G. Alberta – Rapports sommaires sur les connaissances traditionnelles autochtones

Document source : Rapports sommaires des connaissances traditionnelles autochtones sur la population boréale du caribou des bois (Rangifer tarandus caribou)

Table des matières





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Information sur les métadonnées

Pour les métadonnées associées aux cartes retrouvées dans les rapports suivants, SVP vous référer à l'annexe 2: Métadonnées utilisées pour produire les cartes des rapports sommaires pour le Manitoba, la Saskatchewan et l'Alberta.

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Rapport sommaire de l'atelier sur le caribou boréal avec Environnement Canada

Information sur le document

Préparé par :
Deana Alexis
Nation sioux Alexis Nakota
Traditional Land Use Study Department
Case postale 7
Glenevis (Alberta) T0E 0X0

Préparé pour :
Service canadien de la faune
Environnement Canada
Programme national de rétablissement du caribou boréal

3 décembre 2010

Date de l'atelier : 30 juin 2010
Heure : 10 h à 14 h
Endroit : Salle communautaire, réserve de la nation sioux Alexis Nakota

Le service d'étude de l'utilisation traditionnelle du territoire de la nation sioux Alexis Nakota (Alexis Nakota Sioux Nation Traditional Land Use Study Department) et Environnement Canada ont tenu un atelier sur le caribou boréal.

Le présent rapport résume les résultats de l'atelier du point de vue des aînés.

Il y avait 20 participants parmi les aînés de la nation sioux Alexis Nakota et le personnel du service d'étude sur l'utilisation traditionnelle du territoire. Les aînés ont signalé qu'il n'y a pas d'historique d'utilisation du caribou boréal comme source de nourriture par leur nation; l'histoire n'a jamais prouvé que cette espèce ait parcouru les alentours de Whitecourt. Dans le passé, des caribous pourraient avoir été aperçus dans la région de Cadomin, mais l'exploitation forestière, gazière et pétrolière a toujours eu et aura toujours de grandes répercussions sur le territoire et sur les espèces qui y vivent.

L'habitat du caribou boréal est-il touché par les feux de forêt et le caribou revient-il à l'endroit où l'incendie a eu lieu? Les aînés n'en sont pas certains. Ils ont mentionné que le caribou est un animal intelligent qui migre plus loin pour éviter les perturbations et le développement.

La prédation pouvant menacer le caribou dans le secteur est surtout liée aux grizzlis et aux couguars, dont les populations ont augmenté rapidement, surtout dans le secteur de Ruby Falls. Les populations de cerfs de Virginie et d'orignaux ont connu une augmentation plus grande récemment alors que ces espèces n'étaient pratiquement jamais aperçues dans les limites de la réserve par le passé. La chasse au cerf est pratiquéeà l'occasion par la communauté, tandis qu'autrefois, le cerf constituait la principale source de nourriture jusqu'à ce qu'une maladie débilitante chronique attaque cette espèce.

Comme pour ce qui est des parasites et des maladies du caribou dans la région, les répercussions subies par cette espèce, s'il y en a, ne sont pas connues. Pour d'autres espèces qui vivent dans cette région donnée, il a été remarqué que les animaux sont moins en santé et qu'ils montrent des signes de maladie par leur apparence (plus minces, plus petits, couleur de la fourrure) et par les tumeurs et kystes qui sont découverts lors du dépiautage et de la coupe de la viande. Ces espèces sont généralement le cerf et l'orignal dans les secteurs de Swan Hills, Virginia Hills et Fort Assiniboine. Cette comparaison a été effectuée grâce aux observations des Premières nations de 1950-1960 à ce jour. Cette période constitue une période de changement dans notre environnement naturel, car il s'agit d'une longue suite de bouleversements pour le territoire. Les aînés ont encore une fois mentionné que, par le passé, il pouvait y avoir des caribous et que d'autres tribus ont pu les utiliser comme moyen de subsistance, mais cela ne peut pas être vérifié, car les aînés les plus vieux sont décédés (dans la région de la réserve de la nation sioux Alexis Nakota/Whitecourt).

La nation sioux Alexis Nakota a fait valoir que les pourvoyeurs d'aujourd'hui sont avancés sur le plan technologique et que cela peut créer des problèmes pour la faune, y compris l'utilisation de véhicules tout terrain bruyants et de motoneiges. De plus, la chasse est devenue un loisir plutôt qu'un mode de subsistance. Les carcasses des animaux sont laissées dans les bois ou en bordure de la route, car les chasseurs (pas des membres des Premières nations) ne prennent pas toute la viande, etc., et on peut apercevoir ces derniers chassant sur le territoire traditionnel des Premières nations sans qu'ils en soient blâmés, tandis que les droits de chasse des Premières nations sont restreints en raison des limites imposées par l'Alberta Sustainable Resource Development.

Les conditions météorologiques dans le bassin hydrologique peuvent soulever des préoccupations pour le caribou et les autres espèces. Les changements climatiques peuvent influer sur l'habitat des animaux, ce qui pourrait entraîner le déclin du nombre d'individus dans certaines régions. Les animaux ont tendance à s'éloigner de plus en plus, vers l'ouest, où ils sont moins menacés.

Si elle n'était pas dérangée, la population de caribous pourrait possiblement augmenter en raison de sa migration.

Les produits chimiques peuvent aussi constituer un facteur de risque pour les populations animales. Les installations de traitement des eaux usées (par exemple, l'usine de filtration de Swan Hills), les activités industrielles, le bruit des véhicules tout terrain et des motoneiges, le va-et-vient constant de la machinerie lourde et l'utilisation de camions lourds représenteront toujours un problème.

La limitation du bruit et la mise en place d'un refuge faunique pourraient constituer des moyens de régler ces problèmes. La collectivité a exprimé ses préoccupations relativement à la maladie débilitante chronique des populations locales de cerf, et les gens craignent de manger la viande de cerf, car elle peut également créer des kystes chez l'humain. La situation des animaux dans son ensemble est préoccupante : à quoi ont-ils été exposés? quels endroits ont-ils fréquentés? – impossible de le savoir.

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Atelier sur la population boréale du caribou des bois avec les aînés

Date : 10 août 2010

Contexte

Des représentants d'Environnement Canada ont assisté à la réunion du du conseil des aînés afin de discuter du processus d'élaboration d'un programme national de rétablissement du caribou boréal par Environnement Canada. Les aînés ont fait part de leurs inquiétudes concernant le caribou boréal et ont demandé qu'Environnement Canada revienne sur place pour tenir un atelier afin de partager les renseignements et les connaissances avec le groupe. Environnement Canada a donc organisé un atelier le 10 août 2010 et y a présenté des renseignements sur le caribou boréal, en plus de poser une série de questions dans le but de lancer la discussion avec les aînés. Le Ministère avait aussi apporté des cartes afin de marquer les endroits où les aînés avaient aperçu des caribous boréaux.

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Résumé de l'atelier

La principale préoccupation soulevée à l'occasion de l'atelier avait trait au sentiment de perdre le caractère intact du milieu naturel. Les aînés ont fait part des nombreux changements dont ils ont été témoins sur le territoire, notamment des changements dans le paysage en raison de l'exploitation industrielle de même que dans les populations sauvages.

Les aînés ont indiqué que les principales menaces au caribou étaient : 1) l'exploitation industrielle (industrie gazière et pétrolière, et exploitation forestière), et 2) la prédation exercée par les loups et les grizzlys. Les aînés étaient d'avis qu'Environnement Canada devrait viser à conserver les hardes de caribou et recommander des mesures pour y arriver. Leurs suggestions comprennent les suivantes : poursuite des activités de imitation des populations de loups, réduction de l'activité industrielle et rétablissement des hardes de caribou par la relocalisation d'animaux dans le territoire local. Ils souhaiteraient également que de vastes aires d'habitat du caribou soient protégées.

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Tendances démographiques

Il y avait beaucoup de caribous dans le passé, mais il semble qu'ils aient maintenant disparu. Tous les aînés estiment que l'activité industrielle chasse le caribou du territoire. Ils avaient l'habitude d'apercevoir des caribous et des signes de leur présence (tels que des pistes et des ossements), mais ils n'en voient presque plus aujourd'hui (pas même d'ossements). Ils croient que les caribous ont quitté le territoire et que ce n'est pas uniquement une question de mortalité. Ils arrivent à cette conclusion parce qu'ils ne voient pas d'ossements (de carcasses) sur le territoire. Par contre, les aînés ignorent vers quels territoires ils ont migré. Ils suggèrent qu'ils sont peut-être allés dans les montagnes (à l'ouest) ou plus au nord.

Les aînés avaient l'habitude d'apercevoir des pistes au 58e mille (sud-est de Grand Cache), mais ils n'en ont vu aucune l'an dernier. Par le passé (il y a longtemps), ils apercevaient de grands groupes de 40 à 50 caribous, surtout aux abords des lacs. Les aînés avaient aussi l'habitude (plus récemment) d'apercevoir 3 ou 4 animaux par groupe, mais maintenant, ils commencent à voir des hardes de 6 à 10 bêtes. Un aîné a récemment aperçu un groupe de 13 caribous. Ils expliquent le plus grand nombre d'animaux par le programme de limitation des populations de loups qui est en oeuvre sur le territoire depuis 5 ou 6 ans.

Les aînés ont aussi fait remarquer que les jeunes animaux sont plus nombreux depuis l'abattage sélectif des loups. Ils ont également affirmé que la mise bas semble avoir changé : ils voient de jeunes animaux plus tard dans la saison.

Les aînés ont mentionné que le caribou boréal et le caribou des montagnes du Sud (Little Smoky et à la Pêche) migrent beaucoup dans la région bien qu'ils ne semblent pas pouvoir distinguer les deux types.

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Utilisation de l'habitat

Le caribou se nourrit de lichen et de mousse, et a besoin de forêts anciennes. Les aînés ont mentionné qu'il y avait des aires de mise bas près de la frontière de la Colombie-Britannique (sur les sommets des montagnes basses).

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Menaces

Les plus importantes menaces locales soulevées par les aînés étaient l'exploitation industrielle (pétrole et gaz, et exploitation forestière) et la prédation par les loups et les grizzlys.

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Changements relatifs à l'habitat

Les changements les plus importants ont été liés à l'activité industrielle. Il y a consensus parmi les aînés : l'activité industrielle chasse le caribou hors du territoire. Les aînés avaient l'habitude d'apercevoir des caribous et des signes de leur présence (tels que des pistes et des ossements), mais ils n'en voient presque plus aujourd'hui (pas même des ossements). Les aînés étaient préoccupés de constater qu'auparavant, on trouvait de tout en abondance dans la région, alors qu'aujourd'hui, il semble que tout soit en déclin, pas seulement le caribou.

La communauté avait l'habitude de faire des feux d'herbe dans la région, mais elle a dû cesser cette pratique après l'établissement de la municipalité de Grande Cache. L'abandon des feux a modifié le paysage parce qu'il y avait auparavant un plus grand nombre de lieux découverts. Ils ont aussi indiqué qu'il y avait beaucoup de récolte de bois et que les saules croissaient rapidement, ce qui rendait les lieux très broussailleux.

La venue du dendroctone du pin ponderosa et le brûlage subséquent des forêts causent également des perturbations au caribou. Les aînés croient que le caribou met beaucoup de temps à revenir aux lieux brûlés. La région de Little Smoky a été victime d'un feu il y a environ 100 ans et les caribous ont fini par revenir dans la région. Cela peut prendre 50 ans, voire plus, pour que le caribou revienne.

Il y a deux ou trois ans, alors que certains des aînés survolaient la région de Wilmore, ils ont remarqué de nombreuses zones brûlées. Ce jour-là, aucun animal ne se trouvait dans ces zones, mais de l'herbe repoussait sur les terrains brûlés. Les caribous apprécient souvent les lieux où la végétation repousse.

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Activités industrielles et exploitation

Il y a un consensus selon lequel l'activité industrielle chasse le caribou du territoire. Les aînés estiment qu'il y a une perte de sources de nourriture pour le caribou en raison des activités industrielles et de l'exploitation, et que la perte d'habitat et le bruit les forcent à s'éloigner du territoire.

Les collisions routières ont également été mentionnées, bien que les aînés ne savaient pas combien de caribous étaient victimes de tels accidents. Ils étaient surtout préoccupés par certaines des principales routes d'accès industrielles (Ghost Main, Smoky Main) et la route 40. Ils ont aperçu des caribous victimes de collisions routières sur la voie Smoky Main ainsi qu'entre Muskeg et Huckleberry Tower. Ils ont indiqué que le sel d'épandage sur les routes attire le caribou.

Les aînés suggèrent que les caribous ont dû migrer hors du territoire afin d'éviter le bruit et fuir les régions qui ont fait l'objet de déboisement (exploitation forestière, sondage sismique). Ils n'ont pas aperçu de caribous dans les blocs de coupe, que les caribous évitent. Selon les aînés, le caribou fuit la lumière et le bruit; toutefois, des traces de caribou ont été aperçues autour d'usines (pétrole et gaz) et de plateformes d'exploitation. Ils ont ajouté que les caribous aiment tout particulièrement ces endroits parce qu'ils semblent attirés par les eaux usées. Un aîné a mentionné avoir vu un caribou pendant qu'il se déplaçait en motoneige et que l'animal ne s'était pas enfui très loin, c'est-à-dire qu'il n'avait pas eu trop peur.

Les aînés étaient préoccupés par les épandages d'herbicides dans les blocs de coupe. Les herbicides tuent toute la végétation; ils doivent donc avoir aussi un effet sur le caribou.

Un aîné a fait état que leur réseau de piégeage n'était plus accessible : ils ne peuvent s'y rendre parce que cela requiert l'utilisation d'un émetteur-récepteur radio. Il y a beaucoup de circulation dans cette région.

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Prédateurs et autres espèces proies

Les aînés s'entendent tous pour dire que la prédation par les loups est un problème pour le caribou. Ils ont exprimé avec force leur opinion selon laquelle le grizzly est une importante source de mortalité dans la région. Les aînés ont affirmé qu'il y a eu une importante augmentation de leur population au cours des 10 dernières années. Les gens aperçoivent même des grizzlys dans les limites de la municipalité de Grande Cache. Ils ont également mentionné que la population sans cesse croissante de couguars représente également un problème et constitue une source de mortalité des caribous. On note aussi la présence de carcajous dans la région, mais ils sont peu nombreux.

Le wapiti et le cerf de Virginie sont arrivés dans la région au cours des années 60 (il y a toujours eu des orignaux et des cerfs-mulets). Les wapitis et les cerfs de Virginie étaient rarement aperçus auparavant. Certains aînés ont émis l'opinion que ces animaux ont pu chasser le caribou hors de la région. Le nombre de cerfs-mulets était autrefois élevé, mais il a diminué après la venue du wapiti et du cerf de Virginie. Plus récemment, les gens se sont mis à apercevoir davantage de cerfs-mulets. Les aînés croient que le cerf-mulet a probablement été plus touché que le caribou par l'arrivée du cerf de Virginie. Il y a, depuis quelque temps, un déclin de la population de wapitis. Les aînés demandent pourquoi les gens ont la permission d'exploiter des élevages de wapitis et comment ils obtiennent une telle permission. Selon les aînés, le nombre d'orignaux a également diminué dans la région. Il y avait aussi beaucoup de cerfs de Virginie, mais il semble qu'ils soient aussi en voie de disparaître (les aînés croient qu'ils ont quitté la région). Il y a quelques années, l'hiver a été particulièrement rigoureux, mais les aînés ne pensent pas que cela ait entraîné une forte mortalité. Ils n'aperçoivent pas d'ossements sur les lieux ni aucun autre signe de mortalité massive. Les aînés ont aussi affirmé que les wapitis et le cerf de Virginie dégagent une mauvaise odeur qui a probablement fait fuir l'orignal et le cerf-mulet, qui ne la supportent pas. Selon les aînés, le nombre de porcs-épics a également diminué dans la région.

Un des aînés a mentionné qu'il y a plus de wapitis dans la région de Little Smoky et que cela pourrait en chasser l'orignal. Il a affirmé que la population sauvage est moins abondante en général (depuis les six dernières années) et a suggéré qu'ils pouvaient se diriger vers l'aire de nature sauvage Wilmore où il y a moins de projets d'exploitation.

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Parasites et maladies du caribou

Lorsqu'il y a beaucoup de mouches, le caribou n'a d'autre choix que de courir pour leur échapper. Cela fait de longues années que les aînés n'ont pas chassé le caribou (ils mangent surtout de l'original et du cerf-mulet), ils n'ont donc pas de renseignements sur les changements en ce qui a trait aux réserves de graisse, à l'état corporel et aux parasites. En 1958, le père de l'un des aînés a tué un caribou qui avait beaucoup de réserves de graisse, mais il ignorait la situation actuelle.

Il y a plus de tiques, surtout dans le nord de la région de l'autre côté de Cut Bank (entre Grande Cache et Grande Prairie). Cela affecte les animaux, car beaucoup en meurent. Il semble que les animaux aient des réserves de graisse moindres qu'avant. Les gens avaient toujours vu des kystes sur la viande (ce qui est naturel), mais maintenant les kystes semblent plus gros, ce qui est vu comme étant anormal. Autrefois, les orignaux étaient très gras alors que, maintenant, ils sont maigres. Le goût de la viande est différent. La viande d'animaux malades est d'une couleur différente, plus orangée ou jaunâtre. Il y a plus d'animaux dans cet état que par le passé et les gens en voient plus souvent lorsqu'ils vont à la chasse. Les aînés ont également observé la présence de grosses verrues noires sur des orignaux. On les voit surtout sur les orignaux qui se trouvent dans des endroits près de puits et d'usines. Ils croient que ces deux éléments sont liés l'un à l'autre.

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Chasse excessive

Il n'y a pas de chasse au caribou dans la région. La nation Aseniwuche Winewak n'a signé aucun traité et leurs revendications territoriales n'ont pas encore fait l'objet d'un règlement. Les membres de la communauté sont des Indiens non inscrits. Les aînés n'ont pas connaissance de problèmes de chasse excessive ou de braconnage dans la région. Les membres de la communauté préfèrent l'original au cerf-mulet et au cerf de Virginie.

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Changements climatiques et conditions météorologiques

Autrefois, les hivers étaient plus froids et la couverture neigeuse plus abondante. Il semble qu'il fasse plus chaud à l'année; aussi la végétation croît-elle plus rapidement et la région est devenue très sèche. Les fondrières s'assèchent. Un aîné considère que la récolte du bois nuit aux fondrières. Les lacs et les rivières contenaient beaucoup plus d'eau dans le passé et la qualité de l'eau a diminué. Il y a beaucoup de récolte de bois; les saules croissent vite, ce qui rend le terrain très broussailleux.

Les loups suivent parfois les traces de caribous dans la neige. Il est donc possible qu'une couverture neigeuse abondante nuise aux caribous. Les prédateurs peuvent plus facilement trouver leurs proies.

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Conservation et rétablissement du caribou

Les aînés sont d'accord avec les objectifs de peuplement et de distribution présentés à l'occasion de l'atelier (préserver toutes les hardes de caribou). Ils souhaitent voir des caribous dans la région dans l'avenir. Ils sont d'avis que la limitation des populations de prédateurs et la réduction de l'activité industrielle sont des éléments importants pour réussir à rétablir la harde de Little Smoky.

Les aînés voudraient que toute l'aire de Little Smoky soit protégée et ont mentionné la conservation des grands arbres et des forêts anciennes. Ils ont insisté sur le fait que le territoire protégé soit le plus étendu possible.

Ils ont parlé de l'abattage sélectif de loups qui a donné de bons résultats dans la région. Ils voient maintenant des hardes de six à dix bêtes comparativement à seulement deux ou trois (au cours des cinq ou six dernières années). Les aînés estiment que, si le caribou se plaît dans une aire donnée, cette aire devrait être protégée. Ils ont également suggéré de relocaliser des caribous depuis d'autres régions afin de rétablir la population. Cela aiderait, selon eux, à rendre les populations autosuffisantes à nouveau.

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Exercice cartographique

Les cartes ci-jointes, préparées par Environnement Canada, rendent compte des renseignements fournis par les aînés de la nation Aseniwuche Winewak.

Figure 1 : Ateliers avec les aînés de la NAW sur le caribou des bois - Aires de répartition du caribou

Carte illustrant les multiples hardes de caribous présentes en Alberta. Renseignements descriptifs des polygones représentant les zones fréquentées par le caribou.

Description longue pour la figure 1

Carte illustrant les multiples hardes de caribous présentes en Alberta. Voir tableau 1 pour des informations descriptives.

Tableau 1 : Information descriptive (de la figure 1 ci-dessus), associée aux polygones représentant les secteurs utilisés par le caribou
ÉtiquetteDétails
1Caribou aperçu en été
2Caribou aperçu en hiver
3Caribou aperçu à l'automne et en hiver
4Caribou aperçu à l'automne et en hiver
5 -
6Caribou aperçu en été
7Caribou aperçu en hiver
8Cinq caribous aperçus en juin 2010
9Caribou aperçu à l'automne et en hiver
10 -
11 -
12 -
13 -
14Les aînés voyaient beaucoup de caribous aux abords des lacs; il y en beaucoup moins maintenant.
15Caribou aperçu en été, à l'automne et en hiver. En été, leur couloir de déplacement traverse la route.
16 -
17Aire de migration
18Sommets des montagnes basses utilisés durant la saison de mise bas au printemps et au début de l'été

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Figure 2 : Ateliers avec les aînés de la NAW sur le caribou – Aires de répartition antérieures du caribou des bois

Carte illustrant les multiples hardes de caribous présentes en Alberta. Renseignements descriptifs des polygones représentant les zones fréquentées par le caribou.

Description longue pour la figure 2

Carte illustrant les multiples hardes de caribous présentes en Alberta. Voir tableau 2 pour des informations descriptives.

Tableau 2 : Information descriptive (de la figure 2 ci-dessus) associée aux polygones représentant les secteurs anciennement utilisés par le caribou
ÉtiquetteDétails
1La piste de caribou au travers de Suza Creek (utilisée en été) a disparu
2Région utilisée pour les déplacements en hiver. Il y avait avant des milliers de caribous dans la baissière.
3 

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Figure 3 : Ateliers avec les aînés de la NAW sur le caribou – Aires de répartition antérieures du caribou des bois

Carte illustrant les multiples hardes de caribous présentes en Alberta. Voir tableau 3 pour des informations descriptives.

Description longue pour la figure 3

Carte illustrant les multiples hardes de caribous présentes en Alberta. Voir tableau 3 pour des informations descriptives.

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Remerciements à la Première Nation Athabasca Chipewyan

Environnement Canada aimerait remercier la Première Nation Athabasca Chipewyan d'avoir transmis ses connaissances traditionnelles autochtones en vue d'appuyer l'élaboration du programme national de rétablissement de la population boréale du caribou des bois (caribou boréal). Les connaissances transmises dans leur rapport ont contribué au programme de rétablissement du caribou boréal; toutefois, elles n'ont pas été présentées dans le présent rapport de compilation public.

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Beaver First Nation: Atelier des aînés sur le processus de planification du rétablissement et le programme national de rétablissement de la population boréale du Caribou d'Environnement Canada

Information sur le document

Rédigé par :
Randy Hellwig, directeur des consultations
Boyer River, AB

Présenté au
Service canadien de la faune, Environnement Canada
Programme national de rétablissement
de la population boréale du caribou

17 novembre 2010

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Introduction

De concert avec Environnement Canada, la Beaver First Nation a tenu un atelier avec des aînés le 17 novembre 2010. Le présent document est un résumé de cet atelier auquel six aînés de la communauté ont participé. La majorité des aînés ont été chasseurs et trappeurs.

Au début de l'atelier, la représentante d'Environnement Canada, Christine Robichaud, a expliqué ce que le Ministère savait des endroits où se trouvaient les hardes de caribous en Alberta et a donné un aperçu du type de renseignements que le Ministère souhaite recueillir auprès des aînés. Ce rapport comprend les réponses données aux questions posées par Environnement Canada.

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Rapport sommaire - Les réponses de l'aîné aux questions posées par Environnement Canada concernant troupeaux de caribous en Alberta

Utilisation de l'habitat


Quels types de plantes et attributs du territoire les caribous utilisent-ils ?
Un aîné a affirmé que certains des caribous dans la région du lac Bischu sont pratiquement aussi gros que les wapitis.
Un trappeur a dit qu'il avait l'habitude de voir environ 50 caribous descendre des monts Caribou le long des lignes de sondage sismique au printemps, autour du mois d'avril. Il a également remarqué qu'ils avaient le nez boursoufflé, en raison probablement de la ponte de larves ou d'oeufs à l'intérieur de la cavité nasale, mais que la situation était redevenue normale après environ deux semaines et que cela n'avait pas semblé déranger les caribous.
Le caribou a besoin de lieux où il y a beaucoup de mousse et de fondrières; il se déplace sur de vastes territoires.
Le caribou se nourrit de mousse, mais lorsque celle-ci a été brûlée, les bêtes n'ont plus rien à manger; elles doivent alors quitter la région.
Les feux et l'exploitation forestière modifient l'habitat. Or, le caribou a besoin d'un abri et de nourriture. Aussi, si l'exploitation forestière détruit ces ressources, les caribous doivent aller sur d'autres terres.
Le caribou préfère le lichen et s'installe donc là où il y en a. On le trouve aussi dans les régions montagneuses où il n'y a pas de neige.
Le caribou s'attarde dans les endroits où il y a de la mousse.
Utilisent-ils des plantes et des éléments particuliers du paysage différents selon les périodes de l'année?
Le caribou se nourrit de mousse, mais lorsque celle-ci a été brûlée, les bêtes n'ont plus rien à manger; elles doivent alors quitter la région.
Un des aînés a expliqué que la mousse est abondante aux mois de février et de mars, et que les 3 caribous viennent manger les jeunes amélanchiers, mais ne restent pas sur place.
Le réseau de piégeage d'un des aînés se trouve sur un territoire où il y a une importante exploitation forestière (près de la rivière Meander). Il y a aussi de l'exploitation pétrolière et gazière. Et il y a également eu beaucoup d'activités d'exploration sismique. Cet aîné aperçoit des caribous sur son territoire de piégeage au printemps, en avril et en mai.
Les caribous se déplacent beaucoup. Certains insectes et parasites logent dans le nez des caribous au printemps, mais ils s'en vont plus tard avant la fin du printemps. Ces parasites affolent les caribous ce qui les amène à se déplacer beaucoup. Il a vu des hardes de 50 caribous agir de la sorte au printemps.
Un aîné a affirmé que certains des caribous dans la région du lac Bischu sont pratiquement aussi gros que les wapitis.

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Tendances de la population boréale du caribou

Avez-vous remarqué un changement dans le nombre de caribous au fil du temps?
On ne voit pas de caribous dans les aires de coupe. Plus récemment, depuis le déploiement de toutes les activités d'exploitation forestière, les observations de caribous sont plus rares.
Les loups savent où se trouvent les caribous et les orignaux. Ils les suivent, et les plus gros animaux, les ongulés, sont devenus leur plus importante source de nourriture. Ils délaissent les petits animaux rapides, comme les lapins. Je parcours mon territoire de piégeage depuis l'âge de dix ans, avec mon père; qui aura bientôt 70 ans.
Il n'y a presque plus d'orignaux dans la région. Un chasseur ne peut même plus appeler l'orignal, parce que dès qu'il le fait, il est entouré de loups. Les loups harcèlent tellement les chasseurs qu'ils ne peuvent rester dans leurs cabanes.
Les feux et l'exploitation forestière modifient l'habitat; le caribou a besoin d'un abri et de nourriture. Aussi, si l'exploitation forestière détruit ces ressources, les caribous doivent aller sur d'autres terres.
Un trappeur a dit qu'il avait l'habitude de voir environ 50 caribous descendre des monts Caribou le long des lignes de sondage sismique au printemps, autour du mois d'avril. Il a également remarqué qu'ils avaient le nez boursoufflé, en raison probablement de la ponte de larves ou d'oeufs à l'intérieur de la cavité nasale, mais que la situation était redevenue normale après environ deux semaines et que cela n'avait pas semblé déranger les caribous.

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Menaces (P. ex. : modifications de l'habitat, prédation, maladies, chasse excessive, collisions avec des véhicules, perturbations liées au bruit et à la lumière, changements climatiques)

Modifications de l'habitat

Quels changements observés sur le territoire au cours de votre vie peuvent avoir modifié les habitudes du caribou sur ce territoire?
Les feux et l'exploitation forestière modifient l'habitat; le caribou a besoin d'un abri et de nourriture. Aussi, si l'exploitation forestière détruit ces ressources, les caribous doivent aller sur d'autres terres.
Un trappeur a dit qu'il avait l'habitude de voir environ 50 caribous descendre des monts Caribou le long des lignes de sondage sismique, au printemps, autour du mois d'avril. Il a également remarqué qu'ils avaient le nez boursoufflé, en raison probablement de la ponte de larves ou d'oeufs à l'intérieur de la cavité nasale, mais que la situation était redevenue normale après environ deux semaines et que cela n'avait pas semblé déranger les caribous.
Les aînés s'entendent tous pour dire que l'exploitation forestière et les feux sont les principales menaces qui pèsent sur le caribou.
On ne voit pas de caribous dans les aires de coupe. Plus récemment, depuis le déploiement de toutes les activités d'exploitation forestière, les observations de caribous sont plus rares.
Les collines du Caribou semblent un territoire important pour le caribou. Les aînés affirment que s'il y a des feux de forêt éloignés dans la région, le gouvernement les laisse brûler et n'intervient uniquement lorsque ceux-ci menacent des populations humaines.

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Activités industrielles et développement

Avez-vous observé le caribou boréal utiliser ou éviter les zones ayant été modifiées par des activités industrielles ou des projets d'exploitation?
Les feux et l'exploitation forestière modifient l'habitat; le caribou a besoin d'un abri et de nourriture. Aussi, si l'exploitation forestière détruit ces ressources, les caribous doivent aller sur d'autres terres.
Les feux et les blocs de coupe liés à l'exploitation forestière ont des effets même sur les oiseaux; par exemple, le nombre de Tétras des prairies et de canards a décliné.
On ne voit pas de caribous dans les aires de coupe. Plus récemment, depuis le déploiement de toutes les activités d'exploitation forestière, les observations de caribous sont plus rares.
Les aînés étaient d'avis qu'aucun type d'exploration pétrolière et gazière ou d'exploitation forestière ne devrait être permis dans les collines du Caribou.

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Prédation

Le nombre de prédateurs (comme le loup, l'ours ou le lynx) dans les régions où se trouve le caribou boréal a-t-il augmenté au fil des années?
Un trappeur, actif sur le territoire depuis 70 ans, a affirmé avoir vu quelques grosses meutes de loups et que, dans l'ensemble, il y avait plus de loups sur son territoire de piégeage. Il dit que les loups suivent le gibier, mais qu'il n'était pas sûr quelles étaient maintenant leurs proies.
Un aîné a dit qu'il y avait beaucoup de loups au sud de High Level et qu'il a vu des loups tuer un orignal dont ils n'ont mangé que la moitié de la chair pour ensuite en tuer un autre qui était à proximité et dont ils n'ont presque rien mangé.
Les aînés sont tous d'accord pour dire qu'il n'y a presque plus d'orignaux dans les environs. Ils disent qu'un chasseur ne peut même plus appeler l'orignal, parce que dès qu'il le fait, il est entouré de loups. Les loups s'approchent même des cabanes, les entourent et surveillent les chasseurs.
Les aînés disent qu'un loup chasse en poursuivant sa proie qu'il harcèle et mord constamment de manière à ce que les blessures la ralentissent. Lorsqu'elle finit par s'arrêter, les loups foncent sur elle et la tuent. Un des aînés a vu deux loups tuer de cette façon un orignal mâle adulte.
Les aînés ont aperçu quelques cerfs dans la région, soit des cerfs de Virginie et des cerfs mulets, mais pas en aussi grand nombre que par les années passées.
Tout fonctionne par cycles : une année, il y a beaucoup de loups entre Meander et Zama, puis il n'y en a plus aucun l'année suivante.
Les aînés ont remarqué la présence de couguars dans la région alors qu'il n'y en avait jamais eu dans le passé. Ils disent que la Division des pêches et de la faune a amené des couguars dans la région afin de limiter la population de cerfs, mais que cela fait déjà plusieurs années (une vingtaine peut-être).
Les chasseurs de gibier trophée sont tout aussi nuisibles que les couguars. Plusieurs aînés ont aperçu des cerfs qui avaient été tués, auxquels il ne manquait que la tête et dont on avait laissé la peau et la chair pourrir sur place.
Les aînés estiment que les gens doivent respecter les traditions de chasse consistant à utiliser toutes les parties de l'animal.
Avez-vous constaté des changements dans l'abondance des espèces proies, comme le castor, le cerf, le wapiti, le bison, l'orignal, dans les régions où se trouve le caribou boréal?
Tous les aînés étaient d'avis que pour la Beaver First Nation, l'orignal et le canard étaient les principales sources de nourriture, mais que ceux-ci se faisaient rares maintenant.
Les aînés ont aperçu quelques cerfs dans la région, soit des cerfs de Virginie et des cerfs mulets, mais pas en aussi grand nombre que par les années passées. Les feux et les blocs de coupe liés à l'exploitation forestière ont des effets même sur les oiseaux; par exemple, le nombre de Tétras des prairies et de canards a décliné. Il y a beaucoup moins de canards dans les environs, pratiquement aucun cette année. Il y a beaucoup d'oies par contre.
Il y a 30 ans, il n'y avait presque pas de cerfs, mais maintenant, on en voit en grand nombre.
Aux environs de Manning, les gens se plaignent que les wapitis mangent tout leur foin.
Les aînés disent qu'il y a des wapitis dans la région et certains aînés affirment que des fermiers près de Manning se plaignent que ces bêtes mangent leur foin. Cela pose des problèmes puisque le bétail refuse de manger le foin imprégné de l'odeur du wapiti.

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Parasites et maladies du caribou

Avez-vous observé un changement sur le plan de la santé du caribou dans votre région? (Par exemple :état corporel, taille, comportement, parasites ou taux de mortalité plus élevé)
Maladie débilitante chronique : le ministère responsable du développement durable des ressources de (Sustainable Resource Development [SRD] de l'Alberta) prend des mesures pour tenter de ralentir ou stopper la propagation de cette maladie.
Des aînés ont remarqué que certains caribous avaient un nez boursoufflé, un problème causé par les mouches qui pondent leurs oeufs dans les cavités nasales de l'animal.
Des aînés ont observé que les tiques attaquent davantage les orignaux femelles et leurs petits et ce, au point de les tuer dans certains cas. Au printemps, les orignaux sont harcelés à un point tel que, dès qu'ils le peuvent, ils se jettent à l'eau pour tuer les tiques qui les parasitent.
Les caribous sont aussi victimes des tiques, qui leur trouent la peau.
Les caribous doivent être en assez bonne santé parce qu'ils semblent gras à longueur d'année.
Un aîné a suggéré de procéder comme dans le cas de la chasse au bison d'Amérique et ainsi, avec les étiquettes de marquage, de remettre également aux chasseurs de caribous un diagramme indiquant où prendre des échantillons de sang sur la carcasse pour que ceux-ci soient remis au SRD afin de réaliser des analyses et de détecter les maladies.
Les aînés n'ont remarqué aucun changement quant au goût ou à la couleur de la viande de gibier. Les tiques arrivent au printemps; ce sont les orignaux femelles et leurs petits qui en sont les principales victimes. Les caribous et les orignaux sont attaqués par les tiques, qui leur mordent la peau.

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Chasse excessive

Est-ce que le caribou boréal fait l'objet d'une chasse excessive dans votre région?
La chasse au caribou par les résidents locaux est interdite depuis 1980.
Les aînés s'entendent pour dire qu'il n'y a presque plus d'orignaux maintenant; ils en 7 concluent que la chasse illégale demeure un problème.
Les aînés estiment que les gens doivent respecter les traditions de chasse consistant à utiliser toutes les parties de l'animal.

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Perturbations liées au bruit et à la lumière

Avez-vous remarqué des bruits ou des lumières d'avions, de motoneiges ou d'industries qui dérangent le caribou boréal dans votre région?
La plupart des aînés ne pensent pas que les motoneiges perturbent les caribous. Au début, ils s'éloignent, mais ils reviennent lentement pour voir ce qui se passe.

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Changements climatiques et conditions météorologiques

Avez-vous observé des changements relatifs au climat, comme des changements en ce qui concerne les conditions d'enneigement, la température ou les précipitations dans votre région?
Tous les aînés disent que les conditions météorologiques ont vraiment changé au cours de leur vie.
Les régimes climatiques ont beaucoup changé au cours des dix dernières années environ. Cela touche même les ours; leur hibernation commençait vers la mi-octobre alors qu'un ours a été aperçu la semaine dernière (mi-novembre).

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Pratiques traditionnelles et récits

Existe-t‐il des récits, des règles ou des traditions qui pourraient nous aider à protéger et à conserver le caribou?
Il y a les chasseurs de gibier trophée qui ne conservent que la tête des cerfs. Il y aussi des chasseurs d'orignal qui laissent pourrir les peaux et les têtes. Cela ne fait pas partie de nos traditions.
Les chasseurs de gibier trophée sont tout aussi nuisibles que les couguars. Plusieurs aînés ont aperçu des cerfs qui avaient été tués, auxquels il ne manquait que la tête et dont on avait laissé la peau et la chair pourrir sur place.

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Aires importantes à protéger

Les collines du Caribou semblent un territoire important pour le caribou (voir la carte préparée par Environnement Canada pour le compte de la Beaver First Nation à la fin du présent rapport).
Les aînés affirment que s'il y a des feux de forêt éloignés dans la région, le gouvernement les laisse brûler et n'intervient uniquement lorsque ceux‐ci menacent des populations humaines.
Un participant a suggéré que toute forme d'exploration soit interdite dans les collines du Caribou.

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Importance de la conservation du caribou

Les aînés estiment qu'on devrait laisser le caribou tranquille, qu'il est là depuis très, très longtemps.
Ils sont d'accord pour dire qu'il faut penser à l'avenir, parce que si l'orignal continue à décliner, alors les gens auront besoin du caribou.
Il faut protéger le caribou d'une manière ou d'une autre parce que toute la faune est interreliée et si le caribou vient à disparaître de la région, les autres animaux seront touchés.
Les aînés ont suggéré que la bande étudie le caribou; personne n'en sait beaucoup sur l'espèce. Cette rencontre avec Environnement Canada est une première, aucun des participants n'ayant le souvenir qu'une personne se soit déplacée afin d'échanger avec des membres de la communauté sur un animal en particulier.

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Autres préoccupations et commentaires

Auriez-vous d'autres informations ou suggestions concernant le caribou qui pourraient nous aider à conserver et à protéger cette espèce?
Un des aînés a suggéré qu'une étude sur les rapports entre les loups et les caribous pourrait être utile pour recueillir des informations.
Un des participants a indiqué qu'il fallait apprendre de nos erreurs dans nos efforts pour protéger les espèces animales. Par exemple, on a déjà décidé de tuer des chevaux sauvages parce qu'ils étaient trop nombreux, mais on a alors découvert que cela avait des répercussions sur les populations de wapitis parce que lorsque les chevaux remuent le sol avec leurs sabots pour se nourrir cela aide aussi le wapiti à trouver de la nourriture. Aussi, la chasse aux chevaux sauvages est-elle de nouveau interdite maintenant.
Le caribou a besoin de lieux où il y a beaucoup de mousse et de fondrières; il se déplace sur de vastes territoires.
Tout fonctionne par cycles : une année, il y a beaucoup de loups entre Meander et Zama, puis il n'y en a plus aucun l'année suivante.
Il faut protéger le caribou d'une manière ou d'une autre parce que toute la faune est interreliée et que si le caribou vient à disparaître de la région, les autres animaux seront touchés.
À la mi-juillet, c'est le début de la période d'accouplement des caribous, après quoi c'est au tour du bison, ensuite de l'orignal, suivis des cerfs et des wapitis dont la saison se termine vers la fin du mois de 9 novembre.
Un aîné a suggéré de procéder comme dans le cas de la chasse au bison d'Amérique et ainsi, avec les étiquettes de marquage, de remettre également aux chasseurs de caribous un diagramme indiquant où prendre des échantillons de sang sur la carcasse pour que ceux-ci soient remis au SRD afin de réaliser des analyses et de détecter les maladies.
Les aînés ont suggéré que la bande étudie le caribou; personne n'en sait beaucoup sur l'espèce. Cette rencontre avec Environnement Canada est une première, aucun des participants n'ayant le souvenir qu'une personne se soit déplacée afin d'échanger avec des membres de la communauté sur un animal en particulier.
Les aînés étaient d'avis qu'aucun type d'exploration pétrolière et gazière ou d'exploitation forestière ne devrait être permis dans les collines du Caribou.
L'eau de la rivière à la hauteur de Whitecourt est limpide, mais près d'Edmonton, elle change de couleur et semble polluée.
À Fort Chipewan, il y a de plus en plus de personnes qui ont le cancer; ils disent que là où la rivière se déverse dans le lac, il y a une bande d'eau grise qui est très visible parce que l'eau de chaque côté est claire.
Les aînés n'ont remarqué aucun changement quant au goût ou à la couleur de la viande de gibier. Les tiques arrivent au printemps; ce sont les orignaux femelles et leurs petits qui en sont les principales victimes. Les caribous et les orignaux sont attaqués par les tiques, qui leur mordent la peau.
L'exploitation des sables bitumineux entraîne des problèmes de pollution dans le lac Athabasca. Cela explique la présence d'eau grise dans le lac.
À la hauteur de Whitecourt, la rivière Athabasca est claire, mais elle devient polluée en aval.
On a dit aux aînés que l'eau ici (autour du territoire de Beaver First Nation) n'est pas polluée, mais qu'elle est en voie de l'être. Le risque que le développement compromette la qualité de l'eau et l'environnement soulève certaines préoccupations.
Les changements climatiques demeurent aussi un problème parce que le temps est aussi doux au nord que dans notre région.
Les feux de forêt représentent le plus gros problème sur le territoire. Les autorités laissent tout brûler, ensuite, elles se plaignent que le caribou est parti. La faune se comporte exactement comme les humains : s'il n'y a rien à manger, elle va là où il y a de la nourriture.
Un des participants a suggéré que toute forme d'exploration soit interdite dans les collines du Caribou (à indiquer ultérieurement sur la carte).
Les aînés disent qu'un loup chasse en poursuivant sa proie qu'il harcèle et mord constamment de manière à ce que les blessures la ralentissent. Lorsqu'elle finit par s'arrêter, les loups foncent sur elle et la tuent. Un des aînés a vu deux loups tuer de cette façon un orignal mâle adulte.
Les aînés ont remarqué la présence de couguars dans la région alors qu'il n'y en avait jamais eu par le passé. Les aînés disent que la Division des pêches et de la faune a amené des couguars dans la région afin de limiter les populations de cerfs, mais que cela fait déjà plusieurs années (une vingtaine peut-être).
Un aîné a suggéré de procéder comme dans le cas de la chasse au bison d'Amérique et ainsi, avec les étiquettes de marquage, de remettre également aux chasseurs de caribous un diagramme indiquant où prendre des échantillons de sang sur la carcasse pour que ceux-ci soient remis au SRD afin de réaliser des analyses et de détecter les maladies.
Un des aînés a suggéré qu'une étude sur les rapports entre les loups et les caribous pourrait être utile pour recueillir des informations.

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Renseignements cartographiques

Environnement Canada avait apporté des cartes de la région à l'atelier. On a demandé aux aînés d'indiquer les endroits où ils avaient aperçu des caribous ainsi que les aires qu'il serait important de protéger à leur avis (voir les deux cartes jointes en annexe au rapport).

Figure 4 : Aires utilisées par le caribou – Beaver First Nation

Carte illustrant les multiples hardes de caribous présentes en Alberta.

Description longue pour la figure 4

Carte illustrant les multiples hardes de caribous présentes en Alberta. Voir tableau 4 ci-dessous pour des informations descriptives.

Tableau 4 : Information descriptive (de la figure 4 ci-dessus) associée aux polygones représentant les secteurs utilisés par le caribou - Beaver First Nation
ÉtiquetteDétails
1Un aîné a aperçu un caribou dans ce secteur.
2En été, le caribou se déplace dans la prairie de fauche.
3Une aînée a indiqué que son défunt mari a aperçu des caribous sur son territoire de piégeage à quelques reprises.
4Un participant a observé un caribou aux abords du lac Margaret en 1997. D'autres aînés ont confirmé avoir aperçu des caribous dans ce secteur à toutes les périodes de l'année.
5Des participants ont aperçu des caribous dans ce secteur en été.
6Un des aînés voit des caribous et des traces sur son territoire de piégeage au printemps (avril et mai). Il y fait dela trappe depuis 70 ans.
7Une harde d'environ 50 caribous a été vue dans ce secteur il y a environ 20 ans.
8Un aîné a vu 7 caribous à cet endroit il y a 15 ans.

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Figure 5 : Aires importantes à protéger – Beaver First Nation

Carte illustrant les multiples hardes de caribous présentes en Alberta.

Description longue pour la figure 5

Carte illustrant les multiples hardes de caribous présentes en Alberta. Voir tableau 5 ci-dessous pour des informations descriptives.

Tableau 5 : Information descriptive (de la figure 5 ci-dessus) associée aux polygones représentant les secteurs utilisés par le caribou - Beaver First Nation
ÉtiquetteDétails
9Les aînés considèrent les collines du Caribou comme une aire importante à protéger.

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Rapport – Atelier avec des aînés et des trappeurs de la nation crie de Bigstone sur le caribou

Contexte

La nation crie de Bigstone a invité des représentants d'Environnement Canada à organiser un atelier sur le caribou boréal avec des aînés et des trappeurs, lequel s'est tenu le . Environnement Canada y a présenté des renseignements sur le caribou boréal et a posé une série de questions dans le but de lancer la discussion avec les aînés concernant : 1) la tendance des populations de caribous, 2) les menaces pour le caribou boréal et son habitat, 3) les objectifs du programme de rétablissement, 4) les mesures pouvant être prises pour protéger les hardes locales et 5) la désignation de l'habitat essentiel. Environnement Canada avait aussi apporté des cartes afin de marquer les endroits où les aînés avaient aperçu des caribous boréaux.

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Résumé de l'atelier

Les trappeurs et les aînés ont rapporté qu'ils apercevaient moins de caribous sur le territoire et ont fait état de leurs préoccupations quant aux principales menaces pour l'espèce, notamment l'exploitation industrielle et la prédation par les loups. Les aînés croient qu'il est important de rétablir et de préserver les hardes de caribous. Plusieurs suggestions ont été soumises à Environnement Canada quant aux mesures à prendre pour le rétablissement du caribou, notamment la diminution du nombre de prédateurs, une meilleure application des lois et un contrôle plus serré des activités industrielles, la relocalisation de caribous et l'élevage de gibier. Les aînés sont d'avis que le succès de ces mesures repose sur une gestion et un contrôle conjoints avec les collectivités locales et une volonté affirmée de passer à l'action. La mise en place de primes permettant aux trappeurs locaux de participer aux activités de réduction du nombre de prédateurs (loups) a suscité beaucoup d'intérêt et de discussion.

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Tendance des populations

Les aînés ont affirmé qu'il y avait, par le passé, beaucoup de caribous dans la région. Ils croient que les caribous quittent la région, mais ne savent pas exactement où ceux-ci se dirigent. Certains ont émis l'hypothèse qu'ils pouvaient aller en Colombie-Britannique, en Saskatchewan ou vers le nord.

Les aînés ont demandé si Environnement Canada savait quelles étaient les populations de caribous en Colombie-Britannique. Le Ministère a répondu que ces populations déclinaient en Colombie-Britannique comme dans beaucoup d'autres régions du pays. Il a été suggéré que les populations de caribous pourraient fluctuer par cycles et que cela expliquerait pourquoi on en aperçoit moins maintenant.

Les aînés se posaient également des questions sur les populations de caribous en Alberta. Environnement Canada a affirmé qu'il y en avait environ 3 000 dans la province et environ 30 000 dans l'ensemble du pays.

Les aînés ont alors demandé comment la province surveille les caribous. Environnement éque l'Alberta Sustainable Resource Development (ASRD) pose des colliers émetteurs sur une sous-population de caribous femelles au sein d'une harde, ce qui permet de surveiller ces individus depuis les airs (les colliers émettent un son pouvant être entendu au moyen d'un récepteur). Le nombre de caribous dans les hardes n'est qu'une estimation. Toute la surveillance en Alberta est assurée par l'ASRD. Ils utilisent à la fois des aéronefs à voilure fixe et des hélicoptères pour effectuer des relevés à quelques reprises chaque année.

Certains aînés ont dit ne pas être d'accord avec les relevés aériens, car ils s'interrogent sur le nombre de bêtes pouvant être aperçu depuis les airs. Il a été suggéré que les relevés provinciaux repéraient moins de la moitié des populations de caribous. Il conviendrait de faire plus de travail sur le terrain. Les relevés par hélicoptère ne sont pas assez efficaces. Un aîné a demandé si les biologistes étudiant le caribou vivaient en milieu sauvage. Il a été proposé qu'Environnement Canada ou l'ASRD rencontrent régulièrement les trappeurs (quelques fois par année) afin de surveiller les populations puisque les trappeurs sont sur le territoire en permanence et peuvent souvent suivre les déplacements et les changements des populations d'espèces sauvages. Le gouvernement doit également reconnaître la valeur monétaire de ce savoir.

Les aînés se demandaient aussi s'il était possible d'établir la cause de mortalité d'un caribou lorsqu'un collier émetteur était récupéré. Environnement Canada a expliqué qu'une analyse de la carcasse était nécessaire pour déterminer la cause de mortalité.

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Menaces

Changement de l'habitat

Les aînés ont été témoins de beaucoup de changements sur le territoire. Ils ont mentionné l'activité industrielle en croissance, l'accès accru ainsi que les changements de la qualité de l'environnement naturel (eau, air).

Les aînés ont indiqué que les changements climatiques, la qualité de l'air, la qualité de l'eau et la perte d'habitat ont tous des effets sur le caribou. Les niveaux d'eau sont bas à l'heure actuelle en comparaison de par le passé. Le caribou est très sensible et n'est pas adapté au changement. Les trappeurs ne mangent plus de caribou, leur régime alimentaire ayant changé au fil des ans.

Les aînés ont affirmé que les feux ne posent pas de problème dans les fondrières où habite le caribou.

Il y a beaucoup de projets d'exploitation et d'activités sur le territoire maintenant, et les aînés estiment qu'il y a une utilisation excessive des terres.

Les aînés ont décrit une vaste fondrière qui va d'Athabasca jusqu'au-delà de Fort McMurray. Il y a beaucoup plus de projets d'exploitation qu'il y a 25 ans et ils croient que cela perturbe le caribou en raison de la présence humaine et du bruit 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

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Activités industrielles et exploitation

Les aînés ont fait savoir que les compagnies pétrolières ont amorcé l'exploitation dans les fondrières plutôt que dans les hautes terres, et que c'est dans les fondrières qu'habite le caribou. Les caribous vivent dans les fondrières de mousse et ne sont pas adaptés aux hautes terres. Mais il en coûte moins cher aux compagnies pétrolières de forer dans les fondrières que dans les hautes terres.

Les aînés sont très préoccupés par les déversements de pétrole puisque plusieurs en ont vu sur le territoire. Ils ont également mentionné que le caribou n'aime pas le bruit. Il peut arriver que les femelles abandonnent leurs petits si elles ont été perturbées. La présence excessive de bruit est préoccupante. Certains aînés croient que le caribou est facilement apeuré tandis que d'autres ont raconté avoir vu des caribous utiliser des lieux développés comme des pipelines et des lignes de sondage sismique.

Un trappeur a vu un caribou femelle s'approcher d'un pipeline enfoui; il s'en éloignait en sautant chaque fois et ne l'a pas traversé. Il a fini par abandonner et rebrousser chemin. Un pipeline a le même effet, qu'il soit enfoui ou non. Le caribou a une ouïe très sensible et supporte mal le bruit.

Un participant a raconté avoir pourchassé trois caribous le long d'une ligne de sondage sismique. À une autre occasion, il a vu sept bêtes près d'un emprunt qui ont traversé un pipeline. Il a également été mentionné que les caméras de surveillance de la faune sur certains sites d'exploration pétrolière et gazière montrent des caribous suivre des pipelines ou les traverser.

Les participants ont fait état de leurs inquiétudes quant aux types de substances chimiques utilisées par l'industrie pétrolière et gazière. Ils se disaient très préoccupés par les substances chimiques et les toxines ainsi que par les déversements de pétrole et de diesel. Les participants considèrent qu'il s'agit de problèmes importants. Les entreprises ne respectent pas toujours la réglementation sur le nettoyage, et les aînés estiment que les procédures de remise en état prennent trop de temps. Ils se sont dits préoccupés par le manque de surveillance exercée sur les entreprises et par le lessivage de substances chimiques et leur propagation dans l'environnement. Les aînés souhaiteraient une meilleure surveillance de l'industrie. Ils ont également fait état de leur inquiétude quant au fait que les entreprises font signer à leurs employés des engagements afin qu'ils ne révèlent pas quelles substances chimiques sont utilisées ou déversées. Un participant a dit avoir vu 3 caribous morts, alignés, à une distance d'environ 30 m les uns des autres. Ils ont été, selon toute vraisemblance, victimes de toxines (contenues dans des substances chimiques). Les animaux n'avaient que la peau et les os. Un autre participant a ajouté que la boue sur certains sites devait contenir des substances chimiques parce qu'elle gelait difficilement.

Des participants ont évoqué plusieurs de leurs préoccupations quant aux effets des sites de forage : ils attirent les animaux et on craint qu'ils contiennent des contaminants ne faisant l'objet d'aucune surveillance.

Un participant a affirmé que les activités des compagnies pétrolières avaient des effets extrêmes. Non seulement le caribou est-il en déclin, mais c'est le cas de tous les animaux en raison de l'activité industrielle et des routes. Les aînés ont indiqué qu'il y avait par le passé beaucoup d'endroits inaccessibles, mais que maintenant les gens pouvaient aller partout avec un VTT ou un véhicule.

L'utilisation de l'eau était aussi une source de préoccupation. Un participant a affirmé que, même si les compagnies de pétrole et de gaz disent qu'elles n'utilisent pas l'eau (sauf de sources souterraines), leurs activités ont clairement des effets sur la nappe phréatique.

Les dates limites hivernales auxquelles les entreprises doivent quitter un territoire (indiquées dans les plans de protection du caribou établis par l'industrie) ne font l'objet d'aucune surveillance. Les départs sont différés.

Les aînés se demandent si l'industrie pétrolière a l'intention d'appuyer le programme de rétablissement qu'Environnement Canada élabore et si le Ministère travaille de concert avec les compagnies pétrolières. Les aînés voulaient savoir si le gouvernement fédéral avait autorité sur l'industrie du pétrole ou si elle relevait de la province. Les représentants d'Environnement Canada ont expliqué qu'il s'agissait d'une compétence principalement provinciale, le gouvernement fédéral ne pouvant intervenir que si l'exploitation se fait sur des terres fédérales. La plus grande partie des terres en Alberta sont des terres de la Couronne provinciales. Les participants s'entendaient pour affirmer que des changements s'imposent dans les modalités de l'exploitation. Les aînés se questionnaient sur l'aptitude d'Environnement Canada à protéger le caribou parce que, selon eux, l'industrie pétrolière ne se préoccupe pas des gens : alors qu'est-ce qui amène Environnement Canada à croire qu'elle va se préoccuper du caribou?

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Prédateurs et autres espèces proies

Les aînés semblaient s'entendre sur le fait que les loups posent un sérieux problème pour le caribou. Ils se demandaient également si Environnement Canada avait étudié les problèmes que posent d'autres prédateurs (notamment les ours et les couguars). Les aînés ont fait savoir qu'il y avait de plus en plus de loups, de grizzlys, de couguars et d'ours noirs dans la région. Ils ont dit que les ours ciblaient les petits et qu'un ours adulte peut en tuer sans difficulté.

Les aînés étaient très inquiets de l'augmentation de la population de couguars. Selon eux, la présence de couguars est relativement récente dans la région (moins de 30 ans). Ils ont affirmé que c'est l'ARSD qui a implanté les couguars dans leur région (Slave Lake, Wabasca et Chipewyan) il y a 11 ans. L'ARSD nie tout. Lorsque l'organisme provincial a commencé à relocaliser des animaux dans la région, le gouvernement n'a pas indiqué, comme elle néglige aussi de le faire aujourd'hui, à quel moment les animaux seraient amenés. Selon un des participants, la moitié du problème du déclin du caribou s'explique par la relocalisation d'animaux (prédateurs) parce que le déclin ne touche pas que le caribou, mais aussi le cerf et l'orignal.

Un participant s'est dit préoccupé par le plus faible nombre d'ours et a lié ce déclin à la présence de pourvoyeurs dans la région. Il a affirmé que chaque chasseur détenteur d'un permis pouvait prendre entre 3 et 6 ours et qu'il était scandalisé par le nombre d'ours pouvant être tués lorsqu'un groupe de 12 chasseurs arrive avec un pourvoyeur.

Un participant a évoqué l'augmentation des populations de loups ordinaires de l'est et de loups du nord. L'augmentation du nombre de loups du nord est plus préoccupante parce que, contrairement aux loups ordinaires de l'est, ils n'évitent pas les fondrières. Des participants ont affirmé ne pas comprendre pourquoi la province ne limitait pas la population de certains prédateurs puisqu'elle le fait pour les ours dans la région (par l'entremise des pourvoyeurs).

Un participant a dit que les « vieux » racontaient qu'il y avait plus de cerfs-mulets autrefois, mais que maintenant leur nombre avait diminué et que les cerfs de Virginie étaient plus nombreux. Tous les participants étaient d'avis que la population d'orignal décline depuis 10 ans, ce qui les préoccupe tous. Les personnes présentes ont également remarqué un déclin des populations de cerfs. Il a été suggéré qu'ils sont peut-être la proie des couguars. Auparavant, il y avait beaucoup de cerfs-mulets aux abords du lac Buffalo Hills, mais ils ont maintenant disparu. Il a aussi été mentionné que le déclin de la population d'orignal n'est pas nécessairement lié à la chasse; il y aurait en effet beaucoup de femelles « taries ». On estime que les animaux déplacés (couguars, ours) ont un effet sur les espèces sauvages locales (orignaux, cerfs).

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Parasites et maladies du caribou

Les participants ont souligné que, contrairement peut-être à leurs ancêtres, ils ne mangeaient pas de caribou.

Ils ont aussi fait remarquer qu'ils avaient trouvé des ténias (vers solitaires) dans les intestins d'orignaux. Un participant a mentionné avoir vu de grosses verrues sur tout le corps d'un orignal tué près d'un site de forage. Plusieurs aînés ont affirmé avoir vu des verrues sur le corps d'orignaux; ils n'aiment pas consommer la chair d'un animal recouvert de telles excroissances. Des personnes ont vu des verrues sur le foie d'orignaux et beaucoup de tiques. Les aînés croient que les tiques ont un important effet sur les orignaux dans la région. Ils ont aussi dit que la viande d'orignal n'a plus le même goût, qu'elle goûte la poudre à feu ou le diesel.

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Chasse excessive

La chasse ne représente pas un gros problème dans la région, puisque la plupart des gens n'aiment pas la viande de caribou. Il a été réitéré pendant l'atelier que les activités de chasse et de trappe ne posent pas de problème, mais que le caribou est partie prenante de la culture locale et que les aînés veulent que le caribou demeure.

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Changements climatiques et conditions météorologiques

Le plus important changement dont ont discuté les participants a été la température plus douce. Les aînés ont indiqué qu'ils ne voient plus jamais des températures de -50 oC. Les hivers sont plus doux, ce qui crée de la gadoue et tasse la neige dans les fondrières. La présence de neige glacée gêne le caribou parce qu'il mange la mousse sur le sol et non pas dans les arbres comme les cerfs.

Certains participants ont fait état de leurs préoccupations concernant les niveaux d'eau. Ils affirment que les quantités moindres de pluie et de neige les inquiètent. Un autre participant a dit que cela varie selon les régions : dans certains endroits, la fondrière est très profonde. Les changements climatiques sont vus comme étant un problème important pour le caribou : les fondrières s'assèchent et plusieurs autres sources d'eau se tarissent. Cette année, la situation est pire que jamais.

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Autres menaces

La camomille inodore (matricaire) est un autre facteur du déclin du caribou. Les aînés en voient beaucoup plus maintenant, avec l'augmentation de l'exploitation. Cette plante est toxique pour les animaux qui en mangent et elle en a tué dans la région. La camomille inodore peut avoir été amenée par de l'équipement industriel (par exemple, la boue accumulée sur les véhicules peut transporter beaucoup de graines d'autres régions).

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Objectifs

Tous étaient d'accord avec l'objectif présenté à l'occasion de l'atelier et veulent maintenir la présence du caribou. Ils considèrent que ces animaux ont besoin de mesures de soutien et que des gestes concrets sont nécessaires. Des objectifs, c'est bien, mais Environnement Canada doit avoir la volonté d'aller de l'avant. Est-il possible de stopper ou de ralentir l'exploitation? Si c'est impossible, alors comment Environnement Canada réussira-t-il à rétablir le caribou? Un des participants a demandé aux représentants d'Environnement Canada d'expliquer au gouvernement que le fait de tuer un caribou équivaut à tuer 10 autochtones. Le caribou et la terre sont très importants pour les peuples autochtones et leur mode de vie. La trappe et la chasse ne posent pas de problème, mais le caribou représente un volet important de leur culture; c'est pourquoi ils veulent en maintenir la présence.

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Rétablissement du caribou et mesures de conservation

Les gens estiment que la surveillance se fait depuis longtemps, mais que très peu de mesures concrètes sont prises pour régler le problème. Il faut faire quelque chose, mais ni la province ni les gouvernements provinciaux n'agissent. Les aînés ont instamment prié Environnement Canada de faire quelque chose plutôt que de simplement surveiller la situation.

Les aînés ont aussi demandé pourquoi Environnement Canada n'avait pas mené cette étude avant l'arrivée des compagnies pétrolières. Ils craignent que le caribou continue de décliner pendant que les gouvernements préparent leurs plans de rétablissement. Les participants ont exprimé qu'ils avaient l'impression que le programme n'avançait pas assez vite : attendre 10 ans pour un plan d'action n'est pas acceptable. Les participants voudraient voir des actions concrètes dès maintenant.

Ils ont affirmé que le rétablissement du caribou s'avérerait difficile en raison de l'ampleur de l'exploitation sur le territoire. Les participants doutaient même de la possibilité d'un tel rétablissement (dans leur région) parce que si l'industrie ne stoppe pas son exploitation pour les humains, pourquoi le ferait-elle pour le caribou?

Un participant a déclaré que des mesures radicales s'imposaient. Pour atteindre de bons résultats, il faut que tous les intervenants travaillent de concert. Les aînés sont d'avis que la participation des populations locales était souhaitable. Un participant a dit qu'il parcourait la forêt depuis 52 ans en tant que chasseur et trappeur. Les chasseurs et les trappeurs sont à l'affût de tout et remarquent tout, ils sont donc en mesure d'observer les changements au fil du temps. Sans expérience, peu de choses peuvent être accomplies. Les participants ont affirmé qu'ils souhaitent que les populations locales soient appelées à participer à la planification des actions. Les gens veulent participer aux mesures de conservation et à leur planification. Ils ont exprimé avec insistance qu'il était important que les gouvernements travaillent plus étroitement avec les résidents locaux, les peuples autochtones et les trappeurs sur toutes les questions ayant trait aux espèces sauvages. Un participant a suggéré que les autorités gouvernementales rencontrent les trappeurs régulièrement (quelques fois par année) en vue de surveiller la population d'espèces sauvages puisque les trappeurs sont sur le territoire en permanence et peuvent souvent en suivre les déplacements et les changements. Environnement Canada doit toutefois rémunérer ce savoir.

Des participants ont proposé que le gouvernement provincial exige des sociétés pétrolières qu'elles assument une partie des frais de surveillance et de recherche. Ils ont affirmé qu'une meilleure surveillance de l'exploitation industrielle s'imposait. Les aînés voudraient qu'il y ait davantage de contrôle préalable à l'exploitation plutôt que de tenter de réparer les dégâts après coup.

Plusieurs suggestions ont été mises de l'avant quant aux mesures qu'Environnement Canada pourrait mettre en place pour rétablir les populations de caribous. Il a été fortement suggéré à plusieurs reprises au cours de l'atelier que la population de loups soit réduite, et tous les participants étaient d'accord. Les gens considèrent qu'Environnement Canada devrait surveiller les populations de loups et de couguars, et peut-être même diminuer le nombre de ces 2 prédateurs. Ils ont suggéré la mise en place de primes de sorte que les trappeurs soient dédommagés pour le piégeage de loups. À l'heure actuelle, cela ne vaut pas la peine de chasser des loups puisque les trappeurs ne reçoivent que 75 $ par tête. De plus, les trappeurs ont dit être préoccupés par la faible valeur des peaux de loups. Selon eux, cela ne couvre pas le coût du piégeage. Ils ont également avancé que s'il y avait une prime de destruction, seuls les trappeurs, et personne d'autre, ne devraient avoir le droit de chasser les loups. Les trappeurs sont d'avis qu'un prix se situant entre 200 $ et 500 $ serait juste, bien que 500 $ serait préférable puisqu'ils doivent payer l'essence et assumer d'autres frais. Un montant de 100 $ ne couvre que peu de choses. Les trappeurs se demandent si Environnement Canada alloue des fonds à des projets comme celui-là (c'est-à-dire la réduction de la population des loups par des résidants locaux).

Parmi les autres suggestions mises de l'avant, il y avait l'élevage de caribous en vue d'en augmenter le nombre. Certains ont proposé de déplacer des animaux d'une harde vers une autre. Un des participants a suggéré de stériliser les loups mâles et femelles dominants en vue de limiter leur nombre.

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Utilisation de l'habitat, exercice de cartographie et protection de l'habitat

Selon les participants, les fondrières de mousse sont largement utilisées par les caribous. Ils mangent la mousse et le lichen au sol. Le caribou est considéré comme étant une espèce indicatrice de la santé de la région boréale et de celle des peuples autochtones. Les aînés sont d'avis que le caribou doit être protégé. Ils souhaiteraient que les parcelles de baies, les sites culturels et les pierres à lécher (salignons) soient protégés.

Les cartes ci-jointes, préparées par Environnement Canada, rendent compte des renseignements fournis par les aînés de la nation crie de Bigstone.

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Autres préoccupations

La population accrue de couguars est perçue comme étant très inquiétante. Les gens croient que l'ASRD déplace des couguars dans la région depuis maintenant 11 ans, bien que l'organisme continue de le nier. Ils pensent que le gouvernement devrait informer les résidants locaux de tout déplacement d'animaux. L'ASRD devrait informer les trappeurs des endroits où il dépose les animaux déplacés, car il est dangereux pour un trappeur d'ignorer la présence de couguars, de loups ou d'ours dans un endroit.

Un trappeur a aperçu des traces de grizzlys sur son parcours de piégeage. En règle générale, les animaux problématiques n'ont pas peur des humains et peuvent s'avérer dangereux. Les participants souhaitent qu'Environnement Canada fasse valoir auprès de l'ASRD la nécessité d'informer les résidants locaux de tout déplacement d'animaux, tout particulièrement de prédateurs comme le loup et l'ours. Il existe un sentiment généralisé voulant que les animaux déplacés aient un effet sur les espèces sauvages locales (orignal, cerf).

On s'est dit préoccupé par l'inaction des gouvernements fédéral et provincial en matière de protection du caribou. Les aînés estiment qu'il y a eu beaucoup de surveillance ducaribou, mais que rien d'autre n'est fait (ni à propos de l'industrie, ni des loups). La demande de mesures concrètes a été insistante. Le programme n'avance pas assez vite : attendre 10 ans pour un plan d'action n'est pas acceptable. Les participants voudraient voir des actions concrètes dès maintenant.

Les compagnies pétrolières s'activent dans les fondrières (basses terres) plutôt que dans les hautes terres parce que cela coûte moins cher.

Pourquoi ce processus n'a-t-il pas été mis en oeuvre plus tôt? Pourquoi Environnement Canada n'a-t-il pas mené cette étude avant l'arrivée des compagnies pétrolières? Les participants sont préoccupés par le temps requis pour agir et par le déclin du caribou d'ici là.

Le nombre d'ours abattus par les pourvoyeurs soulève également des inquiétudes.

Les participants à l'atelier se demandent pourquoi l'ASRD n'était pas présent et croyaient que ses représentants auraient dû participer à la rencontre. Ils aimeraient bien que les autorités provinciales soient sur place et discutent avec eux comme le fait Environnement Canada.

Les participants ont soulevé des inquiétudes quant au montant des sommes allouées pour mener à bien ce projet. Il faut s'appuyer sur le savoir des peuples autochtones et accepter d'en rémunérer la communication.

« Le pétrole est propriétaire du gouvernement »

Figure 6 : Atelier avec les membres de la nation crie de Bigstone sur le caribou boréal – renseignements partagés par les participants

Carte illustrant les multiples hardes de caribous présentes en Alberta.

Description longue pour la figure 6

Carte illustrant les multiples hardes de caribous présentes en Alberta. Voir tableau 6 ci-dessous pour des informations descriptives.

Tableau 6 : Information descriptive (de la figure 6 ci-dessus) associée aux polygones tracés par les participants de la Nation crie de Bigstone.
ÉtiquetteDétails
1Un groupe de huit femelles et d'un gros mâle a été aperçu. Le mâle a été abattu (1996).
2L'aire de distribution s'étend jusqu'à la rivière Athabasca.
3Un trappeur a tracé une piste de motoneige en forme de fer à cheval; les caribous la suivent en hiver.
4Caribous aperçus en hiver.
5Présence d'une harde de caribous dans ce secteur.
6Caribous aperçus en hiver. Caribous aperçus le long d'une ligne de sondage sismique dans ce secteur.
7Caribous aperçus en été et en hiver.
8Six ou sept caribous aperçus près d'un emprunt (pétrole et gaz).
9Caribous vus traversant un pipeline.
10Traces de caribous aperçues dans le secteur.
11Traces de caribous aperçues en été.
12Laricina Energy a installé des caméras de surveillance des espèeces sauvages dans le secteur.
Des photos montrent des caribous.
13 -
14Environ 35 caribous aperçus au cours de l'hiver 2009-2010.
15Traces de caribous aperçues en hiver.
16 -
17Deux observations dans le secteur : 12 caribous en une occasion et trois caribous ont été aperçus au cours de l'été 2010.
18Il y avait beaucoup de caribous dans cette région, mais leur nombre a décliné. Les trappeurs croient qu'ils se sont déplacés vers le nord (à l'ouest de Grand Rapids Wildland). Ce secteur est le plus développé dans la région (Husky, ENCANA, CNRL).
19Lieu de frai du doré jaune.

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Remerciements à la Première Nation Dene Tha'

Environnement Canada aimerait remercier la Première Nation Dene Tha' d'avoir transmis ses connaissances traditionnelles autochtones en vue d'appuyer l'élaboration du programme national de rétablissement de la population boréale du caribou des bois (caribou boréal). Les connaissances transmises dans leur rapport ont contribué au programme de rétablissement du caribou boréal; toutefois, elles n'ont pas été présentées dans le présent rapport de compilation public.

Remerciements à Fort Chipewyan Métis 125

Environnement Canada aimerait remercier Fort Chipewyan Métis 125 d'avoir transmis ses connaissances traditionnelles autochtones en vue d'appuyer
l'élaboration du programme national de rétablissement de la population boréale du caribou des bois (caribou boréal). Les connaissances transmises dans leur rapport ont contribué au programme de rétablissement du caribou boréal; toutefois, elles n'ont pas été présentées dans le présent rapport de compilation public.

Remerciements au Conseil Indien régional de Lesser Slave Lake

Environnement Canada aimerait remercier le Conseil Indien régional de Lesser Slave Lake (Premières Nations Sucker Cree, Driftpile, Sawridge, Kapawe'no et Swan River) d'avoir transmis ses connaissances traditionnelles autochtones en vue d'appuyer l'élaboration du programme national de rétablissement de la population boréale du caribou des bois (caribou boréal). Leur rapport a été préparé avec l'aide financière des Fonds autochtones pour les espèces en péril. Les connaissances transmises dans leur rapport ont contribué au programme de rétablissement du caribou boréal; toutefois, elles n'ont pas été présentées dans le présent rapport de compilation public.

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Nation métisse de l'Alberta, région 2 : Atelier avec des chasseurs, des détenteurs de connaissances traditionnelles et des membres de la communauté sur le programme de rétablissement du caribou boréal

Information sur le document

Centre culturel français
Bonnyville, Alberta
7 septembre 2010

Rapport préparé par
Linda Boudreau-Semaganis
Bonnyville, AB

Présenté à
Service canadien de la faune – Environnement Canada
Programme national de rétablissement du caribou boréal

Date de l'atelier :
Lieu de la réunion : Centre culturel français, Bonnyville, AB
Horaire : De 17 h à 20 h 30

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Introduction

Les animateurs d'Environnement Canada ont expliqué le but de la réunion et exposé le problème du déclin des hardes de caribous en Alberta. L'atelier, auquel participaient environ 15 personnes, visait à recueillir le point de vue des Métis sur les programmes de rétablissement et le déclin des populations de caribous. Il est nécessaire d'examiner les objectifs des programmes ainsi que les menaces pour la population de caribous et leur habitat essentiel. Une discussion a suivi cet exposé.

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Discussion sur les menaces pesant sur le caribou

Les participants ont été informés que seuls les peuples visés par les traités peuvent chasser le caribou. La discussion a alors porté sur les raisons pour lesquelles les peuples visés par les traités ont le droit de chasser le caribou et non pas aussi tous les autres les chasseurs résidents; les lois semblent contradictoires. Si des animaux sont menacés ou en voie de disparition, personne ne devrait avoir le droit de les chasser.

La chasse ne constitue pas la menace la plus importante, l'exploitation est beaucoup plus dommageable : le défrichement de terres est préjudiciable à l'habitat du caribou et élimine des lieux de cache et de repos pour les caribous.

Beaucoup de participants ont rappelé l'époque où le caribou faisait partie de leur alimentation traditionnelle. Lorsque les hardes ont décliné et que la chasse a été interdite, de nombreuses familles se sont nourries d'original, de cerf, de wapiti et d'autres viandes de gibier. Le rapport entre les populations de loups et de caribous de même que la nécessité de réduire la population de loups en vue de rétablir celle des caribous ont été évoqués. Le loup est le principal prédateur du caribou bien que ce ne soit pas sa principale source de nourriture. L'état de l'habitat et les perturbations anthropiques ont un effet plus dommageable que les loups. Les gens n'utilisent plus le gibier comme principale source de nourriture et cela a perturbé l'équilibre naturel. L'exploitation de l'industrie pétrolière et gazière, et l'utilisation de véhicules modernes, notamment les VTT, la construction de routes, le défrichement de bandes et la présence humaine dans la région perturbent l'environnement naturel des hardes ainsi que le feuillage protecteur et les sources de nourriture.

Les colliers émetteurs permettent de surveiller l'état de santé des caribous. Il n'y a pas si longtemps, les tiques décimaient les populations d'orignaux. Les caribous déploient une stratégie défensive naturelle par rapport aux loups : lorsqu'ils sont menacés, ils décrivent un cercle autour de leurs petits pour les protéger. Les caribous dorment sous les tuyaux de vapeur et s'habituent au bruit, auquel ils réagissent peu. Il y a très peu d'exploitation du caribou en vertu des traités dans la région; on y trouve surtout des résidants locaux qui chassent des originaux ou des cerfs. Les gens doivent avoir un permis pour aller dans le polygone de tir aérien; ils ne voient donc pas souvent de caribous.

À environ 800 mètres au nord du secteur de bombardement, des gens ont observé des caribous ne réagissant pas à la présence humaine : ils se sont éloignés tranquillement dans les boisés. Il y a beaucoup de loups dans le secteur, et les hardes comptent moins de caribous. Les loups causent également des problèmes aux fermiers, aux orignaux et aux cerfs; les gens estiment qu'il faut prendre des mesures concernant ce prédateur.

Les peuples visés par les traités ont le droit exclusif de chasser le caribou, ce qui n'est pas le cas des Métis. Leur contribution au débat aurait donc plus de poids puisque les Métis ne peuvent exploiter le caribou. Les populations de caribous continuent de décliner et ne sont pas exploitées en nombre important.

Les petits n'ont aucune odeur pendant leurs dix premiers jours environ. Leur taux élevé de mortalité a fait baisser les populations des hardes.

La remise en état des terrains perturbés par l'exploitation pétrolière et gazière devrait être effectuée rapidement de manière à ce que le processus de reboisement se fasse de manière naturelle et équilibrée, avec des arbres plus vieux et d'autres plus jeunes. Certaines compagnies n'effectuent aucune remise en état de leurs sites : ils ne font que lancer un torchage de gaz ou faire un test de temps à autre pour justifier leurs affirmations selon lesquelles le site est encore en exploitation.

Il ne semble pas que la remise en état des sites aux abords du lac Muriel ait commencé. Les bandes et les aires défrichées devraient être reboisées successivement afin d'assurer une protection contre l'érosion et limiter l'accès aux VTT et autres véhicules, et favoriser le retour naturel de la flore et de la faune. Le paillage (couverture du sol) n'est pas un processus naturel et ne favorise pas la repousse ni le reboisement. Cela contamine également l'eau et met en péril les oiseaux ainsi que d'autres espèces de la faune aquatique.

Les chasseurs ont remarqué une augmentation du nombre de cerfs de Virginie dans cette région. De plus, les orignaux étaient peu nombreux, mais ils tendent à revenir. Les loups sont chassés, mais le nombre de trappeurs est également en baisse; les membres de notre communauté ne s'adonnent pas tellement à cette activité. Des chasseurs venus de l'extérieur tuent tous les plus gros ours. Cette pratique a pour effet d'augmenter la population d'ours puisque les mâles plus vieux tuent les petits et se reproduisent davantage. Le nombre excessif d'ours posent d'autres problèmes tant pour les populations d'espèeces sauvages que pour les humains, surtout ceux qui font de l'élevage.

Les changements climatiques pourraient aussi avoir des effets sur la survie des hardes. Les conditions climatiques ont changé au fil des ans. La neige est moins abondante et les hivers sont plus doux qu'auparavant. Le manque de neige fait baisser les niveaux d'eau et la croissance de la végétation, source de nourriture des troupeaux. Un chasseur considère qu'il devrait y avoir des abattages sélectifs de loups et qu'il faut prendre des mesures pour d'autres prédateurs. Il est d'avis que l'exploitation a des effets sur les populations des hardes.

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Recommandations concernant la conservation des caribous

Le gouvernement devrait considérer l'élevage comme moyen d'augmenter la population de caribous. Il existe déjà des élevages de wapitis et de cerfs dans le cadre des programmes de maintien de ces hardes. L'importation de mâles d'autres troupeaux pourrait renforcer les hardes existantes comme cela se fait dans le cas du wapiti. Cette possibilité mérite d'être étudiée. Nous avons besoin à la fois de connaissances scientifiques et de savoir acquis sur le terrain pour s'attaquer correctement à ce problème.

Recommandations et suggestions de la part des participants :

  • Déplacement de caribous
  • Relocalisation de caribous dans la région
  • Mise en place d'élevages de caribou en vue d'en augmenter la population
  • Chasse aux loups autour d'une harde durant de 2 à 3 ans et la poursuivre durant les mois d'hiver
  • Interdiction totale de la chasse aux caribous
  • Nécessité de remettre le terrain en état
  • Reboisement successif (Roll back)

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Cartographie

Environnement Canada a fourni des cartes sur lesquelles les participants ont indiqué les endroits où ils ont aperçu des caribous ou trouvé des ossements. Les cartes ont été confiées à la nation métisse de l'Alberta, région 2, pour permettre la compilation de renseignements additionnels recueillis auprès de chasseurs n'ayant pu participer à l'atelier.

Les cartes ont été numérisées par Environnement Canada pour le compte de la nation métisse de l'Alberta, région 2. Une carte sommaire est jointe en annexe au présent rapport.

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Annexe A − Témoignage écrit d'un chasseur métis

En ce qui a trait à la chasse au caribou, mon expérience est la suivante : En 1960, j'ai aidé mon futur beau-père à transporter de l'équipement et des matériaux en vue de la construction du pavillon de chasse et pêche de Gristhaven, environ 6,5 km au nord du secteur de bombardement. Nous avons fait 16 voyages dans la forêt depuis Conklin, où les matériaux avaient été transportés par train, jusqu'à Grist Lake (secteur no 18 sur la carte).

Notre première observation de caribous a eu lieu à la fin du mois de décembre : nous avons compté environ 300 têtes. J'ai tué 2 animaux pour notre subsistance, juste avant le jour de Noël en 1960. Nous avons commencé la construction du pavillon au cours du printemps de 1960 et avons terminé certains bâtiments et un petit moulin à scie. Nous avons achevé la construction du pavillon principal en 1962. J'ai fait de nombreux voyages avec un collègue de travail [son nom a été omis] durant la construction et au mois de décembre de chaque hiver. Les premières années, nous pouvions toujours observer au moins 2 troupeaux de 200 à 300 animaux. À cette époque, le corridor de déplacement se trouvait près du lac Grist et du secteur de bombardement.

J'ai continué à chasser le caribou au cours des années 1960 et 1970 jusqu'à l'interdiction de la chasse sur le territoire en 1978. J'ai également chassé l'orignal et le cerf au sud du secteur de bombardement près de la rivière Martineau. Notre camp de base se trouvait à [nom omis], juste au sud du secteur de bombardement et dans la région de la rivière Martineau. Il avait une ligne de piégeage dans la région. J'y chassais chaque hiver avec 2 autres chasseurs [noms omis]. Il y avait toujours beaucoup d'orignaux, un peu de cerfs et des caribous de temps à autre qui se promenaient à l'extérieur du secteur de bombardement. Pendant la même période, la chasse au caribou était bonne autour du lac Grassy, au sud du secteur de bombardement, du côté de la Saskatchewan. On chassait à cheval parce que le camp de base était assez loin du secteur du lac Grassy. Selon les chasseurs dans le secteur, la chasse au caribou y était toujours bonne.

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Figure 7 : Nation métisse de l'Alberta, région 2 – Renseignements partagés sur le caribou boréal

Carte illustrant les multiples hardes de caribous présentes en Alberta.

Description longue pour la figure 7

Carte illustrant les multiples hardes de caribous présentes en Alberta. Voir tableau 7 ci-dessous pour des informations descriptives.

Tableau 7 : Information descriptive (de la figure 7 ci-dessus. Une explication des chiffres de 1 à 18).
ÉtiquetteDétails
1Un caribou aperçu. Un participant a suivi une piste de caribous avant le 120e mille en septembre 2010.
2Deux caribous aperçus à l'automne 2008 et six vus à l'automne 2009 environ à un mille du secteur de bombardement.
3Dix caribous aperçus en 2005.
4Une harde de 40 caribous a été vue en 2005-2006.
5Deux caribous aperçus près de Conklin il y a 25 ans (~1985).
6Des caribous ont été observés au nord de Marianna Lake.
7Deux caribous chassés en 1972.
8Des caribous ont été vus dans ce secteur.
9Des traces de caribou ont été vues autour de l'usine BP.
10Des caribous ont été aperçus en hiver dans ce secteur, il y a 30 ans. Maintenant, il s'y trouve des puits de forage de la compagnie Esso.
11Avant, il y avait 20 caribous dans un troupeau dans cette région. Aucun caribou n'y a été aperçu au cours des cinq dernières années.
12Des caribous ont été aperçus en hiver dans ce secteur. Il y a aussi beaucoup de loups.
13Des caribous ont été aperçus en hiver dans ce secteur.
14Des caribous ont été aperçus au cours de relevés aériens effectués dans le secteur de bombardement.
15Des caribous ont été aperçus en hiver dans ce secteur.
16Des caribous ont été aperçus en hiver dans ce secteur (en 2006 et avant).
17Un participant a chassé le caribou dans ce secteur en 1958.
18Un participant a aperçu et chassé le caribou (entre 1960 et 1978). Il a vu des troupeaux de 200 à 300 têtes entre le lac Grist et le secteur de bombardement où il y a une voie de migration (pour obtenir de plus amples détails, se reporter au rapport).

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Remerciements à la Métis Nation of Alberta Region 6

Environnement Canada aimerait remercier la Métis Nation of Alberta Région 6 d'avoir transmis ses connaissances traditionnelles autochtones en vue d'appuyer l'élaboration du programme national de rétablissement de la population boréale du caribou des bois (caribou boréal). Les connaissances transmises dans leur rapport ont contribué au programme de rétablissement du caribou boréal; toutefois, elles n'ont pas été présentées dans le présent rapport de compilation public

Remerciements à la Première Nation crie Mikisew

Environnement Canada aimerait également remercier la Première Nation crie Mikisew sd'avoir transmis ses connaissances traditionnelles autochtones en vue d'appuyer l'élaboration du programme national de rétablissement de la population boréale du caribou des bois (caribou boréal). L'information sommaire présentée dans le rapport de la Première Nation crie Mikisew est un résumé de l'information obtenue au cours de cinq entrevues portant essentiellement sur un type de caribou, le caribou des bois. Par conséquent, l'information ne représente pas les connaissances traditionnelles collectives que possède la Première Nation crie Mikisew au sujet du caribou des bois, et elle ne reflète pas non plus toute l'importance que revêt le caribou pour la culture de la Première Nation crie Mikisew.

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