Programme de rétablissement de la plagiobothryde délicate (Plagiobothrys tenellus) au Canada

2014

Table des matières

Plagiobothryde délicate en fleurs.
© Shyanne Smith

Référence recommandée :

Agence Parcs Canada. 2014. Programme de rétablissement de la plagiobothryde délicate (Plagiobothrys tenellus) au Canada, Série de Programmes de rétablissement de la Loi sur les espèces en péril, Agence Parcs Canada, Ottawa, vi + 24 p.

Pour obtenir des exemplaires du présent programme de rétablissement ou un complément d’information sur les espèces en péril, y compris les rapports de situation du COSEPAC, les descriptions de résidence, les plans d’action et les documents connexes sur le rétablissement, veuillez consulter le Registre public des espèces en péril [1].

Illustration de la couverture : plagiobothryde délicate, photo de Shyanne Smith.

Also available in English under the title
« Recovery Strategy for the Slender Popcornflower (Plagiobothrys tenellus) in Canada »

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l’Environnement, 2014. Tous droits réservés.

ISBN 978-0-660-22253-0

No de catalogue En3-4/185-2014F-PDF

Le contenu du présent document (à l’exception des illustrations) peut être utilisé sans permission, à condition que la source en soit adéquatement mentionnée.

Énoncé de recommandation et d’approbation

L’Agence Parcs Canada a dirigé l’élaboration du présent programme de rétablissement du gouvernement fédéral, en collaboration avec l’autre ministre compétent (ou les autres ministres compétents) dont l’espèce relève en vertu de la Loi sur les espèces en péril. Le directeur général, suivant la recommandation du ou des directeurs de parc et du ou des directeurs d’unité de gestion, approuve le présent document, attestant ainsi qu’il est conforme aux exigences relatives aux programmes de rétablissement de la Loi sur les espèces en péril.

Recommandé par :

___________________________________________________
Jim Greenfield
Directeur par interim, Réserve de parc national du Canada des Îles-Gulf

Recommandé par :

___________________________________________________
Helen Davies
Directrice, Unité de gestion de la côte de la Colombie-Britannique, Agence Parcs Canada

Approuvé par :

___________________________________________________
Alan Latourelle
Directeur général, Agence Parcs Canada

 

signatures

Préface

Les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux signataires de l’Accord pour la protection des espèces en péril (1996) ont convenu d’adopter des lois, des règlements, des programmes et des politiques complémentaires afin d’assurer la protection des espèces sauvages en péril partout au Canada. Selon la Loi sur les espèces en péril (LEP) (L.C. 2002, ch. 29), les ministres fédéraux compétents doivent élaborer des programmes de rétablissement pour les espèces désignées disparues du pays, en voie de disparition ou menacées et sont tenus de rendre compte des progrès accomplis cinq ans après la publication du document final dans le Registre public de la LEP.

Le ministre de l’Environnement du Canada et le ministre responsable de l’Agence Parcs Canada sont, en vertu de la LEP, responsables du rétablissement de la plagiobothryde délicate et présentent ici leur programme de rétablissement de l’espèce, conformément à l’article 37 de cette loi. Dans la mesure du possible, ce programme a été élaboré en collaboration avec le gouvernement de la Colombie-Britannique.

Il va sans dire que ni Environnement Canada, ni l’Agence Parcs Canada ni aucune autre instance ne peuvent mener à bien ce programme de rétablissement sans l’engagement et la coopération des nombreuses parties qui seront appelées à participer à sa mise en œuvre. Tous les Canadiens et toutes les Canadiennes sont invités à appuyer ce programme et à contribuer à sa mise en œuvre, dans l’intérêt de la plagiobothryde délicate et de l’ensemble de la société canadienne.

Le présent programme de rétablissement sera suivi d’un ou de plusieurs plans d’action précisant les mesures de rétablissement particulières que devront prendre l’Agence Parcs Canada et les autres instances et organisations participant à la conservation de l’espèce. La mise en œuvre du programme est assujettie aux crédits et contraintes budgétaires ainsi qu’aux priorités des instances et organisations participantes.

Le rétablissement de la plagiobothryde délicate sera coordonné avec le rétablissement d’autres espèces présentes dans les écosystèmes du chêne de Garry (Agence Parcs Canada, 2006).

Remerciements

Nous aimerions remercier ici Shyanne Smith, qui a recueilli et compilé l’information sur l’espèce et son habitat ayant servi à préparer le présent programme de rétablissement. L’Équipe de rétablissement des écosystèmes du chêne de Garry, chargée du rétablissement de la plagiobothryde délicate, a participé à l’élaboration du programme. Les modifications apportées par la suite sont le fruit d’observations et de corrections transmises par la province de la Colombie-Britannique, l’Agence Parcs Canada et Environnement Canada. Enfin, nous voulons aussi remercier les différents propriétaires qui soutiennent le rétablissement de l’espèce sur leur terrain et ont permis l’accès à leur propriété pour les relevés.

Résumé

La population canadienne de plagiobothryde délicate (Plagiobothrys tenellus) a été désignée comme menacée en 2008 par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). En février 2011, l’espèce a été inscrite sur la liste des espèces menacées aux termes de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du Canada.

La plagiobothryde délicate est une petite plante annuelle qui pousse dans les sols exposés des pentes abruptes, herbeuses et sèches et des escarpements côtiers exposés au sud. L’espèce n’est présente qu’en Amérique du Nord, principalement à l’est de la chaîne des Cascades : on la rencontre dans l’État de Washington, en Idaho, en Oregon, en Utah, au Nevada et jusque dans le sud de la Californie. On trouve des colonies isolées de plagiobothryde délicate dans le sud‑est de l’île de Vancouver (près de Victoria), les îles Gulf et l’île San Juan. Sept populations de l’espèce sont encore considérées comme existantes au Canada, mais une seule a été observée au cours de la dernière décennie. La population canadienne de plagiobothryde délicate représente moins de 1 % de l’aire de répartition mondiale de l’espèce.

Les menaces qui pèsent sur la plagiobothryde délicate sont la transformation de son habitat, les espèces végétales exotiques envahissantes, l’empiètement de la végétation ligneuse (indigène et exotique) et les changements touchant les régimes climatiques (et plus particulièrement les précipitations du printemps et du début de l’été). Parmi les facteurs limitatifs de l’espèce, on compte sa spécificité à l’égard de milieux rares, sa petite zone d’occupation et sa prédisposition à l’effondrement démographique.

À court terme, les activités de rétablissement de la plagiobothryde délicate se concentreront sur l’essai de techniques de rétablissement et d’accroissement de la population. On cherchera à maintenir la population de l’île Saturna et l’habitat des autres populations tout en explorant la possibilité d’augmenter l’abondance de l’espèce et d’étendre son aire de répartition. Les stratégies générales visant les facteurs menaçant la survie et le rétablissement de la plagiobothryde délicate sont présentées dans la section 6, «  Stratégies et approches générales recommandées pour l’atteinte des objectifs  ».

Le présent programme de rétablissement définit l’habitat essentiel nécessaire au rétablissement de la plagiobothryde délicate. Les meilleures connaissances disponibles ont été utilisées pour la désignation de l’habitat essentiel, mais il existe toutefois d’importantes lacunes dans les connaissances. Il faudra que des superficies supplémentaires d’habitat essentiel soient désignées dans les documents de planification à venir pour que les objectifs en matière de population et de répartition puissent être atteints.

D’autres mesures visant le rétablissement de la plagiobothryde délicate seront intégrées à un ou plusieurs plans d’action d’ici octobre 2018.

Résumé du caractère réalisable du rétablissement

Le rétablissement de la plagiobothryde délicate au Canada est jugé réalisable, selon les critères énoncés par le gouvernement du Canada (2009) :

  1. Des individus de l’espèce sauvage capables de se reproduire sont présents maintenant ou le seront dans un avenir prévisible pour maintenir la population ou augmenter son abondance.

    Oui. Au moins une population compte de nombreux individus reproducteurs dont les graines pourraient être récoltées aux fins du rétablissement ou de l’accroissement de la population.

  2. Il y a suffisamment d’habitat favorable à l’espèce pour en assurer le maintien, ou ce pourrait être le cas grâce à des mesures de gestion ou de restauration de l’habitat.

    Oui. L’habitat est suffisant, du moins pour le maintien de la population de l’île Saturna à son niveau actuel. La mise en œuvre de mesures actives d’intendance ou de restauration permettrait d’accroître la quantité de milieux propices dans les autres localités.

  3. Les principales menaces qui pèsent sur l’espèce ou sur son habitat (y compris les menaces qui proviennent de l’extérieur du Canada) peuvent être évitées ou atténuées.

    Oui. Les trois principales menaces qui pèsent sur la plagiobothryde délicate peuvent être évitées ou atténuées grâce à des mesures de rétablissement. La transformation de l’habitat peut être évitée, et l’empiètement des plantes exotiques ou indigènes envahissantes peut être atténué ou géré au moyen d’activités d’intendance.

  4. Il existe des techniques de rétablissement permettant d’atteindre les objectifs en matière de population et de répartition, ou de telles techniques pourraient être élaborées en un temps raisonnable.

    Oui. Il existe des techniques d’intendance de l’habitat et de surveillance et d’inventaire des populations qui se sont avérées efficaces pour d’autres espèces des écosystèmes du chêne de Garry.

1. Évaluation de l’espèce par le COSEPAC[2]

Date de l’évaluation : novembre 2008

Nom commun : Plagiobothryde délicate

Nom scientifique : Plagiobothrys tenellus

Statut établi par le COSEPAC : espèce menacée

Justification de la désignation : Il s’agit d’une herbe annuelle de pentes herbeuses et de falaises côtières se trouvant dans l’écosystème du chêne de Garry fortement réduit et fragmenté. Près de la moitié des populations connues sont disparues des zones fortement touchées par les plantes exotiques envahissantes dans le sud-est de l’île de Vancouver et des îles Gulf voisines. Il ne reste que sept petites populations. La taille des populations fluctue, probablement selon les précipitations, et plusieurs de ces populations ne comprennent que quelques individus. La taille de la population totale est estimée à moins de 1000 individus. Les plantes envahissantes continuent de dégrader l’habitat de l’espèce dans tous les sites.

Présence au Canada : Colombie Britannique

Historique du statut établi par le COSEPAC : Espèce désignée « menacée » en novembre 2008. Évaluation fondée sur un nouveau rapport de situation.

2. Information sur la situation de l’espèce

La population canadienne de plagiobothryde délicate (Plagiobothrys tenellus) a été désignée comme menacée en 2008 par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC). En février 2011, l’espèce a été inscrite sur la liste des espèces menacées aux termes de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du Canada. Moins de 1 % de l’aire de répartition et des populations de l’espèce se trouve au Canada. Le tableau 1 présente les diverses cotes de conservation attribuées à l’espèce.

3. Information sur l’espèce

3.1. Description de l’espèce

La plagiobothryde délicate est une petite herbacée annuelle de 5 à 25 centimètres de hauteur, à racine pivotante et à tige simple ou parfois ramifiée. Les feuilles et les tiges sont couvertes d’une pubescence bien visible. Les tiges partent d’une rosette de feuilles basilaires. Les feuilles caulinaires sont alternes, lancéolées, peu nombreuses et plus petites que les feuilles basilaires. Les tiges portent de petites fleurs blanches réunies en inflorescences terminales spiralées, étroites et allongées. Les fruits sont cruciformes et comportent des rangées d’excroissances semblables à des verrues (COSEPAC, 2008).

Tableau 1. Cotes de conservation attribuées à la plagiobothryde délicate. Sources : Conservation Data Centre de la Colombie-Britannique, 2012; NatureServe, 2012. Version accessible de Tableau 1
ÉchelleCote*Description de la cote
Échelle mondialeG4G5Apparemment non en péril ou non en péril
CanadaN1Gravement en péril
Colombie-BritanniqueS1Gravement en péril
États‑UnisNNREspèce non classée
UtahS1Gravement en péril
WashingtonSNREspèce non classée
CalifornieSNREspèce non classée
IdahoSNREspèce non classée
NevadaSNREspèce non classée
OregonSNREspèce non classée
ArizonaSNREspèce non classée
* Les cotes de conservation de NatureServe sont fondées sur une échelle de 1 à 5, allant de gravement en péril (1) à manifestement non en péril (5). La situation de l’espèce est évaluée à trois échelles géographiques : à l’échelle mondiale (G), à l’échelle de chaque pays (N) et à l’échelle de chaque État ou province (S).

3.2. Population et répartition

La plagiobothryde délicate est présente depuis le sud‑ouest de la Colombie-Britannique jusqu’en Californie, en passant par l’État de Washington, l’Idaho, l’Oregon, l’Utah et le Nevada (figure 1; COSEPAC, 2008).

Au Canada, on trouve l’espèce dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique, le long de la côte sud-est de l’île de Vancouver et dans les îles Gulf voisines (figure 2; COSEPAC, 2008). Treize populations canadiennes ont été répertoriées au total, dont six n’ont pas été vues depuis 1958 et sont présumées disparues. À l’exception de la population 4 (île Saturna), on sait peu de choses à propos des sept populations restantes (figure 2) : au moment du dernier rapport, certaines populations ne comptaient que quelques sujets, alors que d’autres en comptaient des centaines. Cependant, il y a plus de dix ans qu’on a observé des sujets ailleurs qu’à l’île Saturna (tableau 2). Ces populations restantes sont toutefois encore considérées comme existantes, car leur habitat n’a pas été détruit, et un réservoir de semences pourrait être présent dans le sol (Bush et Lancaster, 2005) (tableau 2).

Selon les relevés effectués à l’île Saturna en 2010 et en 2011, la taille connue de la population a augmenté de 188 % à 250 %, les effectifs s’établissant entre 1 000 et 1 500 sujets sur une superficie d’environ 28 hectares. Cet accroissement des effectifs est en grande partie attribuable à une augmentation de la superficie occupée par l’espèce.

Carte de la répartition de la plagiobothryde délicate.
© Sa Majesté la Reine du chef du Canada

Figure 1. Aire de répartition mondiale de la plagiobothryde délicate (COSEPAC, 2008). Les régions ombragées correspondent à l’aire de répartition de l’espèce.



Carte de la répartition en Colombie-Britannique.
© Sa Majesté la Reine du chef du Canada

Figure 2. Aire de répartition canadienne de la plagiobothryde délicate (COSEPAC, 2008). L’emplacement des populations existantes est indiqué par un cercle noir.



Tableau 2. Emplacement général des populations de plagiobothryde délicate au Canada, taille des populations et régime de propriété des terres.
PopulationEmplacement généralTaille de la population (date de la dernière observation)Régime de propriété des terres
1Île Galiano – population 2
(Bodega Ridge)
Rapport de situation : 400 – 500 (1998)
2010-2011 : espèce non trouvée
Terres non fédérales
2Île Galiano – population 1 (Mont Sutil)Rapport de situation : données non disponibles (1980)
2010-2011 : espèce non trouvée
Terres non fédérales
3Île Mayne
(Mont Heck)
Rapport de situation : 15 (1996)
2010-2011 : espèce non trouvée
Terres non fédérales
4Île SaturnaRapport de situation : 400 – 800 (2007)
2010-2011 : 1 000 – 1 500
Terres fédérales et non fédérales
5Île Pender Sud
(Mont Norman)
Rapport de situation : données non disponibles (1980)
2010-2011 : espèce non trouvée
Terres fédérales
6Île Pender Nord
(Oaks Bluff)
Rapport de situation : données non disponibles (1983)
2010-2011 : espèce non trouvée
Terres non fédérales
7Lone Tree HillRapport de situation : 3 – 13 (1996‑1999)
2010-2011
 : espèce non trouvée
Terres non fédérales

3.3. Besoins de la plagiobothryde délicate

On dispose de peu d’information sur les besoins et les facteurs limitatifs de la plagiobothryde délicate sur le plan biologique. Au Canada, la plagiobothryde délicate se rencontre dans les écosystèmes du chêne de Garry et les écosystèmes associés, dans la sous-zone maritime humide de la zone biogéoclimatique côtière à douglas (COSEPAC, 2008). Le climat de cette sous-zone est chaud et sec en été et doux et humide en hiver. L’habitat restant de l’espèce y est généralement constitué de sols exposés sur des pentes abruptes, herbeuses et sèches et sur des escarpements côtiers exposés au sud (figure 3).

À l’île Saturna, la plagiobothryde délicate ne pousse que dans les milieux ouverts, en plein soleil, ce qui pourrait indiquer que l’espèce ne tolère pas l’ombre. On croit par ailleurs que la plagiobothryde délicate a une faible capacité de compétition et que les sols exposés sont nécessaires à la germination de ses graines. En effet, comparativement aux autres espèces de plagiobothryde présentes à l’île Saturna, la plagiobothryde délicate pousse dans les zones perturbées les plus sèches et les mieux drainées, et l’espèce n’a pas été revue dans les localités où la couverture végétale est importante (couverture de 80 % à 90 %). Cependant, comme la plagiobothryde délicate a été trouvée dans une seule localité, l’habitat décrit dans le présent programme de rétablissement pourrait ne pas être représentatif des différents milieux utilisés par l’espèce dans le passé. Les caractéristiques biophysiques de l’habitat de la plagiobothryde délicate sont décrites à la section 7.1.2.

La répartition de la plagiobothryde délicate se trouve limitée par la spécificité de l’espèce à l’égard de milieux rares (p. ex., milieux ouverts et secs à végétation clairsemée et/ou milieux perturbés). Les besoins spécifiques de la plagiobothryde délicate en matière d’habitat la rendent également vulnérable aux changements climatiques et aux fluctuations des régimes climatiques, comme en témoigne la réduction marquée du nombre de sujets répertoriés (ou l’absence de sujets) lors des années de sécheresse au Canada. Cependant, dans des champs abandonnés de Californie, l’espèce n’a été trouvée que lors des années de sécheresse, lorsque la couverture végétale était limitée (Stromberg et Griffin, 1996).

La germination des graines de la plagiobothryde délicate, qui est optimisée par la stratification à froid, se produit à la fin de l’hiver (Forbis, 2010). La floraison a lieu d’avril à mai, et la pollinisation croisée est probablement assurée par des insectes. La dispersion à courtes distances est sans doute facilitée par l’action de la gravité; les petits mammifères et les oiseaux peuvent aussi disperser les graines de façon périodique d’une population à l’autre (COSEPAC, 2008).

Les populations canadiennes (et celle de l’île San Juan) sont petites et isolées de l’aire de répartition principale de l’espèce, ce qui limite la connectivité génétique.

On estime que la population canadienne actuelle risque de subir un effondrement démographique, compte tenu de la taille limitée de la population et du faible nombre de populations, surtout qu’aucun sujet n’a été observé depuis plus de dix ans dans le cas de six des sept populations existantes.

Habitat de la plagiobothryde délicate où l’on peut voir du sol nu.
© Shyanne Smith

Figure 3. Habitat de la plagiobothryde délicate à l’île Saturna. Photos de Shyanne Smith.



4. Menaces

4.1. Évaluation des menaces

Tableau 3. Tableau d’évaluation des menaces. Version accessible de Tableau 3
MenaceNiveau de préoccupation1ÉtendueSituation dans le tempsFréquenceGravité2Certitude causale3
Destruction ou dégradation de l’habitat
Transformation de l’habitatÉlevéLocaliséeHistorique et actuelleRécurrenteÉlevéeMoyenne
Espèces exotiques, envahissantes ou introduites
Invasion de plantes exotiquesÉlevéRépandueActuelleContinueÉlevéeMoyenne
Altération de la dynamique écologique ou des processus naturels
Empiètement de plantes indigènes et exotiquesÉlevéRépandueActuelleContinueÉlevéeMoyenne
Modification des régimes de broutage ou de pâturageFaibleLocaliséeHistorique et actuelleContinueInconnueFaible
Changements climatiques et catastrophes naturelles
Changements touchant les régimes climatiques et plus particulièrement les précipitations du printemps et du début de l’étéFaibleRépandueActuelleSaisonnièreInconnueFaible
1 Niveau de préoccupation : indication du degré d'importance (élevé, moyen, faible) de la gestion de la menace pour le rétablissement de l'espèce, au regard des objectifs en matière de population et de répartition. Ce critère prend en compte l’ensemble de l’information présentée dans le tableau.
2 Gravité : importance de l’effet de la menace à l’échelle de la population; elle peut être élevée (effet très important à l’échelle de la population), modérée, faible, ou inconnue.
3 Certitude causale : indication du caractère probant des données concernant l’existence de la menace (élevée – les données disponibles relient fortement la menace à des sources de stress pesant sur la viabilité de la population; moyenne – il y a une corrélation entre la menace et la viabilité de la population, par exemple selon l’opinion de spécialistes; faible – la menace est présumée ou plausible).

4.2. Description des menaces

4.2.1. Destruction ou dégradation de l’habitat

La menace la plus directe et la plus manifeste qui pèse sur la plagiobothryde délicate est la transformation de son habitat causée par l’aménagement des terres, qui entraîne sa destruction et sa fragmentation (tableau 3). Six des treize populations connues au Canada ont probablement disparu en raison de l’aménagement des terres. Les populations existantes qui ne se trouvent pas à l’intérieur d’un parc ou d’une aire protégée risquent de disparaître ou de décliner, car l’habitat de la plagiobothryde délicate est constitué de terrains donnant sur la mer, qui peuvent être très prisé. Il est impossible de déterminer si la construction d’habitations au mont Heck, sur l’île Mayne, et d’une plate-forme d’observation au mont Norman, sur l’île Pender Sud, ont affecté les populations locales, mais il est certain que ces activités s’inscrivent dans une tendance à long terme de perte d’habitat. Il faut toutefois noter que la plate-forme d’observation semble contenir la majorité des usagers du parc et faire en sorte qu’ils ne se promènent plus sur les pentes, ce qui pourrait favoriser la protection de l’habitat restant (Smith, 2012). De plus, les options de rétablissement futur diminuent, car des milieux qui pourraient être propices à l’espèce mais se trouvent sur des terrains privés continuent d’être aménagés à des fins résidentielles. Pour les raisons susmentionnées, le niveau de préoccupation associé à cette menace est considéré comme élevé.

4.2.2. Espèces exotiques, envahissantes ou introduites

Les plantes exotiques envahissantes constituent une grave menace et immédiate pour la plagiobothryde délicate, car elles modifient son habitat, empêchent sa croissance, sont en compétition pour les ressources (comme la lumière, l’eau et les nutriments) et accaparent l’espace nécessaire pour la germination des graines (la germination de leurs graines ayant lieu à l’automne précédent).

Des graminées et autres herbacées introduites sont présentes dans toutes les localités, et les graminées introduites constituent le principal type de végétation dans la population de l’île Saturna. Les graminées exotiques envahissantes qui représentent une menace comprennent la canche caryophyllée (Aira caryophyllea), la canche précoce (A. praecox), le brome mou (Bromus hordeaceus), le brome stérile (B. sterilis), le brome des toits (B. tectorum), la crételle hérissée (Cynosurus echinatus) et la flouve odorante (Anthoxanthum odoratum). Les plantes herbacées non graminoïdes exotiques envahissantes comprennent la porcelle enracinée (Hypochaeris radicata), la petite oseille (Rumex acetosella), le myosotis versicolore (Myosotis discolor), le petit trèfle jaune (Trifolium dubium), le silène de France (Silene gallica) et le torilis du Japon (Torilis japonica). Les graminées, la porcelle enracinée et la petite oseille ont été observées à proximité de la plagiobothryde délicate. De plus, une espèce exotique envahissante, le genêt à balais (Cytisus scoparius), empiète sur des milieux qui pourraient être propices à la plagiobothryde délicate dans l’emplacement de la population 2 de l’île Galiano, à l’île Pender Nord et à l’île Mayne.

Le niveau de préoccupation associé aux espèces exotiques envahissantes est élevé, en raison de la possibilité d’altération complète de l’habitat et de disparition des populations de plagiobothryde délicate. Cette menace est également liée à l’altération de la dynamique écologique ou des processus naturels (voir la section 4.2.3).

4.2.3. Altération de la dynamique écologique ou des processus naturels

Le feu influe sur toutes sortes de caractéristiques de l’habitat, dont l’abondance de matière organique, le cycle des nutriments ainsi que l’humidité et le biote du sol (Barbour et al., 1999). Par le passé, le feu aurait créé ou contribué à maintenir des milieux ouverts favorables à la croissance de la plagiobothryde délicate. En général, lorsque les feux sont fréquents, ils maintiennent la disponibilité de ressources qui seraient autrement limitées. Ainsi, lorsque les incendies sont rares, la matière organique s’accumule et recouvre le sol, et les éléments nutritifs sont davantage emprisonnés dans la matière organique, donc inaccessibles; les espèces ligneuses peuvent alors envahir les milieux ouverts et éliminer les espèces herbacées. Le sol dénudé constitue un facteur limitatif lorsqu’il est recouvert de chaume et occupé par des plantes vivaces. L’habitat disponible est encore réduit lorsque la végétation ligneuse envahit progressivement des zones dégagées. Ces changements touchant l’habitat menacent la survie de la plagiobothryde délicate (qui a besoin de zones dégagées et de sol exposé), en empêchant sa croissance et en augmentant la compétition pour la lumière, l’humidité et les nutriments.

Les plantes annuelles indigènes sont communes (~30 % des espèces présentes) dans les prairies des écosystèmes du chêne de Garry qui sont régulièrement perturbées (p. ex., par des feux), et la diversité des annuelles indigènes diminue avec l’augmentation de la couverture de chaume et de mousse qui peut résulter de périodes prolongées de suppression des incendies (Thorpe et Stanley, 2011). Dans l’aire de répartition de la plagiobothryde délicate, les Premières Nations se servaient autrefois du feu pour maintenir des zones dégagées (Agee, 1993). Ces zones dégagées devaient abriter diverses plantes annuelles, dont la plagiobothryde délicate. Le feu ou d’autres types de perturbations (p. ex., le pâturage ou le broutage) et l’élimination du chaume constituent probablement des processus importants qui sont nécessaires à la plagiobothryde délicate.

La plus grande population de plagiobothryde délicate se trouve à l’île Saturna, où l’empiètement de la végétation est limité par le pâturage et le broutage intensifs attribuables à des chèvres retournées à l’état sauvage. Les six localités où aucune perturbation n’a remplacé le feu ont une couverture végétale plus importante et comptent peu de milieux propices à la germination des graines de plagiobothryde délicate. La réduction ou l’élimination des conditions favorables à la germination pourrait être la principale cause du déclin des populations dans ces localités.

Les changements touchant la dynamique écologique et les processus naturels peuvent modifier complètement l’habitat et le rendre inadéquat pour la plagiobothryde délicate. Le niveau de préoccupation associé à cette menace est élevé, car ces changements entraîneront probablement la disparition des populations.

4.2.4. Changements climatiques et catastrophes naturelles

Les fluctuations des régimes climatiques qui découlent du changement climatique peuvent menacer les populations de plagiobothryde délicate au Canada. À la limite nord de son aire de répartition, l’espèce pourrait dépendre de régimes spécifiques de précipitations hivernales et printanières pour occuper un habitat qui serait autrement trop sec. En dépit des recherches approfondies menées dans plusieurs des localités en 2003 et en 2004, l’espèce n’a pu être retracée que sur l’île Saturna (COSEPAC, 2008). Ces années ont été parmi les plus sèches jamais enregistrées, ce qui indique que la sécheresse pourrait contribuer aux fluctuations annuelles de la taille des populations (COSEPAC, 2008). On considère pour l’instant que le niveau de préoccupation associé à cette menace est faible.

5. Objectifs en matière de population et de répartition

Au Canada, la plagiobothryde délicate pousse dans les écosystèmes du chêne de Garry et dans les écosystèmes associés. Son aire de répartition est donc naturellement restreinte. La destruction notable des milieux naturels survenue à l’intérieur de l’aire de répartition de l’espèce depuis la colonisation européenne (Lea, 2006) a sans doute entraîné un déclin des populations. L’empiètement de la végétation, l’aménagement des terres et les plantes exotiques envahissantes continuent d’aggraver la situation (COSEPAC, 2008; Smith, 2012). On considère qu’il existe encore sept populations au Canada, mais les sujets matures n’ont été observés que dans une des localités au cours de la dernière décennie (COSEPAC, 2008; Smith, 2012).

En général, on estime que de multiples populations et des milliers d’individus sont vraisemblablement nécessaires pour que la probabilité de persistance à long terme d’une espèce soit élevée (Reed, 2005; Brook et al., 2006; Traill et al., 2009). Par l’analyse de diverses estimations publiées sur l’effectif minimal de la population viable (seuil de viabilité), Traill et al. (2007) ont constaté que l’effectif médian nécessaire pour que la probabilité de survie d’une espèce végétale soit de 99 % sur 40 générations est d’environ 4 800 individus (toutefois, Flather et al., 2011, Garnett et Zander, 2011, ainsi que Jamieson et Allendorf, 2012, ont fait une évaluation critique de cette analyse et de l’applicabilité de ses résultats). Cette information est utile, mais, pour élaborer des objectifs quantitatifs atteignables, il faut se fonder sur plus que des estimations générales du seuil de viabilité et notamment tenir compte des données historiques sur l’effectif et le nombre de populations, la capacité de charge des localités existantes (et potentielles), les besoins des autres espèces en péril du même milieu ainsi que les possibilités d’établissement ou d’accroissement des populations de l'espèce (Agence Parcs Canada, 2006; Flather et al., 2011; Jamieson et Allendorf, 2012). Comme cette information manque au sujet de la plagiobothryde délicate, il est actuellement impossible de déterminer dans quelle mesure le rétablissement de l’espèce est réalisable et, dès lors, de fixer des objectifs quantitatifs à long terme.

Les approches devant guider la planification des mesures de rétablissement (voir la Section 6) visent à combler les lacunes de nos connaissances de façon à ce qu’il devienne possible de fixer des objectifs de rétablissement quantitatifs réalisables à long terme quant à l’effectif et au nombre des populations. À l’heure actuelle, il est uniquement possible d’établir des objectifs à court terme pour le maintien de la population de l’île Saturna et de l’habitat des six autres populations, tout en explorant la possibilité d’accroître les populations existantes ou d’en établir de nouvelles, en vue d’augmenter l’abondance de la plagiobothryde délicate et d’étendre son aire de répartition.

  • Objectif 1 : Maintenir la population de plagiobothryde délicate de l’île Saturna.

  • Objectif 2 : Maintenir l’habitat des populations 1 et 2 de l’île Galiano ainsi que des populations de Lone Tree Hill, de l’île Mayne, de l’île Pender Sud et de l’île Pender Nord, tout en explorant la possibilité de rétablir les populations de plagiobothryde délicate.

  • Objectif 3 : Accroître les populations existantes de plagiobothryde délicate et/ou en établir de nouvelles, en vue d’augmenter l’abondance et d’étendre l’aire de répartition de l’espèce [3], si cela est jugé faisable et approprié sur le plan biologique.

6. Stratégies et approches générales recommandées pour l’atteinte des objectifs

Les stratégies et méthodes générales recommandées pour l’atteinte des objectifs fixés en matière de population et de répartition de l’espèce sont les suivantes :

  • protection de l’habitat et de l’espèce − protéger de la destruction (p. ex., par suite de la transformation des terres à d’autres fins) les populations actuelles et leur habitat en créant des mécanismes ou des instruments de protection;
  • intendance − mobiliser les propriétaires et les gestionnaires de terres et obtenir leur participation aux activités et aux décisions visant le rétablissement de la plagiobothryde délicate;
  • éducation et sensibilisation du public − sensibiliser la population au sujet de l’existence de la plagiobothryde délicate, de sa valeur de conservation, des menaces pesant sur l’espèce, des mesures de réduction des dommages établies et de la valeur des milieux naturels et de leur connectivité;
  • recherche − combler les lacunes dans les connaissances sur la connectivité génétique, les menaces et les besoins en matière d’habitat;
  • recherche et surveillance des populations − surveiller les tendances démographiques, les caractéristiques de l’habitat et les menaces, et faire de la recherche sur la démographie des populations;
  • rétablissement de la population − élaborer et mettre à l’essai des techniques de réintroduction et d’accroissement des effectifs en vue du rétablissement la population canadienne de l’espèce.

6.1. Orientation stratégique pour le rétablissement

Tableau 4. Tableau de planification du rétablissement. Version accessible de Tableau 4
Menace ou facteur limitatifPriorité[4]Stratégie générale pour le rétablissementDescription générale des travaux de recherche et des approches en matière de gestion
Transformation de l’habitatÉlevéeProtection de l’habitat et de l’espèce
  • Déterminer des mécanismes ou des instruments de protection pour l’espèce et son habitat essentiel.
  • Conserver les milieux qu’on pourrait rendre propices (des travaux de restauration pourraient être nécessaires) et où l’espèce a été observée au cours des 35 dernières années.
Invasion de plantes exotiques

Empiètement de plantes indigènes et exotiques

Modification des régimes de broutage ou de pâturage

Menace : Changements touchant les régimes climatiques, et plus particulièrement les précipitations au printemps et au début de l’été
ÉlevéeIntendance
  • Élaborer des pratiques de gestion optimales pour la plagiobothryde délicate afin de soutenir les activités d’intendance des propriétaires fonciers et des gestionnaires de terres.
  • Élaborer, pour chaque localité, un plan de gestion portant sur les plantes exotiques envahissantes, l’empiètement de la végétation, les régimes de pâturage ou de broutage et les principales caractéristiques de l’habitat, comme la proportion de sol dénudé.
  • Obtenir la participation des propriétaires fonciers et des gestionnaires de terres dans les décisions et les activités visant le rétablissement.
MoyenneÉducation et sensibilisation du public
  • Établir des priorités pour éduquer et sensibiliser le public au sujet des espèces en péril, de leur habitat et de leur gestion.
  • Sensibiliser le public au sujet de l'existence de la plagiobothryde délicate et des espèces en péril qui y sont associées, de leur valeur de conservation, des menaces pesant sur ces espèces et des mesures de réduction des dommages établies.
MoyenneRecherche
  • Déterminer les effets du pâturage ou du broutage et des plantes exotiques envahissantes sur la plagiobothryde délicate.
  • Tenir compte des effets des changements climatiques sur tous les aspects du rétablissement.
Lacunes dans les connaissances sur la démographie des populationsÉlevéeRecherche et surveillance des populations
  • Élaborer et mettre en œuvre un programme de recensement et de surveillance afin de suivre les tendances des populations durant 10 années consécutives, avec maintien subséquent de la surveillance selon les besoins.
  • Présenter un rapport tous les deux ans sur les tendances des populations, la zone d’occupation et l’état de l’habitat
  • Réaliser des recherches démographiques pour déterminer les étapes du cycle vital (pollinisation/reproduction, dissémination, production de graines, recrutement, survie des recrues) essentielles à l’accroissement des effectifs.
  • Préciser les critères démographiques justifiant une réévaluation immédiate des priorités et mesures de rétablissement et les intégrer aux plans de gestion.
  • Établir des seuils de population et des objectifs propres à l’espèce en vue de la réalisation des objectifs à long terme en matière de population.
  • Surveiller les effets des activités de rétablissement sur l’habitat et les espèces, les communautés végétales et les processus écologiques non ciblés.
Lacunes dans les connaissances sur les techniques de propagation et d’accroissement des populations

Lacunes dans les connaissances sur la connectivité génétique

Limites : effondrement démographique
ÉlevéeRétablissement des populations
  • Repérer des milieux propices dans l’aire de répartition canadienne, établir leur ordre de priorité et les classer selon leur qualité et leur potentiel de rétablissement.
  • Élaborer des techniques de restauration adéquates et des plans de gestion/restauration propres à chaque localité (comprenant des prescriptions quant à la gestion des brûlis et des plantes exotiques envahissantes) pour l’habitat de la plagiobothryde délicate.
  • Déterminer les conditions (p. ex., besoins en lumière, type de sol, couverture végétale) nécessaires à la germination, à l’établissement, à la croissance et à la reproduction de l’espèce.
  • Prélever des échantillons de sol dans toutes les localités et effectuer des essais de germination afin de déterminer s’il existe un réservoir de semences à chaque endroit.
  • Élaborer et mettre en œuvre des plans d’établissement et d’accroissement de la population (y compris la surveillance de l’efficacité des plans et de leurs effets sur les espèces non ciblées), conformément aux lignes directrices existantes (Maslovat, 2009).
  • Évaluer le degré de connectivité génétique (si des sujets sont trouvés dans des localités autres que celle de l’île Saturna).

6.2. Commentaires à l’appui du tableau de planification du rétablissement

Selon les relevés approfondis ciblant la plagiobothryde délicate qui ont été effectués en 2004 et en 2010-2011, la population de l’île Saturna pourrait maintenant être la seule population présente au Canada (COSEPAC, 2008; Smith, 2012). Cependant, il pourrait y avoir des sujets non détectés ou un réservoir de semences dans six autres localités. Les activités de rétablissement les plus urgentes sont la surveillance des sept localités de même que la protection et le rétablissement de l’habitat et des populations dans ces localités.

Les activités d’intendance ainsi que d’éducation et de sensibilisation du public sont essentielles pour le rétablissement, car cinq des sept populations existantes se trouvent sur des terrains privés ou dans des parcs communautaires. Une intendance réussie suppose la collaboration des propriétaires fonciers et des gestionnaires de terres en vue de la protection et de la gestion des espèces en péril et de leur habitat. Ainsi, la gestion des menaces que présentent les plantes exotiques envahissantes et l’empiètement de la végétation nécessitera la mise en œuvre de techniques de restauration et de gestion adaptative appropriées ainsi que l’engagement et la coopération des propriétaires fonciers et des gestionnaires de terres. Les activités d’éducation et de sensibilisation du public permettront de renseigner les résidents et les visiteurs des parcs au sujet de la présence de la plagiobothryde délicate et de ses besoins, et contribueront à sensibiliser la société en général à l’égard des espèces en péril, de leur habitat et des mesures de gestion prises à leur égard.

Les observations effectuées lors des relevés de 2010-2011 indiquent que la perturbation de l’habitat joue sans doute un rôle essentiel dans la régénération et le maintien des populations de plagiobothryde délicate (Smith, 2012). Un examen plus poussé des besoins de la plagiobothryde délicate permettra de combler les lacunes dans les connaissances et d’obtenir des données essentielles en vue des activités de restauration. Par exemple, si la surveillance du broutage par les chèvres dans la population de l’île Saturna montre qu’une augmentation du broutage est en fait bénéfique, l’augmentation du broutage pourra alors être considérée comme une technique de restauration pour d’autres habitats. De même, une meilleure compréhension des autres besoins de la plagiobothryde délicate fournira des indications et des options en vue du rétablissement.

La conception du programme de surveillance est de première importance, particulièrement dans le cas d’une plante annuelle rare qui a toutes les chances de connaître des fluctuations démographiques ou d’avoir un réservoir de semences (Bush et Lancaster, 2004). Les données doivent être recueillies régulièrement sur plusieurs années afin de déterminer les fluctuations de population. De plus, il faut recueillir des données autant les années où les individus d’une espèce sont absents que les années où ils sont présents afin de déterminer comment l’espèce réagit aux conditions environnementales. Les réservoirs de semences constituent un élément important du cycle vital, et il faut en tenir compte dans les estimations d’effectif : la présence d’un seul sujet visible peut révéler la présence d’un réservoir de semences viable (Bush et Lancaster, 2004).

7. Habitat essentiel

Des superficies d’habitat essentiel sont délimitées pour la plagiobothryde délicate dans le présent programme de rétablissement. Aux termes du paragraphe 2(1) de la Loi sur les espèces en péril, l'habitat essentiel est «  l'habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d’une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d’action élaboré à l’égard de l’espèce  ». Dans ce même paragraphe, la Loi sur les espèces en péril définit l’habitat d’une espèce terrestre comme «  l’aire ou le type d’endroit où un individu ou l’espèce se trouvent ou dont leur survie dépend directement ou indirectement ou se sont déjà trouvés, et où il est possible de les réintroduire  ».

7.1. Désignation de l’habitat essentiel de l’espèce

Le présent programme de rétablissement désigne dans la mesure du possible l’habitat essentiel de la plagiobothryde délicate, sur la base des meilleures informations existantes. Il est cependant admis que l’habitat essentiel désigné ci-après est insuffisant pour permettre l’atteinte des objectifs fixés en matière de population et de répartition. L’habitat essentiel a été entièrement désigné pour la population de l’île Saturna; il faudra effectuer d’autres études pour délimiter l’habitat essentiel des six autres populations, où aucun sujet n’a pu être trouvé (un réservoir de semences pourrait exister). Le calendrier des études recommandées (section 7.2; tableau 5) comprend les activités requises pour la désignation des superficies d’habitat essentiel additionnelles nécessaires à l’atteinte des objectifs en matière de population et de répartition fixés pour l’espèce.

7.1.1. Localisation géographique

Dans les limites géographiques indiquées à la figure 4 (île Saturna), l’habitat présentant les caractéristiques biophysiques décrites à la section 7.1.2 est essentiel à la survie de la plagiobothryde délicate. Cette désignation, fondée sur le principe de précaution, a été effectuée en fonction de l’emplacement général des sujets trouvés lors des relevés récents (Smith, 2012). Les données disponibles à l’heure actuelle ne permettent pas de déterminer la plus petite quantité d’habitat nécessaire pour que la probabilité de persistance à long terme de cette population soit élevée. Grâce à la réalisation d’autres études, il sera sans doute possible de désigner l’habitat avec plus de précision. En outre, on ne peut déterminer l’emplacement des réservoirs de semences lorsqu’aucun sujet n’est répertorié. Il se peut aussi que des sous‑populations aient été manquées, car les relevés ont été réalisés au cours d’années particulièrement sèches, durant lesquelles les effectifs étaient peut‑être moins élevés qu’au cours des années humides. Les milieux propices où aucun sujet n’a été recensé en 2010-2011 pourraient renfermer un réservoir de semences susceptibles de germer dans des conditions favorables. Tous les milieux présentant les caractéristiques biophysiques décrites dans les limites géographiques indiquées sont considérés comme nécessaires à la survie de l’espèce, à moins que de nouvelles études ne fournissent d’autres indications. Les milieux non propices (roche nue, forêt) ou les infrastructures (sentiers aménagés ou balisés, routes, stationnements et bâtiments) se trouvant dans ces zones ne sont pas nécessaires à la survie ou au rétablissement de la plagiobothryde délicate et ne font pas partie de l’habitat essentiel.

7.1.2. Caractéristiques biophysiques

L’habitat de la plagiobothryde délicate est généralement constitué de pentes herbeuses et sèches et d’escarpements situés à l’intérieur ou à proximité des écosystèmes du chêne de Garry et des écosystèmes associés, dans la zone côtière sèche à douglas du sud-est de l’île de Vancouver et des îles Gulf voisines (COSEPAC, 2008). L’habitat est généralement escarpé et exposé au sud et comprend de grandes étendues dégagées où le sol est exposé par endroits. Les relevés effectués sur le terrain dans les sept localités en 2010 et en 2011 ont révélé la présence de sujets uniquement dans la localité de l’île Saturna (Smith, 2012). Aucun sujet n’a été recensé dans les six localités où la plagiobothryde délicate était absente depuis au moins dix ans (comme on trouve encore des milieux naturels dans ces localités, un réservoir de semences pourrait être présent). On a observé une différence dans la quantité de sol exposé entre l’habitat potentiel des six localités où l’espèce était absente en 2010-2011 et l’habitat de l’île Saturna. La quantité de sol exposé était significativement plus élevée dans la localité de l’île Saturna, où le broutage par les chèvres retournées à l’état sauvage semblait avoir réduit la couverture végétale à 40 à 85 %, que dans les six autres localités, où la couverture végétale fluctuait entre 80 et 90 %. Aucun habitat essentiel n’est encore désigné pour ces six populations, et ce, pour trois raisons : 1) aucun sujet n’a été observé dans ces six localités au cours des dix dernières années, 2) l’habitat semble présenter une différence significative pour ce qui est de la quantité de sol exposé, qui constitue une caractéristique biophysique clé et 3) l’emplacement précis des derniers sujets répertoriés n’est pas connu (précision spatiale > 100 mètres).

Les caractéristiques de l’habitat essentiel de la plagiobothryde délicate sont les suivantes :

  • zones dégagées (ensoleillées) à végétation basse ou clairsemée (arbres et arbustes absents ou rares);
  • altitude se situant entre 250 et 320 mètres au‑dessus du niveau de la mer;
  • crêtes ou versants peu escarpés (inclinaison de 22 à 50 %) exposés au sud;
  • sols peu profonds et bien drainés (5 à 20 centimètres), en partie exposés (15 à 60 %) et comportant une fine couche de litière;
  • sols humides au début de la saison de végétation (octobre à mars) et subissant un déficit hydrique à la fin du printemps et au début de l’été.

Secteur où se trouve l’habitat essentiel.
© Sa Majesté la Reine du chef du Canada

Figure 4. Secteur (~28 ha) où se trouve l’habitat essentiel de la plagiobothryde délicate à l’île Saturna (terres fédérales et non fédérales).

7.2. Calendrier des études visant à déterminer l’habitat essentiel

Tableau 5. Calendrier des études visant à déterminer l’habitat essentiel.
Description de l’activitéJustificationÉchéancier
Effectuer une surveillance annuelle pendant au moins 5 ans pour vérifier le caractère propice de l’habitat et la présence de la plagiobothryde délicate à proximité des populations répertoriées au parc Lone Tree Hill et sur les îles Galiano, Mayne, Pender Nord et Pender Sud.Étude nécessaire pour confirmer l’existence des populations, déterminer leur emplacement et désigner l’habitat essentiel de ces populations ou pour l’établissement de nouvelles populations.2014-2019
Surveiller la répartition de l’espèce pour repérer des milieux propices, plus particulièrement à proximité des populations historiques.Repérer des milieux propices pour l’établissement de nouvelles populations.2014-2019

7.3. Activités susceptibles d’entraîner la destruction d’habitat essentiel

Des exemples d'activités susceptibles de détruire l'habitat essentiel sont donnés ci-dessous (tableau 6). Il est important de noter que certaines activités peuvent détruire l’habitat essentiel, même si elles se déroulent à l’extérieur de celui-ci. De plus, l’altération de la dynamique écologique ou des processus naturels et l’introduction de plantes exotiques envahissantes (même si elles ne sont pas mentionnées au tableau 6) peuvent aussi modifier les caractéristiques de l’habitat essentiel, les rendant non favorables à l’espèce. Il y a destruction de l’habitat essentiel si une partie de celui‑ci est dégradée, de façon permanente ou temporaire, d’une manière telle qu’elle ne pourrait remplir sa fonction quand l’espèce en aurait besoin. Il peut y avoir destruction soit à un moment donné, à cause d’une activité unique ou d’activités multiples, soit au fil du temps, à cause des effets cumulatifs d’une ou de plusieurs activités.

Tableau 6. Exemples d’activités susceptibles d’entraîner la destruction d’habitat essentiel.
ActivitéEffet de l’activité sur l’habitat essentielLieu risquant le plus d’être touché
Aménagement des terres ou changements dans l’utilisation des terresCette activité peut détruire directement l’habitat ou causer le compactage du sol et créer de l’ombre (introduction de plantes, empiètement de végétaux ou présence de structures à proximité). Le réservoir de semences peut être perturbé si des semences sont enterrées. Les plantes peuvent subir du stress et mourir, et il est possible que les graines ne puissent pas germer à cause de la faible capacité de l’habitat à fournir l’humidité appropriée du sol ou la lumière voulue.Île Saturna

8. Mesure des progrès

Les indicateurs de rendement présentés ci-après permettront d’évaluer les progrès accomplis vers l’atteinte des objectifs en matière de population et de répartition.

Objectif 1 : Maintenir la population de plagiobothryde délicate de l’île Saturna.

  • D’ici 2019, des pratiques de gestion optimales sont élaborées et mises en œuvre.
  • La surveillance continue qui est exercée montre que la population existe toujours.
  • D’ici 2024, la tendance de la taille de la population est stable ou à la hausse[5].

Objectif 2 : Maintenir l’habitat des populations 1 et 2 de l’île Galiano ainsi que des populations de Lone Tree Hill, de l’île Mayne, de l’île Pender Sud et de l’île Pender Nord, tout en explorant la possibilité de rétablir les populations de plagiobothryde délicate.

  • Des milieux pouvant servir d’habitat à la plagiobothryde délicate ou abriter le réservoir de semences de l’espèce existent toujours dans les six localités.

Objectif 3 : Accroître les populations existantes de plagiobothryde délicate et/ou en établir de nouvelles, en vue d’augmenter l’abondance et d’étendre l’aire de répartition de l’espèce, si cela est jugé faisable et approprié sur le plan biologique.

  • D’ici 2019, des superficies d’habitat additionnelles sont désignées sur l’île de Vancouver et à proximité des localités des îles Gulf, en vue de l’établissement ou du rétablissement de populations de plagiobothryde délicate.
  • D’ici 2019, des techniques de multiplication sont mises au point.
  • D’ici 2024, une ou plusieurs expériences de réintroduction ou d’accroissement de la population sont en cours dans des milieux propices.

9. Énoncé sur les plans d’action

Un ou plusieurs plans d’action seront élaborés d’ici 2019.

10. Références

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Annexe A : Effets sur l’environnement et les espèces non ciblées

Tous les documents de planification du rétablissement en vertu de la LEP sont soumis à une évaluation environnementale stratégique (EES) en vertu de la Directive du Cabinet sur l’évaluation environnementale des projets de politiques, de plans et de programmes. L’EES sert à intégrer les considérations d’ordre environnemental aux projets de politiques, de plans et de programmes pour permettre de prendre des décisions compatibles avec la protection de l’environnement et de déterminer si un projet de rétablissement peut avoir un effet défavorable sur l’une ou l’autre des composantes de l’environnement ou sur l’un ou l’autre des buts et objectifs de la Stratégie fédérale de développement durable[6].

Les programmes de rétablissement sont conçus au bénéfice des espèces en péril et de la biodiversité en général. On reconnaît toutefois que, au-delà des bienfaits recherchés, ces programmes peuvent produire des effets inattendus sur l’environnement. Le processus de planification, fondé sur les lignes directrices nationales, permet de prendre directement en compte les effets sur l’environnement, en particulier ceux qui peuvent toucher les espèces ou les habitats non ciblés. Les résultats de l’EES sont pris en compte dans le programme de rétablissement proprement dit, mais sont également résumés ci-dessous dans le présent énoncé.

Les effets (positifs et négatifs) que le présent programme de rétablissement pourrait avoir sur les espèces non visées, les communautés naturelles ou les processus naturels ont été évalués. Il est important de souligner qu’un certain nombre d’autres espèces rares (tableau 7) ont été signalées non loin d’une ou plusieurs populations existantes de plagiobothryde délicate. Les efforts de rétablissement visant la plagiobothryde délicate pourraient être bénéfiques pour ces espèces rares, car elles font face aux mêmes menaces, comme l’envahissement de leur habitat par des plantes indigènes et des plantes exotiques.

Tableau 7. Liste partielle des espèces en péril et des espèces vulnérables qui pourraient être touchées par les activités de rétablissement menées par l’Équipe de rétablissement des écosystèmes du chêne de Garry ou dans le cadre de la LEP. Sources : Conservation Data Centre de la Colombie-Britannique, 2012; NatureServe, 2012.
Nom commun et nom scientifique de l’espèceClassement provincial, C.‑B.Désignation du COSEPAC
Méconelle d’Orégon
Meconella oregana
S1 RougeEn voie de disparition
Sanicle bipinnatifide
Sanicula bipinnatifida
S2 RougeMenacée
Yabée à petits fruits
Yabea microcarpa
S1S2 RougeNon déterminée
Idahoé acaule
Idahoa scapigera
S2 RougeNon déterminée
Trèfle fourchu
Trifolium dichotomum
S2S3 BleuNon déterminée
Entosthodon fasciculé
Entosthodon fascicularis
S2S3 BleuEspèce préoccupante
Clarkie à petites fleurs
Clarkia purpurea ssp. quadrivulnera
S1 RougeEspèce candidate
Lotier des prairies
Lotus unifoliolatus var. unifoliolatus
S3 BleuNon déterminée

Il n’est certes pas possible d’examiner toutes les interactions spécifiques potentielles pouvant résulter de la mise en œuvre du présent programme de rétablissement, mais il est possible de souligner les effets positifs particuliers suivants :

  • La protection de l’habitat réduira en général les menaces auxquelles font également face les espèces cooccurrentes et leur habitat.
  • Les activités de sensibilisation et d’éducation du public contribueront à réduire les activités nuisibles dans les localités où se trouvent l’espèce ciblée et d'autres espèces en péril.
  • La gestion des plantes envahissantes permettra de restaurer l’habitat pour d’autres espèces végétales en péril et pour des espèces indigènes des terres boisées.

Le Programme de rétablissement de la plagiobothryde délicate a globalement des effets positifs, mais pourrait avoir certains effets négatifs sur les espèces non ciblées, les communautés naturelles et/ou les processus naturels si des approches rigoureuses de conservation ne sont pas adoptées. Ces approches comprennent ce qui suit :

  • Planification et mise en œuvre rigoureuses des mesures de gestion appliquées à grande échelle, telles que l’élimination de végétation, l’utilisation d’herbicides ou le rétablissement de perturbations. Ces mesures pourraient avoir des effets négatifs sur d’autres espèces végétales en péril (p. ex., piétinement, augmentation de l’herbivorie, dispersion accidentelle de plantes exotiques envahissantes lors de leur élimination, colonisation potentielle des nouvelles trouées par d'autres espèces exotiques envahissantes et dommages ou perturbations dus à l’application inappropriée d’herbicide) et sur l’environnement (p. ex., ruissellement de l’herbicide appliqué).
  • Gestion de toutes les activités de restauration (relevés, recherche et gestion) de façon à éviter le piétinement, les dommages ou les perturbations pouvant nuire aux plantes et aux animaux qui vivent dans le même milieu ou se trouvent à proximité, et plus particulièrement aux autres espèces en péril.

Les possibilités d’effets défavorables peuvent être réduites ou éliminées à l’étape de la mise en œuvre du projet par des procédures de terrain appropriées et/ou une collaboration avec les principaux partenaires au titre de la conservation, comme l’Équipe de rétablissement des écosystèmes du chêne de Garry et les organismes gouvernementaux compétents. Si des pratiques rigoureuses de conservation sont appliquées (par exemple, celles définies dans l’outil d’aide à la décision en matière d’élimination des espèces envahissantes, élaboré par l’Équipe de rétablissement des écosystèmes du chêne de Garry), le risque d’effets négatifs importants des mesures de rétablissement sur d’autres espèces sera faible.

En résumé, l’évaluation environnementale stratégique permet de conclure que le présent programme de rétablissement aura probablement plusieurs effets favorables sur l’environnement et sur d’autres espèces. La mise en œuvre du présent programme de rétablissement ne devrait avoir aucun effet nuisible manifeste sur l’environnement.


  • [1] http://www.registrelep.gc.ca/default_f.cfm
  • [2] COSEPAC (Comité sur la situation des espèces en péril au Canada)
  • [3] On veut plus précisément étendre la zone d’occupation de l’espèce et maintenir sa zone d’occurrence.
  • [4] La notion de «  priorité  » désigne le degré auquel l’approche contribue directement au rétablissement de l’espèce ou est le préalable essentiel d’une approche qui contribue au rétablissement de l’espèce.
  • [5] Comme les populations d’espèces annuelles fluctuent, leur estimation doit reposer sur des ensembles de données à long terme (Bush et Lancaster, 2004).
  • [6] http://www.ec.gc.ca/dd-sd/default.asp?lang=Fr&n=F93CD795-1