Mise à jour – Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la Pédiculaire de Furbish Pedicularis furbishiae au Canada – 2000

Illustration de la pédiculaire de Furbish (Pedicularis furbishiae).

En voie de disparition – 2000

Table des matières

Information sur le document

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Information sur le document

COSEPAC - Comité sur la situation des espèces en péril au Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

Nota : Toute personne souhaitant citer l’information contenue dans le rapport doit indiquer le rapport comme source (et citer les auteurs); toute personne souhaitant citer le statut attribué par le COSEPAC doit indiquer l’évaluation comme source (et citer le COSEPAC). Une note de production sera fournie si des renseignements supplémentaires sur l’évolution du rapport de situation sont requis.

COSEPAC. 2000. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la pédiculaire de Furbish (Pedicularis furbishiae) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. vi + 8 p.

Hinds, H.R. 1998. Rapport de situation du COSEPAC sur la pédiculaire de Furbish (Pedicularis furbishiae) au Canada – Mise à jour, in Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur la pédiculaire de Furbish (Pedicularis furbishiae) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. 8 p.

Rapport(s) précédent(s) :

Stirrett, G.M. 1980. COSEWIC status report on the Furbish’s Lousewort Pedicularis furbishiae in Canada. Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada. 81 p.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : 819-953-3215
Téléc. : 819-994-3684
Courriel
Site Web

Illustration/photo de la couverture :
Pédiculaire de Furbish -- C. Mary Young, Fredericton (N.-B.).

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2011.
No de catalogue CW69-14/177-2002F-IN
ISBN 0-662-87562-1

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COSEPAC
Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l'évaluation – Mai 2000

Nom commun
Pédiculaire de Furbish

Nom scientifique
Pedicularis furbishiae

Statut
En voie de disparition

Justification de la désignation
Aire de répartition très limitée ayant subi des pertes anthropiques et naturelles d'habitats et un important déclin des populations aux trois sites qui restent.

Répartition canadienne
Nouveau-Brunswick

Historique du statut
Espèce désignée « en voie de disparition » en avril 1980. Réexamen et confirmation du statut en avril 1998 et en mai 2000.

COSEPAC
Résumé

Pédiculaire de Furbish
Pedicularis furbishiae

Description

La pédiculaire de Furbish est une herbacée vivace hémiparasite. À maturité, ses feuilles sont disposées en rosette basilaire d’où émergent une ou plusieurs tiges florales dressées. La plante mesure en moyenne 2,5 pieds de hauteur. Sa tige est simple ou parfois, chez certains individus, légèrement ramifiée dans la portion supérieure. Les divisions profondément incisées des feuilles, notamment des feuilles inférieures, sont une de ses caractéristiques distinctives.

Répartition

Cette espèce ne se rencontre que dans l’État du Maine et au Nouveau-Brunswick. Les trois populations canadiennes poussent le long de la rivière Saint-Jean ou à proximité.

Habitat

La pédiculaire de Furbish occupe des milieux temporaires qui sont périodiquement détruits. On la considère donc comme une espèce « fugitive » typique. On la trouve surtout dans la zone de transition dominée par les arbustes, sur les berges de la rivière, entre les conifères et les feuillus de la portion supérieure de la berge et la végétation herbacée clairsemée de la portion inférieure à substrat de galets. L’espèce préfère les sols sableux calcaires bien drainés qui sont soumis à l’érosion par les hautes eaux et la glace dans la section inférieure de la berge, et aux glissements de terrain dans la portion supérieure. Des conditions semblables ont été créées lorsque les équipes du Canadien Pacifique ont déboisé pour aménager le remblai du chemin de fer.

Biologie

La pédiculaire de Furbish, qui serait toujours allogame, est pollinisée par les abeilles. La plante produit des graines à la fin de l’été et au début de l’automne. Ces graines ne sont transportées ni par le vent ni les animaux, mais, grâce à leur petite taille et à leur tégument séminal externe lâche et réticulé, elles peuvent flotter plusieurs jours sur l’eau. Le développement des semis dépend en outre de la proximité d’autres plantes.
Taille et tendances des populations

Des relevés ont été réalisés en 1997 dans les trois localités où l’on rencontre l’espèce au Canada. À l’époque, on y a trouvé respectivement 22 plantes (18 en fleur et 4 sans fleur), 62 plantes (12 en fleur et 50 sans fleur) et 136 plantes. La tendance générale est à la baisse des effectifs. Si cette tendance se maintien, l’espèce pourrait disparaître de deux de ces localités. La troisième localité a une nature dynamique; le nombre de plantes y fluctue. Il se pourrait que de nouvelles plantes s’établissent le long de ce tronçon de la berge.

Facteurs limitatifs et menaces

Le facteur limitatif le plus important pour l’espèce est la dégradation de l’habitat, principalement attribuable aux perturbations d’origine anthropique, notamment à l’aménagement des bassins de retenue d’amont derrière les barrages hydroélectriques de la rivière Saint-Jean, au piétinement et à la collecte, de même qu’à l’arrêt du débroussaillage par les équipes d’entretien des voies ferrées. Les parasites détruisent en outre plus du tiers des graines en maturation dans certaines populations de l’espèce.

Protection actuelle

La pédiculaire de Furbish figure parmi les espèces désignées en voie de disparition en vertu de la Loi sur les espèces menacées d’extinction du Nouveau-Brunswick. À ce titre, la plante et son habitat sont protégés.

Historique du COSEPAC
Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité a été créé pour satisfaire au besoin d’une classification nationale des espèces sauvages en péril qui soit unique et officielle et qui repose sur un fondement scientifique solide. En 1978, le COSEPAC (alors appelé Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. En vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP) promulguée le 5 juin 2003, le COSEPAC est un comité consultatif qui doit faire en sorte que les espèces continuent d’être évaluées selon un processus scientifique rigoureux et indépendant.

Mandat du COSEPAC
Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine la situation, à l'échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés et populations (importantes à l'échelle nationale) sauvages jugées en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles, poissons, mollusques, lépidoptères, plantes vasculaires, lichens et mousses.

Composition du COSEPAC
Le COSEPAC est formé de représentants des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique) et de trois organismes non gouvernementaux, ainsi que des coprésidents des groupes de spécialistes des espèces. Le Comité se réunit pour examiner les rapports sur la situation des espèces candidates.

Définitions 2010

Espèce sauvage
Espèce, sous-espèce, variété ou population géographiquement ou génétiquement distincte d’animal, de plante ou d’une autre organisme d’origine sauvage (sauf une bactérie ou un virus) qui est soit indigène du Canada ou qui s’est propagée au Canada sans intervention humaine et y est présente depuis au moins cinquante ans.

Espèce disparue (D)
Espèce sauvage qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DP)
Espèce sauvage qui n’existe plus à l’état sauvage au Canada, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)*
Espèce sauvage exposée à une disparition de la planète ou à une disparition du pays imminente.

Espèce menacée (M)
Espèce sauvage susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)**
Espèce sauvage qui peut devenir une espèce menacée ou en voie de disparition en raison de l'effet cumulatif de ses caractéristiques biologiques et des menaces reconnues qui pèsent sur elle.

Espèce non en péril (NEP)***
Espèce sauvage qui a été évaluée et jugée comme ne risquant pas de disparaître étant donné les circonstances actuelles.

Données insuffisantes (DI)****
Une catégorie qui s’applique lorsque l’information disponible est insuffisante (a) pour déterminer l’admissibilité d’une espèce à l’évaluation ou (b) pour permettre une évaluation du risque de disparition de l’espèce.

* Appelée « espèce disparue du Canada » jusqu’en 2003.
** Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.
*** Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.
****Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».
***** Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999. Définition de la catégorie (DI) révisée en 2006.

Le Service canadien de la faune d'Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

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Mise à jour - Rapport de situation du COSEPAC sur la Pédiculaire de Furbish Pedicularis furbishiae au Canada - 1998

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Introduction

En raison du nombre restreint de localités où on la trouve au Canada et de la menace permanente que représentent les centrales hydroélectriques sur la rivière Saint-Jean, la pédiculaire de Furbish a été désignée espèce en voie de disparition en 1980, sur la foi d’un rapport rédigé par Stirrett (1980). Les perturbations naturelles, comme l’érosion des berges de la rivière et l’augmentation de la compétition, ont également contribué au déclin de l’espèce. La plante est connue dans trois localités au Canada, toutes situées au Nouveau-Brunswick. Toutes les populations qui ont déjà été signalées se trouvaient sur les berges de la rivière Saint-Jean, dans le Maine et au Nouveau-Brunswick; une population localisée par l’auteur du présent rapport se trouve sur un remblai de chemin de fer (Canadien Pacifique) à environ ¼ km du confluent des rivières Aroostook et Saint-Jean. En septembre 1997, l’auteur a fait des relevés dans toutes les stations connues et consigné tout changement dans l’habitat ou dans le nombre d’individus présents. Ce sont ces résultats qui sont présentés sommairement ici.

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Répartition

Dans le monde, l’espèce ne se rencontre que dans l’État du Maine, aux États-Unis, et au Nouveau-Brunswick, au Canada. Les trois populations présentes au Nouveau-Brunswick poussent le long de la rivière Saint-Jean ou à proximité, depuis Aroostook jusqu’à la frontière canado-étatsunienne, près de Hamlin, dans le Maine, soit sur une distance linéaire d’environ 27 km.

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Protection

La pédiculaire de Furbish figure sur la liste des espèces menacées d’extinction en vertu de la Loi sur les espèces menacées d’extinction du Nouveau-Brunswick. À ce titre, la plante et son habitat sont tous deux protégés. Mais bien que cela lui donne un statut spécial, dans les faits, la plante est essentiellement ignorée par le ministère des Ressources naturelles et de l’Énergie de la province. Peut-être est-ce parce que la plus grande population de pédiculaires, qui pousse près de l’embouchure de la rivière Little sur la rivière Saint-Jean, bénéficie maintenant de la protection de la Fondation pour la protection des sites naturels du Nouveau-Brunswick, à qui l’endroit appartient. Cette station est en effet protégée par des « gardiens » qui vivent à proximité et qui contrôlent les déplacements des pêcheurs à la ligne, surveillent les braconniers, observent la prédation naturelle et l’érosion de l’habitat riverain, et veillent à ce qu’on n’y jette pas d’ordures. Les deux autres stations ne font l’objet d’aucune mesure de protection formelle.

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Taille et tendances des populations

Station 1 

Le remblai de chemin de fer, aujourd’hui abandonné, a été débroussaillé une fois par les équipes d’entretien de la voie ferrée, mais a de nouveau été envahi par les broussailles depuis. Un tronçon du Sentier transcanadien a par ailleurs été aménagé sur le l’emprise du chemin de fer, ce qui pourrait avoir nui à certaines des plantes poussant au bas du remblai. Il reste toutefois un bon nombre de plantes, matures pour la plupart, le long de la bordure du sentier. L’accès au site a été grandement facilité par l’aménagement d’un chemin d’accès non loin de l’endroit où poussent les pédiculaires. Les « gardiens » locaux chargés de la surveillance de la station s’efforcent de garder la zone libre de végétation ligneuse surplombante. Le premier dénombrement dans la localité a été effectué en 1977 par l’auteur du présent rapport et Stephen Clayden. À l’époque, ils y ont dénombré 63 plantes en fleur et 115 sans fleur. Le dernier dénombrement enregistré avant 1997 a été effectué par Scott Drummond (Drummond, 1987), qui travaillait au ministère des Ressources naturelles et de l’Énergie du Nouveau-Brunswick. Ce dernier y a recensé 50 plantes en fleur et 121 sans fleur. C’est Don Brown, également du MRNE, qui, en 1984, a dénombré le plus grand nombre de plantes à la station, soit 234 individus. Le dénombrement effectué en 1997 par l’auteur du présent rapport n’a permis de trouver que 22 plantes, dont 18 en fleur et 4 sans fleur.

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Station 2

Cette station, à cheval sur la frontière du Maine et du Nouveau-Brunswick, est très difficile d’accès, car elle est située au pied d’une pente abrupte, à la lisière de la retenue d’amont de Grand Falls. Les effectifs de la population ont considérablement décliné, l’habitat étant soumis à une forte érosion des eaux du bassin de retenue. Les berges s’élèvent de façon très abrupte depuis la rive, à un angle d’environ 45 degrés. La plupart des plantes sont très proches du bord de l’eau et la berge est souscavée. Quelques individus se trouvent à près de 2 m du bord de l’eau. Le niveau du bassin varie selon la quantité d’eau qui est prélevée pour produire de l’électricité. Une hausse du niveau pourrait gravement affecter les plantes qui poussent le plus près de l’eau. En 1987, Drummond y a dénombré 41 plantes en fleur et 79 sans fleur, pour un total de 120 individus. C’est en 1983 qu’on a recensé le plus grand nombre de plantes à cette station, soit 125 individus. Le dénombrement effectué par l’auteur du présent rapport le 2 octobre 1997 a donné 12 plantes en fleur et 50 sans fleur.

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Station 3

La station de la rivière Saint-Jean, près de l’embouchure de la rivière Little à Tilley, au Nouveau-Brunswick, a fait l’objet d’un dénombrement des pédiculaires presque chaque année depuis 1977, date de sa découverte par George Stirrett et Fred Tribe. On y a compté jusqu’à 225 plantes en 1984 (Brown, 1984) et aussi peu que 136 en 1997, lorsque la station a fait l’objet d’un recensement par les « gardiens » chargés de sa surveillance pour la Fondation pour la protection des sites naturels du Nouveau-Brunswick, Pat et Graham O'Brian. L’affouillement par la glace et de l’érosion ont augmenté dernièrement à la station, et plusieurs arbres sont tombés sur une partie des plantes.

Aucun effort concerté n’a été mis en œuvre récemment pour trouver des populations de pédiculaires de Furbish le long de la rivière Saint-Jean au Nouveau-Brunswick. Les derniers à avoir entrepris une telle prospection sont George Stirrett, l’auteur du présent rapport et Fred Tribe, en 1977‑1978. L’auteur du rapport a prospecté quelques petits tronçons de la rivière en amont et en aval des stations actuelles, mais sans succès.

La tendance générale est à la baisse des effectifs de la pédiculaire et à une certaine dégradation de son habitat. Si cette tendance se maintient, nous estimons que la pédiculaire disparaîtra de la station frontalière du Maine et du Nouveau-Brunswick ainsi que de la station située sur le remblai du chemin de fer. La station de la rivière Little demeure dynamique, ses effectifs oscillant entre 225 (1984) et 136 individus (l997). Il se pourrait que de nouvelles plantes s’établissent le long de ce tronçon du rivage.

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Habitat

La pédiculaire de Furbish est une espèce « fugitive » typique (Grime, 1979) qui occupe des habitats temporaires qui sont périodiquement détruits. L’espèce est principalement confinée à une zone de transition dominée par les arbustes sur la berge de la rivière, sous la zone de conifères et de feuillus de la forêt boréale et au-dessus d’une zone de galets à végétation herbacée clairsemée. L’espèce préfère les sols calcaires de loam sableux bien drainés des terrasses fluviales, qui sont soumises à l’érosion par les hautes eaux et la glace dans la section inférieure de la berge, et aux glissements de terrains dans la portion supérieure. Les travaux d’entretien de l’ancien remblai de chemin de fer par l’équipe de déboisement du Canadien Pacifique ont créé des conditions similaires.

La zone où pousse la pédiculaire porte le poids de l’affouillement par la glace pendant le ruissellement des hautes eaux printanières. Cela empêche les arbres de s’établir et freine finalement la dominance des arbustes. Les recensements réalisés sur toute l’aire de répartition de la pédiculaire ont mis en évidence des variations radicales des effectifs dans le temps, dont de fréquentes disparitions localisées (Menges, 1988).

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Biologie

La pédiculaire de Furbish est une herbacée vivace hémiparasite consistant en une rosette basilaire d’où émergent une ou plusieurs tiges florifères dressées chez les individus matures. Comme, lors des deux premières années de croissance suivant la germination, la plante ne consiste qu’en une rosette basilaire, elle est particulièrement vulnérable à l’envahissement par d’autres herbacées et par les plantes ligneuses (Gawler et al., 1987).

L’espèce serait toujours allogame et aurait besoin des bourdons pour transporter le pollen d’une plante à l’autre (Menges, 1988). Les graines sont libérées à la fin de l’été ou au début de l’automne et aucun mécanisme perfectionné n’assure leur dispersion par le vent ou par les animaux. Toutefois, grâce à leur petite taille et à leur tégument séminal externe lâche et réticulé, elles peuvent flotter plusieurs jours sur l’eau (Menges, 1988).

Pour se développer, les semis ont besoin d’un hôte situé à proximité (Macior, 1980). On a réussi à faire pousser des plantes sur des plateaux de culture où les trèfles leur servaient de plantes compagnes. La transplantation des semis dans la nature n’a toutefois guère connu de succès (Fred Tribe, communication personnelle). Cependant, les plantes matures transplantées auraient vraisemblablement de bonnes chances de survivre pourvu que la transplantation soit faite avec soin et que la plante soit placée dans un endroit qui lui convient.

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Facteurs limitatifs

Au Nouveau-Brunswick, le principal facteur limitatif est la dégradation de l’habitat, attribuable avant tout aux perturbations humaines, et notamment à l’aménagement des bassins de retenue d’amont derrière les barrages hydroélectriques sur la rivière Saint-Jean. En effet, les processus dynamiques de l’affouillement glaciaire, qui créent de nouveaux habitats et freinent la compétition des plantes ligneuses, n’entrent pas en jeu sur les rives des bassins de retenue. Les perturbations causées par le piétinement et la collecte (qui touchent en particulier les graines) ont également un impact négatif sur l’établissement et la survie des semis de la pédiculaire. Enfin, l’arrêt du débroussaillage par les équipes d’entretien de la voie ferrée a aussi eu une incidence négative sur l’établissement des semis à l’ancienne emprise du chemin de fer du Canadien Pacifique près du confluent de la rivière Saint-Jean et de la rivière Aroostook (station 1).

Le comportement hémiparasite de l’espèce n’est probablement pas un facteur limitatif, car la plante peut se fixer aux racines de n’importe quel hôte (Macior, 1980). L’espèce ne peut donc coloniser les rivages perturbés non végétalisés. Les parasites des graines, comme le ptérophore du géranium, Amblyptilia pica, détruisent jusqu’à 39 % des graines en train de mûrir de certaines populations (Menges, 1988). On trouve des aphrophores sur la tige de nombreuses pédiculaires, mais ils semblent n’avoir que peu d’effet, du moins pour ce qui est de la grenaison (Menges, 1988).

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Évaluation et statut recommandé

La désignation d’espèce en voie de disparition attribuée en 1980 à la pédiculaire de Furbish par les gouvernements du Nouveau-Brunswick et du Canada se fondait sur les deux populations de la rivière Saint-Jean et sur celle du remblai de chemin de fer. Depuis, aucune autre population n’a été trouvée au Nouveau-Brunswick. Bien qu’on ait observé des fluctuations dans le nombre de plantes relevé dans chacune des stations connues, cela pourrait être dû en partie à des erreurs de dénombrement attribuables à la nature peu voyante de la plante. Il semble toutefois aujourd’hui que les populations du bassin de retenue d’amont de Grand Falls (station 2) et du remblai du chemin de fer (station 1) risquent d’être totalement détruites. Il importe donc de suivre de près la population qui pousse près de l’embouchure de la rivière Little (station 3), un lieu qui appartient à la Fondation pour la protection des sites naturels du Nouveau-Brunswick; peut-être faudrait-il aussi adopter quelques mesures de restauration pour prévenir la perte des plantes individuelles. Dans cette optique, on pourrait débiter et enlever les arbres tombés et débroussailler un peu pour atténuer l’ombrage excessif et freiner la compétition.

L’auteur recommande qu’on tente de transplanter les plantes restantes de la population du bassin de retenue d’amont de Grand Falls dans un endroit convenable, comme celui qui appartient à la Fondation pour la protection des sites naturels. D’après des données sérieuses, cette population risque en effet de disparaître d’ici une année ou deux. Avec la permission des gouvernements du Nouveau-Brunswick et du Canada, nous suggérons que la Société d’Énergie du Nouveau-Brunswick aide à financer l’enlèvement des plantes qui se trouvent à la station du bassin de retenue et leur transplantation à la station de la Fondation. Tous les efforts doivent être faits pour placer les plantes près des colonies existantes, là où les conditions devraient convenir à leur rétablissement.

Comme toutes les populations de pédiculaires du Nouveau-Brunswick sont en grave déclin et que deux des trois populations pourraient disparaître bientôt, le statut d’espèce en voie de disparition s’impose d’autant plus.

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Remerciements

Pat O'Brien et Fred Tribe ont fourni les données du dénombrement de la station de la Fondation pour la protection des sites naturels, de même que des informations sur la station du remblai du chemin de fer. Mary Young, James Goltz et George Henry Flanders ont aidé à la correction d’épreuves. Ce projet a été financé par le Service canadien de la faune d’Environnement Canada.

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Ouvrages cités

Day, R. 1983. A survey and census of the endangered Furbish Lousewort, Pedicularis furbishiae, in New Brunswick. Canadian Field‑Naturalist 97:325‑327.

Drummond, S. 1987. The 1987 Furbish's Lousewort Count. Report, NBDNRE.

Gawler, S.C., Waller, D.M., et Menges, E.S. 1987. Environmental factors affecting the establishment and growth of Pedicularis furbishiae, a rare endemic of the St. John River Valley, Maine. Bulletin of the Torrey Botanical Club 114:280‑292.

Grime, J.P. 1979. Plant strategies and vegetation processes. John Wiley and Sons, Toronto, 222 pp.

Macior, L.W. 1980. The population biology of Furbish's Lousewort. Rhodora 82:105‑111.

Menges, Eric S. 1988. Conservation biology of Furbish's Lousewort. Report No. 126, Holcomb Research Institute, Butler University, Indianapolis, Indiana.

Stirrett, George M. 1980. Status report on Endangered Wildlife in Canada: Furbish's Lousewort. Rapport inédit, Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada.

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L’Auteur

Harold R. Hinds est détenteur d’un B.Sc. et d’un M.Sc. en biologie. Il est l’auteur de l’ouvrage « Flora of New Brunswick » et de nombreuses publications portant sur des sujets botaniques. Il a fondé la Fondation pour la protection des sites naturels du Nouveau-Brunswick et fait de nombreux relevés de régions naturelles pour la fondation et d’autres organismes. Il est conseiller scientifique auprès de Conservation de la nature Canada. Monsieur Hinds est également assistant professeur (Senior Teaching Associate Emeritus) et travaillait à l’Université du Nouveau-Brunswick avant de prendre sa retraite en 1997. Il est toujours conservateur au Connell Memorial Herbarium du département de biologie de l’UNB; ses propres spécimens ont permis d’accroître les collections de l’herbier de 11 350 spécimens. Monsieur Hinds est une autorité reconnue sur les plantes du Nouveau-Brunswick et sur la préservation des aires naturelles. Il a déjà écrit le Rapport de situation du COSEPAC sur l’aster subulé, population de Bathurst (Aster subulatus var. obtusifolius).