faireLes Innus ne gaspillent pas le caribou, toutes les parties servent à quelque chose (raquettes, mocassins, vêtements).
Histoires et règlesIl faut respecter l’esprit du caribou et ne rien laisser traîner par terre.
Avant, les os et les parties du caribou ne servant pas étaient mis sur des échafauds, Teshepetan, afin que les caribous reviennent l’année suivante. C’est une règle de respect.
On ne peut pas empêcher les Innus d’aller chercher leur nourriture sur leur territoire.
Ajout d’informationsIl y aurait un dépotoir à carcasses de caribou dans la région utilisé par les agents de Terre-Neuve suite aux confiscations de la viande.
Les agents en hélicoptères ont tué des caribous aussi et ont laissé toute la viande sur place. Les Innus ont pris la viande.
Les Innus doivent défendre leurs droits ancestraux, la pratique de la chasse est une manière de le faire.

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Photos
Figure 9a : Photographie montrant des mocassins.

Des mocassins.


Figure 9b : Photographie montrant un homme qui est interviewé devant une caméra.

Un homme qui est interviewé devant une caméra.

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Carte

À la demande des Chefs de l’Alliance Stratégique Innu, les entrevues ne permettaient pas la récolte de données cartographiques. Cela s’applique pour les communautés suivantes : Unamen Shipu, Matimekush Lac-John, Uashat mak Mani-Utenam, Pessamit et Ekuanitshit

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Ekuanitshit

Mise en contexte

Voir information page 52

La communauté d’Ekuanitshit est située au confluent de la rivière Mingan et du fleuve Saint-Laurent, à 28 kilomètres à l’ouest de Havre-Saint-Pierre. Elle s’étend sur 1 919 hectares. La population sur communauté est d’environ 500 personnes. Les principales langues parlées sont l’innu et le français.

Les sables deltaïques de la rivière Mingan forment l’assise sur laquelle est située la communauté d’Ekuanitshit. Comme sur une bonne partie de la moyenne Côte-Nord, une couche indurée rend le sol de la plaine côtière imperméable et propice au développement de vastes tourbières. L’arrière-pays devient rapidement rocheux alors que les dépôts meubles s’amincissent. La forêt coniférienne, dominée par le sapin et l’épinette noire, n’est jamais très dense.

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Résultats de l’entrevue

La présence des Innus d’Ekuanitshit à la chasse au caribou de février 2010 est une affirmation importantecar elle démontre l’importance de poursuivre les traditions des Innus. Toutes les parties (poumon, intestins, cerveau, tête, yeux, langue, viande et peau) de l’animal étaient utilisées par l’Innu. Celui-ci utilisait des échafauds afin de préserver et entreposer le caribou pour que rien ne traîne. En aucun temps, les Innus ne considèrent leurs chasses comme illégales car l’Innu ne cherche qu’à continuer ses traditions.

Les Innus ont souvent observé que des restes de caribous (seulement les fesses et les épaules avaient été prélevées) avaient été laissés à l’abandon près de la route au Labrador. Jamais les Innus ne font cela.

Le caribou était utilisé pour la fabricationde raquettes, mocassins, tambours et des matelas. Une des personnes présentes lors de l’entrevue mentionne que l’Innu ne veut pas se faire dire quoi faire et à quel moment.  Les gouvernements doivent plutôt comprendre que pour l’Innu, le lien avec le caribou doit perdurer et que la pratique des activités et la poursuite de la transmission du savoir des Premières Nations sont intimement liées à la survie de la Nation Innu. Les Innus sont intelligents et doivent continuer de transmettre leur savoir à la nouvelle génération. La vie traditionnelle est très importante, c’est leur école et c’est la raison pour laquelle c’est si important d’apprendre leur culture à même le territoire puisque ce dernier est essentiel à la transmission de la culture des Innus.

La présence des Innus à cette chasse n’est pas étrangère au fait de vouloir affirmer tout haut leurs droits. Il faut faire prendre conscience au gouvernement que ce territoire est celui des Innus et qu’interdire aux Innus de chasser ne fonctionne pas. Les Innus surveillent et protègent le caribou. La chasse de celui-ci est pour la subsistance seulement et c’est la raison pourquoi on ne le gaspille pas. C’est la preuve ultime de respect envers le caribou.  L’important développement des territoires par les gouvernements (minier, hydroélectrique et forestier) influence énormément la qualité du territoire.

À une question concernant la gestion du caribou, un intervenant mentionne que le gouvernement devrait accepter que l’Innu gère la chasse comme il le fait depuis des millénaires. Pour ce faire, la solution est peut­être dans la création dune ligne directrice innue actualisée concernant la chasse traditionnelle des Innus en associant plusieurs communautés innues. C’est une voie possible afin de parler de la survie du caribou.

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Fiche synthèse de l’entrevue
Première Nation :
Innu
Communauté :
Ekuanitshit
Nom des répondants :
-
Date de l’entrevue :
22 février 2010 réalisée par Valérie Courtois et Serge Ashini Goupil
Langues utilisées lors de l’entrevue :
Français et innue
Présence d’un taducteur :
Oui
Un formulaire de consentement a été signé par les participantsNote de bas de page2:
Non
Tableau 10 : Formulaire de Consentement
Renseignement général-
Expérience sur le territoireL’accès au territoire est essentiel à la transmission de la culture innue.
Période de présence sur le territoire-
Langue autochtone-
Connaissances sur le caribou-
Chasser le caribouLes restrictions de chasse sont maintenant appliquées aux Innus. Le caribou est important pour les Innus, il assure leur survie.
Importance du caribouIl y a longtemps que les Innus surveillent et protègent le caribou. Il est important de pouvoir continuer à la chasser pour la subsistance.
Cartographie-
Zones de présence du caribou-
Zones à protéger pour le caribou-
Divers troupeaux (différenciation)Le caribou de la toundra est plus petit que le caribou forestier.
Habitat du caribou-
Type de plante-
Saisons-
Tendances des populations-
Changements identifiés (jeunes)-
Menaces-
Changement d’habitat-
Prédation-
Parasites, maladies-
Collisions avec véhicules-
Chasse excessive-
Perturbation par le bruit et la lumière-
Changements climatiques-
Autres-
Pratiques traditionnelles-
Savoir-faireIl faut d’abord enlever la peau tué et puis faire de la graisse avec les os avant de placer des restants sur un échafaud. La viande est découpée en lanière et ensuite séchée. Les abats sont aussi consommés. Le cerveau est utilisé pour tanner la peau de caribou. La peau avec les poils peut servir de matelas. La peau sert à faire les raquettes, les mocassins et le tambour.
Histoires et règlesLe gaspillage du caribou n’est pas permis, par respect pour lui.
Ajout d’informationsLe gouvernement voudrait tout contrôler, même la chasse des Innus. Ces derniers veulent pouvoir gérer eux-mêmes leurs activités de chasse.

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Photos
Figure 10a : Photographie montrant des aînés discutant à l'extérieur, dans la neige

Des aînés discutant à l'extérieur, dans la neige.


Figure 10b : Photographie montrant des aînés discutant à l'intérieur d'une tente

Des aînés discutant à l'intérieur d'une tente.

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Carte

À la demande des chefs de l’Alliance Stratégique Innu, les entrevues ne permettaient pas la récolte de données cartographiques. Cela s’applique pour les communautés suivantes : Unamen Shipu, Matimekush Lac-John, Uashat mak Mani-Utenam, Pessamit et Ekuanitshit.

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Matimekush Lac-John

Mise en contexte

Voir page 52.

La communauté de Matimekush est située au bord du lac Pearce, à environ 510 kilomètres au nord de Sept-Îles. La communauté de Lac John est située à 3,5 km de Matimekush et du centre de Schefferville. La communauté n’a pas accès au réseau routier et doit utiliser un transport d’un coût supérieur (l’avion) ou le train pour accéder au centre de services le plus près (Sept-Îles). La superficie de la communauté de Matimekush est de 68 hectares et de Lac John, 23,3 hectares. La population sur communauté est d’environ 760 personnes. Les principales langues parlées sont l’innu et le français.

La communauté de Matimekush est située dans un paysage de longues buttes et de basses collines étroites et allongées, correspondant à la fosse du Labrador, et entre lesquelles s’insèrent de nombreux lacs. Le paysage a été fortement modifié, depuis le début des années 1950, par les exploitations à ciel ouvert de minerai de fer. Les buttes et les collines présentent une alternance de dépôts glaciaires minces et de roc. On y observe surtout des forêts résineuses claires dominées par l’épinette noire.

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Résultats de l’entrevue

Le contexte particulier de la chasse au caribou réalisé en février dernier a permis de dégager plusieurs points importants concernant la communauté de Matimekush Lac-John. Le caribou demeure un animal très important dans la culture des Innus et le concept de chasse diffèretotalement entre ce qui est considéré comme la chasse sportive par les non-Autochtones et celle pratiquée par les Innus qui se veut une chasse pour la communauté.

Les Innus expriment que quelques chasseurs peuvent tuer plusieurs caribous (des dizaines) afin de le redistribuer dans la communauté pour les familles et souvent pour celles qui sont dans le besoin. La chasse n’est pass un jeu, c’est très sérieux. En aucun cas, les Innus ne chassent pour s’amuser.

Le résultat d’une chasse est primordial. On ne doit rien gaspiller et utiliser tout du caribou, qu’il s’agisse de la nourriture, de la graisse ou de l’utilisation de la peau pour la fabrication de mocassins. La survie des Innus dépend de la présence des caribous. 

L’enjeu territorial (négociation avec les gouvernements, la frontière Québec-Labrador, ennoiement de terres par les barrages et l’exploitation minière) préoccupe beaucoup les Innus de Matimekush Lac-John.

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Fiche synthèse de l’entrevue
Première Nation :
Innu
Communauté :
Matimekush Lac-John
Nom des répondants :
-
Date de l’entrevue :
20 février 2010 réalisée par Valérie Courtois et Serge Ashini Goupil
Langue utilisée lors de l’entrevue :
Français
Présence d’un taducteur :
Non
Un formulaire de consentement a été signé par les participantsNote de bas de page2 :
Non
Tableau 11 : Formulaire de Consentement
Renseignement général-
Expérience sur le territoireLes Innus ont parcouru l’ensemble du territoire du Québec et du Labrador. Les Indiens n’ont pas de frontières.
Le territoire d’une famille innue est inondé donc ils ne peuvent plus y aller.
Des hélicoptères viennent maintenant perturber le caribou et la pratique des activités de chasse traditionnelle.
Période de présence sur le territoireDepuis des millénaires.
Langue autochtone-
Connaissances sur le caribou-
Chasser le caribouLa chasse communautaire est importante, elle permet de redistribuer le caribou parmi les Innus des communautés.
Importance du caribouLe caribou fait partie des Innus, ils ne peuvent pas survivre sans lui. Le caribou est l’alimentation de base des Innus.
Cartographie-
Zones de présence du caribou-
Zones à protéger pour le caribou-
Divers troupeaux (différenciation)Le caribou de la rivière George descend jusqu’au Labrador dans la zone de la chasse communautaire de février 2010. Il ne s’agit pas de caribou forestier selon les chasseurs présents.
Habitat du caribou-
Type de plante-
Saisons-
Tendances des populations-
Changements identifiés (jeunes)-
Menaces-
Changement d’habitatLes trous des mines de fer sont sur le chemin migratoire des caribous.
Prédation-
Parasites, maladies-
Chasse excessiveChasse sportive par les Américains (gros-mâles – gros panaches)
Collisions avec véhicules-
Perturbation par le bruit et la lumièreL’exploration des mines (dynamitage) dans la région de Schefferville fait fuir les caribous.
Changements climatiques-
AutresLe déplacement avec des hydravions et des hélicoptères des caribous (ou la déviation).
Pratiques traditionnelles-
Savoir-faireDifférence entre les Innus et le Blancs, la relation qu’ils ont avec le caribou. Les Innus respectent le caribou en ne gaspillant rien de sa viande.
Histoires et règlesLe gaspillage du caribou n’est pas permis, par respect pour lui. Chasse de subsistance pour les Innus. Le partage et le respect sont très importants. Le caribou s’offre de luimême aux chasseurs Innus. Il y a une redistribution de la viande dans la communauté innue.
Ajout d’informationsSelon les Innus, le gouvernement contrôle le déplacement des caribous afin de permettre la vente aux Américains (via les pourvoiries). Il y a un détournement des caribous afin d’aider les pourvoyeurs à faire plus d’argent.

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Photos
Figure 11a : Photographie montrant des femmes innues retirant la peau d'un caribou.

Des femmes innues retirant la peau d'un caribou.


Figure 11b : Photographie montrant une tente innue traditionnelle.

Des femmes innues retirant la peau d'un caribou.

Carte

À la demande des Chefs de l’Alliance Stratégique Innu, les entrevues ne permettaient pas la récolte de données cartographiques. Cela s’applique pour les communautés suivantes : Unamen Shipu, Matimekush Lac-John, Uashat mak Mani-Utenam, Pessamit et Ekuanitshit.

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Uashat mak Mani-Utenam

Mise en contexte

Voir page 52.

La communauté de Uashat est située à la limite ouest de Sept-Îles alors que Mani-Utenam est située à 16 kilomètres à l’est de Sept-Îles. Accès par route durant toute l’année. La population totale des deux communautés est d’environ 3000 personnes (sur communauté). Les principales langues parlées sont l’innu et le français.

La communauté de Uashat a subi une forte urbanisation à la suite du développement de la ville de Sept-Îles au début des années 50. La communauté de Mani-Utenam est située sur les sables deltaïques de la rivière Moisie. Comme sur une bonne partie de la moyenne Côte-Nord, une couche indurée rend le sol de la plaine côtière imperméable et propice au développement de vastes tourbières. L’arrière-pays devient rapidement rocheux alors que les dépôts meubles s’amincissent. La forêt coniférienne, dominée par le sapin et l’épinette noire, n’est jamais très dense.

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Résultats de l’entrevue

Le premier intervenant interviewé mentionne que le caribou de la rivière George s’est déplacé vers le Labrador aux environs de 1938 et que c’est à partir de ce moment que le terme caribou forestier est apparu. Il explique sa disparition actuelle à cause de la chasse sportive pratiquée par les résidants du Labrador. Le caribou que l’on retrouve actuellement dans le secteur concerné par la chasse communautaire serait du caribou de la rivière George.

Pour les Innus, il est important de ne pas chasser sans avoir besoin de viande pour se nourrir. Par contre, si l’on respecte les règles des Innus, il ne devrait pas y avoir de problèmes. D’après cet intervenant, les Innus doivent respecter et perpétuer les valeurs de leurs parents. Le respect envers la nature est primordial et les Innus l’expriment en partageant sans gaspiller.  Enfin, la personne mentionne que pour l’Innu, il n’existe pas de loi. La loi pour les Innus, c’est de faire attention et de respecter les animaux.

Le deuxième intervenant mentionne qu’un des problèmes en ce moment est la division créée par les gouvernements concernant la mise en place de frontières entre le Québec et le Labrador et la division administrative entre les Innus du Québec et du Labrador. Il mentionne également l’importance que la nouvelle générations’implique et participe à ce genre de chasse communautaire afin de comprendre et participer à des activités de transmission sur le caribou.

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Fiche synthèse de l’entrevue
Première Nation :
Innu
Communauté :
Uashat mak Mani-Utenam
Nom des répondants :
-
Date de l’entrevue :
22 février 2010 réalisée par Valérie Courtois
Langues utilisées lors de l’entrevue :
Français et innue
Présence d’un taducteur :
Non
Un formulaire de consentement a été signé par les participantsNote de bas de page2 :
Non
Tableau 12 : Formulaire de Consentement
Renseignement général-
Expérience sur le territoire-
Période de présence sur le territoire-
Langue autochtone-
Connaissances sur le caribou-
Chasser le caribouLes Innus ne veulent pas se voir interdire de chasser le caribou.
Importance du caribouLe caribou est l’animal de subsistance des Innus par analogie au bSuf et au poulet pour les Blancs.
Cartographie-
Zones de présence du caribouVers 1938, le caribou de la rivière George est descendu vers le sud et il est devenu le caribou forestier, c’est une nouvelle catégorie.
Le caribou dit forestier (exterminé par les chasseurs de Terre-Neuve) provient en fait
de la rivière George (de la toundra).
Zones à protéger pour le caribou-
Divers troupeaux (différenciation)-
Habitat du caribou-
Type de plante-
Saisons-
Tendances des populations-
Changements identifiés (jeunes)-
Menaces-
Changement d’habitat-
Prédation-
Parasites, maladies-
Chasse excessive-
Collisions avec véhicules-
Perturbation par le bruit et la lumière-
Changements climatiques-
Autres-
Pratiques traditionnelles-
Savoir-faire-
Histoires et règlesLe partage du caribou est important afin de le respecter. Il faut partager, sans gaspiller, ce que l’on prend de la forêt.
Ajout d’informationsLes Innus sentent/ont l’impression d’une tentative d’extinction de leurs droits.

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Photos
Figure 12a : Photographie montrant des aînés innus debout à l'extérieur.

Des aînés innus debout à l'extérieur.


Figure 12b : Photographie montrant une tente innue illuminée tard le soir.

Une tente innue illuminée tard le soir.

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Carte

À la demande des Chefs de l’Alliance Stratégique Innu, les entrevues ne permettaient pas la récolte de données cartographiques. Cela s’applique pour les communautés suivantes : Unamen Shipu, Matimekush Lac-John, Uashat mak Mani-Utenam, Pessamit et Ekuanitshit.

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Pessamit

Mise en contexte

Voir page 52.

La communauté de Pessamit (Betsiamites) est située sur la côte nord du fleuve St-Laurent, à 54 kilomètres au sud-ouest de Baie-Comeau. Elle s’étend sur 25 242 hectares. La population sur communauté est d’environ 3000 personnes. Les principales langues parlées sont l’innu et le français.

La communauté de Pessamit est entourée des vastes deltas sableux des rivières Betsiamites, aux Outardes et Manicouagan. Ces rivières ont été profondément modifiées par les développement hydro-électriques des années 50 et 60. La plaine littorale comporte de vastes tourbières et la forêt est une sapinière boréale humide.

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Résultats de l’entrevue

Les chasseurs innus présents mentionnent que la chasse au caribou dans leur territoire d’intérêt demeure une activité traditionnelle pratiquée par quelques familles qui chassaient de petits groupes de caribous. Depuis quelques années, le concept du caribou vulnérable ou menacé est apparu et des restrictions de chasse sont maintenant présentes. Le territoire est maintenant cartographié afin de déterminer les endroits ou il ne faut pas chasser le caribou. 

Les démarches gouvernementales concernant la protection du caribou amènent les Innus à ne plus chasser comme c’est le cas dans la région du Nitassinan de Pessamit. Par contre, pourquoi ne parle-t-on pas des coupes forestières, des barrages et des mines car tout cela détruit l’habitat du caribou? D’après les aînés, les coupes forestières ont fait déplacer les caribous qui utilisaient la forêt vers le nord. La chasse sportive est lucrative pour les gouvernements. Par contre, pour les Innus, la chasse, c’est leur langue, leur culture. Si l’Innu ne peut plus chasser le caribou, alors il ne sait plus le dépecer.

Une solution proposée par les chasseurs de Pessamit consiste à ce que le gouvernement ne se mêle pas de la gestion du caribou et que l’ensemble de la Nation Innu (incluant les Innus du Labrador) travaille conjointement.

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Fiche synthèse de l’entrevue
Première Nation :
Innu
Communauté :
Pessamit
Nom des répondants :
-
Date de l’entrevue :
21 février 2010 réalisée par Valérie Courtois et Serge Ashini Goupil
Langue utilisée lors de l’entrevue :
Français
Présence d’un taducteur :
Non
Un formulaire de consentement a été signé par les participantsNote de bas de page2:
Non
Tableau 13 : Formulaire de Consentement
Renseignement général-
Expérience sur le territoireChasse en petits groupes et partage du caribou par la suite.
Période de présence sur le territoire-
Langue autochtone-
Connaissances sur le caribou-
Chasser le caribouAvant, les Innus participaient aux activités de suivi de l’espèce en déclarant aux gardes-chasse combien de caribous avait été chassés.
Importance du caribou-
Cartographie-
Zones de présence du caribou-
Zones à protéger pour le caribou-
Divers troupeaux (différenciation)Le caribou du sud est allé rejoindre celui du nord en raison des coupes forestières.
Habitat du caribou-
Type de plante-
Saisons-
Tendances des populations-
Changements identifiés (jeunes)-
Menaces-
Changement d’habitatCoupes forestières et barrages devraient être observés de plus près.
On accuse facilement les Autochtones lorsqu’une espèce devient en péril.
La construction de barrages perturbe le caribou.
Prédation-
Parasites, maladies-
Chasse excessive-
Collisions avec véhicules-
Perturbation par le bruit et la lumière-
Changements climatiques-
AutresPerte de la culture chez les jeunes Innus en raison des restrictions de chasse imposées. Perte de la langue et du savoir-faire (dépeçage)
La vente de permis permet de faire de l’argent avec le caribou et cela n’est pas une valeur des Innus. La chasse est pour la survie.
Pratiques traditionnelles-
Savoir-faireLes ancêtres innus mangeaient beaucoup de caribou. Il est aujourd’hui remplacé par l’orignal.
Histoires et règlesAvant, la chasse était pratiquée par petits groupes de chasseurs qui partageaient tout par la suite.
Ajouts d’informationsEnvironnement Canada devrait se préoccuper davantage des grosses compagnies (forestières, minières).

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Photos
Figure 13a : Photographie montrant des aînés innus et des carcasses de caribou. boréal.

Des aînés innus et des carcasses de caribou boréal.


Figure 13b : Photographie montrant trois hommes innus se parlant à l'extérieur.

trois hommes innus se parlant à l'extérieur.

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Carte

À la demande des Chefs de l’Alliance Stratégique Innu, les entrevues ne permettaient pas la récolte de données cartographiques. Cela s’applique pour les communautés suivantes : Unamen Shipu, Matimekush Lac-John, Uashat mak Mani-Utenam, Pessamit et Ekuanitshit.

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Analyse générale pour la Nation Innu

Notre compréhension et notre analyse concernant la Nation Innu confirment que le caribou demeure une espèce très importante dans la culture de cette nation – cela est même indissociable à sa survie culturelle. Un grand respect de l’animal est témoigné par l’ensemble des intervenants rencontré.

La plupart des communautés ont d’importantes connaissances sur le caribou. Par contre, pour les communautés de Pessamit et Essipit, les connaissances sont moindres, car ils restent très peu de caribou actuellement dans les secteurs de chasse de ces deux communautés. Ils semblent que la période d’intensification des coupes forestières et l’arrivée de l’orignal ont influencé d’une façon négative la présence du caribou dans ces régions.

Pour l’ensemble des Premières Nations rencontrées, les principales menaces sont la prédation par le loup ainsi que l’impact de la foresterie sur les habitats. La chasse sportive a également un impact négatif sur le caribou, car les règles de chasse et la notion de respect envers l’animal ne sont pas les mêmes selon si l’on est Innu ou chasseur sportif.

Les gens interviewés semblent tous d’accord sur le fait que la protection des habitats et la conservation de corridors demeurent importantes afin de s’assurer de la survie du caribou. Les changements climatiques préoccupent l’ensemble des personnes rencontrées.

Un important travail devra être mis en place afin de permettre la recherche de solutions pour que les Innus (le plus de communautés possible) puissent influencer et collaborer réellement à toutes démarches futures de gestion et de protection de l’espèce.

Enfin, les Innus mentionnent que la chasse traditionnelle communautaire au caribou est un droit et qu’ils vont continuer de le chasser.

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Section 3 : Les Atikamekw

Analyse détaillée par Première Nation

Pour chacune des Premières Nations rencontrées, nous présentons une analyse détaillée.

Une mise en contexte, la présentation des résultats de l’entrevue, une fiche synthèse ainsi que les photos et cartes sont présents dans cette section du rapport. Les analyses détaillées concernent les communautés suivantes : Manawan et Opitciwan.

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Manawan

Mise en contexte

La communauté de Manawan est située à 120 kilomètres à l’ouest de La Tuque et à 72 kilomètres au nord de Saint-Michel-des-Saints, sur la rive sud du lac Métabeskéga. Elle s’étend sur 773 hectares. La population sur communauté est d’environ 2000 personnes. Les principales langues parlées sont l’atikamekw et le français.

La communauté de Manawan se trouve dans un secteur forestier en grande partie sous exploitation commerciale, exploitation qui a débuté dès la fin du XIXesiècle. La forêt fait partie du domaine de la sapinière à bouleau jaune, une forêt mixte. Le relief ondulé a vu son hydrologie fortement modifiée avec la construction de barrages sur le haut Saint-Maurice.

L’entrevue avec la communauté s’est réalisée le 11 juin 2010 après plusieurs demandes d’entrevues refusées. L’entrevue s’est réalisée à Manawan en compagnie de 3 aînés et d’un traducteur. L’occupation du territoire se fait durant toute l’année.

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Résultats de l’entrevue

Atikw est le nom qu’ils donnent au caribou. Le caribou demeure un animal peu connu et il est difficile pour eux de connaître ses habitudes de vie. Ce qu’ils savent, c’est qu’il était difficile de le tuer. Par contre, plusieurs personnes aiment la viande de caribou.

Il existe des preuves de la présence de caribous dans la région, car plusieurs panaches ont été trouvés. C’était un rite sacré de les mettre dans un tas. Il y avait un grand respect du caribou et les trois aînés se souviennent de ces règles et histoires. Les aînés mentionnent que, si un chasseur ne peut tuer l’animal, c’est à cause du manque de respect envers le caribou que le chasseur a démontré dans le passé.

Les aînés mentionnent que les pratiques de chasse des non-Autochtones ne sont pas de bonnes techniques et que l’utilisation de leurre comme le sel influence le goût de la viande. 

Les aînés mentionnent aussi que, avant la construction du chemin de fer et le changement des habitats(l’arrivée des coupes forestières), le caribou était présent. Le couvert de lichen était important dans la région. L’habitat que le caribou utilisait dans la région se composait des forêts de pin gris ainsi que de zones au nord du Lac Kemp car il y avait là beaucoup de lichen à caribou. De grands feux de forêt (dans les années 20) dans la région ont nuit au caribou. 

Les prédateurs (meutes de loups) ont également eu une importance dans sa disparition.

Ils mentionnent finalement qu’il est important de favoriser la transmission des bonnes techniques de chasse à la nouvelle génération afin de s’assurer du respect de l’animal. De nos jours, la plupart des jeunes ne connaissent pas les règles et la bonne façon de tuer l’animal.

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Fiche synthèse de l’entrevue
Première Nation :
Atikamekw
Communauté :
Manawan
Nom des répondants :
-
Date de l’entrevue :
11 juin 2010, réalisée par Serge Ashini Goupil
Langue utilisée lors de l’entrevue :
Français
Présence d’un taducteur :
Oui
Un formulaire de consentement a été signé par les participantsNote de bas de page2:
Non
Tableau 14 : Formulaire de Consentement
Renseignement général-
Expérience sur le territoireImportante
Période de présence sur le territoireToute l’année
Langue autochtoneOui
Connaissances sur le caribouTrès peu
Chasser le caribou-
Importance de caribouDans le passé, le caribou était présent. Les gens aimeraient revoir le caribou dans le secteur.
Cartographie-
Zones de présence du caribouVoir sur la carte
Zones à protéger pour le caribou-
Divers troupeaux (différenciation)-
Habitat du caribou-
Type de planteLichen
Saisons-
Tendances des populations-
Changements identifiés (jeunes)-
Menaces-
Changement d’habitat-
Prédation-
Parasites, maladiesIls connaissent ceux que les chevreuils ont et s’inquiètent de sa transmission vers l’original.
Chasse excessiveMauvaise chasse
Collisions avec véhicules-
Perturbation par le bruit et la lumière-
Changements climatiques-
Autres-
Pratiques traditionnelles-
Savoir-faireIl est nécessaire d’enseigner de nouveau les bonnes techniques de chasse aux jeunes générations des Premières Nations.
Histoires et règlesLe manque de respect concernant l’animal demeure la principale règle.
Ajout d’informationsNécessaire de collaborer à des mesures d’harmonisations avec les utilisateurs du territoire. Surtout la foresterie.

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Photos

Aucune photo de l’événement.

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Carte
Figure 14a : Cartographie des zones sensibles en lien avec le caribou - Manawan

Figure 14a : Cartographie des zones sensibles en lien avec le caribou - Manawan.

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Opitciwan

Mise en contexte

La communauté d’Opitciwan fut rencontrée en août 2010. Après entente avec les représentants de la communauté, le travail a été réalisé par le Service de l’environnement d’Opitciwan.

La communauté d’Opitciwan est située sur la rive nord du réservoir Gouin, dans le Haut-Saint-Maurice, à 143 kilomètres au sud de Chibougamau, à peu près à mi-chemin entre la plaine du Lac Saint-Jean et la région de l’Abitibi. Opitciwan s’étend sur un territoire d’un peu plus de 9 kilomètres carrés. Elle s’étend sur 773 hectares. La population sur communauté est d’environ 2000 personnes. Les principales langues parlées sont l’atikamekw et le français.

La communauté d’Opitciwan est située à la limite nord de la sapinière à bouleau blanc, dans un secteur où l’épinette noire prend de plus en plus d’importance. L’industrie forestière est omniprésente depuis le début du XXesiècle. Le relief ondulé a vu son hydrologie complètement bouleversée avec la mise en eau du vaste réservoir Gouin en 1918.

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Résultats de l’entrevue

La présence du caribou dans la région d’Opitciwan remonte à loin pour les deux aînés interviewés dans le cadre du projet. Les rencontres avec le caribou, qu’ils nomment Atikw en Atikamekw, ont eu lieu lorsque les aînés pratiquaient leur vie semi-nomade. Cela fait au moins 60 ans que le caribou n’est plus observé dans le secteur d’Opitciwan.

La chasse au caribou était reliée aux modes de vie des Atikamekw et ceux-ci devaient se déplacer en fonction de la migration du caribou. Une légende intéressante indique que le caribou et l’orignal se sont parlés dans le passé. L’orignal aurait mentionné au caribou qu’il pouvait s’en aller, car celui-ci (l’orignal) allait maintenant nourrir les Atikamekw.  Les caribous auraient contribué à la survie des Atikamekw dans le passé.

Le caribou se tenait partout autour du réservoir Gouin. Les Innus utilisaient le caribou comme nourriture mais également pour faire des vêtements (peau) et des outils (os). Les Atikamekw chassaient le caribou surtout l’hiver.

Les caribous s’observaient principalement dans la forêt (parmi les épinettes noires et les sapins baumiers), là où se trouve du lichen arboricole et terrestre, et dans les tourbières que l’on retrouvait en grandes quantités dans le passé.

Il y aurait eu quatre hardes de caribous sur le territoire et ceux-ci n’étaient pas craintifs. L’orignal n’était pas présent à cette époque. C’est le contraire maintenant. Ils mentionnent également que, plus l’orignal s’installait sur le territoire, plus le caribou disparaissait.

Les coupes forestières seraient la raison principale de la disparition des caribous dans la région. La construction du chemin de fer dans la région et de barrages ainsi que la présence accrue de l’humain ont accentué la disparition du caribou. L’arrivée de l’orignal, et surtout l’augmentation de ses prédateurs naturels (le loup et l’ours), ont également eu un impact sur le caribou. Enfin, la pression de chasse des non-Autochtones et la perte de la vieille forêt de résineux (en raison de l’exploitation forestière), et conséquemment le changement d’habitat, ont eu une influence négative sur le caribou.

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Fiche synthèse de l’entrevue
Première Nation :
Atikamekw
Communauté :
Opitciwan
Nom des répondants :
-
Date de l’entrevue :
Août 2010 réalisée par Sébastien Bolté du Service de l’environnement d’Opitciwan.
Langue utilisée lors de l’entrevue :
Atikamekw
Présence d’un taducteur :
Oui
Un formulaire de consentement a été signé par les participantsNote de bas de page2:
Non
Tableau 15 : Formulaire de Consentement
Renseignement général-
Expérience sur le territoireImportante et continue
Période de présence sur le territoireÀ l’année
Langue autochtoneOui, l’atikamekw
Connaissances sur le caribouTrès peu.  Elle vient de la pratique de leur vie traditionnelle dans leurs jeunes enfances. La connaissance vient aussi de la transmission orale.
Chasser le caribou-
Importance du caribou-
Cartographie-
Zones de présence du caribouOui, aux alentours du réservoir Gouin.
Zones à protéger pour le caribou-
Divers troupeaux (différenciation)Atikw
Habitat du caribou-
Type de planteLichen arboricole et terrestre.
Saisons-
Tendances des populations-
Changements identifiés (jeunes)-
Menaces-
Changement d’habitatEn lien avec la foresterie intensive dans le secteur, la construction de barrages et le chemin de fer.  Perte de la vieille forêt de résineux. 
PrédationL’augmentation des ours et des loups lors de l’arrivée de l’orignal.
Parasites, maladies-
Chasse excessivePression par les non-autochtones
Collisions avec véhicules-
Perturbation par le bruit et la lumière-
Changements climatiques-
Autres-
Pratiques traditionnelles-
Savoir-faire-
Histoires et règles-
Ajout d’informations-

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Photos

Aucune photo de l’événement.

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Cartes

Annexe 1

Figure 15a : Territoires famililaux Opitchwan

Territoires famililaux Opitchwan.

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Annexe 2

Figure 15b : Territoires famililaux Opitchwan

  Territoires famililaux Opitchwan.

Analyse generale pour la Nation Atikamekw

Notre compréhension et notre analyse préliminaire concernant la Nation Atikamekw confirment que le caribou est une espèce en voie de disparition dans ce secteur. Peu d’informations récentes sont disponibles car les aînés qui ont été témoins de la présence ou qui ont vu ces caribous sont rares. Les observations sont pauvres en détails et permettent difficilement de faire de grands constats concernant les types d’habitats, surtout en rapport avec la nourriture que le caribou utilise.

Par contre, il est interessant de constater que le respect que le chasseur doit avoir pour l’animal tué (dans le cas des Atikamekw, on parle de l’orignal) demeure un point important que nous avons retrouvé lors des entrevues.

II est également important de noter que la présence du caribou est souhaitable dans cette région et que cette possibilite devrait se combiner étroitement avec de la sensibilisation des pratiques exemplaires (règles) de chasse par la nouvelle generation a mettre en place.

La multiplication des activites industrielles (barrages, foresterie, etc.) dans la region ne vient pas favoriser cette possibilité.

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Note de bas de page - Partie 1

Note de bas de page 1

À noter que M. Gros-Louis ne travaille plus pour l'Institut de développement durable des Premières Nations du Québec et du Labrador depuis le mois de juillet 2010.

Retour à la référence de la note de bas de page 1

Note de bas de page 2

Enregistrement vocal confirmant le consentement

Retour à la référence de la note de bas de page 2


Bureau du Nionwentsïo, Conseil de la Nation huronne-wendat : Collecte de connaissances traditionnelles sur le caribou forestier.

Information sur le document

Symbole du Conseil de la Nation Huronne-Wendat.
Conseil de la Nation huronne-Wendat

Symbole du Bureau du Nionwentsïo.

Document préparé par le Bureau du Nionwentsïo

Pour Environnement Canada Région de Québec

Le 31 mars 2010

Résumé :

Le Service canadien de la Faune (SCF) d’Environnement Canada a entrepris un vaste projet de récolte de connaissances écologiques traditionnelles (CET) chez les Premières Nations à travers l’ensemble de l’aire de répartition du caribou forestier afin d’utiliser ces données dans le cadre du programme national de rétablissement du caribou boréal.

À cet effet, le SCF a établi, avec les Premières Nations, des ententes sur les CET menant à des projets de récolte d’informations de la part de personnes ayant des connaissances sur cette espèce.

La Nation huronne-wendat occupe son territoire, le NIONWENTSÏO, depuis des temps immémoriaux. La Nation a été en mesure de voir la diminution graduelle et la disparition du caribou sur son territoire.

La Nation huronne-wendat s’est fait évincer de son territoire par les autorités gouvernementales alors qu’elle bénéficiait du Traité Huron-Britannique de 1760 lui garantissant de pouvoir occuper, utiliser son territoire et faire du commerce. Leur éviction s’est faite au profit de clubs de chasse et de pêche ainsi que pour la création de ce qui fut nommé le « Parc national des Laurentides ». Lors de la création de ce parc, les Hurons chassaient le caribou et avaient accumulé des connaissances précises sur l’espace. Avant l’avénement des coupes forestières, la disponibilité d’habitat et l’état inaccessible du territoire permettaient au caribou d’être présent et de s’y développer. On pourrait faire ainsi un lien direct entre le non respect des droits de la Nation et la disparition de l’espace.

La société huronne-wendat a souffert d’une rupture importante de ses activités traditionnelles lui permettant de perpétuer ses connaissances et sa culture. Cependant, en dépit de restrictions importantes, de poursuites judiciaires, d’arrestations et d’emprisonnements, plusieurs activités ont quand même perdurées permettant de conserver certaines connaissances ou du moins de relater ces connaissances.

Par ailleurs, plusieurs membres de la Nation ont pu œuvrer comme guide de chasse et de pêche dans des clubs sélects ou le caribou fut récolté.

Les CET, même si elles sont individuelles, se rattachent aux droits collectifs de la Nation. Il importe donc que ces connaissances soient utilisées dans un cadre qui permettra à la Nation de les mettre en contexte et de protéger les droits qui s’y rattachent. À cet effet, l’usage des CET devrait être facilité par un processus d’échanges de politiques de gestion de l’espace. Un support reste primordial afin que la Nation huronne-wendat puisse travailler de pair avec les instances gouvernementales.

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1. Le mandat

Suite aux discussions, l’objectif du présent projet était :

  • de développer un questionnaire d’entrevue qui rencontre également les objectifs d’EC afin de développer un programme de rétablissement du caribou boréal ;
  • de rencontrer plusieurs représentants de la communauté susceptibles de détenir des connaissances écologiques traditionnelles ou des connaissances écologiques sur le caribou boréal;
  • de dégager des tendances ou explications à partir des CET sur l’évolution passée, présente et future du caribou boréal.

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2. Le questionnaire

Le questionnaire (fig 1) résulte de plusieurs discussions et analyses de travaux d’EC préalables et de travaux similaires afin d’arriver à une approche qui favorisera des discussions avec des informateurs hurons-wendat.

Ce questionnaire fut utilisé comme guide dans plusieurs entrevues téléphoniques et rencontres avec des informateurs de la Nation.

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3. La portée des CET

Les CET expriment beaucoup plus que des connaissances d’individus. Elles illustrent un apprentissage sur l’animal et son comportement ainsi que des capacités de gestion. Elles expriment une vision des droits collectifs par le partage de ces connaissances et des valeurs qu’elles traduisent.

L’utilisation des CET exige donc un usage compatible avec leur portée et en vertu de leurs limites et objectifs que ces CETreprésentent.

Il importe donc d’ptablir un cadre d’utilisation de ces CETqui, même si elles sont détenues individuellement, appartiennent également à l’ensemble de la Nation huronne-wendat en vertu des droits collectifs qu’elles expriment.

Figure 1 : Schéma d'entrevue semi dirigé sur le caribou boreal

La description longe de la figure 1 fournissait ci-dessous

Description longue pour la figure 1

La figure 1 est une enquête concernant le caribou des bois . Les détails sont comme suit :

Collecte des connaissances traditionnelles sur le caribou des bois (population boréale) auprès des communautés autochtones du Québec (Communauté de Wendake, Nation huronne-wendat)

Question 1 : Identification de l'informateur

  • Nom
  • Âge
  • Combien de jours par année fréquentez - vous le Nionwentsïo?
  • Quelle est la période où vous préférez occuper le territoire?
  • Quelles sont les activités que vous exercez sur le territoire?

Question 2: Le caribou autrefois : localisation cartographique

  • Quels types d'activités que vous exerciez sur le t erritoire lorsque vous étiez plus jeunes
  • Quel est votre point de vue sur l'importance du caribou des bois (Veuillez indiquer votre classement et expliquer votre choix).
    • Très élevé
    • Élevé
    • Moyen Bas
    • Très bas
  • Veuillez expliquer :
  • V os parents vous ont-ils déjà parlé du caribou de la réserve faunique des Laurentides (parc des Laurentides)?
  • Vous ont-ils parlé qu'il y avait du caribou ailleurs sur le Nionwentsïo?
  • Selon vous, quels sont les facteurs ayant influencé le déclin de la population de caribou?

Question 3: Identification de la population locale requise

  • Avez-vous déjà vu des caribous dans votre jeunesse? Si oui, dans quel secteur?
  • Dans quel type de forêt se trouvaient ces caribous ( vieille forêt, forêt jeune, dans une coupe)?
  • Selon vous, est-ce que le caribou utilise les mêmes secteurs au fil des saisons?

Question 4: La vision de la N ation

  • Comment aimeriez-vous voir la situation du caribou dans l'avenir ?
  • Quelle importance accordez-vous au caribou par rapport à l'orignal?
  • Étant donné que la protection des caribous serait un des facteurs qui pourrai t être nuisible pour l'habitat de l'orignal, croyez-vous qu'il serait approprié de favoriser une des deux espèces au détriment de l'autre?

 

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4. Informateurs rencontrés et résultats obtenus

La population originale de caribou forestier est disparue du NIONWENTSÏO depuis plus de deux générations. Rappelons que cette disparition s’est effectuée dans le contexte d’une restriction drastique de la réglementation non autochtone quant à l’accès au territoire et à l’exploitation de ses ressources. À cet égard, les lois sur la chasse et la pêche, le développement de nombreux clubs privés à partir des années 1880 et la création du Parc national des Laurentides  en 1895 ont porté un dur coup au mode de vie de nombreuses familles huronnes-wendat, dont l’économie était basée sur l’exploitation des ressources halieutiques et fauniques telles le caribou. L’accès au territoire étant interdit, les gens de la Nation ne pouvaient exercer leurs activités traditionnelles qu’en « clandestinité », ce qui mena inévitablement, dans la première moitié du 20ème siècle, à une décroissance du nombre de Hurons-Wendat fréquentant régulièrement le NIONWENTSÏO.

Il était en conséquence peu probable, dans le cadre de cette enquête, d’obtenir des informations exhaustives de la part de Hurons-Wendat qui auraient, de leur vivant, récolté du caribou forestier ou encore mis en pratique des CET concernant cet animal et sa gestion. Cependant, il était à prime abord plausible de penser que certains aînés se souvenaient toujours de discussions, de contes et d’apprentissages concernant la population originale de caribou forestier qui leur auraient été transmis par les générations précédentes. Ce sont ces informateurs qui ont été ciblés par la démarche. Ainsi, les professionnels du Bureau du Nionwentsïo, où un programme a été mis en place afin de recueillir les informations sur les activités traditionnelles huronnes-wendat, ont été en mesure de rencontrer huit aînés et membres de la communauté afin de leur administrer le questionnaire. Ces aînés proviennent des familles huronnes-wendat […], […], […] et […]] et ils ont été sélectionnés sur la base de leur connaissance du territoire, des pratiques et des coutumes de la communauté. De plus, deux rencontres de groupe ont été tenues dans le cadre de ce projet.

Compte-tenu du contexte et de l’historique spécifique du NIONWENTSÏO, tel qu’énoncé plus haut, nous avons confirmé avec ces rencontres que les aînés pouvaient difficilement fournir l’information relativement à plusieurs aspects du questionnaire. La plupart d’entre eux ont cependant conservé le souvenir de cette espèce qui était autrefois présente dans le territoire des Hurons-Wendat et pouvaient confirmer que leurs parents, grands-parents ou d’autres aînés plus âgés leur en avaient effectivement parlé.

L’un des aînés en question, membre de la famille […], a demeuré longtemps avec ses proches, dans sa jeunesse, sur le territoire octroyé au fameux « Triton Fish & Game Club ». Durant ces années, il a eu l’occasion de piéger, de chasser et de pêcher dans cette région du NIONWENTSÏO en compagnie de son père et de son frère aîné. C’est lors de ces années qu’il s’est fait transmettre par son père les pratiques huronnes-wendat et les connaissances relativement à ce territoire. Monsieur […] se souvenait, lors de notre rencontre, que son père lui avait alors parlé du caribou que l’on trouvait autrefois dans les territoires de chasse des Hurons-Wendat. Il souligne qu’il s’agissait de « gros caribous » et que la population était, semble-t-il, relativement abondante. Monsieur […]affirme également que ce caribou original était distinct des « caribous du Nord » et le compare aux « (…) caribous qu’il y a aujourd’hui en Gaspésie ».

Un des aînés rencontrés, membre de la famille […], nous soulignait également le fait que son père, un ancien chasseur et guide huron-wendat aujourd’hui décédé, lui avait transmis le fait qu’il se trouvait auparavant du caribou au sein du territoire de la Nation. Monsieur […]précisait même qu’autrefois, c’est-à-dire dans la seconde moitié du 19ème siècle, les Hurons-Wendat ne chassaient pas à outrance ce gros gibier, bien que le caribou faisait partie intégrante du « garde-manger » des anciens. Les gens de la Nation prélevaient effectivement cet animal mais de façon moins intensive que certains animaux à fourrure tels le castor et la martre d’Amérique.

Un autre aîné de la famille […] a clairement identifié la population originale de caribou forestier comme une ressource qui fournissait autrefois le cuir nécessaire à la fabrication des vêtements, comme l’indique cette transcription d’un extrait de l’entrevue :

Question de l’intervieweur :

« De quelle façon les anciens trappeurs hurons-wendat étaient-ils vêtus ? »

Réponse de l’aîné huron-wendat :

« Ils étaient vêtus à peu près comme les gens de l’époque ; c’était des culottes d’étoffe, c’était des mocassins faits avec du cuir de vache, ou si ils avaient été chanceux et qu’il se tuait de l’orignal, ben ils pleumaient l’orignal et ils se faisaient des vêtements, ils se faisaient des mitaines, j’ai même vu des culottes en peau d’orignal qu’ils avaient, parce que dans notre coin où est-ce qu’on allait, c’était surtout çà de l’orignal qu’il y avait. Les premières années, dans l’ancien temps, il y avait encore du caribou aussi dans le Parc des Laurentides parce que je me rappelle que les vieux m’en ont parlé ; le cuir du caribou c’était un très bon cuir pour se faire différents vêtements. »

Monsieur […]racontait également, parmi ses souvenirs de jeunesse, que son père avait une patte de caribou dans son hangar à canots à sa résidence de Wendake. Selon monsieur […], nul doute que ce caribou provenait du territoire huron-wendat et non de régions nordiques éloignées. Il s’agissait donc vraisemblablement d’une patte d’un caribou forestier qui avait auparavant été récolté par le père de monsieur […] ou d’autres Hurons-Wendat.

Dans le même ordre d’idées, un aîné de la famille […] qui a fréquenté longtemps le « Club Saint-Vincent », situé dans le bassin de la rivière Jacques-Cartier près du village de Tewkesbury, nous affirmait se souvenir que les têtes de caribou exhibées dans plusieurs anciens camps du club provenaient assurément de la population originale de caribou forestier qui se trouvait autrefois dans cette région.

Un autre aîné de la famille […], lors de notre rencontre, nous a apporté davantage de détails concernant la population originale de caribou forestier. Ce sont ses grands-pères paternel et maternel qui lui ont transmis ces informations concernant notamment des lieux de chasse spécifiques qui étaient privilégiés par les anciens chasseurs hurons-wendat. A cet égard, cet aîné de la communauté a identifié les régions de trois grands plans d’eau : 1) le lac Jacques-Cartier, dans le bassin hydrographique de la rivière Jacques-Cartier ; 2) le lac Trois-Caribous, dans le bassin de la rivière Batiscan ; 3) le lac des Neiges, dans le bassin de la rivière Montmorency, incluant la rivière des Neiges. Ainsi, dans ces trois régions, les Hurons-Wendat avaient autrefois l’habitude d’abattre les caribous nécessaires à la subsistance de la collectivité.

Selon ce même aîné et ses grands-pères, les Hurons-Wendat chassaient surtout le caribou forestier au printemps. Ce fait s’explique en raison de la qualité supérieure de la viande à ce moment de l’année : « La viande était alors plus grasse, parce que les caribous sortaient de leurs pâturages, ils avaient moins couru, ils avaient mangé tout l’hiver. ». Ces pâturages correspondent ici aux milieux ouverts où l’on trouvait de la « mousse à caribou ». Concernant le comportement particulier du caribou forestier, cet aîné nous mentionnait que cet animal mangeait aussi beaucoup la « mousse noire » que l’on trouve sur les parties inférieures des conifères.

Cet aîné de la famille […] nous a également partagé des informations fort intéressantes au plan des déplacements saisonniers que la population originale de caribou forestier effectuait au sein du NIONWENTSÏO. En effet, ses grands-pères lui avaient spécifié que les caribous, à l’époque, se déplaçaient entre la région générale située au nord de la ville actuelle de Saint-Raymond, dans la portion ouest du NIONWENTSÏO, et la région située au nord de la ville de La Malbaie, dans la portion est du territoire des Hurons-Wendat.

Nous avons demandé à cet aîné des précisions sur les moments de l’année où se trouvaient les caribous par rapport à ses déplacements au sein du territoire : selon les informations qu’il a auparavant obtenues des anciens Hurons-Wendat, il semble bien que l’espèce était davantage localisée au nord de La Malbaie lors de la saison hivernale. Selon son témoignage, puisque les Hurons-Wendat récoltaient surtout cette espèce le printemps, il semble donc que les lieux de chasse au caribou privilégiés par les gens de la Nation étaient autrefois davantage localisés dans l’actuelle région de Charlevoix. Cela n’exclut évidemment pas la récolte passée de caribous dans la portion ouest du NIONWENTSÏO, tel que nous le verrons d’ailleurs dans un rapport subséquent, mais il ressort de cette tradition orale toute l’importance des grands plateaux en haute altitude dans la portion est pour la chasse de cet animal en particulier.

Par ailleurs, ce même aîné de la famille […] a partagé avec nous une interprétation huronne-wendat du déclin du caribou forestier original dans le NIONWENTSÏO. L’un de ses grands-pères lui a effectivement souligné, à cet égard, l’importance du facteur de l’exploitation abusive par les non-autochtones, particulièrement ceux de la région de Charlevoix, incluant les villes actuelles de Baie Saint-Paul et La Malbaie. Ces gens auraient chassé à outrance ces animaux qui étaient présents dans la région en saison hivernale tel que mentionné plus haut. La chasse étant plus facile en présence d’un couvert de neige, les impacts de cette surexploitation auraient été dévastateurs selon cet aîné de la communauté.

Par ailleurs, notons qu’il est tout à fait possible que d’autres aînés hurons-wendat disposent d’informations concernant la population originale de caribou forestier. Notre enquête n’est bien entendu pas exhaustive, huit aînés ayant été rencontrés dans le cadre du projet.

Les informateurs hurons-wendat ont tous été en mesure de fournir l’information pertinente relativement à la vision de la Nation à l’égard du caribou forestier, tel que spécifié dans le questionnaire. Ces préoccupations sont regroupées et résumées au point 5 du présent rapport. Mentionnons ici que les informateurs rencontrés ont tous soulevé la nécessité d’établir une politique quant au mode d’implication de la Nation dans la gestion du caribou forestier. À cet effet, un membre de la Nation fut assigné à siéger au sein de l’équipe provinciale du comité de rétablissement du caribou forestier afin de s’assurer que la communauté participe en tant que Nation à la co­gestion de cette espèce.

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5. Rencontre de groupe

Deux rencontres de groupe furent organisées au cours desquelles la question du caribou forestier fut abordée.

Questions discutées :

  • Est-ce qu’en vertu des droits des Hurons, un membre peut récolter un caribou forestier ?
  • Compte tenu qu’actuellement la récolte traditionnelle de gros gibiers est orientée vers l’orignal, l’habitat de quel animal (caribou ou orignal) devrait être préservé en priorité ?
  • De quels outils la Nation huronne-wendat doit-elle se prémunir afin de s’assurer de préserver le caribou forestier tout en protégeant ses droits ?
  • Quelle considération doit-on donner à la population présente compte tenu qu’elle a été introduite et qu’elle est donc, différente de la population présente initialement ?
  • Pourquoi faire tant d’efforts pour préserver cette espèce quand l’habitat est si dégradé ?

Résultat des discussions :

  • Les Hurons-Wendat n’ont jamais exercé une très forte pression de chasse sur le caribou forestier, bien qu’il s’agissait dans les siècles passés d’une ressource faunique fondamentale dans le mode de vie et les pratiques économiques de la communauté ;
  • Le loup a pu jouer un rôle dans le passé et encore aujourd’hui ;
  • Il n’y a pas d’incompatibilité entre la protection de l’habitat du caribou et la protection de l’habitat de l’orignal ;
  • La population réintroduite de caribou forestier doit être protégée, bien qu’elle doive être distinguée de la population originale ;
  • Il est nécessaire que la Nation huronne-wendat se dote d’une politique de gestion du caribou forestier en vertu notamment des droits de gestion de la communauté ;

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6. Seigneurie du Triton (Ref. Site internet, Seigneurie du Triton)

La Seigneurie du Triton est située à une dizaine de kilomètres à l’est de la localité de Lac-Édouard. Plusieurs bâtiments dans les limites du NIONWENTSÏO ont été érigés entre 1893 et 1897. Durant les années 1870, alors que l’on construisait le chemin de fer reliant Québec et la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, le territoire,  aujourd’hui occupé par la Seigneurie du Triton, était fréquenté uniquement par des Autochtones. À l’origine, le «Triton Fish & Game Club»  fut fondé en 1893. Après la Deuxième Grande Guerre, le club employait près de 500 personnes, dont plusieurs Amérindiens (Montagnais et Hurons-Wendat). Des descendants des anciens employés du Triton vivent encore et peuvent partager des données quantitatives concernant des récoltes antérieures de caribou lors de cette période. Le tableau 1 présente des statistiques fournies par un membre de la Nation sur la récolte de gros gibiers dont le caribou et illustrant la fin de la récolte du caribou sur ce club.

On pourra noter que la diminution de la récolte de caribou a été suivie par une augmentation de la récolte d’orignal. On ne peut statuer sur les raisons du déclin ou du lien entre l’orignal et le caribou mais le fait reste intrigant surtout qu’à l’époque, l’habitat dans cette région n’avait pas subi de perturbation importante.

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7. Problématiques de gestion

Le caribou forestier est une espèce qui se déplace sur le territoire. La fragmentation de son habitat peut donc avoir des conséquences importantes sur l’espèce.

L’habitat critique est associé à la disponibilité de vieilles sapinières où l’on retrouve le lichen arboricole. Ce territoire présente les plus importantes précipitations de neige au Québec et le lichen terrestre est peu disponible en milieu forestier lorsque la neige est abondante.

L’avènement de coupes forestières intensives et l’aménagement de certains types de voierie causent la fragmentation de l’habitat de l’espèce.

L’approche écosystémique incluant la disponibilité de vieilles forêts est un élément déterminant de la protection de l’habitat du caribou. La gestion de l’habitat de l’orignal et du caribou doit être arrimée afin de répondre aux besoins des deux espèces. Par ailleurs, la disparition du caribou s’est produite simultanément avec l’augmentation de la population d’orignal. Il importe de pouvoir expliquer les raisons de ce lien s’il y a lieu, par exemple, le changement de l’habitat, l’incompatibilité des espèces, et les effets de parasites ou autres.

L’habitat du caribou forestier est particulièrement affecté par l’industrie forestière et autres perturbations naturelles dont la TBE (tordeuse du bourgeon de l’épinette). La restauration de l’habitat est difficilement conciliable avec les demandes de l’industrie forestière.

La Nation entend s’assurer que chaque portion du territoire ait tous les attributs écosystémiques offrant une qualité de biodiversité représentante du potentiel du milieu. Il importe que le processus de restauration assure une connectivité des habitats en reconstruction.

Tableau 1 : Récolte de gros gibiers; Triton Fish & Game Club, 1910 à 1923
AnéeCaribouOriginalChevreuilOurs
19089801
19109311
1911121400
191231500
191452101
191542000
191631500
191701800
191831100
191911710
192011402
192211400
192301500

Note : des caribous ont été observés au Triton en 1941
Source : Données fournies par la famille [...]

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8. Conclusion et recommandations

Connaissances écologiques traditionnelles :

  • La Nation huronne-wendat dispose de connaissances liées à son usage du territoire et aux connaissances des ancêtres sur la gestion du caribou ;
  • Beaucoup d’informations résident dans la documentation inhérente aux entrevues qui ont eu lieu et aux documents d’archives de la Nation. Extirper l’information pertinente demande des efforts importants en temps et en capacités d’interprétation ;
  • L’utilisation de ces connaissances doit s’arrimer avec le processus de gestion du territoire et des ressources de la Nation ;
  • Dans le passé, la chasse au caribou était une activité importante bien que le nombre de caribous prélevés n’était pas nécessairement important;
  • Les Hurons-Wendat confirment leur droit de chasse sur leur territoire. Cependant, ils confirment également leur droit de réserve en ce qui a trait à la récolte de caribou ;
  • Il importe de pouvoir préserver le caribou forestier pour les générations futures ;
  • Si les droits de la Nation avaient été respectés en premier lieu, on ne se retrouverait pas dans cette situation aujourd’hui ;
  • Il ne semble pas y avoir d’incompatibilité entre la préservation de l’habitat du caribou et la préservation de l’habitat de l’orignal ;
  • L’approche écosystémique, telle qu’envisagée par la Nation, notamment l’application des seuils minimaux d’intégrité écologique devrait être favorisée sur le territoire ;
  • La Nation huronne-wendat tient à être impliquée dans tout le processus de gestion du caribou boréal sur son territoire y compris pour le programme national de rétablissement et la présence d’un représentant de la Nation sur l’équipe provinciale de rétablissement. (Note : il importe que ce représentant ait le financement nécessaire pour participer à ce processus ainsi que pour réaliser les consultations auprès de la Nation) ;
  • La protection des droits de la Nation est une priorité pour la Nation et un devoir fiduciaire de la Couronne fédérale. Il importe de conjuguer les efforts afin de remplir ces deux responsabilités.

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Annexe 1

Tableau 2 : Fiche synthèse des entrevues
Lieu de la rencontre :
Date :Heure :
Durée :
Personnes qui réalisent l’entrevue :
Nom :Organisme :
Nom :Organisme :
Observateurs :
Participants :
Nom :
Âge :
Autres détails :
Nom :Organisme :
Âge:
Autres détails :
Langue utilisé lors de l’entrevue :
Présence d’un traducteur : Oui    Non Si oui, indiquer le nom:
Un formulaire de consentement a été signé par les participants: Oui   Non
Remarques

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Annexe 2

Extrait de la stratégie que le Bureau du Nionwentsïo voudrait adopter pour le programme d’espèces en péril d’ici le 31 mars 2010

But poursuivi

Le but poursuivi par l’entremise de ce programme est de se donner des outils et obtenir le maximum d’informations possibles afin de protéger le territoire du Nionwentsio. Ce programme sert entre autre à sensibiliser les utilisateurs du territoire sur les espèces qui sont susceptibles d’être en péril. De plus, nous voulons donner une plus grande importance à la protection de toutes les espèces du territoire. Nous espérons également démontrer la fragilité de ces ressources et le fait que si elles sont bien gérées, le territoire pourra encore être utilisé par plusieurs générations de notre Nation. Le facteur le plus important que ce programme offre, est, à notre sens, de se servir de certaines espèces pour améliorer la protection de l’intégrité du Nionwentsïo.

Certaines pratiques douteuses des compagnies forestières et du MRNFmenacent les droits, les activités et les intérêts de la Nation. Ceci est souvent le résultat qui découle de la détérioration globale du territoire. De ce fait, en plus d’appliquer le processus d’harmonisation forestière, on peut renforcir nos modalités de protection en utilisant certaines espèces fauniques menacées qui sont présentes sur le territoire.

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Stratégie de protection

Caribou forestier : Le caribou boréal est l’espèce de l’heure traitée par les différents intervenants sur le territoire. Nous, la population qui nous intéresse est la population de la réserve faunique des Laurentides.  Cette population s’est stabilisée autours de 75 individus (pas besoin de signifier l’importance de protéger cette espèce). Afin d’en savoir plus sur les programme de rétablissement qui seront entrepris par les autres intervenants sur le territoire, un représentant de la Nation huronne-wendat est présent lors de rencontres de l’équipe de rétablissement du caribou boréal à l’échelle provinciale.

Cette espèce à besoin de forêt mature pour survivre en hiver puisque ces peuplements présents sont sa source de nourriture principale en cette période de l’année. Pour les compagnies forestières, ce sont les peuplements visés pour les opérations forestières. Lors des travaux de recherche sur l’approche écosystémique, le portrait de la forêt de certains secteurs illustre que les seuils minimaux des forêts matures sont inquiétants. Cela affecte également plusieurs espèces fauniques qui bénéficient de cette strate de forêt. La structure forestière n’est plus ce qu’elle devrait être pour être « en santé ».

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Annexe 3

Collecte des connaissances traditionnelles sur le caribou des bois (population boréale)

Produits livrables

  • Réaliser les entrevues avec les répondants (aînés) ;
  • Produire un rapport synthèse des connaissances traditionnelles autochtones sur le caribou boréal. Ce rapport devra comprendre :
    • 1. Une synthèse de l’information recueillie dans la communauté ;
    • 2. Des cartes présentant une synthèse de l’information recueillie lors des entretiens ;
    • 3. Six exemplaires des rapports finaux en français (en format papier) ainsi qu’une copie du rapport en format Word ou PDF.

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Contexte

La Loi sur les espèces en péril du gouvernement fédéral (LEP) exige l’élaboration et la mise en place d’un programme de rétablissement pour toute espèce menacée, dont le caribou des bois (population boréale), ci­après appelé «caribou boréal». La LEPreconnaît que les connaissances traditionnelles des peuples autochtones doivent être prises en compte dans l’élaboration et la mise en œuvre des programmes de rétablissement et l’identification de l’habitat essentiel. Le caribou boréal est présent sur les territoires actuels et ancestraux de plusieurs communautés autochtones au Québec. Ces communautés doivent être rencontrées afin de recueillir les connaissances traditionnelles qui touchent le caribou boréal. Des représentants d’Environnement Canada se sont informés, auprès des communautés visées, sur la manière dont elles souhaitaient collaborer à la cueillette des connaissances traditionnelles autochtones sur le caribou boréal. La Nation huronne-wendat de Wendake a signalé son désir de réaliser ce projet de façon autonome. Cette nation a la capacité et l’expertise pour mener à terme de tels projets. 

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Objectif

L’objectif de ce mandat est donc de recueillir les connaissances traditionnelles autochtones sur le caribou boréal et son habitat auprès de la communauté autochtone de Wendake.

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Les travaux

Le mandat a deux volets :

  • Dans un premier temps l’organisme mandaté doit réaliser les entrevues avec les répondants (aînés) de la communauté ;

  • Dans un deuxième temps, il doit produire un rapport synthèse qui dresse un bilan des connaissances traditionnelles autochtones sur le caribou boréal et son habitat recueillies auprès de la communauté.

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Propriété intellectuelle

La récolte des données respectera les principes de propriété, de contrôle, d’accès et de possession des Premières Nations. Les données demeurent la propriété des participants aux entrevues, de la communauté ainsi que de la nation. Ainsi, EC aura accès au rapport sur les connaissances traditionnelles autochtones concernant le caribou boréal pour informer le programme de rétablissement et l’identification de l’habitat essentiel du caribou boréal.

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Annexe 4

Le caribou forestier

Le caribou boréal (aussi appelé caribou forestier au Québec) a été inscrit comme espèce menacée en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du gouvernement fédéral en 2003. Cette loi exige la mise en place d’un programme de rétablissement pour toutes les espèces menacées. Environnement Canada élabore donc un programme national de rétablissement de la population boréale du caribou des bois (ci-après appelé «le caribou boréal»).

Un programme de rétablissement est un document de planification qui indique les mesures à prendre pour contrer ou renverser le déclin d’une espèce menacée. Le programme national de rétablissement du caribou boréal énoncera notamment les objectifs nationaux et décrira les activités de recherche et de gestion nécessaires en vue de contribuer au rétablissement de l’espèce. Il désignera aussi, dans la mesure du possible, l’habitat essentiel du caribou boréal permettant ainsi à tout gouvernement fédéral, provincial, territorial, nation autochtone ou à tout autre intervenant de prendre des mesures visant la protection de cet habitat. La LEP reconnaît l’importance des connaissances traditionnelles des peuples autochtones et indique qu’elles devraient être prises en compte dans l’élaboration et la mise en œuvre des programmes de rétablissement. Environnement Canada sollicite donc votre participation afin que les connaissances traditionnelles autochtones concernant le caribou boréal soient prises en compte de façon appropriée lors de l’élaboration du programme national de rétablissement, y compris lors de la désignation de l’habitat essentiel du caribou boréal. Le type de connaissances recherchées concerne notamment la taille et la tendance des populations locales, les changements observés dans l’aire de répartition, les zones d’habitats clés utilisées, les menaces et l’état de santé des populations.

L’élaboration concertée du programme national de rétablissement s’appuiera aussi sur les consultations à venir qui porteront sur des éléments clés du programme. Environnement Canada formera également trois groupes consultatifs qui orienteront les consultations et guideront l’élaboration du programme de rétablissement. L’un d’eux comptera des représentants des organisations autochtones. Environnement Canada prévoit que le programme de rétablissement du caribou boréal sera affiché au cours de l’été de 2011 dans le Registre public des espèces en péril pour une période de commentaires d’une durée de 60 jours.

Environnement Canada vous remercie pour votre collaboration et vos efforts pour la protection du caribou boréal.

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Annexe 5

Intégration des connaissances traditionnelles autochtones au programme national de rétablissement de la population boréale du caribou des bois

Version provisoire

Questionnaire sur le Caribou forestier 

Première approche d’utilisation d’un questionnaire pour les entrevues sur les connaissances traditionnelles autochtones en ce qui concerne la population boréale du caribou des bois (caribou boréal)

Liste de questions éventuelles
  • Rédaction du rapport/Renseignements généraux
    • Quel est votre nom? (si la personne souhaite le divulguer)
    • En quelle année êtes-vous né? (si la personne souhaite divulguer ce renseignement). Cette donnée servira à placer sur une échelle temporelle les renseignements que les personnes nous communiqueront sur le caribou boréal.
    • Dans quelle collectivité vivez-vous? Y avez-vous toujours vécu?
    • Combien de temps passez-vous sur le terrain chaque année? Quels sont habituellement les mois de fréquentation sur le terrain?
    • Quels sortes d’activités pratiquez-vous sur le terrain maintenant? Quelles sortes d’activités avez-vous pratiquées sur le terrain lorsque vous étiez plus jeune? Quand/comment/à quelle période de l’année rencontrez­vous/observez-vous généralement des caribous?
    • Dans votre langue, comment se désigne le caribou boréal?
    • Quelle est l’importance du caribou boréal pour vous et pour votre collectivité?
  • Exercice de cartographie
    • Pouvez-vous indiquer sur cette carte (carte à petite échelle de la région, incluant toute empreinte de développement majeure) :
      • Les zones :
        • où vous passez du temps sur le terrain à l’heure actuelle, et les zones où vous en passiez par le passé. Délimitez les zones que vous connaissez le mieux. Depuis combien de temps connaissez-vous ces zones?
        • où vous voyez des caribous maintenant et où vous en voyiez par le passé pendant l’hiver OU qui sont importantes pour le caribou pendant l’hiver;
        • où vous voyez des caribous maintenant et où vous en voyiez par le passé pendant l’été OU qui sont importantes pour le caribou pendant l’été;
        • où vous voyez des caribous maintenant et où vous en voyiez par le passé pendant la période de mise bas OU qui sont importantes pour le caribou pendant la période de mise bas;
        • qui ont été brûlées par un feu de forêt au cours des 50 dernières années;
        • qui ont été brûlées par un feu de forêt il y a plus de 50 ans;
        • que vous croyez les plus importantes à protéger pour le caribou boréal?
  • Limites de l’aire de distribution
    • Quels troupeaux ou populations ou « groupes de caribous » connaissez-vous dans votre région? Comment les différenciez-vous les uns des autres? S’il y a plus d’un troupeau, les troupeaux se mélangent-ils ou se chevauchent­ils? Pouvez-vous délimiter les aires de distribution des populations locales que vous connaissez?
    • Avez-vous déjà vu un caribou boréal à l’extérieur de l’aire de distribution connue ou cartographiée, montrée sur cette carte?
  • Utilisation de l'habitat
    • Quelles sont les sortes de plantes et d’éléments du terrain utilisées par le caribou boréal? Utilise-t-il différentes plantes et différents éléments du paysage à différents moments de l’année?
  • Tendances des populations
    • Le nombre de caribous boréaux dans votre région a-t-il changé au fil du temps?
    • a) Voyez-vous plus ou moins de caribous maintenant que lorsque vous étiez plus jeune?
    • b) En comparaison avec ce que vos parents ou vos grands-parents vous ont raconté, diriez-vous qu’il y a plus ou moins de caribous maintenant?
    • Avez-vous déjà pratiqué la chasse traditionnelle au caribou boréal? Dans l’affirmative, avez-vous changé vos pratiques de chasse à cause d’un déclin des populations de caribou boréal?
    • Chassez-vous encore le caribou boréal? Les caribous sont-ils plus faciles ou plus difficiles à chasser maintenant? Préférez-vous chasser d’autres espèces? Lesquelles et pourquoi?
    • Survie des jeunes (questions touchant une région donnée, selon les renseignements de l’examen scientifique)
    • Par exemple, plus faible que prévu (pour les régions où la survie des jeunes est plus faible que prévu selon l’ampleur des perturbations). La science occidentale a estimé qu’il n’y a pas beaucoup de jeunes, dans cette région, qui survivent jusqu’à l’âge de la reproduction. Êtes-vous d’accord? Pourquoi ou pourquoi pas?
    • Par exemple, plus élevé que prévu (pour les régions où la survie des jeunes est plus élevée que prévu selon l’ampleur des perturbations). La science occidentale a estimé que beaucoup de jeunes dans cette région survivent au moins jusqu’à l’âge de la reproduction. Êtes-vous d’accord? Pourquoi ou pourquoi pas?
    • Facteurs qui ont mené à un déclin ou à un accroissement des populations locales (menaces)
  • Habitat
    • Quels genres d’activités modifient ou détruisent l’habitat du caribou boréal dans votre région?
    • Depuis votre jeune âge, quels changements avez-vous observés sur le terrain qui peuvent avoir modifié la manière dont le caribou utilise le territoire?
  • Feux de forêt
    • Quelle est l’influence des feux de forêt sur l’utilisation du territoire par le caribou boréal?
    • Le caribou boréal retourne-t-il dans les zones brûlées? Dans l’affirmative, combien de temps attend-il avant d’y retourner? Que fait-il dans ces zones lorsqu’il y revient?
  • Industrie et développement
    • Avez-vous observé le caribou boréal en train d’utiliser ou d’éviter des zones qui avaient été altérées par l’activité industrielle ou le développement? Pouvez-vous donner des exemples précis?
  • Prédation
    • Dans votre région, y a-t-il plus de prédateurs, comme le loup, l’ours ou le lynx, maintenant que par le passé dans les zones où il y a des caribous boréaux?
    • Avez-vous vu des changements dans l’abondance des espèces de proies, comme le castor, le cerf, le bœuf musqué, le bison, l’orignal ou le caribou des toundras, dans les zones où se trouve le caribou boréal?
    • Certaines de ces espèces de proies sont-elles nouvelles dans votre région?
    • S’il y a un changement dans le nombre de prédateurs, croyez-vous que ces changements ont un effet sur le caribou boréal?
    • S’il y a un changement dans le nombre d’espèces de proies, croyez-vous que ces changements ont un effet sur le caribou boréal?
  • Parasites et maladies du caribou
    • Avez-vous vu des changements dans la santé des caribous dans votre région? Par exemple, l’état corporel, la taille, le comportement, les parasites ou une augmentation de la mortalité.
    • Selon vous, quelle est la cause de ces changements?
    • Avez-vous constaté un lien entre la santé des caribous et l’arrivée de nouvelles espèces?
  • Perturbation par le bruit et la lumière
    • Avez-vous observé que des perturbations par le bruit ou la lumière, causées par les avions, les motoneiges, les VTT ou l’industrie, nuisent au caribou boréal dans votre région?
    • Dans l’affirmative, de quelle manière ces perturbations touchent-elles le caribou?
    • Avez-vous remarqué des zones où ces perturbations causent plus de problèmes?
    • Avez-vous des suggestions sur la manière de régler cette question?
  • Chasse excessive
    • Le caribou boréal fait-il l’objet d’une chasse excessive dans votre région?
    • Y a-t-il eu des changements dans la pression de chasse exercée sur le caribou boréal dans votre région?
  • Collisions avec des véhicules
    • Selon votre expérience ou vos observations, se produit-il des collisions entre des caribous et des véhicules dans votre région?
    • Quelle est l’importance de ces collisions? Par exemple, combien de collisions surviennent et à quelle fréquence se produisent-elles?
    • Y a-t-il des zones particulières où les collisions avec des véhicules surviennent le plus? Dans l’affirmative, quelles sont ces zones?
    • Avez-vous des suggestions pour régler ce problème?
  • Changements climatiques
    • Avez-vous observé des changements liés au climat, comme l’état de la neige, la température ou les précipitations, dans votre région?
    • Dans l’affirmative, avez-vous remarqué si ces changements ont eu une influence sur le caribou boréal ou sur son habitat dans votre région? De quelle manière?
  • Menaces – observations générales
    • Selon votre expérience ou vos observations, y a-t-il d’autres facteurs qui influent négativement sur le caribou et dont nous n’avons pas encore discuté? Dans l’affirmative, quels sont-ils?
    • Lesquelles de ces menaces ont, selon vous, le plus d’impact sur le caribou boréal dans votre région?
    • Existe-t-il des mesures d’atténuation ou des solutions potentielles à ces menaces?
  • Autres observations ou pratiques avantageuses
    • Connaissez-vous des pratiques ou des activités de conservation que votre peuple ou d’autres utilisent maintenant ou ont utilisé par le passé pour conserver le caribou boréal?

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« Yenshenk » - Caribou

L’usage traditionnel et la connaissance du caribou forestier par les Hurons-Wendat entre le 17ème siècle et le 20ème siècle

Information sur le document

Figure 1 : Peinture illustrant un caribou boréal qui est chassé.

Symbole du Bureau du Nionwentsïo.

Rapport préparé par le Conseil de la Nation huronne-wendat

Symbole du Bureau du Nionwentsïo.

Remis à Environnement Canada
Service canadien de la faune

Avril 2010

Équipe de réalisation

Recherche, analyse et rédaction du rapport

Jean-François Richard
Anthropologue, M.A.

Transcriptions et références bibliographiques

Isabelle Lechasseur
Recherchiste

Marlène Ambroise
Enquêteuse

Cartographie

Marc-André Savard
Technicien de la faune

Recherches généalogiques

Stéphane Picard
Archiviste

Conseiller

Michel Mongeon
Géographe écologiste, conseiller en aménagement du territoire

© Conseil de la Nation huronne-wendat, 2010.

Page couverture : GALE, Dennis (1828-1903), Hunting Caribou, ca 1860, aquarelle rehaussée de blanc, 15.000 x 22.500, Bibliothèque et Archives Canada (BAC), W.H. Coverdale Collection of Canadiana, Acc. No. 1970-188-1961.

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Mandat

Le présent rapport découle d’un mandat de recherche octroyé le 21 octobre 2009 au Bureau du Nionwentsïo du Conseil de la Nation huronne-wendat par le Service canadien de la faune d’Environnement Canada. Le mandat a été l’objet d’un amendement le 31 mars 2010 afin d’ajouter la recherche historique et anthropologique à l’approche préconisée dans le cadre de la démarche. Il s’agissait essentiellement de prendre en compte les archives et la documentation historique afin de mieux comprendre les connaissances traditionnelles huronnes-wendat à l’égard du caribou forestier.

Plus spécifiquement, le mandat consistait, à partir de la documentation conservée par la Nation huronne-wendat, en les étapes suivantes :

  • Réaliser un inventaire des documents pertinents ;
  • Développer un protocole de recherche documentaire afin de faire ressortir les données pertinentes ;
  • Réaliser la récolte des données des documents sélectionnés ;
  • Présenter des résultats de cette recherche.

À la suite de recherches préliminaires dans les sources historiques, compte-tenu de la masse considérable d’informations concernant le caribou forestier du Nionwentsïo dans la documentation de la Nation, les professionnels du Bureau du Nionwentsïo ont convenu avec les responsables d’Environnement Canada de limiter le mandat, compte tenu des contraintes de temps, aux trois aspects suivants :

  1. L’usage d’autrefois ;
  2. L’habitat d’autrefois selon les lieux de chasse des Hurons-Wendat ;
  3. Les mouvements de population et les raisons du déclin du caribou.

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Introduction

Le Bureau du Nionwentsïo du Conseil de la Nation huronne-wendat dispose de beaucoup d’informations à l’égard de l’usage historique du caribou forestier par la Nation. Ce rapport de recherche ne présente qu’un aperçu de ces informations et une interprétation de leur portée sans toutefois se fonder sur une base empirique exhaustive compte tenu des contraintes de temps associées au mandat. Aussi, le Bureau du Nionwentsïo a colligé depuis plusieurs années, au fil des recherches historiques et anthropologiques sur la Nation, une masse considérable de données concernant différents aspects du caribou forestier dans le Nionwentsïo, et ce, depuis les origines jusqu’à aujourd’hui. Il va sans dire que ce corpus de données n’est pas mis à profit ici en raison de la nature du mandat. Toutes ces données concernant l’usage huron-wendat traditionnel ainsi que la population de caribou en elle-même pourraient éventuellement être mises en valeur et utilisées par la Nation huronne-wendat et Environnement Canada dans le cadre de projets futurs concernant le caribou forestier.

Dans le cadre du présent rapport, nous nous concentrerons essentiellement sur trois aspects de la relation historique entre la Nation huronne-wendat et le caribou forestier, chacun de ces aspects constituant une partie distincte :

  1. L’usage traditionnel du caribou forestier ;
  2. L’habitat d’autrefois selon les lieux de chasse des Hurons-Wendat ;
  3. Les interprétations huronnes-wendat des mouvements de population de caribou et des causes du déclin.

À titre informatif, la carte 1 présente les limites approximatives du Nionwentsïo, territoire traditionnel de la Nation huronne-wendat au Québec protégé par le Traité Huron-Britannique de 1760. Le terme Nionwentsïo, en langue huronne-wendat, signifie « Notre magnifique territoire » en langue française.

Carte 1 : Limites approximatives du Nionwentsïo

Carte-Limites approximatives du Nionwentsïo.

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1. L’usage traditionnel du caribou forestier

Dans cette première partie du rapport, nous examinerons d’abord sommairement quelle était la place du caribou forestier dans le mode de vie et l’économie de la Nation huronne­wendat. Il sera ensuite question des principaux usages hurons-wendat de cette espèce. Nous verrons comment le caribou constituait : 1) une source d’alimentation pour la Nation ; 2) une source de matière première pour la fabrication d’objets usuels et d’artisanat et 3) un support de développement économique pour la Nation par l’intermédiaire du travail de guide des Hurons-Wendat auprès des chasseurs sportifs.

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1.1 La place du caribou dans le mode de vie et l’économie des Hurons-Wendat

L’usage traditionnel du caribou forestier par les Hurons-Wendat est intimement lié aux transformations de l’économie de la Nation qui eurent cours au 17èmesiècle. En effet, les recherches récentes en anthropologie et en histoire ont démontré que depuis au moins 1650, la chasse et le piégeage des animaux à fourrure ont progressivement pris une plus grande place dans le mode de vie et l’économie de la Nation huronne-wendat. Conjuguées à d’autres formes d’exploitation des ressources du territoire forestier, tel la pêche où la récolte de végétaux, ces activités en sont venues à constituer le fondement de l’économie des Hurons-Wendat.

Les Hurons-Wendat ont historiquement exploité toutes les espèces de gros gibier présentes dans le Nionwentsïo : le caribou, l’orignal, l’ours noir et, plus récemment, le chevreuil ou cerf de Virginie. La chasse au gros gibier, incluant le caribou, était autrefois pratiquée à des moments bien précis de l’année et elle ne constituait qu’une partie du cycle économique qui caractérisait la Nation huronne-wendat au 18ème siècle et dans les premières décennies du 19ème siècle. Le père Louis Davaugour, missionnaire des Hurons-Wendat au début du 18ème siècle, l’avait clairement remarqué, tel que l’indiquent ses propos dans une lettre à son supérieur datée de 1710Note de bas de page 1.

Davaugour énumérait effectivement les diverses activités pratiquées par les gens de la Nation selon les saisons et les mois de l’année. Voyons donc sommairement les principales composantes de ce cycle pour mieux comprendre où se situe l’exploitation de la ressource caribou. Après la récolte des grains, à la fin de l’été, le missionnaire affirmait que les gens de la Nation orientaient plus spécifiquement leurs activités vers la chasse au castor. L’exploitation de cette espèce particulière, qui était recherchée à la fois pour sa viande et pour sa peau, couvrait une période de deux ou trois mois. À l’approche de la fête de la Toussaint, soit le 1er novembre, les Hurons-Wendat revenaient au village de Lorette – Wendake pour assister aux cérémonies religieuses. Ils retournaient aussitôt en forêt jusqu’au commencement du mois de décembre. Les chasseurs revenaient alors au village pour la fête de Saint François-Xavier, le 3 décembre, et pour célébrer l’Immaculée-Conception, le 8 décembreNote de bas de page2.

Hormis les cérémonies religieuses, les mois de décembre et de janvier étaient consacrés à des activités d’exploitation des ressources qui se déroulaient à relativement faible distance du village. Le père Davaugour référait à cet égard à la pêche sur la glace ainsi qu’à la chasse au petit gibier, notamment le lièvre et la perdrix. Pendant ces deux mois, les Hurons-Wendat revenaient généralement à leur foyer au village le soir venu, ne passant que rarement la nuit hors de la maison. Le père Davaugour précisait qu’au cours de cette période, si la rigueur du froid ou encore la pluie les retenaient à leurs demeures, ils employaient leur temps à la confection de « réseaux », c’est-à-dire des raquettes, qui leur servaient « […] à fouler impunément la neige, quand ils poursuivent les grands fauves à travers les bois ou sur les plaines couvertes d’une neige profonde. ». Le missionnaire référait ainsi explicitement à la pratique de la chasse au gros gibier, fort probablement les grands cervidés tels l’orignal, le chevreuil mais également le caribouNote de bas de page3.

Selon ce même témoignage du père Davaugour, la période de deux mois pendant laquelle les Hurons-Wendat concentraient leurs activités dans les environs du village, entre les mois de décembre et janvier, se terminait normalement à la fête de la Purification de la Vierge, le 2 février. Davaugour relatait qu’à partir de cette date, les chasseurs hurons-wendat retournaient en forêt. Il ajoutait la remarque suivante relativement aux « grands fauves » qui étaient poursuivis dans la neige à l’aide des raquettes :

Ont-ils découvert leurs pistes ou leurs tanières, ils s’y transportent avec toute leur famille, et ne revoient pas le village et le foyer avant que le souffle printanier des zéphyrs ait commencé à fondre la neigeNote de bas de page 4.

Ainsi, selon le père Davaugour, lorsque les chasseurs hurons-wendat repéraient en cette période de l’année des pistes de gros gibier ou encore des tanières, ils se déplaçaient sur les lieux en question avec toute leur famille, c’est-à-dire les femmes, les enfants et possiblement même les personnes plus âgéesNote de bas de page 5. En ces occasions, le missionnaire ne les revoyait pas avant le printemps. Si la référence du père Davaugour aux « tanières » renvoie sans doute à la chasse de l’ours noir, l’usage du terme « pistes » d’animaux peut clairement être associé à la chasse des grands cervidés, parmi lesquels le caribou figurait au premier plan.

Dans cette même lettre à son supérieur, le père Davaugour décrivait également les activités économiques et le mode de vie de la collectivité huronne-wendat lors des saisons printanière et estivale. Ses propos suggèrent que les gens étaient de retour de la chasse et présents au village lors des célébrations associées à la fête de Pâques, au mois d’avril. Les membres de la collectivité ensemençaient alors les champs de blé d’Inde pour par la suite s’adonner à la pêche. C’est également à ce moment que les Hurons-Wendat abattaient des « arbres antiques » afin d’y recueillir la matière première nécessaire à la construction de leur canots, l’écorce de bouleau. Enfin, le père Davaugour précisait que le maïs était récolté vers les « ides de septembre », c’est-à-dire vers le 13 de ce moisNote de bas de page 6. Ainsi les Hurons-Wendat retournaient-ils à leur chasse automnale du castor, pour par la suite poursuivre leur cycle économique annuel essentiellement basé sur les ressources du territoire forestier.

On constate donc, à la lumière de ces propos du missionnaire Davaugour datés de 1710, que le caribou était surtout exploité par les Hurons-Wendat en saison hivernale, lors des mois de février et de mars ainsi qu’au début du mois d’avril. Cela n’exclut évidemment pas le prélèvement de caribous à d’autres moments de l’année, par exemple l’automne. Ce cycle économique s’est maintenu pendant l’ensemble du 18ème siècle jusqu’aux années 1830, moment qui correspond à de nouvelles transformations dans le mode de vie et l’économie des Hurons-Wendat. C’est effectivement à cette époque que furent entamés de façon plus radicale la colonisation et le développement du Nionwentsïo par les allochtones. Ces événements entraînèrent des répercussions majeures à l’endroit de la Nation huronne-wendat. Confrontés à un rétrécissement du territoire, espace vital de la Nation, la collectivité huronne-wendat s’est adaptée et c’est ainsi que le commerce de l’artisanat et des objets usuels, tel les mocassins et les raquettes, prit une ampleur sans précédent.

La colonisation du territoire résultant en des pertes d’espace pour les gens de la Nation s’est effectuée dans le contexte d’une hausse démographique pour la Nation huronne-wendat. Malgré ces contraintes, les Hurons-Wendat ont toujours poursuivi, au cours du 19ème siècle, leurs activités traditionnelles de chasse, de pêche, de piégeage et d’exploitation des végétaux. Parmi ces dernières, la documentation historique indique que l’exploitation du caribou est demeurée une pratique économique importante.

Mais à la fin du 19ème siècle, la Nation huronne-wendat a été confrontée à de nouvelles difficultés qui ont porté un dur coup dans plusieurs familles de la Nation : les premières lois sur l’exploitation de la faune, ainsi que la création d’innombrables clubs de chasse et de pêche à droits exclusifs à partir des années 1880. En 1895, la création de l’immense « Parc national des Laurentides » a eu pour effet d’interdire l’accès à ce territoire aux gens de la Nation qui occupaient et exploitaient d’ores et déjà les abondantes ressources du Nionwentsïo. Les documents, de même que les récits et la tradition orale des Hurons-Wendat, montrent explicitement que les gens de la Nation n’ont jamais cessé de fréquenter le Nionwentsïo, incluant les territoires des clubs privés et du Parc national des Laurentides. Ils furent cependant considérés comme de véritables braconniers.

Comme la chasse au caribou faisait partie intégrante des coutumes et des pratiques huronnes-wendat, il est arrivé par le passé que des gens de la Nation soient arrêtés et poursuivis en justice parce qu’ils avaient prélevé cette espèce dans le Parc national des Laurentides. Par exemple, notons les plaintes à l’endroit du Huron-Wendat Guillaume « Pit » SiouiNote de bas de page 7 (1846-1911) et l’un de ses fils, Lorenzo SiouiNote de bas de page 8 (1879-1961). Ces membres de la Nation, comme cet extrait l’indique, furent accusés d’avoir illégalement chassé, entre le 1er et le 20 février 1909, des caribous dans le Parc des Laurentides dans le « temps prohibé par la loi » :

A Pitre Sioui, père, de la paroisse de St-Ambroise de la Jeune Lorette dans le district de Québec,

ATTENDU que sur dénonciation et plainte assermentée vous avez été aujourd’hui accusé devant le soussigné Magistrat de District dans et pour le district de Quebec, par Edward Thomas Davies Chambers, d’avoir Entre le premier et le vingt de fevrier, mil neuf cent neuf dans le Parc National des Laurentides dans le District de Québec, illégalement chassé des Caribous dans le temps prohibé par la loi.

Pourquoi vous le dit Pitre Sioui père sur conviction de la dite offense, vous vous êtes rendu passible d’une pénalité de quarante piastres au moins et de cinquante piastres au plus avec dépens, et à defaut de paiement d’un Emprisonnement pour une periode de quinze Jours au moins et de trois mois au plus–Note de bas de page9

Notons que la chasse alors pratiquée par les Hurons-Wendat dans le Parc national des Laurentides, bien qu’elle ne fut pas considérée ainsi par les autorités gouvernementales, était tout à fait légale et ne constituait pas un acte reprochable en vertu des protections accordées par le Traité Huron-Britannique de 1760. Ce n’est toutefois que plus de huit décennies après cet événement, en 1990, que par l’Arrêt Sioui les juges de la Cour suprême du Canada reconnurent le caractère légitime des activités traditionnelles huronnes-wendat.

À la suite de la création des clubs privés et du Parc des Laurentides, les Hurons-Wendat ont poursuivi leur exploitation des ressources fauniques et halieutiques du Nionwentsïo mais forcément dans une moindre mesure, en s’adaptant tant bien que mal aux contraintes d’accès et au harcèlement de la part des gardes-chasse. Le travail de guide, notamment pour la chasse au caribou, a également été pratiqué par de nombreux Hurons-Wendat dans le Parc national et les différents clubs privés, tel le Triton Fish & Game Club, depuis la création de ces derniers. La relation entre le caribou forestier et la Nation huronne-wendat a ainsi perduré jusqu’à la disparition de la population originale, soit approximativement au cours des années 1940.

Après avoir examiné succinctement la place du caribou dans le mode de vie et l’économie de la Nation entre le 17ème et le 20ème siècle, voyons maintenant quels étaient les principaux usages hurons-wendat de cette ressource.

Figure 2 :Intitulé de la plainte à l’endroit de Lorenzo Sioui (1879-1961) pour avoir chassé des caribous dans le Parc national des Laurentides en 1909Note de bas de page 10.

La description longue de la figure 7c fournissait ci-dessous

Description longue pour la figure 1

Renseignements sur les plaintes 207810 :

No.
122
Province :
Québec
Date :
daté le 16ieme jour de mars 1909
La Plainte de :
E.T.D. chambers
vs :
Lorenzo Sioui
pour :
chasse et tué des caribous dans le temps prohibité
Sous :
Sommation rapportable
le 17ieme jour de mars 1909.

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1.2 La chasse et le piégeage de l’espèce, source d’alimentation pour la Nation

Les archives comprennent de nombreuses références à l’exploitation du caribou forestier par la Nation huronne-wendat entre les 18ème et 20ème siècle. Pour la Nation huronne-wendat, le caribou constituait d’abord et avant tout une source d’alimentation de qualité. Cette dernière fut une partie intégrante de la diète des familles pendant plus de deux siècles. A l’époque, les Hurons-Wendat récoltaient le caribou par deux principaux moyens : la chasse et le piégeage proprement dit.

La chasse était essentiellement pratiquée avec des armes à feu. Dans son journal personnel daté de 1776, l’allemand Friedrich Valentin Melsheimer, aumônier des Brunswick Dragoons, un régiment de mercenaires allemands ayant appuyé les Britanniques lors de la guerre d’indépendance américaine, relatait comment il eut l’occasion de rencontrer les Hurons-Wendat dans leur village de Lorette – Wendake. Homme très curieux et observateur compétent, il décrivait la Nation huronne-wendat en soulignant clairement la pratique de la chasse au caribou, qu’il nommait « reindeer » :

Their choicest amusement is the chase. With the most marvelous swiftness, they pursue on their snow-shoes an elk or reindeer, never failing to overtake it. They all now use firearms, only making use of the bow and arrow, when powder is too dearNote de bas de page 11 .

Tout comme le missionnaire Davaugour, Melsheimer référait à l’usage de raquettes par les Hurons-Wendat, c’est donc dire qu’il était question d’expéditions de chasse se déroulant à la fin de l’automne, l’hiver ou au début du printemps, lorsqu’un couvert de neige est présent dans les forêts du Nionwentsïo. Il remarquait à cet égard l’impressionnante rapidité des chasseurs hurons-wendat ainsi que leur remarquable efficacité. Aussi, on constate que selon l’aumônier, les Hurons-Wendat pouvaient encore à cette époque utiliser l’arc et la flèche pour chasser les caribous, particulièrement lorsque la poudre nécessaire aux armes à feu était trop couteuse.

D’autres mentions dans la documentation historique du 18ème siècle confirment la pratique de la chasse au caribou par les Hurons-Wendat. C’est le cas d’une lettre manuscrite de l’un des missionnaires des Hurons-Wendat à cette époque, le père Étienne Girault de Villeneuve.

En effet, dans une lettre adressée à l’administration coloniale britannique en date du 30 janvier 1778, le missionnaire Girault transmettait une demande des guerriers hurons-wendat qui souhaitaient obtenir de la poudre et du plomb, puisqu’ils prévoyaient une expédition de chasse au caribou :

Comme Les guerriers du Village voudroient aller a La Chasse du Caribou et qu’ils n’ont ni Poudre ni Plomb, Ils Supplient très humblement vôtre Excellence d’avoir La Bonté de leur en faire Délivrer un Peu, Ils seront Infiniment obligez a Vôtre ExcellenceNote de bas de page12 […].

Outre le parallèle avec les propos de l’aumônier allemand Melsheimer, on remarque la saison particulière de l’année où les Hurons-Wendat planifiaient une expédition de chasse spécifiquement liée à cette espèce, soit la fin du mois de janvier.

Le caribou forestier du Nionwentsïo pouvait donc être chassé par les gens de la Nation huronne-wendat lors d’expéditions qui visaient plus particulièrement cet animal. Les Hurons-Wendat prélevaient également des caribous à l’aide d’armes à feu lors d’expéditions plus directement liées au piégeage des animaux à fourrure tel le castor et la martre. Ce type d’exploitation de la ressource caribou s’est poursuivi pendant l’ensemble des 18ème et 19ème siècles jusqu’aux premières décennies du 20ème siècle. La figure 3 illustre le Grand Chef Nicolas Vincent Tsawenhohi (177 1-1844) peint par le militaire britannique Philip J. Bainbrigge vers 1840. Les vêtements et l’équipement, par exemple les raquettes ou encore le fusil, sont assez représentatifs des chasseurs hurons-wendat du début du 19ème siècle. On remarque le gros gibier, en l’occurrence un caribou, représenté sur le sol près du Grand Chef Tsawenhohi.

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Figure 3 : Le Grand Chef Nicolas Vincent Tsawenhohi (1771-1844) peint par le militaire britannique Philip J. Bainbrigge en 1840Note de bas de page 13.

Peinture illustrant le Grand Chef Nicolas Vincent Tsawenhohi chassant en raquettes.

Le piégeage proprement dit du caribou par les Hurons-Wendat est une pratique traditionnelle relativement bien documentée. Le rédacteur de la Revue Agricole Joseph Xavier Perrault, dans son récit de l’expédition entre Québec et le lac Saint-JeanNote de basde page14 qu’il effectua à l’automne 1863 avec les arpenteurs provinciaux John Neilson et Joseph Hamel, décrivait explicitement la méthode employée par les Hurons-Wendat. Effectivement, les membres de l’expédition circulaient dans un sentier de chasse des Hurons-Wendat entre le petit lac à l’Épaule et l’actuel lac des Roches, alors nommé « lac Caribou », lorsque l’arpenteur Hamel faillit se prendre dans un collet à caribou qui avait été tendu par des chasseurs de la Nation qui étaient alors présents dans ce secteur :

A peine avions-nous fait un mile que nous arrivâmes à un lac de forme irrégulière [le Petit lac à l’Épaule] que nous traversâmes sur la glace. Nous reprîmes le sentier plaqué et après avoir traversé une hauteur assez considérable nous arrivâmes au lac Caribou [le lac des Roches] vers midi. […]

Les sauvages ont également l’habitude de tendre des collets aux caribous qui sont assez ingénieux, mais dont un faillit nous causer un grave accident. Ce collet consiste dans une forte courroie, disposée en nœud coulant et étendue sur le sol, dans un sentier fréquenté par les caribous, ou les orignaux. Attaché au sommet d’un jeune arbre bien flexible, le collet est retenu à terre par une branche ou un petit piquet disposés en attrape. De sorte qu’au moment où le pied de l’animal se pose au milieu du nœud coulant, la perche se relève avec force et retient par la patte l’imprudent caribou qui perd son équilibre en ayant un de ses quatre pieds soulevés de terre et est impuissant à se retirer du piège dans lequel il est tombé.

Malheureusement un de ces pièges avait été tendu dans le sentier que nous suivions entre deux racines traçantes, laissant un espace profond de dix pouces et large de trois pieds. Déjà nous avions évité ce danger avec un certain nombre des hommes en sautant d’une racine à l’autre sans nous douter du piège qui nous était tendu, lorsque M. Hamel effleura le nœud coulant et le fit partir à la grande frayeur de M. Neilson qui nous suivait de près et qui faillit le recevoir dans la figure. Nos sauvages n’hésitèrent pas à dire que si un homme fut tombé dans le collet, il aurait été enlevé par les pieds, tandis que le front aurait donné contre les racines, de manière à le blesser grièvement, sinon mortellementNote de bas de page 15.

Une variante de cette méthode du piégeage du caribou par les Hurons-Wendat a été corroborée par les résultats des enquêtes orales effectuées dans les années 1940 par Georges Boiteau auprès d’aînés de la Nation, en particulier Harry Gros-Louis (senior) (1878-1953). Monsieur Harry Gros-Louis a lui-même pratiqué la chasse et le piégeage traditionnels hurons­wendat à la fin du 19ème siècle et au début du 20ème siècle et il s’est fait transmettre ses connaissances directement par son père Daniel Gros-Louis (1856-1939), son oncle Félix Gros-Louis (1853-1933)et d’autres grands chasseurs de la Nation. C’est pourquoi on doit accorder la plus grande crédibilité à ses propos qui revêtent une richesse ethnographique inestimable. Voici donc comment Boiteau rapportait les paroles de monsieur Gros-Louis qui relatait, à la fin des années 1940, comment les Hurons-Wendat s’y prenaient pour tendre des collets à caribou :

Ils choisissaient d’abord un endroit chanceuxdans un chemin de caribous, ou encore dans leur propre chemin de chasse. Ils y creusaient un trou de deux ou trois pouces de profondeur, et d’un pied et plus de largeur. A quelques pas du trou, sur le côté du chemin, ils plantaient solidement deux longs piquets forts, parallèles au chemin et distancés d’environ un pied l’un de l’autre ; ils les croisaient l’un sur l’autre et les attachaient avec une racine d’épinette. Ensuite, ils coupaient un billot d’une quinzaine de pieds de longueur qu’ils mettaient en bascule sur la jointure des deux piquets en croisée. Au bout du billot qui se trouvait à proximité du trou, les chasseurs hurons attachaient, avec grande précaution, le collet qui était un cable de corde de seize brinsNote de bas de page16 dont le diamètre du cercle avait deux pieds et trois quarts, lorsqu’il était ouvert. Ils ne leur restait plus qu’à construire le pont pour que l’attrape fût complète.

Sur le côté du trou où le bout du billot devait être retenu, ils procédaient comme pour les attrapes déjà mentionnées, à savoir le piquet, l’onglette, le bois d’étende et la corde. Ils plaçaient là un petit piquet dont ils avaient eu soin de laisser un petit bout de branche au sommet, à angle droit. Au bas du piquet, à un pouce et plus de terre ils attachaient une onglette de manière qu’elle fût en travers du trou et, en même temps, du chemin de caribou. Puis, ils tendaient l’attrape. Ils baissaient le bout du billot jusque sur le petit piquet, y passaient une bout de la corde sur le billot, lui faisaient faire un tour sur le bout de la branche du petit piquet, ajustaient le bois d’étende à l’autre bout de la cordeet appuyaient le bois d’étende contre l’onglette. Ils construisaient alors ce qu’ils appelaient le pont. A angle droit, ils plaçaient de menus bois sur l’onglette, étagés comme en forme de cage. Sur ces bouts-de-bois, ils jetaient une mince couche de mousse ou de feuillage, pour y enlever tout indice artificiel. C’était le pont. Et sur le pont, ils tendaient le collet. Quand le gibier mettait la patte sur le pont, naturellement, le pont enfonçait, l’onglette baissait, le bois d’étende levait avec force et vitesse et le billot, basculant sur la jointure des longs piquets, se trouvait à tirer et à fermer le collet au haut de la patte de l’animal.

Les Hurons nous disaient que le caribou « restait pris par le paturon », mais qu’il faisait « un vrai ravage ». Il ne pouvait pas aller loin : le billot était trop pesant pour qu’il le traînât au loin, et « il ne faisait pas vingt-cinq pieds »Note de bas de page17 .

La méthode de piégeage du caribou, incluant les diverses variantes, était profondément ancrée dans les pratiques, les coutumes et la culture de la Nation huronne-wendat. Comme monsieur Gros-Louis l’affirmait : « Nous avons toujours chassé de la manière de nos ancêtres depuis 250 ansNote de bas de page18 ». Ajoutons ici que la méthode de capture du caribou au collet, selon les enquêtes orales de Boiteau, était totalement inconnue des Innus de la région du lac Saint-Jean qui employaient d’autres façons de faire, selon leurs propres affirmationsNote de bas de page19. C’est donc dire qu’il s’agit là d’une méthode proprement huronne-wendat, et non d’un emprunt culturel de peuples algonquiens limitrophes, ce qui témoigne encore une fois de la grande proximité des gens de la Nation huronne-wendat avec le Nionwentsïo et ses ressources fauniques, dans ce cas le caribou forestier. En effet, pareille méthode de piégeage n’a pu être développée que par de nombreux essais et erreurs, c’est-à-dire par l’intermédiaire d’une grande expérience de la vie traditionnelle en forêt.

Le piégeage du caribou forestier par les Hurons-Wendat était essentiellement effectué l’automne et au début de la saison hivernale. Lorsque le couvert de neige était considérable, en plus de la chasse à l’aide d’armes à feu comme nous l’avons vu précédemment, les gens de la Nation pouvaient utiliser d’autres moyens complémentaires. Laissons encore la parole à Harry Gros-Louis (senior) (1878-1953) qui nous partage une fois de plus l’ancien savoir huron-wendat relativement à cet animal et sa capture :

J’ai vu souvent des troupeaux de vingt-cinq caribous. J’en ai tué souvent avec ma hache. Tuer un caribou, ça prend deux heures de course en raquettes : il faut se faire aller les jambes ; deux heures avant de l’essouffler. Au bout de deux heures juste, y s’tape un coin dans la neige avec son derrière, y se racule dedans comme il faut, et pis y nous attend, face à moé. Alors y faut être vite, il faut le guetter, pis s’guetter, en approchant. On joue d’la hache à gauche, à droite, en s’branlant comme ça, pour éviter les cornes, car ça encorne facilement ; et, pis, tout d’un coup, on yi passe un coup de hache dans le cou. Les gros caribous perdent leurs cornes alentour des fêtes. On en voyait, des fois, qui avaient encore des cornes rien que d’un côté, mais les petits perdent leur panache avant les gros. La femelle ne perd pas son panache. Elle a un ptit panache. On appelait ça : « Des ptits paniers», parce que ça là la forme d’un ptit panier. Elles n’en ont pas toutes des panaches, mais il y en a en masse qui en ontNote de bas de page 20.

Ainsi monsieur Gros-Louis, qui a lui-même souvent vu des troupeaux de caribous forestiers dont le nombre d’individus s’élevait à vingt-cinq, racontait-il comment il a fréquemment abattu ces animaux à l’aide d’une simple hache. Par ailleurs, on constate par ses propos dans quelle mesure il fut en contact étroit avec cette espèce dans sa vie active de chasseur. Les références et les observations de ce Huron-Wendat relativement aux panaches des caribous sont fortement révélatrices à cet égard.

Après avoir vu sommairement comment le caribou forestier constituait une source d’alimentation pour les gens de la Nation huronne-wendat et comment ces derniers s’y prenaient pour le chasser et le piéger, examinons maintenant comment cette espèce était utilisée pour la fabrication de multiples objets usuels et d’artisanat.

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1.3 L’usage du caribou dans la fabrication d’objets usuels et d’artisanat

Nos recherches dans les archives, la documentation historique et la tradition orale huronne-wendat indiquent que le caribou forestier constituait autrefois une source privilégiée de matière première pour la confection d’objets usuels de la vie quotidienne. Des parties de cet animal représentaient également des intrants pour la confection de divers objets d’artisanat.

Nous avons vu dans un rapport antérieur mettant en évidence les connaissances des aînés hurons-wendat actuels à l’égard de la population originale de caribou forestier que la Nation utilisait autrefois le cuir de cet animal pour confectionner des vêtements. Les propos d’un aîné de la famille Picard à ce sujet sont sans équivoque : « […] dans l’ancien temps, il y avait encore du caribou aussi dans le Parc des Laurentides parce que je me rappelle que les vieux m’en ont parlé ; le cuir du caribou c’était un très bon cuir pour se faire différents vêtementsNote de bas de page 21 ».

La documentation confirme effectivement que les Hurons-Wendat fabriquaient autrefois des mocassins et des mitaines en peau de caribou. En effet, on sait qu’après la conquête de la Nouvelle France par les Britanniques, les Hurons-Wendat conclurent avec les autorités gouvernementales de nombreux contrats économiquement très intéressants afin de procurer diverses fournitures aux régiments britanniques de la Citadelle de Québec. James MacPherson LeMoine soulignait cette information dans son ouvrage publié en 1882 et intitulé Picturesque Quebec : a sequel to Quebec past and present:

British rule, in 1759, if it did bring the Hurons less of campaigning and fewer scalps, was the harbinger of domestic peace and stable homes, with very remunerative contracts each fall for several thousands of pairs of snow-shoes, cariboo mocassins and mittens for the English regiments tenanting the Citadel of QuebecNote de bas de page 22[…].

Les Hurons-Wendat auraient ainsi obtenu, à chaque automne, des contrats pour la production de milliers de paires de raquettes, de mitaines et de mocassins fabriqués à même des peaux de gros gibier, en l’occurrence le caribou. Ces mocassins et ces mitaines étaient bien entendu également utilisés par les Hurons-Wendat eux-mêmes pour se vêtir. Il est aussi évident que ce type de commerce, où les peaux de caribous étaient d’une utilité de premier plan, pouvait avoir lieu à l’époque du Régime français, c’est-à-dire avant 1760, comme plusieurs documents historiques tendent d’ailleurs à le démontrer. D’autres sources documentaires corroborent le fait que la peau du caribou était autrefois employée par les gens de la Nation pour fabriquer des mitaines, des gants et certaines parties spécifiques des mocassins en peaux d’orignaux qui furent abondamment achetés par les allochtonesNote de bas de page23.

Les peaux de caribous étaient également prisées des chasseurs hurons-wendat lorsqu’ils parcouraient le Nionwentsïo pour la chasse et le piégeage. Pendant ces expéditions, qui avaient lieu sur de longues périodes de temps en saisons automnale, hivernale et au tout début du printemps, les gens de la Nation érigeaient de nombreux campements et plusieurs d’entre eux se servaient de peaux de caribous pour se protéger du froid. C’est ce que relatait Harry Gros-Louis (senior) (1878-1953) qui, pour cet usage, considérait la peau de caribou nettement supérieure à celle de l’orignal :

Quand il y avait moyen on prenait une peau de caribou pour coucher. On ne mettait jamais de branches de sapin. On préférait pas mal la peau de caribou à l’orignal pour coucher : l’orignal, ça mue, ça jette son poil. Le caribou, ce n’est pas salaud comme l’orignal : c’est une belle peau molle et fournie en poil. Pour l’amollir, on l’étirait, on la grattait et pis on l’étendait dehors. On la laissait à la glée : la glée la travaillait, ça devenait mou comme si ça avait été boucanéNote de bas de page 24 .

Des parties des caribous forestiers récoltés par les chasseurs de la Nation huronne-wendat entraient aussi dans la production de pièces d’artisanat plus exclusivement commerciales. C’est par exemple le cas des pattes de caribou qui servaient à fabriquer l’une des spécialités artisanales des Hurons-Wendat de Lorette – Wendake, les pochettes muralesNote de bas de page 25, qui étaient essentiellement vendues à des clients allochtones. Plusieurs de ces superbes pièces, qui pouvaient aussi être confectionnées avec des pattes d’orignaux, ont survécues au passage du temps et on les trouve aujourd’hui exposées dans différents musées et également entre les mains de collectionneurs privés. La figure 4 montre des exemplaires de ces pochettes murales qui furent manifestement fabriquées à partir de pattes de caribou.

Figure 4 : Pochettes murales fabriquées à partir de pattes de caribou, une spécialité artisanale des Hurons-Wendat, 19ème siècleNote de bas de page 26 .

Photographie montrant des poches murales fabriquées de sabots de caribou, une spécialité huronne-wendate fait main du XIXe siècle.

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1.4 Les Hurons-Wendat, de fameux guides pour les chasseurs sportifs

Pour conclure cette première partie présentant l’usage traditionnel du caribou forestier par les Hurons-Wendat, il convient de souligner le travail de guides de chasse sportive qui fut historiquement pratiqué par de nombreux membres de la Nation. En fait, rappelons que ce travail de guides de chasse et de pêche des Hurons-Wendat a débuté dans le Nionwentsïo bien avant l’implantation des premiers clubs privés et du Parc National des Laurentides, soit respectivement dans les années 1880 et en 1895. Cette pratique est en quelque sorte « l’ancêtre » direct des nombreuses pourvoiries aujourd’hui présentes dans le territoire de la Nation huronne-wendat. Les références plus explicites au travail de guides de chasse et de pêche des Hurons-Wendat dans les archives remontent à la première moitié du 19ème siècle.

Dans les premiers temps, ces chasseurs sportifs étaient surtout des officiers militaires britanniques qui étaient majoritairement rattachés à la Citadelle de Québec. Or, le caribou, tout comme l’orignal, figurait comme gros gibier de premier choix pour ces chasseurs allochtones. Puisqu’ils ne connaissaient pas le territoire où se déroulaient les chasses et les stratégies pour trouver ces animaux et les abattre, ils avaient systématiquement recours aux Hurons-Wendat, les seules personnes qui pouvaient alors leur faire vivre cette expérience de la chasse au caribou qui était réputée pour être particulièrement exaltante.

Comme nous l’avons mentionné précédemment, plusieurs Hurons-Wendat ont également travaillé en tant que guides de chasse et de pêche, dont la chasse au caribou dans les premières années, au célèbre Triton Fish & Game Club et dans d’autres clubs privés. Ainsi, les activités de guides de chasse et de pêche, dont la chasse au caribou, furent tellement importantes qu’elles en sont venues à faire partie intégrante de la culture et des traditions de la Nation huronne-wendat.

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2. L’habitat d’autrefois selon les lieux de chasse des Hurons-Wendat

Dans cette seconde partie du rapport, nous nous intéresserons à l’habitat d’autrefois de la population originale de caribou forestier, et ce, par l’intermédiaire des lieux de chasse et de piégeage de cette espèce par les Hurons-Wendat. Cette approche permet d’identifier des lieux précis au sein du Nionwentsïo qui pouvaient constituer, à tout le moins au 19ème siècle et au début du 20ème siècle, l’habitat privilégié par cet animal. Deux principaux types d’information seront mis en évidence :

  1. Les données sur les lieux fréquentés par les Hurons-Wendat eux-mêmes pour la chasse et le piégeage du caribou ;
  2. Les données sur les lieux où les Hurons-Wendat ont guidés des allochtones, militaires britanniques et autres, pour les fins de la chasse sportive au caribou.

En effet, la chasse au caribou historiquement pratiquée par les Hurons-Wendat peut être mieux comprise lorsqu’on l’examine par le prisme des expéditions de chasse réalisées par les « sportsmen » qui étaient guidés en forêt par des gens de la Nation. Ces chasseurs sportifs ont souvent laissé des récits de leurs expéditions, à la différence des Hurons-Wendat qui ne produisaient que très rarement ce genre de documents. Plusieurs de ces récits ont été conservés dans les archives et les nombreux détails qui y sont relatés apportent un éclairage sans précédent sur la chasse au caribou qui était alors pratiquée par la Nation. Par exemple, les lieux de chasse spécifiques des Hurons-Wendat, c’est-à-dire les secteurs du Nionwentsïo où les gens de la Nation avaient l’habitude de prélever des caribous, sont souvent clairement identifiés. On peut effectivement présumer que les guides hurons-wendat, directement responsables du succès des expéditions pour lesquelles les sportsmen déboursaient des montants parfois faramineux, n’amenaient leurs clients que dans des endroits qu’ils connaissaient préalablement pour y avoir fait une chasse au caribou fructueuse ou encore y avoir observé l’espèce à plusieurs reprises. De plus, les chasseurs sportifs décrivaient souvent dans leurs récits comment les guides hurons-wendat s’y prenaient pour localiser les caribous et ajoutaient par le fait même des détails concernant les connaissances traditionnelles huronnes-wendat à l’égard de cet animal et de son comportement. En d’autres mots, il est clair à la lecture de ces documents que les Hurons-Wendat savaient pertinemment où trouver les caribous dans le Nionwentsïo.

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2.1 La présence passée des caribous dans l’ensemble du Nionwentsïo

D’une façon générale, les sources historiques suggèrent que la population originale de caribou forestier était autrefois présente dans pratiquement l’ensemble du Nionwentsïo. C’est dire qu’au 18ème et au 19ème siècles ainsi qu’au début du 20èmesiècle, cet animal pouvait être exploité par les chasseurs hurons-wendat dans l’aire territoriale couverte par tous les grands bassins hydrographiques, de la Mauricie à Charlevoix : nous référons ici aux rivières Saint-Maurice, Batiscan, Sainte-Anne, Jacques-Cartier, Montmorency, Sainte-Anne (dont l’embouchure se trouve à Beaupré), du Gouffre et Malbaie. Les Hurons-Wendat chassaient également le caribou au-delà de la « ligne de partage des eaux » qui sépare les rivières se déversant dans le fleuve Saint-Laurent de celle s’écoulant dans le Saguenay et le lac Saint-Jean. C’est le cas notamment des portions amont des rivières Metabetchouane, aux Écorces, Chicoutimi, Pikauba ainsi que la rivière à Mars. En outre, le caribou pouvait également être exploité dans certaines régions du Nionwentsïo situées sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent. Il semble d’ailleurs que la ressource caribou dans le Nionwentsïo était autrefois caractérisée par une relative abondance. C’est ce qu’affirmait clairement le Huron-Wendat Harry Gros-Louis (senior) (1878-1953) : « Les caribous étaient en très grand nombre sur nos terrains de chasseNote de bas de page 27 ».

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2.2 « Les Jardins » et le nord-est du Nionwentsïo : une aire de chasse communautaire

Comme nous le verrons plus loin, le journaliste André-Napoléon Montpetit eut l’occasion de se rendre au lac des Neiges lors de l’hiver de l’année 1875-76 pour y passer quelques jours avec un groupe huron-wendat de chasse familial formé de Thomas Sioui (1820-1900) et de plusieurs de ses fils. Ces chasseurs de la Nation disposaient à cette époque d’un camp sur les rives du lac des Neiges. Montpetit, homme de lettre aguerri, nous a laissé un compte-rendu détaillé de cette expédition dans un excellent article intitulé « Neuf jours chez un trappeur », publié dans le journal d’époque L’Opinion publique entre juin et août 1876Note de bas de page 28. C’est lors de ces journées et soirées passées en compagnie de Thomas Sioui que ce dernier relata au journaliste de nombreuses histoires de chasse se déroulant dans diverses sections du Nionwentsïo. L’une d’entre elles concernait spécifiquement une expédition d’officiers militaires que monsieur Sioui guida dans « les Jardins » :

Nous quittions Québec vers la fin des fêtes, au commencement de février. La saison avait été neigeuse, le temps était des plus favorables pour la chasse à l’orignal. Nous prîmes par les derrières du Château-Richer, en nous dirigeant droit au nord. Au bout de trois jours de marche, nous arrivons dans « les Jardins » sans avoir rencontré une seule piste. Nos officiers sont joliment harassés, et demandent à se reposer pendant quelques jours. Leurs désirs sont pour nous des ordres : nous allumons un grand brasier pour brûler la neige, et nous posons leur tente sur la feuille, ou pour mieux dire sur la mousse. Pour nous, notre installation est plus simple : nous nous logeons dans des trous creusés dans la neige, en face du grand feu. Là, après avoir pris un petit coup, avoir bien mangé, roulés dans une couverte, nous dormons comme des princes. »

- Pardons, père Siouï, si je vous interromps ; qu’est-ce que vous entendez par « les Jardins ? »

« Ah ! vous ne connaissez pas « Les Jardins, » vous ! reprit le père Siouï, sur un ton qui voulait dire : pauvre ignorant !Note de bas de page29

Le journaliste Montpetit poursuivait en rapportant les paroles de Thomas Sioui qui lui expliqua l’origine de l’appellation toponymique « Jardins ». Il s’agissait effectivement d’une vaste portion du Nionwentsïo qui avait autrefois été ravagée par le feu :

« Les Jardins, » monsieur, embrassent une vaste étendue de terrain, jadis ravagé par le feu, commençant à environ quarante milles du fleuve Saint-Laurent et compris entre le Saguenay et le Saint-Maurice, mesurant peut-être cinquante à soixante milles de longueur, sur trente à quarante de largeur. La forêt y a été aplatie sous l’action du feu. En été, vous la traversez au milieu des troncs d’arbres calcinés, les uns à demi pourris, les autres dressant au-dessus de ronces ou de jeunes pousses d’arbres, des merrains ou des andouillers noircis, qui ressemblent à des boisgigantesques d’orignal. Attirés par les bluets (airelles) et les framboises qui y viennent en abondance, les ours se complaisent, en été, dans « les Jardins. » Ce dût être un terrible incendie qui ravagea cette région, un incendie qui enjambait par dessus les montagnes, et s’élançait d’un bond d’une rivière à l’autre, qui n’était pas même arrêté par des lacs d’une longueur de plusieurs milles. Rien n’y a été respecté : la vie animale, complétement détruite, ne s’y montre plus que sous la forme des ours ou des orignaux et des caribous, qui grâce à leurs puissants moyens de locomotion, parcourent en peu de temps de grandes distances. On dirait qu’il y a encore une odeur de mort qui s’exhale de cette forêt anéantie ; les oiseaux ne s’y arrêtent pas même pour se reposer dans leurs migrations ; les rivières et les lacs sont peu poissonneux.

« Rien de plus monotone que l’aspect de cette solitude sur laquelle pèse un silence de mort. On passe d’une vallée à une montagne, d’une montagne à un lac, d’un lac à des masses de rochers calcinés, d’où l’œil découvre une plaine, coupée de ruisseaux, d’étangs ou de rivières, sans que le paysage varie sous nos pas. Toujours et partout des enchevêtrements d’arbres renversés, noircis ou brûlés à forfait, sous lesquels surgissent avec peine des érables nains, des broussailles de bois d’orignal, des pousses de sorbier dont les orignaux et les caribous sont friands. Çà et là, tranchant en été sur le bleu de l’horizon, en hiver sur la surface uniforme des neiges, se dressent de grands corps d’arbres ébranchés – ceux-là sur une montagne, ceux-ci dans un vallon. […]

« Terre inculte, stérile, vague, sans ressources, sans espérances, où tout ce qui n’est pas mort végète, voilà « les Jardins. »

- C’est donc par dérision qu’on a donné pareil nom à cette région ?

« - Comme vous le dites, monsieur : elle mériterait plutôt d’être appelée le Cimetière. Cependant, en ma qualité de chasseur, je dois vous avouer que j’y ai ramassé plus d’une belle pièce de gibier. C’est un terrain de chasse réellement avantageux. En été, les caribous, pourchassés de la forêt, s’y réfugient par troupes nombreuses, soit qu’ils y trouvent abondante pâture de mousses ou de bourgeons tendres soit que dans ce découvert, d’où ils peuvent apercevoir de loin l’ennemi et le chasseur, ils espèrent trouver un abri et une protection, se fiant en cela à la souplesse de leurs jarrets, qui d’un crac les met hors d’atteinte des armes de la plus longue portéeNote de bas de page30 .

Ainsi « les Jardins » correspondaient à une large bande de territoire à une quarantaine de miles à l’intérieur des terres, entre les rivières Saint-Maurice et Saguenay, qui s’étendait sur une distance d’approximativement une cinquantaine de miles de longueur par une trentaine de miles de largeur. Le feu avait ravagé cette région qui était moins productive que par le passé, notamment en ce qui concerne les animaux à fourrures, mais qui représentait au 19èmesiècle un terrain de chasse vraiment avantageux pour le gros gibier, et plus particulièrement le caribou. Thomas Sioui affirmait y avoir récolté lui-même de très beaux spécimens. L’aîné huron-wendat expliquait au journaliste Montpetit qu’en saison estivale, les caribous se regroupaient en grand nombre dans les Jardins puisqu’ils y trouvaient abondance de mousse et de bourgeons tendres pour s’alimenter. Thomas Sioui précisait également que les caribous trouvaient protection dans les Jardins et s’y sentaient davantage à l’aise puisqu’ils pouvaient apercevoir de loin les prédateurs et les chasseurs.

La partie nord-est du Nionwentsïo, incluant la rivière Malbaie et le territoire environnant jusqu’au Saguenay, était considérée par les Hurons-Wendat, à une certaine époque, comme une aire communautaire de la Nation. En raison de caractéristiques écologiques, topographiques et géographiques particulières, cette aire, qui comprenait entre autres « les Jardins », était notamment employée pour la chasse au gros gibier, c’est-à-dire l’ours noir, mais surtout les grands cervidés, soit l’orignal et le caribou. Les lieux de chasse au caribou des Hurons-Wendat doivent effectivement être considérés à la lumière de nos recherches historiques et anthropologiques sur le mode d’occupation du territoire propre à la Nation. Nous savons qu’autrefois, des familles huronnes-wendat étaient établies dans les bassins hydrographiques des rivières Sainte-Anne, Jacques-Cartier et Montmorency, ainsi qu’à l’est du Saint-Maurice jusqu’à la rivière Sainte-Anne. Ces familles occupaient des portions de territoire de façon intensive, sans toutefois s’y limiter, et les autres membres de la Nation reconnaissaient cette prédominance. Il semble que la rive sud du fleuve Saint-Laurent, bien qu’elle puisse avoir été anciennement occupée sur une base territoriale familiale, remplissait une fonction analogue en étant davantage exploitée pour la chasse à l’orignal, bien que des caribous pouvaient y être prélevés, tel que mentionné précédemment.

Voyons maintenant l’exemple d’une chasse au caribou avec les Hurons-Wendat dans cette portion nord-est du Nionwentsïo. Nous y découvrirons des lieux très précis où les gens de la Nation avaient coutume de chasser cet animal. Par la suite, nous identifierons dans des sections distinctes, de l’est à l’ouest du Nionwentsïo, d’autres lieux de chasse au caribou des Hurons-Wendat, notamment dans les bassins versants des rivières Montmorency, Jacques-Cartier, Sainte-Anne et Batiscan.

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2.3 Le nord-est du Nionwentsïo : l’exemple d’une expédition de chasse au caribou avec les Hurons-Wendat à l’automne 1863

L’un des récits de chasse au caribou sous l’égide de guides huron-wendat les plus explicites à avoir été recueilli dans les archives se déroule justement dans cette région nord­est du Nionwentsïo. Le récit de cette expéditionNote de bas de page 31spécifiquement dédié au caribou, qui eut lieu à l’automne 1863, a été rédigé par un militaire qui fut guidé par un groupe de Hurons­Wendat. Parmi ceux-ci se trouvait François « La Plume »Note de bas de page32 Gros-LouisHatsenharonkwas (1811-1871), connu pour être un chasseur huron-wendat particulièrement compétent.

Ce manuscrit est constitué d’entrées quotidiennes, couvrant la période du 5 novembre au 6 décembre, où l’auteur décrit de façon parfois très détaillée les événements de la journée. Pour atteindre les lieux où se déroula la chasse proprement dite, l’expédition emprunta d’abord les sentiers et les axes de circulation habituels des Hurons-Wendat. Le groupe rejoignit ainsi la Mare du Sault, élargissement de la rivière Montmorency, via le sentier huron-wendat liant les lacs à Noël, à Régis, à l’Épaule, le petit lac à l’Épaule ainsi que les lacs des Roches et des Sylphes. De la Mare du Sault, l’expédition atteignit le lac des Neiges par le sentier du lac Provençal. En empruntant le portage huron-wendat à l’extrémité nord-est de l’immense lac des Neiges, l’expédition gagna le lac Malbaie et ensuite la rivière du même nom. C’est sensiblement à partir de ce point que la chasse au caribou débutaNote de bas de page 33 .

Bien sûr, le militaire prit soin de noter les lieux qu’il visita pour les fins de la chasse en suivant à travers ce territoire ses précieux guides hurons-wendat. Il s’agit le plus souvent de plans d’eau dont les toponymes furent mentionnés au chasseur sportif par les guides hurons­wendat. Il est possible de localiser la majorité de ces lieux de chasse, ces derniers étant présentés dans le tableau 1. La carte 2 illustre les lieux de chasse en question dont la localisation est connue. À titre informatif, on peut y voir le site approximatif du campement principal de l’expédition sur les rives de la rivière Malbaie, non loin du lac Carré.

Tableau 1 : Lieux de chasse au caribou de l’expédition de 1863 avec François « La Plume » Gros-Louis HatsenharonkwasNote de bas de page 34.
Toponymes du récitLocalisation
« jardin »
« Grand Jardin »
Secteur dans la portion amont de la rivière Malbaie, quelque peu en amont du confluent avec la rivière de l’Enfer
« Lac Carré »Lac Carré
« Lac Charles »Lac Charles
[aucun]Lac Duverdier
« Lac Longue »Lac Turgeon
« Chemin des canoes »Secteur de la rivière du Chemin des canots
« Lac St Anne »Lac Sainte-Anne du Nord
« La Cruche »
« Jardin la Cruche »
Secteur du lac de la Cruche
« Lac des loutres »Possiblement le lac de la Jeune Loutre
« Lac d’eau mountains » over the highInconnue
« Jardin des ours »Inconnue
« Jardin [semihelle] »Inconnue

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Carte 2 - Lieux de chasse au caribou de l’expédition de 1863 avec François « La Plume » Gros-Louis Hatsenharonkwas.

Carte indiquant l'emplacement des territoires de chasse au caribou lors de l'expédition de 1863 avec François  La Plume  Gros-Louis Hatsenharonkwas. Les territoires de chasse sont illustrés en rouge.

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On constate avec cette cartographie que cette expédition de chasse au caribou s’est concentrée dans quatre principaux secteurs du nord-est du Nionwentsïo :

  1. Les environs des lacs Carré, Charles, Turgeon, Duverdier et Sainte-Anne du Nord ;

  2. Le secteur de la rivière du Chemin des canots ;

  3. Le « jardin » ou « Grand Jardin », dans la portion amont de la rivière Malbaie, quelque peu en amont du confluent avec la rivière de l’Enfer ;

  4. Le secteur de la Cruche, incluant le lac du même nom.

La localisation de trois lieux de chasse en particulier, soit le « Lac d’eau over the high mountains », le « Jardin des ours » et le « Jardin [semihelle] », demeure à ce jour inconnue. Le toponyme « Lac des loutres » fait quant à lui possiblement référence à l’actuel lac de la Jeune Loutre, situé entre la rivière Malbaie et la rivière du Chemin des Canots.

Mentionnons que des pistes de caribous furent observées par les membres de l’expédition dans la plupart des lieux de chasse visités. Des caribous ont souvent été rencontrés mais le chasseur sportif ne fut pas en mesure de les abattre. Ainsi, bien que de nombreux caribous aient été aperçus, un seul animal fut finalement prélevé par le groupe, le 19 novembre, dans le secteur du « Jardin » ou du « Grand Jardin » qui est vraisemblablement situé dans la portion amont de la rivière Malbaie, au sud-est du confluent avec la rivière de l’Enfer. Il s’agissait d’une femelle, le militaire expliquant dans son journal que ces dernières étaient meilleures à manger à cette période de l’année. Deux autres caribous présents avec cette femelle réussirent à s’échapper, dont un mâle de taille moyenne qui fut raté de peu par le chasseur sportifNote de bas de page 35 .

Voila donc des lieux précis au sein du Nionwentsïo qui constituaient autant de lieux de chasse au caribou que les Hurons-Wendat connaissaient et avaient coutume de fréquenter. Au moment du récit, c’est-à-dire au milieu du 19èmesiècle, ces différents lieux faisaient sans aucun doute partie de l’habitat privilégié de la population originale de caribou forestier.

Outre les lieux de chasse spécifiques qui sont assez explicitement mentionnés dans le récit de ce militaire daté de 1863, notons certaines références à la connaissance huronne-wendat du comportement du caribou forestier dans ces endroits du territoire en particulier. En effet, le groupe fut à plusieurs reprises confronté à de mauvaises conditions pour la chasse au caribou.

Devant cet état de fait, on remarque à la lecture du récit du chasseur sportif que quelques journées furent même employées pour la chasse au castor, suivant en cela l’initiative des guides hurons-wendatNote de bas de page36. C’est lors de ces journées de mauvaises conditions de chasse que les Hurons-Wendat expliquèrent au militaire pourquoi il était à leur sens improductif de chasser le caribou à ces moments. À cet égard, le chasseur sportif nota cette information le 21 novembre lorsqu’il se rendit avec les guides au lac Turgeon, alors appelé « Lac Longue » :

Saturday 21thoff at 7 oc – round by the Lac Longue – beautiful country for stalking – never saw a sign of an animal. In fact it is useless going out without snow on the ground, for the cariboo only come out of the deep woods then, to eat the moss on the opens, which is too dry at other time – at least this is how the Indians explain itNote de bas de page 37 .

Ainsi les Hurons-Wendataffirmaient-ils qu’il était inutile selon eux de chasser dans de pareilles conditions, c’est-à-dire sans une couche de neige au sol. Selon eux, les caribous dans ce secteur précis ne sortaient de l’épais couvert forestier pour s’alimenter seulement lorsque la neige avait humecté la mousse dans les portions de terrain peu boisées. En d’autres moments, cette mousse était trop sèche, ce qui expliquait l’absence de caribou dans les espaces plus ouverts.

Après avoir examiné le récit de cette chasse de l’automne 1863 dans le secteur nord-est du Nionwentsïo, nous nous concentrerons maintenant sur une autre expédition qui eut lieu en partie au même endroit au cours des décennies suivantes. Nous en apprendrons ainsi davantage sur le secteur de « La Cruche » qui constituait sans aucun doute un lieu de chasse au caribou privilégié par les Hurons-Wendat d’autrefois, notamment pour sa forte productivité.

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2.4 Le secteur de « La Cruche »

Le secteur de « La Cruche », explicitement identifié dans le précédent récit de chasse des mois de novembre et décembre 1863, ressort effectivement d’autres documents traitant de la population originale de caribou forestier en relation avec la Nation huronne-wendat. À cet égard, nous avons recueilli dans la documentation historique le récit d’une chasse au caribou dans le secteur de La Cruche qui eut lieu à la toute fin du 19ème siècle ou au début du 20èmesiècle. Ce récit est de la main de Ferdinand van BruysselNote de bas de page 38, ancien consul général de Belgique qui demeura de longues années au pays.

Ferdinand van Bruyssel eut l’occasion de participer à cette chasse au caribou dans le Parc des Laurentides, au nord du village de Saint-Urbain, en compagnie d’autres chasseurs sportifs allochtones et de trois guides de la Nation huronne-wendat. Il s’agissait de Francis Gros-Louis (1836-1911) et de Félix Gros-Louis (1853-1933), tous deux des fils de François « La Plume » Gros-Louis Hatsenharonkwas (1811-1871), ainsi que Télesphore Picard (1875-1959). En effet, puisqu’aucun des allochtones devant participer à la chasse ne connaissait le territoire, le chasseur sportif affirmait avoir eu recours à des « nemrods de la tribu huronne » afin d’assurer le succès de l’entrepriseNote de bas de page39. Il est ainsi évident que ces chasseurs de la Nation connaissaient préalablement le territoire en question.

L’expédition relatée par van Bruyssel eut lieu dans les premiers jours du mois de novembre. Les guides devancèrent les allochtones afin d’installer le campement, le groupe s’étant donné rendez-vous à La Cruche, qui pouvait à l’époque être atteint en voiture à cheval avec les habitants du village de Saint-Urbain par un ancien chemin de colonisation. On constate à la lecture du récit de van Bruyssel que les Hurons-Wendat avaient érigé le campement sur une pointe du « lac Double », à approximativement quatre kilomètres du point de rencontre à La CrucheNote de bas de page40. Notre analyse indique que ce plan d’eau correspond à l’actuel lac Chenard, au nord-ouest du lac de La Cruche.

Le récit de van Bruyssel est suffisamment détaillé pour que l’on puisse reconstituer les lieux précis qui furent visités par cette expédition de chasse au caribou. La carte 3 présente ces principaux lieux de chasse en indiquant le site de campement de l’expédition.

Carte 3 : Principaux lieux de chasse au caribou de l’expédition de Ferdinand van Bruyssel avec trois guides hurons-wendat, fin 19ème siècle – début 20ème siècle.

Carte indiquant l'emplacement des principaux territoires de chasse au caribou lors de l'expédition de Ferdinand van Bruyssel, accompagné de trois guides hurons-wendats, menée à la fin du XIXe et au début du XXe siècles. Les territoires de chasse sont illustrés en rouge. 

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Voici comment van Bruyssel relatait la capture de deux premiers caribous, des mâles de trois ans, sur le « petit lac de la Cruche » (voir carte 3) avec les Hurons-Wendat Francis et Félix Gros-Louis :

Dans une randonnée aussi stérile que celle de la veille, les trois chasseurs avaient suivi patiemment les guides qui, tour à tour, « battaient le chemin » (1). Vers midi, étant sur une hauteur, M. Gaskell prit ses jumelles pour interroger l’horizon ; Félix n’eut qu’à se servir de sa longue vue naturelle. Ils aperçurent dans le lointain le petit lac de la Cruche, sur lequel étaient deux points noirs, apparemment mobiles.

- Bonjour ! (2) des caribous, fit le huron, mais nous sommes sous le vent ; si Francis veut dire comme moë, faut nous garocher (lancer) à droite, faire un grand détour et approcher de l’aut’e bord du lac ; s’ils sont partis, sans être effarouchés, en pourra tout d’même suiv’e leurs pistes.

Francis ayant hoché la tête en signe d’approbation, les guides descendirent une longue pente, tantôt en glissant, tantôt en courant, et firent rapidement un large détour dans la plaine ; ils menèrent les chasseurs époumonnés jusqu’au rebord du lac. Mais avant de l’atteindre, de crainte que l’ouïe fine du gibier ne pût lui faire percevoir le son métallique de l’opération, il fallait s’arrêter un instant pour faire passer une cartouche entre boîte et culasse. Quand il vit que son « bourgeois » avait repris haleine, Francis, désignant un point plus élevé dit :

- Si vous allez là sans fardasser (3), vous les verrez en cas qu’ils sont encore sur le lac. M. Gaskell se mit alors à ramper vers le point indiqué : dès qu’il s’y trouva, ceux qui attendaient anxieusement derrière lui le virent épauler sa winchester, tirer vers la droite sans se donner le temps pour viser, vivement basculer le levier de son arme, et faire feu une seconde fois en se tournant plus à gauche. Deux caribous, ayant vu soudainement apparaître la tête d’un homme presque au-dessus d’eux, s’enfuyaient à toutes jambes, quand ils furent foudroyés par une balle qui leur pénétra le crâne, en fracassant la vertèbre atlas. […]

Les victimes étaient des mâles de trois ans, mais n’offrant aucun intérêt comme trophées de chasse.

Après avoir dégaîné leur couteau et retiré la hache qu’ils portaient au ceinturon, Francis et Félix se mirent en devoir d’écorcher et de dépecer les bêtes. […]

Francis dit bientôt à son commensal :

-Va donc quérir la traîne, pour portager la viande jusqu’au camp, mais que (quand) je l’aurai débitée.

Enchanté de la perspective de manger à discrétion de cette venaison, qu’il préférait à tout autre plat, Félix partit en pressant le pas.

  1. La neige légère, qui n’a pas été gelée superficiellement, ni balayée et comprimée par la tempête, se tasse sous les raquettes du chef de file, ce dont profitent ceux qui marchent dans les mêmes traces.
  2. Interjection marquant la joie, la surprise, la douleur, l’admiration.
  3. (3) Faire du bruit comme si des feuilles sèches étaient remuéesNote de bas de page41 .

Le lendemain matin, les chasseurs sportifs se réveillèrent avec la voix de Félix Gros-Louis qui les enjoignait de se dépêcher puisqu’un « gros caribou » traversait le lac en se dirigeant vers le campement. Van Bruyssel résumait ainsi la chasse de ce troisième caribou sur le « lac Double », c’est-à-dire le lac Chenard (voir carte 3), tout près du campement de l’expédition :

Vers l’aube, à demi-vêtu, Jean se mettait deux paires d’épais bas de laine, quand Félix passa la tête dans la tente en disant tout bas :

- Venez vite, gros caribou traverse l’lac et s’amène par icitte !

- Allez-y, Jean, puisque vous êtes prêt, enjoignit M. Gaskell, qui s’était réveillé en sursaut.

Le garçon ne se le fit pas répéter ; sans s’attarder à chausser des mocassins, il prit sont surtout, plongea la main dans ses mitaines, saisit son rifle qui était appuyé au dehors contre une branche fourchue (2) et suivi Félix ; la neige était sèche à cause de l’intensité du froid, de sorte que les pieds étaient préservés de toute humidité. Grâce à la futaie, le bout de la pointe, au premier plan de laquelle était le campement, pouvait être atteint sans être vu par le caribou, approchant sous le vent, en longeant la rive opposée. Peut-être était-il à la recherche de quelque remeil où s’abreuver. Quand l’animal présenta le flanc a 125 mètres environ de Jean, le jeune chasseur visa au défaut de l’épaule, et appuya doucement sur la détente ; le coup partit et le projectile, du genre dum­dum, alla droit au but ; le grand renne trébucha, fléchit les genoux, se releva péniblement, mais tomba mourant à quelques pas plus loin.

-Bonjour ! le beau panage (ramure), s’écria Félix en servant au couteau la bête.

C’était un caribou forestier à jambes grises ; il portait des bois bien garnis d’andouillers palmés, ceux de droite pareils à ceux de gauche, tandis que deux autres naissant rez de tête, étaient plus longs et projetés en avant. Le caribou de la plaine arctique (1), dit « pattes jaunes » fréquente aussi le Parc des Laurentides ; il a les andouillers inférieurs semblables à ceux de son congénère des régions boisées, mais point d’autres en remontant jusqu’à l’empaumure de couronnement. Chez les deux variétés, la ramure est souvent fort belle.

(2) L’hiver, le chasseur laisse son arme en plein air, afin d’éviter que les vapeurs chaudes de l’intérieur se condensent sur le métal.

(1) Rangifer arcticusNote de bas de page 42 .

Ce caribou, qui avait semble-t-il un gros panache, était un « caribou forestier à jambes grises ». Van Bruyssel, rapportant vraisemblablement les informations transmises en cette occasion par les guides hurons-wendat, distinguait ce caribou « à jambes grises » du caribou dit « pattes jaunes » fréquentant aussi le Parc des Laurentides. Il assimilait dans son récit ce caribou dit « pattes jaunes » au caribou « de la plaine arctique » en spécifiant que ce dernier présente des différences au plan des bois.

Après avoir déjeuné au campement, les chasseurs sportifs allochtones suivirent les guides hurons-wendat dans un secteur de chasse particulier nommé la « Grande Coulée ». C’est alors qu’ils rencontrèrent une « harpaille » de trente à quarante femelles et jeunes caribous qui broutaient le lichen :

S’étant levés de table, les chasseurs allèrent rejoindre les guides qui avaient terminé leur travail. Ils firent voir la fameuse ramure, avant d’ouvrir la marche dans la direction de la « Grande coulée ».

Ce matin-là, dans cette dépression de terrain, il y avait une harpaille comprenant de trente à quarante femelles et jeunes bêtes, qui broutaient le lichen mis à découvert au moyen de leurs larges sabots. Le développement de la corne du pied chez les caribous est pour eux ce que les raquettes sont pour les hommes ; l’animal se soutient bien sur la neige et même sur la vase des marécages.

L’un après l’autre, les caribous relevèrent la tête, et tous s’enfuirent queue à queue ; bien que le vent dominant ne fût pas dans leur direction, il avait suffi d’un courant d’air fortuit pour porter jusqu’à eux les effluves qui révélaient la présence d’êtres humains ; les chasseurs avaient pris pourtant toutes les précautions d’usage.

- Tire vite, Alfred, ordonna M. Gaskell, il nous faut faire provision de viande pour Beaupré.

Promptement, Alfred, obéit, mais ce fut sans succès à première vue. Toutefois, on vit dans les pistes de gros caillots de sang. En pareil cas, le mieux est de faire tranquillement un petit feu pour se chauffer, et d’allumer sa pipe ; il faut attendre avec patience environ une demi-heure. Quand le gibier blessé n’est pas immédiatement poursuivi, la douleur l’oblige bientôt à se coucher ; on peut alors l’atteindre. Au contraire, la terreur pourrait le conduire loin, si quelqu’un se lançait tout de suite après lui.

En remontant doucement la sente où la harde avait disparu, Alfred et Félix ne tardèrent pas à trouver la bête blessée ; étendue de tout son long, elle ne put se relever que par l’avant-train, mais resta ainsi en posture de défense, prête à frapper de l’un ou l’autre pied de devant. Une balle dans la tête mit fin à ses souffrances.

Cette fois, les guides avaient amené leur toboggan, afin de ne pas s’exposer à retourner au campement pour s’en munir ; certes, ils voulaient éviter la corvée de porter à dos une masse de venaison. Quant aux chasseurs, ils continuèrent à cheminer jusqu’à la Rivière-à-Mars, qui se trouve à 6 ou 7 kilomètres du lac Double. Dans la Coulée, la neige avait été foulée et en maint endroit, raclée par les caribous ; mais aucun d’eux ne se montra plusNote de bas de page 43.

C’est ainsi qu’un quatrième caribou fut abattu par les membres de l’expédition. La « Grande Coulée » est une vallée encaissée unissant les environs du « lac Double », soit le lac Chenard, et la portion amont de la rivière à Mars (voir carte 3). Il s’agissait manifestement d’un secteur de chasse au caribou bien connu des Hurons-Wendat.

Van Bruyssel affirmait dans son récit que deux autres caribous avaient été récoltés : le premier dans un endroit non identifié, et l’autre, muni d’un panache de forte taille, en compagnie de Félix Gros-Louis sur le « Lac des Trois Loups Cerviers ». Le nom de ce lac, tel que rapporté par van Bruyssel, provenait d’une rencontre ayant eut lieu autrefois entre trois lynx et Félix Gros-Louis, accompagné du Colonel Rhodes, lors d’une expédition de chasse en ce lieu, ce qui montre bien que ce Huron-Wendat avait l’habitude de chasser à cet endroitNote de bas de page 44. Ce « Lac des Trois Loups Cerviers » correspond fort probablement à l’actuel lac des Loups Cerviers, situé à moins de trois kilomètres du lac Chenard.

Le récit de van Bruyssel relatant cette expédition avec les Hurons-Wendat Francis Gros-Louis, Félix Gros-Louis et Télesphore Picard permet d’identifier quatre lieux de chasse au caribou qui étaient auparavant fréquentés par la Nation huronne-wendat :

  1. Le Petit lac de la Cruche ;

  2. La « Grande Coulée », entre le lac Chenard et la portion amont de la rivière à Mars ;

  3. Le lac Chenard ;

  4. Le lac des Trois-Loups Cerviers, vraisemblablement l’actuel lac des Loups Cerviers.

Ces lieux faisaient sans doute partie, à la fin du 19ème siècle et au début du 20èmesiècle, de l’habitat privilégié de la population originale de caribou forestier.

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2.5 Le secteur du lac des Neiges

Le secteur du lac des Neiges constituait également un lieu de chasse au caribou de premier choix pour la Nation huronne-wendat. Par exemple, nous avons abordé précédemment les propos du journaliste André-Napoléon Montpetit qui eut l’occasion, au cours de l’hiver 1875­76, de passer plusieurs jours au lac des Neiges au camp de chasse du Huron-Wendat Thomas Sioui (1820-1900) et de ses fils. Ce groupe de chasse, comme l’indique Montpetit, orientait principalement ses activités, au moment où le journaliste le rencontra, vers l’exploitation des animaux à fourrure :

Au lac des Neiges, le père Siouï chasse principalement la marte, le vison, le castor et la loutre. Il a tendu près de trois cents trappes aux alentours, dans un rayon de sept ou huit milles ; il revient presque tous les soirs coucher à sa cabane, qu’il s’est appliqué à rendre aussi confortable que possibleNote de bas de page 45.

La chasse au caribou faisait également partie des activités traditionnelles qui étaient pratiquées par Thomas Sioui et ses fils dans les environs du lac des Neiges. C’est d’ailleurs ce que Montpetit fut à même de constater lorsqu’il séjourna avec eux. Voici comment le journaliste relatait une matinée, quelques jours après son arrivé au camp huron-wendat du lac des Neiges :

Vous avez vu Joseph ce matin ? nous dit le père Siouï en clignant de l’œil, après avoir retiré de ses lèvres un bougon de pipe qui lui décharge sa fumée dans les narines.

-Eh oui ! Mais où est-il allé ? Il y a plus d’une demi-heure qu’il nous a quittés.

-Il est allé lever ses pièges.

-Par un temps pareil ?

-Oh ! il n’y avait rien qui pût le retenir ; il a fait un bon rêve ; je crois qu’il a rêvé de sa blonde, et c’est un rêve de chance. Il était tout souriant ce matin ;

Georges, qui s’en est aperçu, est aussi parti de son côté. Je serais bien surpris s’ils revenaient les mains vides.

-Mais, père Siouï, un homme sérieux comme vous l’êtes, avec de l’instruction, vous ajoutez foi aux rêves ?

-Je voudrais en vain m’en défendre, mes amis ; car chaque fois que l’un de nous rêve de femmes, d’enfants ou de viande fraîche, nous faisons toujours chasse, c’est inmanquable. Aujourd’hui, c’est Adélaïde, la blonde de Jos…, une bonne et brave enfant, qui a dû prier pour nous, et je ne doute pas de l’effet de ses prières. Le temps ne s’est pas bien comporté, nos trappes ne sont pas en bon ordre, et cependant, j’ai confiance. Attendez, et vous verrezNote de bas de page 46.

Joseph Sioui, fils de Thomas, avait donc rêvé à sa « blonde » Adélaïde, ce qui était bon signe pour la chasse de la journée, comme tout rêve référant aux femmes, aux enfants ou encore à la viande fraîche. Montpetit n’y porta que peu attention mais il fut surpris lorsque Joseph revint en trombe au camp :

« Vite ! vite ! les fusils ! donnez les fusils ! Il y a des lacs sur le Petit-Caribou! dépêchons-nous ! » C’est Joseph qui nous arrive comme un boulet, qui, sans y voir dans notre trou noir comme la nuit, me jette à la face deux cadavres de martes et un de vison, en s’élançant vers les fusils.

« Es-tu fou, Joseph ? demande le père Thomas, le bougon entre les doigts, la guedille à la lèvre inférieure ; tu dis qu’il y a des lacs sur le Petit-Caribou ?

- Je ne suis pas fou, et je vous répète qu’il y a sept caribous sur le petit lac, à portée de fusil de la rive gauche.

- On finit par comprendre : allons alors ! Sont-ils couchés ?

- Les lacs ? reprend Joseph.

- Non, les caribous ?

- Comme de raison qu’ils sont couchés, puisque je vous ai dit qu’ils nous attendent à une portée de fusil du côté droit.

- Tiens ! c’était du côté gauche, tout-à-l’heure.

- Gauche ou droit, qu’est-ce que cela fait, du moment qu’il y a des caribous et qu’on peut les tirer ?»

Pendant ce coloque, les fusils sont enlevés et chargés. En une seconde, le père et ses trois fils, portant quatre fusils, filent sur la croûte qui tapisse le lac des Neiges. Ils emportent avec eux le fusil à deux coups, chargeant par la culasse, de Wilbrod, qui reste en arrière le temps de passer ses chaussons.

Le petit lac dont il s’agit est situé à un demi-mille au nord-ouest du lac des Neiges. C’est vite fait, comme bien on pense. Wilbrod arrive sur le terrain juste au moment où le père Thomas envoyait sa balle à une distance de deux arpents et plus, dans un groupe de sept caribous, couchés au beau milieu du lac. Aucun d’eux n’est atteint, mais tous saisis de panique, ils se précipitent, chacun de son côté, vers la forêt. Mais avant de l’atteindre, soit que la réflexion leur aidât à se mieux diriger, soit qu’ils sentissent le besoin de se grouper pour s’entraider, on les vit revenir trois ensemble sur un point et quatre sur l’autre. Un second coup de fusil est tiré sur les trois premiers, qui sans plus hésiter piquent vers la forêt, suivis de leurs quatre autres compagnons ; mais bientôt l’un d’eux ralentit sa course, et reste en arrière à une grande distance. Hallali ! Hallali ! les quatre fils Siouï ont rechargé leurs armes et courent sus au noble gibier, pendant que Wilbrod et le père Siouï reviennent au camp l’oreille basseNote de bas de page 47.

En relevant les pièges tendus pour capturer les animaux à fourrure, le jeune Joseph Sioui avait donc vu un groupe de sept caribous couchés sur le « petit lac » situé à environ un demi-mile du lac des Neiges. Il s’agit logiquement du lac English, qui constitue un élargissement de la rivière des Neiges, cette dernière déchargeant le plan d’eau du même nom. La carte 4 montre le lac des Neiges ainsi que le lac English, où se trouvaient alors les caribous.

Carte 4 : Le lac des Neiges et le lac English, élargissement de la rivière des Neiges.

Carte indiquant l'emplacement du Lac-des-Neiges et du lac English, un élargissement  de la rivière des Neiges. Le territoire de chasse au caribou est illustré en rouge.

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Le journaliste Montpetit, dans ce récit daté de 1876, rapportait comment les jeunes chasseurs hurons-wendat revinrent, deux heures plus tard, satisfaits d’avoir pu récolter un superbe caribou de plus de deux cent livres :

Au bout de deux heures, arrivent fatigués, épuisés, Pitres et Mathias. Le premier a rejoint six des caribous dans un moment où ils se reposaient debout en alerte ; mais le temps d’épauler son arme et ils étaient disparus. Il sait que Joseph a suivi le septième, il a entendu un coup de fusil dans la direction qu’il a prise.

Joseph surgit bientôt tout essoufflé ; la figure rouge, l’œil animé : il a abattu sa pièce, à dix ou douze arpents de la cabane.

Les chiens sont attelés au traîneau, et dans moins d’une heure rapportent le caribou à la porte de la cabane. C’est une superbe bête, d’un poids de deux cents livres au moins. Au souper, nous dégustions un délicieux steak au caribou.

« Eh bien ! dit le père Siouï, qu’est-ce que vous pensez maintenant du rêve de Joseph ? Deux martes, un vison et un caribou dans sa journée ! Adélaïde n’est­elle pas une bonne fille ? dites !Note de bas de page48

Ainsi le lac des Neiges et les environs constituaient-ils un secteur de chasse au caribou pour les gens de la Nation huronne-wendat. Tout comme les lieux identifiés dans les sections précédentes, ils faisaient sans doute partie, à tout le moins au milieu du 19ème siècle et dans les décennies subséquentes, de l’habitat privilégié de la population originale de caribou forestier.

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2.6 La rivière Jacques-Cartier et le secteur de la rivière à l’Épaule

Dans un rapport antérieur traitant des connaissances traditionnelles des aînés actuels à l’égard de la population originale de caribou forestier du NionwentsïoNote de bas de page 49, nous avons vu que le lac Jacques-Cartier était autrefois l’un des lieux de chasse de cette espèce privilégiés par la Nation huronne-wendat. Les archives et la documentation historique confirment effectivement que la région générale du bassin hydrographique de la rivière Jacques-Cartier était fréquentée notamment à cette fin par les chasseurs hurons-wendat.

C’est entre autres ce que l’on apprend du témoignage qu’effectua le Grand Chef Nicolas Vincent Tsawenhohi(1771-1844) à la Chambre d’assemblée du Bas Canada le 4 février 1824Note de bas de page50. À cette occasion, le Grand Chef fut interrogé par un comité qui était mandaté pour examiner les possibilités de colonisation des « terres de la Couronne ». Plusieurs intervenants tels des colons, des explorateurs, des arpenteurs comme l’arpenteur général du Bas Canada Joseph Bouchette ou d’autres fonctionnaires y comparurent afin de décrire au meilleur de leurs connaissances les possibilités de colonisation dans les territoires qui n’avaient pas encore été explorés. À ce titre, la région comprise entre les rivières Saint-Maurice et Saguenay ainsi que le lac Saint-Jean fut examinée par le comité. C’est dans ce contexte que le Grand Chef de la Nation huronne-wendat se rendit partager une partie de ses connaissances concernant ces lieux qu’il avait parcouru à de nombreuses reprises en pratiquant ses activités traditionnelles de chasse, de pêche, de piégeage ou encore d’exploitation des végétaux.

Or, le Grand Chef Tsawenhohi référa explicitement au caribou dans ce témoignage de février 1824. Le comité demanda effectivement quels étaient les animaux qui étaient capturés par les Hurons-Wendat dans le territoire situé entre l’établissement de Valcartier et la rivière Chicoutimi :

Q. [question du comité] Quel Gibier y prenez-vous ?

R. [réponse du Grand Chef Tsawenhohi] Le Castor, des Loutres, des Martres, un peu de Rat-Musqué, et quand les glaces fondent, des Canards. Quelquefois on rencontre des CaribousNote de bas de page 51.

Le Grand Chef identifiait ainsi le castor, la loutre, la martre d’Amérique ainsi que le rat musqué comme étant les principales espèces à fourrure récoltées dans cette région, alors que le caribou figurait comme le gros gibier le plus chassé par les Hurons-Wendat en ces lieux en particulier.

D’autres sources historiques confirment que les Hurons-Wendat avaient autrefois l’habitude de chasser le caribou forestier dans la grande région du bassin hydrographique de la rivière Jacques-Cartier. La rivière à l’Épaule, par exemple, ressort comme un lieu plus spécifique où la Nation huronne-wendat prélevait cette espèce. En effet, nous avons évoqué dans la première partie de ce rapport le récit de Joseph Xavier Perrault de l’expédition d’exploration entre Québec et le lac Saint-JeanNote de bas de page 52à laquelle il participa à l’automne 1863. En suivant un sentier de chasse huron-wendat, mentionnons que les « explorateurs » avaient rencontré un campement de chasseurs de la Nation sur la rive sud du lac à l’Épaule. Ces Hurons-Wendat étaient cependant absents du campement à ce moment, étant probablement allés lever leurs pièges tendus dans les environs. La description assez détaillée du campement que livrait Perrault dans son ouvrage permet de constater qu’une cuisse de caribou était plantée au bout d’une perche dans la neige, ce qui indique que ce groupe de chasse s’alimentait entre autres grâce à cette espèce. La présence de viande de caribou témoigne également du fait que les Hurons-Wendat capturaient cette espèce dans les environs du lac à l’Épaule, à une distance raisonnable de ce campement :

Nous reprîmes le sentier en route pour le Lac L’Epaule, que nous frappâmes dans le milieu de sa longueur. Malheureusement ses eaux profondes et larges n’ont pas encore permis à la glace de se former, et nous sommes forcés de suivre le sentier qui cotoie ses bords. Nous étions en pleine marche lorsque nous rencontrâmes un camp dont les cendres encore fumantes disaient que les chasseurs l’avaient quitté le matin même.

Un Camp de Hurons.

Ce qui nous frappa à première vue, dans ce camp ouvert à tous, à quelques pas du Lac, c’est l’extrême sécurité avec laquelle les sauvages laissent tout ce qu’ils ont sous la protection traditionnelle du couvert de la forêt. Il semble qu’il leur reste quelque chose de la fierté nationale qui les porte à mépriser les vices des visages pâles et qui leur fait dédaigner les plus simples mesures de précaution contre le vol, de tout temps inconnu parmi eux. " Pas de voleur dans le bois " remarquait un jour un de nos sauvages en cherchant un objet que nous avions écarté dans le camp, et il faut que les sauvages soient bien persuadés de cette vérité pour abandonner, comme ils le font, leurs armes, leurs vivres, leur chasse, en un mot tout ce qu’ils possèdent dans leur camp ouvert, pendant qu’ils s’absentent des semaines entières, à la poursuite de quelque gibier qui a traversé leur chemin de chasse, ou à la visite des pièges et des attrapes tendus à la loutre, à la martre, au vison, au castor, à l’orignal ou au carcajou. C’était une de ces excursions qui avait motivé l’absence des sauvages dont nous rencontrions le camp, et ne pouvant obtenir de renseignements d’eux-mêmes, nous commençâmes une perquisition générale pour juger de leur chasse. La cabane, large de six pieds se composait tout simplement d’un plan incliné, fait d’écorces imbriquées appuyées sur quelques perches, ouvert à l’exposition du sud et fermé à droite et à gauche de manière à former un abri complet contre les vents du Nord, de l’Est et de l’Ouest. En face du camp était une immense épinette renversée dont les racines encore toutes chargées de terre formaient un écran contre les vents du Sud et un foyer pour le feu du bivouac. C’était là que fumait encore une bûche allumée pour le déjeuner du matin, et que notre cuisinier fit bientôt flamber en préparant le diner. Dès notre arrivée nous avions aperçu au bout d’une perche plantée dans la neige, une superbe cuisse de caribou. La tentation était trop forte, et remplaçant la viande fraîche pour du lard salé nous fîmes un échange que nous pensâmes tout à notre avantage, après avoir goûté à notre nouveau plat. […]

Sur le revers de la planche nous donnâmes des détails sur notre exploration avec des nouvelles du village, puis l’heure de repos étant écoulée, chacun reprit son paquet et nous partîmes pour aller camper sur une montagne à peu de distance du Lac des Neiges, dont nous rencontrions le sentier à l’Est de notre routeNote de bas de page532.

On se souvient d’ailleurs que l’arpenteur Hamel, en suivant le sentier huron-wendat peu de temps après avoir quitté ce camp, faillit se prendre dans un collet à caribou qui avait été tendu par les chasseurs de la Nation : « Malheureusement un de ces pièges avait été tendu dans le sentier qui nous suivions […] M. Hamel effleura le nœud coulant et le fit partir à la grande frayeur de M. Neilson qui nous suivait de près et qui faillit le recevoir dans la figureNote de bas de page 54». L’événement s’est produit le 25 octobre 1863 entre le Petit lac à l’Épaule et de lac des Roches, le long de la tête de la rivière à l’Épaule et dans la vallée vers le nord. La carte 5 présente ce lieu de chasse au caribou fréquenté par les Hurons-Wendat.

Carte 5 : Secteur de chasse de la rivière à l’Épaule et des environs.

Carte indiquant l'emplacement du territoire de chasse au caribou près de la  rivière à l'Épaule et dans la région avoisinante. Le territoire de chasse est illustré en rouge.

 

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Il est intéressant de remarquer que nous disposons d’une autre source historique qui corrobore directement l’exploitation du caribou par ce groupe de chasseurs de la Nation huronne-wendat. Effectivement, le militaire britannique dont nous avons vu le récit à la section 2.3 traversa ces mêmes lieux avec des guides Hurons-Wendat, et ce, quelques deux semaines après l’expédition des arpenteurs Neilson et Hamel. Or, ce militaire mentionnait dans son manuscrit avoir rencontré, le 8 novembre, trois « Indians » qui avaient « trappé » un caribou :

Saturday nov 7th up at 6 oc. got off at 7.20 passed Lac de noel, Lac d’Epaule & grand Lac d’Epaule […]

Sunday 8th up at 5 oc. off at 7.30. […] we came upon tree Indians who had trapped a cariboo. They set noose for them made of hide & fastened to a tree. these men had been 3 months in the wood trappingNote de bas de page 55.

Ces chasseurs de la Nation huronne-wendat étaient donc présents dans ce secteur depuis trois mois, soit approximativement depuis le milieu du mois d’août. Ils avaient justement capturé un caribou avec un collet confectionné à l’aide d’une peau.

Autrefois, ce lieu de chasse spécifique des Hurons-Wendat faisait sans doute partie de l’habitat privilégié de la population de caribou forestier du Nionwentsïo. Il en va de même pour la région générale du grand bassin hydrographique de la rivière Jacques-Cartier, comme l’indiquait le Grand Chef de la Nation huronne-wendat Nicolas Vincent Tsawenhohi au début de l’année 1824.

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2.7 Le lac Jambon et les environs de la rivière Tourilli

Poursuivons notre inventaire des lieux de chasse au caribou des Hurons-Wendat en se dirigeant davantage vers l’ouest du Nionwentsïo. À cet égard, il importe d’examiner les écrits de Georges Moore Fairchild Jr. qui eut l’occasion d’accompagner à maintes reprises les Hurons-Wendat lors d’expéditions de chasse, de pêche et de piégeage qui ont parfois duré plusieurs mois consécutifs. Pour illustrer la proximité de cet homme avec les gens de la Nation, soulignons que Fairchild fut même nommé chef honoraire par les Hurons-Wendat et reçu le nom de « On-we-as-ta-rien », signifiant « Man of Thoughts »Note de bas de page 56.

Fairchild réfère effectivement à plusieurs reprises à l’exploitation du caribou forestier par les chasseurs hurons-wendat. L’analyse de ses récits permet d’identifier le lac Jambon ainsi que les environs de la rivière Tourilli comme étant des lieux spécifiques fréquentés par les gens de la Nation pour y prélever entre autres cette espèce. Voici d’abord comment Fairchild décrivait le lac Jambon en présentant le récit d’une expédition en forêt avec des guides hurons-wendat :

Lake Jambon is a lovely sheet of water with some six or eight miles of shore line. It is situated almost at the mountain level, and is immense depth and of such wondrous clearness that I believe a sixpence could be seen at a depth of fifty feet in its waters. […]

The men [guides hurons-wendat] had built a great camp fire at the water’s edge, and before we turned in for the night they treated us to an improvised concert and many stories of hunting and trapping adventures about this section. In the fall and winter the shores of this lake are much resorted to by caribouNote de bas de page57.

Ainsi, près d’un grand feu de camp sur les rives de ce plan d’eau, les gens de la Nation qui accompagnaient alors Fairchild lui partagèrent de nombreuses aventures de chasse et de piégeage s’étant autrefois déroulées en ces lieux. Il est évident que ces histoires de chasse dans les environs du lac Jambon concernaient entre autres l’exploitation du caribou forestier, puisque Fairchild ajoutait justement que pendant les saisons automnales et hivernales, ces animaux se trouvaient en abondance sur les rives. La carte 6 illustre le lac Jambon et les environs de la rivière Tourilli.

Carte 6 : Le lac Jambon et les environs de la rivière Tourilli.

Carte indiquant l'emplacement du lac  Jambon et de la région entourant la rivière Tourilli. Le territoire de chasse au caribou est illustré en rouge.

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L’un des guides hurons-wendat préférés de Georges M. Fairchild était Charlo Gros-Louis (1820-ca1890), un grand chasseur de la Nation qui est mentionné dans plusieurs autres documents historiques. Lors des longues expéditions au sein du Nionwentsïo avec Charlo Gros-Louis, ce dernier raconta au chasseur sportif une chasse hivernale au caribou que son père fit autrefois dans ce secteur avec un autre chasseur de la Nation huronne-wendat. C’est en racontant une expédition de pêche que Fairchild fit allusion à une montagne située sur la rive nord du lac Tantaré appelée « Caribou Leap » ou le Saut du Caribou :

We resume our places on the rafts, and passing through the inlet that connects the lakes, we enter the second. Rising abruptly from its shore some hundreds of feet is Caribou Leap, a mountain so named from an event which happened many winters ago. Charlo’s father and companion, while hunting, started a caribou far above the lakes. The snow was deep and yielding, and they rapidly gained upon it. The caribou made for mountain, his pursuers still closely following, and a shot from Charlo’s father wounding it, it dashed wildly toward the precipice, and with one bound sprang from its edge and fell lifeless at the footNote de bas de page 58.

Avec l’aide de son compagnon, le père de Charlo Gros-Louis, nommé François Gros-Louis(1790-1870), avait donc débusqué un caribou « far above the lakes», c’est-à-dire loin au nord « des lacs » Tantaré, dans le secteur environnant la rivière Tourilli. La chute du caribou dans la falaise lorsque le chasseur huron-wendat l’abattit avait motivé l’adoption du toponyme pour cette montagne (voir carte 6). Cet événement qui confirme que les gens de la Nation prélevaient cette espèce dans ce secteur s’est apparemment produit dans la première moitié du 19ème siècle.

Fairchild référait aussi explicitement à la connaissance spécialisée du Huron-Wendat Charlo Gros-Louis en ce qui concerne la chasse et le comportement du caribou forestier, comme on peut le constater dans cet extrait tiré de ses écrits :

Shortly before we reached camp on the preceding evening we found what I took to be a single caribou track crossing our old trail, but my Indian said that there were three, that they had travelled a long distance and were not feeding, but they would undoubtedly stop at the little lake on the mountain to sleep, and feed about the shores in the morning.

A look, at peep of day, disclosed it was snowing.

« Bon, » exclaimed Charlo, « we get em caribou, no fear. »

The Indian was right, we stalked those caribou up wind on the lake border to within thirty yards. My shot dropped the buck to his knees, and Charlo finished him with another. The does we allowed to escape, though they circled about their fallen leader for some moments in a most distraught manner, and we might easily have killed them bothNote de bas de page 59.

On remarque dans ce passage que des chasseurs de la Nation tels Charlo Gros-Louis disposaient d’une connaissance excessivement fine du comportement du caribou forestier, et ce, en association avec le territoire que les Hurons-Wendat avaient l’habitude de fréquenter. Dans ce cas-ci, à la lecture des pistes dans la neige, le Huron-Wendat fut en mesure de préciser le nombre de caribous, c’est-à-dire trois, en plus du fait qu’ils étaient alors en déplacement sur une longue distance sans s’alimenter. Aussi le chasseur huron-wendat savait­il que ces trois caribous allaient passer la nuit près d’un petit lac dans la montagne pour s’y alimenter le lendemain matin. Il est difficile d’établir la localisation géographique de cette chasse, cependant l’hypothèse selon laquelle elle se déroulait dans le secteur environnant la rivière Tourilli s’avère la meilleure, puisque nous savons que Charlo Gros-Louis avait surtout l’habitude de chasser dans cette portion du Nionwentsïo.

À l’instar du lac jambon, les environs de la rivière Tourilli, en tant que lieu de chasse au caribou des Hurons-Wendat, faisaient sans doute autrefois partie de l’habitat privilégié par l’espèce.

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2.8 Le lac Épinette et le « lac Brulé »

Georges Moore Fairchild Jr. livra ultérieurement le récit complet d’une chasse au caribou avec des Hurons-Wendat dans son ouvrage From my Quebec Scrap-Book publié en 1907, plus spécifiquement dans le chapitre intitulé « Ten Days’ Caribou Hunt »Note de bas de page 60. L’expédition eut lieu après l’avènement du chemin de fer, probablement dans la décennie des années 1890. Fairchild était accompagné d’un Américain originaire de la ville de New-York nommé Jack Pelton.

Georges M. Fairchild spécifiait dans son récit que les chasseurs sportifs étaient accompagnés de deux guides de la Nation huronne-wendat, des membres des familles Picard et Sioui qu’il qualifiait d’ailleurs de « mighty hunters »Note de bas de page 61. Au début de la saison hivernale, le groupe se rendit à un petit camp dont disposait Fairchild sur les rives du « lac Epinette ». Sur le parcours menant à ce dernier plan d’eau, Fairchild racontait que les pistes de caribou étaient nombreuses. Paraphrasant le guide Sioui, le chasseur sportif précisait comment le huron­wendat avait identifié où se rendaient les animaux, c’est-à-dire au « lac Brule » :

Tracks of caribou soon became numerous, but Sioui proclaimed them “wan day ole, him go for lac Brule, see mebbe nex day.” Isn’t it great?” said Pelton as he came puffing up the trailNote de bas de page 62 […].

Ainsi le chasseur huron-wendat estimait que les caribous se rendaient au lac Brulé et qu’il serait peut-être possible de les rejoindre le lendemain. L’analyse des cartes anciennes représentant cette régionNote de bas de page 63 indique que le lac Brulé en question est nul autre que l’actuel lac Gouat. Quand au « lac Épinette », il s’agit du plan d’eau qui porte encore aujourd’hui le même nom et qui est situé à une dizaine de kilomètres au sud-ouest du lac Gouat. La carte 7 illustre ces deux plans d’eau.

Carte 7 : Les lacs Épinette et Gouat.

Carte indiquant l'emplacement du lac Épinette et du lac Gouat. Le territoire de chasse au caribou est illustré en rouge.

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L’Américain Pelton chassa avec le Huron-Wendat Sioui au lac Épinette tandis que Fairchild se rendit au lac Brulé en compagnie du guide Picard :

To Pelton and Sioui I resigned Lac Epinette, while Picard and I trudged off silently into the bush, and across the mountains to Lac Brule. Tracks of caribou, and comparatively fresh, were found about the lake, but no caribou in sight, We sat on a fallen tree in the sunshine on the border of the lake and ate our frugal and frozen lunch. At night fall we again reached camp, with not a caribou to our recordNote de bas de page 64.

Aucun caribou ne fut aperçu ce jour là au lac Brulé mais des pistes étaient présentes dans les environs du plan d’eau. Ce fait ainsi que la possibilité soulevée la veille par le guide Sioui indiquent que cet endroit constituait bel et bien un lieu spécifique où l’espèce pouvait être prélevée.

L’inexpérimenté Jack Pelton récolta pour sa part un caribou mâle à la décharge du lac Épinette, avec l’indispensable encadrement du guide Sioui comme l’indique la suite du récit. Ce mâle avait des bois, ce qui était inhabituel à ce moment de l’année selon le chasseur huron-wendat :

Pelton met me at the camp door with “What luck, O scribe?”

“None”, I replied, as I slipped out of my snowshoes, “and you my worthy novice?”

“Rather poor,” answered the worthy, “only a buck, but O! Scribe! while Sioui tells me it is unusual for a buck to have horns at this season of the year, mine has a grand pair.” Then Pelton’s enthusiasm burst forth. “It’s the greatest sport in the world, Scribe, absolutely immense, I shot that caribou within two hours after I left camp, just down at the discharge.”

“Luck,” said I, “always favors the greenhorn, and I congratulate you.”

Days followed days of alternating failure or successes, days in which it stormed and the snow whirled about our little camp and left great drifts before the door. It was then we took to fishing through the ice for the camp supply of trout for the Friday fast day, but we feasted mainly on caribou roasts and steaks, and we were as boys let loose for a holiday, and frolicked accordingly.

We brought our pleasant outing to a close when we each killed a caribou on the same day, and the legal limit was reached. Then we reluctantly took the back trail.

“Absolutely immense,” said Pelton, as we shook hands at the car steps, “you may look for me again next winterNote de bas de page 65. […]”.

Ainsi, au moment où eut lieu cette expédition de chasse, soit à la toute fin du 19ème siècle ou au tout début du 20ème siècle, les environs des lacs Épinette et Gouat faisaient sans doute partie de l’habitat privilégié par la population originale de caribou forestier.

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2.9 Le secteur du lac à la Cabane d’Automne

Le secteur de chasse au caribou du lac à la Cabane d’Automne ressort des résultats des fouilles archéologiques menées sous l’égide du Conseil de la Nation huronne-wendat lors de l’été 2000. Ces fouilles avaient notamment été réalisées dans deux sites hurons-wendat respectivement situés au lac à la Cabane d’Automne (CgEx-2) et au lac Clavier ou lac à la Cabane d’Automne 2 (ChEx-1)Note de bas de page 66. La carte 8 présente la localisation du lac à la Cabane d’Automne.

Carte 8 : Le lac à la Cabane d’Automne.

Carte indiquant l'emplacement du lac à la Cabane d' Automne. Le territoire de chasse au caribou est illustré en rouge.

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Le site archéologique CgEx-2, au lac à la Cabane d’Automne, préservait les vestiges d’un campement huron-wendat de chasse et de piégeage qui était surtout lié à des activités automnales et hivernales. La période d’utilisation intensive du site remonterait à la décennie des années 1880 et s’étendrait approximativement sur une période d’une dizaine d’années. L’analyse des restes fauniques du site CgEx-2, constitués d’ossements d’animaux, a été réalisée à l’Ostéothèque de Montréal. Il fut ainsi possible de déterminer quels animaux avaient été prélevés par le groupe de chasse et dépecés au moins en partie au site de campement. Or, outre les principaux animaux à fourrure, il est intéressant de noter que cette analyse a déterminé la présence d’ossements associés aux trois grands cervidés historiquement présents dans le Nionwentsïo : l’orignal, le chevreuil ainsi que le caribouNote de bas de page 67.

Bien entendu, il est improbable que ces animaux aient été transportés par les Hurons-Wendat sur de grandes distances suite à leur capture, ce qui indique forcément que ces trois grands cervidés, incluant le caribou, étaient chassés dans la région environnant le lac à la Cabane d’Automne à la fin du 19ème siècle. Il semble donc que ce secteur faisait également partie de l’habitat privilégié par le caribou forestier à cette époque.

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2.10 La rivière Blanche, « Yenshenk »

Le secteur de chasse au caribou de la rivière Blanche (voir carte 9) peut être identifié grâce à la toponymie originale des lieux en langue huronne-wendat. En effet, l’un des toponymes hurons-wendat s’appliquant à ce cours d’eau est « Yenshenk », signifiant « caribou » en langue française. Le toponyme huron-wendat original a été corrompu par les premiers arpenteurs pour se transformer en la désignation « rivière Linchèque », que l’on peut voir dans la documentation historique du 19ème siècle.

Ce marqueur toponymique laisse évidemment penser que la rivière Blanche était autrefois un secteur de chasse au caribou connu et exploité par la Nation huronne-wendat. Il apparaît tout autant évident que cette région était anciennement un lieu où l’on trouvait des caribous, c’est pourquoi il peut être considéré comme faisant sans doute partie de l’habitat auparavant privilégié par l’espèce.

Carte 9 : La rivière Blanche et le lac Lapeyrère.

Carte indiquant l'emplacement de la rivière Blanche et du lac Lapeyère.

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2.11 Le lac Lapeyrère

Le lac Lapeyrère portait autrefois le nom de « lac des Îles ». La région environnant ce plan d’eau fait clairement partie des lieux de chasse au caribou qui étaient autrefois fréquentés par les gens de la Nation huronne-wendat (voir carte 9). Les données historiques disponibles indiquent que des caribous étaient souvent présents en nombre appréciable dans les environs du « lac des Îles ». En effet, les chasseurs hurons-wendat relataient y avoir compté vingt-sept traces de caribous sur une neige fraichement tombée, un matin du mois de février de l’année 1906Note de bas de page 68. Il est ainsi évident que ce secteur faisait partie, à tout le moins à la fin du 19ème siècle et au début du 20èmesiècle, de l’habitat privilégié par la population originale de caribou du Nionwentsïo.

Au 19ème siècle, selon l’anthropologue Frank G. Speck, la région entourant le lac Lapeyrère constituait le territoire de chasse privilégié par les Hurons-Wendat Magloire Romain (1839-1911) et Alexandre Picard (1822-1888). Ces derniers avaient d’ailleurs érigé leur camp d’hiver sur les rives de cet immense plan d’eauNote de bas de page 69. Nul doute que le caribou était l’un des gros gibiers prisés par ce groupe de chasse.

La figure 4 reproduit une œuvre d’art datée de 1867 et intitulée « Cariboo Hunting, Lac au Lisle »Note de bas de page 70. La scène peinte par John B. Wilkinson se déroule vraisemblablement sur les rives du plan d’eau portant aujourd’hui le nom de lac Lapeyrère.

Figure 5 : « Cariboo Hunting, Lac au Lisle », œuvre de John B. Wilkinson, 1867.

Cariboo Hunting, Lac au Lisle », œuvre de John B. Wilkinson, 1867

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3. Les interprétations huronnes-wendat des mouvements de la population de caribou et des causes du déclin

Nous avons vu dans ce rapport que les Hurons-Wendat ont chassé le caribou du Nionwentsïo à tout le moins depuis le 17ème siècle jusqu’aux premières décennies du 20ème 19ème siècle. Jusqu’au milieu du siècle, le caribou et l’orignal ont ainsi constitué les principaux grands cervidés prélevés par les gens de la Nation dans la portion du Nionwentsïo située sur la rive nord du fleuve Saint-Laurent.

Mais les sources indiquent qu’à partir des années 1870 approximativement, la population de caribou forestier aurait connu une hausse considérable, de sorte que ces animaux, bien qu’ils fussent auparavant présents dans ces régions, se sont retrouvés en très grand nombre dans le territoire des Hurons-Wendat. Cette augmentation de la population de caribou a été soulignée par les aînés hurons-wendat lors des enquêtes réalisées par Georges Boiteau au cours des années 1940Note de bas de page 71.

En ce qui concerne les mouvements de la population de caribou et les causes expliquant le déclin, bien qu’elles soient peu nombreuses, les informations dans les archives et la documentation historique mettent souvent en évidence l’incidence des interactions avec une autre espèce, c’est-à-dire le loup. Cet élément était clairement souligné par le Huron-Wendat Absalon Gros-Louis (1916-1986), l’un des fils d’Harry Gros-Louis (senior) (1878-1953), dans un entretien de recherche réalisé au début des années 1980. Notons que dans sa jeunesse, monsieur Gros-Louis eut l’occasion de parcourir le territoire alors couvert par le Triton Fish & Game Club avec son père qui fut l’un des gardiens de cet établissement vers la fin de sa vie active. Il abordait ainsi la question du déclin du caribou :

Mais à cette époque là il y avait beaucoup de caribou aussi hein, il y avait du caribou en quantité […]

Ah, oui, oui, oui, parce qu’il y avait beaucoup de caribou. Parce que moi je me rappelle en 1925quand on est arrivé [au Triton Fish & Game Club pour le travail de gardien], j’étais jeune là, mais quand on est arrivé dans le bois ben moi j’étais, quoique j’étais pas capable de travailler comme les hommes ben je prenais plaisir à suivre papa l’été, dans mes vacances d’été là, ben là je suivais papa dans le bois d’un bord à l’autre et puis je me rappelle qu’il disait bon ben tient regarde dont ça on vient, il y a un troupeau de caribou qui a passé icitte ;

il y avait des crottes de caribou un peu partout là et des pistes de caribou aussi, ils se promenaient dans les portages. Et à un moment donné les loups ils ont fait leur apparition et vers les années 35, 36 là, ça a diminué et parti dans le nord, et il y avait du chevreuil aussi, beaucoup de chevreuils, ah oui, chevreuils, mais ils n’ont pas résisté à l’attaque des loups, ça fait que… on dirait qu’il commence à revenir un peu le chevreuil dans le coin, après ça ben l’orignal qui a survécuNote de bas de page72.

Le Huron-Wendat Harry Gros-Louis (senior), lorsqu’il fut interrogé au cours des années 1940, liait aussi explicitement le déclin du caribou forestier dans le Nionwentsïo à l’apparition des loups, une espèce qui était autrefois absente du territoire de la Nation. Voici comment il racontait la première fois où il observa des loups lors d’une expédition avec son père, Daniel Gros-Louis (1856-1939), dans le secteur des lacs de la Cabane d’Automne :

Les loups, on ne connaissé pas ça, nous autres ; les vieux non plus. C’été jamais v’nu dans le pays. La première fois que j’en ai vu, j’éta avec mon pére, aux lacs-de-la-Cabane-d’Automne. Ah ! mon Dieu, j’éta bin jeune, ptit gars : jdvais avoèr pas plus que di-onze ans. J’r’garde ça su la nége et j’me dis : ça doit être une trace de loups, elle n’était pas faite comme les autres traces. En rvenant à la cabane, j’dis ça à poupa, le soir. Tu comprends qui yâ pas cru ça. Le lendemain, j’voé dix loups ensemble, mais j’ai pas tiré, pour vrai dire j’eus peur. J’conte ça encore à poupa, mais yâ pas cru ça encore. Ca fait que l’soir, le yâbe été autour des écorces. Mon père se mit à croér ça. Avant ça, les loups c’été d’la légende : queques savages éloignés nous parlé de ça, mais nous autres, on n’en avé jamais vu, pas plus les vieux. Les loups, ça été l’épidémie qui a chassé et détruit les caribous dans les LaurentidesNote de bas de page 73.

Cette expédition dans les environs des lacs de la Cabane d’Automne eut lieu lorsqu’Harry Gros-Louis (senior) avait à peine une dizaine d’années, ce qui nous reporte vers 1888. Onconstate que le Huron-Wendat Daniel Gros-Louis n’avait jamais vu de loup auparavant dans le territoire que les gens de la Nation avaient coutume de fréquenter. C’était également le cas des aînés de la Nation à ce moment, tel que l’indique cet extrait. Ce sont ces loups, selon Harry Gros-Louis (senior), qui auraient chassé les caribous, tel une véritable épidémie.

Ajoutons que le Huron-Wendat Félix Gros-Louis (1853-1933), l’un des guides de l’expédition de chasse au caribou de l’ancien consul Ferdinand van Bruyssel, avait partagé avec ce dernier, dans les années précédant la publication de son ouvrage en 1934, une interprétation similaire du déclin du caribou. Effectivement, ce chasseur huron-wendat soulignait lui-aussi l’incidence des loups dans le déclin de la populationNote de bas de page74.

Dans le même ordre d’idées, mentionnons que les anciens Hurons-Wendat avaient conservé le souvenir que les orignaux d’autrefois, avant le départ du caribou forestier, se distinguaient de ceux qui « repeuplèrent » le Nionwentsïo par la suite. Cette information nous est parvenue par l’intermédiaire des enquêtes réalisées auprès d’aînés de la Nation huronne­wendat dans les années 1940. Le Huron-Wendat Ernest Bastien (1883-ca1952) racontait ainsi ce qu’il avait entendu des « vieux » de la Nation :

Les vieux disaient que les orignaux qu’il y avait dans le pays avant les caribous étaient « les anciens orignaux » et que ceux qui prirent la place des caribous étaient « les jeunes » ou « les nouveaux orignaux». Ils appelaient les plus vieux les anciens orignaux, parce qu’ils étaient plus hauts sur pattes et qu’ils avaient le poil plus jaune ; ils appelaient les plus récents les jeunes orignaux ou les nouveaux orignaux, parce qu’ils étaient plus bas sur pattes et qu’ils avaient le poil plus brun. Les vieux prétendaient que les anciens orignaux étaient venus du Nord, et que les nouveaux orignauxvenaient de l’AbitibiNote de bas de page 75.

L’aîné Ernest Bastien soulignait donc la différence entre les « anciens orignaux », c’est-à-dire ceux qui étaient présents avant la venue d’un plus grand nombre de caribous, vers 1870, et les « jeunes orignaux » ou « nouveaux orignaux », qui prirent carrément la place des caribous forestier. D’après les aînés de la Nation, les premiers étaient de plus grande taille et leur teinte était davantage jaunâtre, tandis que les seconds étaient de plus petite taille avec un poil plus brun. Ces « jeunes orignaux » ou « nouveaux orignaux », qui auraient remplacé le caribou forestier, provenaient originalement de l’Abitibi, alors que les orignaux qui étaient présents aux 17ème, 18ème et 19ème siècles étaient venus du nord.

Ces propos du Huron-Wendat Ernest Bastien ouvrent la réflexion sur les connaissances huronnes-wendat traditionnelles en matière d’interactions entre les populations d’orignaux et de caribous. Tout comme la question des interprétations huronnes-wendat des mouvements de la population de caribou et des causes du déclin de cette espèce dans le Nionwentsïo, il s’agit d’un sujet très peu connu qui mériterait certainement une investigation plus poussée dans les archives et la documentation historique de la Nation.

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Conclusion

Depuis des temps immémoriaux, les Hurons-Wendat ont entretenu une étroite relation avec le caribou forestier du Nionwentsïo. Cette relation s’est maintenue jusqu’au déclin de la population originale dans la première moitié du 20èmesiècle. Nous avons vu dans la première partie de ce rapport de recherche quel était l’usage traditionnel du caribou par les gens de la Nation huronne-wendat en situant d’abord l’exploitation de cette espèce dans le mode de vie et l’économie de la collectivité. Nous avons examiné comment s’effectuait autrefois la chasse et le piégeage du caribou, source d’alimentation pour la Nation, et comment des parties de cet animal, par exemple sa peau, constituaient des intrants dans la fabrication d’objets usuels et d’artisanat. Nous avons également souligné le travail de guides des Hurons-Wendat auprès des allochtones, notamment les miliaires britanniques de la Citadelle de Québec et autres chasseurs sportifs qui recherchaient les caribous du Nionwentsïo.

Dans la seconde partie, nous nous sommes intéressés plus particulièrement à l’habitat d’autrefois du caribou forestier du Nionwentsïo. Nous avons identifié à cet égard une vingtaine lieux de chasse au caribou que les Hurons-Wendat avaient anciennement l’habitude de fréquenter, ces derniers étant disséminés entre les grandes rivières Saint-Maurice et Saguenay. Nous avons remarqué que ces lieux spécifiques de chasse au caribou constituaient autant de portions du territoire qui faisaient sans doute partie de l’habitat privilégié par l’espèce à diverses époques. Dans la troisième partie du rapport, nous avons revu les principales informations tirées des archives et de la documentation historique qui traitent des interprétations huronnes-wendat des mouvements de la population de caribou et des causes du déclin de l’espèce dans le Nionwentsïo. Nous avons souligné à cet égard qu’une autre espèce animale, soit le loup, a pu avoir une incidence importante selon les aînés de la Nation qui ont vécu à la fin du 19ème siècle et dans la première moitié du 20ème siècle.

Bien sûr, d’autres données sur l’usage traditionnel du caribou forestier par les Hurons-Wendat pourraient être recueillies dans les archives et la documentation historique. Il en va de même pour l’inventaire des lieux de chasse au caribou fréquentés par la Nation qui peuvent être directement associés à l’habitat d’autrefois, notre analyse étant loin d’être exhaustive à cet égard. Aussi, comme nous l’avons souligné en introduction, le Bureau du Nionwentsïo a colligé au fil des années une masse considérable de données concernant différents aspects du caribou forestier dans le Nionwentsïo, et ce, depuis les origines jusqu’à aujourd’hui. Nul doute que ces informations pourraient enrichir la compréhension du caribou forestier et de son habitat d’autrefois.

Quoi qu’il en soit, il importe de souligner l’importance des efforts de gestion de la population actuelle de caribou forestier réintroduit, puisque ces animaux sont une partie intégrante du Nionwentsïo. À ce chapitre, on ne saurait trop insister sur le caractère incontournable de la Nation huronne-wendat dans le processus de gestion de l’espèce et de son habitat. Aussi peut-être un jour, si la qualité de l’habitat le permet, les Hurons-Wendat pourront-ils revoir à nouveau cette espèce en abondance dans le Nionwentsïo, et ainsi, renouer avec un animal qui était autrefois indissociable de la vie des ancêtres de la Nation.

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Note de bas de page - Partie 2

Note de bas de page 1

DAVAUGOUR, Louis, 1900 [1710] : « Lettre du Père Louis Davaugour au Rév. Père Joseph Germain supérieur général des missions canadiennes. De la mission de Lorette, en la Nouvelle-France. », in Lionel Saint-George Lindsay, Notre-Dame de la Jeune-Lorette en la Nouvelle-France : étude historique : 87-100, La compagnie de publication de la revue canadienne, Montréal. Cette lettre était à l'origine écrite en latin. Elle fut traduite en anglais et publiée dans The Jesuit Relations and Allied Documents édité par R. G. Thwaites. L'abbé Lionel Saint-George Lindsay en produit une traduction française qu'il publia dans son ouvrage en 1900.

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Note de bas de page 2

DAVAUGOUR, Louis, 1900 [1710] : « Lettre du Père Louis Davaugour au Rév. Père Joseph Germain supérieur général des missions canadiennes. De la mission de Lorette, en la Nouvelle-France. », in Lionel Saint-George Lindsay, Notre-Dame de la Jeune-Lorette en la Nouvelle-France : étude historique : 90, La compagnie de publication de la revue canadienne, Montréal.

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Note de bas de page 3

DAVAUGOUR, Louis, 1900 [1710] : « Lettre du Père Louis Davaugour au Rév. Père Joseph Germain supérieur général des missions canadiennes. De la mission de Lorette, en la Nouvelle-France. », in Lionel Saint-George Lindsay, Notre-Dame de la Jeune-Lorette en la Nouvelle-France : étude historique : 90-91, La compagnie de publication de la revue canadienne, Montréal.

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Note de bas de page 4

DAVAUGOUR, Louis, 1900 [1710] : « Lettre du Père Louis Davaugour au Rév. Père Joseph Germain supérieur général des missions canadiennes. De la mission de Lorette, en la Nouvelle-France. », in Lionel Saint-George Lindsay, Notre-Dame de la Jeune-Lorette en la Nouvelle-France : étude historique : 91, La compagnie de publication de la revue canadienne, Montréal.

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Note de bas de page 5

Nos recherches indiquent qu'à partir du milieu du 18ème siècle, la chasse au gros gibier chez les Hurons-Wendat est progressivement devenue une activité davantage masculine.

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Note de bas de page 6

DAVAUGOUR, Louis, 1900 [1710] : « Lettre du Père Louis Davaugour au Rév. Père Joseph Germain supérieur général des missions canadiennes. De la mission de Lorette, en la Nouvelle-France. », in Lionel Saint-George Lindsay, Notre-Dame de la Jeune-Lorette en la Nouvelle-France : étude historique : 91, La compagnie de publication de la revue canadienne, Montréal.

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Note de bas de page 7

Voir notamment : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, centre de Québec (BAnQ-Q), Fonds Cour des sessions de la paix (TP12), Greffe de Québec (S1), Matières criminelles en général (SS1), Dossiers -1908­1975 (SSS1), contenant 1960-01-357/190, No 123, « Assignation sur la dénonciation et plainte de E. T. D. Chambers vs Pitre Sioui, père », 17 mars 1909.

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Note de bas de page 8

Voir notamment : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, centre de Québec (BAnQ-Q), Fonds Cour des sessions de la paix (TP12), Greffe de Québec (S1), Matières criminelles en général (SS1), Dossiers -1908­1975 (SSS1), contenant 1960-01-357/190, No 122, « La plainte de E. T. D. Chambers vs Lorenzo Sioui pour chasse et tué des caribous dans le temps prohibé », 16 mars 1909 ; Bibliothèque et Archives nationales du Québec, centre de Québec (BAnQ-Q), Fonds Cour des sessions de la paix (TP12), Greffe de Québec (S1), Matières criminelles en général (SS1), Dossiers -1908-1975 (SSS1), contenant 1960-01-357/190, No 122, « Assignation sur la dénonciation de plainte de E. T. D. Chambers vs Lorenzo Sioui pour procès-sommaire », 17 mars 1909.

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Note de bas de page 9

Bibliothèque et Archives nationales du Québec, centre de Québec (BAnQ-Q), Fonds Cour des sessions de la paix (TP12), Greffe de Québec (S1), Matières criminelles en général (SS1), Dossiers -1908-1975 (SSS1), contenant 1960-01-357/190, No 123, « Assignation sur la dénonciation et plainte de E. T. D. Chambers vs Pitre Sioui, père », 17 mars 1909.

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Note de bas de page 10

Extrait de : Bibliothèque et Archives nationales du Québec, centre de Québec (BAnQ-Q), Fonds Cour des sessions de la paix (TP12), Greffe de Québec (S1), Matières criminelles en général (SS1), Dossiers -1908-1975 (SSS1), contenant 1960-01-357/190, No 122, « La plainte de E. T. D. Chambers vs Lorenzo Sioui pour chasse et tué des caribous dans le temps prohibé », 16 mars 1909.

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Note de bas de page 11

MELSHEIMER, F.V., 1927 [1776] : « Journal of the Voyage of the Brunswick Auxiliaries from Wolfenbüttel to Quebec » in Société littéraire et historique de Québec, Transactions of The Literary and Historical Society of Quebec : 166. Le Soleil Limitée, Québec, New Series, No 20.

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Note de bas de page 12

Sir Frederick Haldimand : Unpublished Papers and Correspondence, 1758-1784, British Library, Add. Mss., 21777, Correspondances avec les Sauvages résidents, 1777-1783, [Lettre de Girault à Carleton], Jeune-Lorette, 30 janv. 1778, 1 p.

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Note de bas de page 13

BAINBRIGGE, Philip John (1817-1881), Portrait of Canadian Indian Nicolas Vincent wearing snowshoes, 1840, aquarelle sur crayon, 12.7cm X 10.2 cm, Bibliothèque et Archives Canada (BAC).

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Note de bas de page 14

PERRAULT, [Joseph-Xavier], [1863] : Exploration de Québec au Lac St. Jean. Extrait de la Revue Agricole. Bureaux à la Batisse Toupin, Montréal, 62 p.

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Note de bas de page 15

PERRAULT, [Joseph-Xavier], [1863] : Exploration de Québec au Lac St. Jean. Extrait de la Revue Agricole. Bureaux à la Batisse Toupin, Montréal, p. 9.

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Note de bas de page 16

« Un cable de douze brins, ils [les caribous] passaient au travers », selon Harry Gros-Louis.

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Note de bas de page 17

Témoignage d'Harry Gros-Louis (senior) (1878-1953) dans Georges Boiteau, 1954 : Les chasseurs hurons de Lorette. Thèse (M.A.), histoire, Université Laval, Québec, p. 129-130.

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Note de bas de page 18

Témoignage d'Harry Gros-Louis (senior) (1878-1953) dans Boiteau, Les chasseurs hurons de Lorette,p. 134.

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Note de bas de page 19

Boiteau, Les chasseurs hurons de Lorette, p. 132.

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Note de bas de page 20

Témoignage d'Harry Gros-Louis (senior) (1878-1953) dans Boiteau, Les chasseurs hurons de Lorette, p. 131.

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Note de bas de page 21

BUREAU DU NIONWENTSÏO, 2010 : Collecte de connaissances traditionnelles sur le caribou forestier, rapport présenté à Environnement Canada, Région de Québec, par le Conseil de la Nation huronne-wendat, 31 mars 2010, p. 6.

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Note de bas de page 22

LEMOINE, James Macpherson, 1882 : Picturesque Quebec : A Sequel to Quebec Past and Present. Dawson, Montréal, p. 463-464.

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Note de bas de page 23

Léon Gérin, 1996 [1901] : « Le Huron de Lorette. À quels égards il est resté sauvage », in Denis Vaugois (dir.), Les Hurons de Lorette : 31-38. Septentrion, Sillery.

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Note de bas de page 24

Témoignage d'Harry Gros-Louis (senior) (1878-1953) dans Boiteau, Les chasseurs hurons de Lorette, p. 135.

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Note de bas de page 25

Selon Ruth B. Phillips, les pochettes murales confectionnées avec des pattes de grands cervidés étaient une spécialité des Hurons-Wendat. Voir à ce sujet Ruth B. Phillips, 1998 : Trading Identities. The Souvenir in Native North American Art from the Northeast, 1700-1900. McGill-Queen's University Press, Montréal, p. 234-236.

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Note de bas de page 26

Source de l'image : Archives du Conseil de la Nation huronne-wendat (ACNHW).

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Note de bas de page 27

Témoignage d'Harry Gros-Louis (senior) (1878-1953) dans Boiteau, Les chasseurs hurons de Lorette, p. 126.

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Note de bas de page 28

MONTPETIT, [André-Napoléon], 1876 : « Neuf jours chez un trappeur », L'Opinion publique. Montréal, 8, 15, 22, 29 juin, 6, 13, 20, 27 juillet, et 3 août 1876.

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Note de bas de page 29

MONTPETIT, [André-Napoléon], 1876 : « Neuf jours chez un trappeur », L'Opinion publique. Montréal, 27 juillet 1876, p. 356.

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Note de bas de page 30

MONTPETIT, [André-Napoléon], 1876 : « Neuf jours chez un trappeur », L'Opinion publique. Montréal, 27 juillet 1876, p. 356.

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Note de bas de page 31

Archives du Conseil de la Nation huronne-wendat (ACNHW), [Récit d'une expédition de chasse avec François Gros-Louis], 5 novembre au 6 décembre 1863, n.p.

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Note de bas de page 32

François Gros-Louis Hatsenharonkwas (1811-1871) était surnommé « La Plume » par les gens de la Nation huronne-wendat en raison de la rapidité de ses déplacements, ces derniers évoquant la légèreté d'une plume. La tradition orale huronne-wendat en a gardé le souvenir.

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Note de bas de page 33

Archives du Conseil de la Nation huronne-wendat (ACNHW), [Récit d'une expédition de chasse avec François Gros-Louis], 5 novembre au 6 décembre 1863, n.p.

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Note de bas de page 34

Source : Archives du Conseil de la Nation huronne-wendat (ACNHW), [Récit d'une expédition de chasse avec François Gros-Louis], 5 novembre au 6 décembre 1863, n.p.

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Note de bas de page 35

Archives du Conseil de la Nation huronne-wendat (ACNHW), [Récit d'une expédition de chasse avec François Gros-Louis], 5 novembre au 6 décembre 1863, n.p.

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Note de bas de page 36

Archives du Conseil de la Nation huronne-wendat (ACNHW), [Récit d'une expédition de chasse avec François Gros-Louis], 5 novembre au 6 décembre 1863, n.p.

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Note de bas de page 37

Archives du Conseil de la Nation huronne-wendat (ACNHW), [Récit d'une expédition de chasse avec François Gros-Louis], 5 novembre au 6 décembre 1863, n.p.

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Note de bas de page 38

VAN BRUYSSEL, Ferdinand, 1934 : Jean Vadeboncoeur et Marie-Anne Lafrance, Canadiens Français. Éditions de la Revue Mondiale, Paris, p. 19-87.

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Note de bas de page 39

VAN BRUYSSEL, Ferdinand, 1934 : Jean Vadeboncoeur et Marie-Anne Lafrance, Canadiens Français. Éditions de la Revue Mondiale, Paris, p. 19 ; 57-58.

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Note de bas de page 40

VAN BRUYSSEL, Ferdinand, 1934 : Jean Vadeboncoeur et Marie-Anne Lafrance, Canadiens Français. Éditions de la Revue Mondiale, Paris, p. 57-66.

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Note de bas de page 41

VAN BRUYSSEL, Ferdinand, 1934 : Jean Vadeboncoeur et Marie-Anne Lafrance, Canadiens Français. Éditions de la Revue Mondiale, Paris, p. 69-71.

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Note de bas de page 42

VAN BRUYSSEL, Ferdinand, 1934 : Jean Vadeboncoeur et Marie-Anne Lafrance, Canadiens Français. Éditions de la Revue Mondiale, Paris, p. 74-75.

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Note de bas de page 43

VAN BRUYSSEL, Ferdinand, 1934 : Jean Vadeboncoeur et Marie-Anne Lafrance, Canadiens Français. Éditions de la Revue Mondiale, Paris, p. 76-77.

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Note de bas de page 44

VAN BRUYSSEL, Ferdinand, 1934 : Jean Vadeboncoeur et Marie-Anne Lafrance, Canadiens Français. Éditions de la Revue Mondiale, Paris, p. 85.

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Note de bas de page 45

MONTPETIT, [André-Napoléon], 1876 : « Neuf jours chez un trappeur », L'Opinion publique. Montréal, 6 juillet 1876, p. 321.

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Note de bas de page 46

MONTPETIT, [André-Napoléon], 1876 : « Neuf jours chez un trappeur », L'Opinion publique. Montréal, 13 juillet 1876, p. 330.

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Note de bas de page 47

MONTPETIT, [André-Napoléon], 1876 : « Neuf jours chez un trappeur », L'Opinion publique. Montréal, 20 juillet 1876, p. 345.

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Note de bas de page 48

MONTPETIT, [André-Napoléon], 1876 : « Neuf jours chez un trappeur », L'Opinion publique. Montréal, 20 juillet 1876, p. 345.

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Note de bas de page 49

BUREAU DU NIONWENTSÏO, 2010 : Collecte de connaissances traditionnelles sur le caribou forestier, rapport présenté à Environnement Canada, Région de Québec, par le Conseil de la Nation huronne-wendat, 31 mars 2010.

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Note de bas de page 50

Voir VINCENT, Nicolas Tsawenhohi, 1824 : [Témoignage de Nicolas Vincent Tsawenhohi devant la Chambre d'assemblée du Bas-Canada en date du 4 février 1824], in Bas-Canada, Assemblée législative, Journaux de la Chambre d'assemblée du Bas-Canada : n.p. John Neilson, Québec, vol. XXXIII, appendice R.

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Note de bas de page 51

VINCENT, Nicolas Tsawenhohi, 1824 : [Témoignage de Nicolas Vincent Tsawenhohi devant la Chambre d'assemblée du Bas-Canada en date du 4 février 1824], in Bas-Canada, Assemblée législative, Journaux de la Chambre d'assemblée du Bas-Canada : n.p. John Neilson, Québec, vol. XXXIII, appendice R.

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Note de bas de page 52

PERRAULT, [Joseph-Xavier], [1863] : Exploration de Québec au Lac St. Jean. Extrait de la Revue Agricole. Bureaux à la Batisse Toupin, Montréal.

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Note de bas de page 53

PERRAULT, [Joseph-Xavier], [1863] : Exploration de Québec au Lac St. Jean. Extrait de la Revue Agricole. Bureaux à la Batisse Toupin, Montréal, p. 8.

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Note de bas de page 54

PERRAULT, [Joseph-Xavier], [1863] : Exploration de Québec au Lac St. Jean. Extrait de la Revue Agricole. Bureaux à la Batisse Toupin, Montréal, p. 9.

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Note de bas de page 55

Archives du Conseil de la Nation huronne-wendat (ACNHW), [Récit d'une expédition de chasse avec François Gros-Louis], 5 novembre au 6 décembre 1863, n.p.

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Note de bas de page 56

À ce sujet, voir notamment FAIRCHILD, George Moore, 1907 : From my Quebec Scrap-Book. Frank Carrel, Québec, p. 244 ; 267-273.

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Note de bas de page 57

FAIRCHILD, George Moore Jr, 1896 : Rod and Canoe, Rifle and Snowshoe in Quebec's Adirondacks. Frank Carrel, Québec, p. 100-101.

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Note de bas de page 58

FAIRCHILD, George Moore Jr, 1896 : Rod and Canoe, Rifle and Snowshoe in Quebec's Adirondacks. Frank Carrel, Québec, p. 108.

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Note de bas de page 59

FAIRCHILD, George Moore Jr, 1896 : Rod and Canoe, Rifle and Snowshoe in Quebec's Adirondacks. Frank Carrel, Québec, p. 198-199.

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Note de bas de page 60

FAIRCHILD, George Moore, 1907 : From my Quebec Scrap-Book. Frank Carrel, Québec, p. 241-250.

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Note de bas de page 61

FAIRCHILD, George Moore, 1907 : From my Quebec Scrap-Book. Frank Carrel, Québec, p. 244.

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Note de bas de page 62

FAIRCHILD, George Moore, 1907 : From my Quebec Scrap-Book. Frank Carrel, Québec, p. 248.

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Note de bas de page 63

Voir entre autres les cartes des anciens clubs privés de chasse et de pêche conservées au Bureau du Nionwentsïo du Conseil de la Nation huronne-wendat.

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Note de bas de page 64

FAIRCHILD, George Moore, 1907 : From my Quebec Scrap-Book. Frank Carrel, Québec, p. 249.

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Note de bas de page 65

FAIRCHILD, George Moore, 1907 : From my Quebec Scrap-Book. Frank Carrel, Québec, p. 249-250.

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Note de bas de page 66

Voir à ce sujet Yves Chrétien, 2000 : Le projet de la cabane d'automne. Premières interventions archéologiques sur les anciens territoires de chasse hurons. Rapport de recherche archéologique présenté au Conseil de la Nation huronne-wendat, Wendake, 141 p.

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Note de bas de page 84

Chrétien, Le projet de la cabane d'automne. Premières interventions archéologiques sur les anciens territoires de chasse hurons, p. 70-73.

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Note de bas de page 68

Propos de chasseurs hurons-wendat principalement recueillis dans les années 1940. Voir Boiteau, Les chasseurs hurons de Lorette, p. 125.

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Note de bas de page 69

SPECK, Frank, G., 1927 : « Huron Hunting Territories in Quebec ». Indian Notes IV (1) : 8.

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Note de bas de page 70

Wilkinson, John B., (actif 1865-1915), Cariboo Hunting, Lac au Lisle, 1867, aquarelle avec gouache sur graphite sur papier vélin, 31.900 x 18.600 cm, Bibliothèque et Archives Canada (BAC), Peter Winkworth Collection of Canadiana, Acc. No. R9266-426.

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Note de bas de page 71

Boiteau, Les chasseurs hurons de Lorette, p. 124.

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Note de bas de page 72

Entrevue avec Absalon Gros-Louis (1916-1986), 26 février 1982, Archives du Conseil de la Nation huronne­wendat (ACNHW)

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Note de bas de page 73

Témoignage d'Harry Gros-Louis (senior) (1878-1953) dans Boiteau, Les chasseurs hurons de Lorette, p. 126.

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Note de bas de page 74

VAN BRUYSSEL, Ferdinand, 1934 : Jean Vadeboncoeur et Marie-Anne Lafrance, Canadiens Français. Éditions de la Revue Mondiale, Paris, p. 68.

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Note de bas de page 75

Témoignage d'Ernest Bastien (1883-1952) dans Boiteau, Les chasseurs hurons de Lorette, p. 126.

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