D. Ontario – Rapport sommaire sur les connaissances traditionnelles autochtones

Document de source : Rapports sommaires des connaissances traditionnelles autochtones sur la population boréale du caribou des bois (Rangifer tarandus caribou)

Table des matières

Atelier sur les connaissances traditionnelles autochtones de la région ouest de la Baie-James (Timmins) : Connaissances traditionnelles autochtones (CTA) et connaissances écologiques traditionnelles (CET) sur la population boréale du caribou des bois

Atelier sur les connaissances traditionnelles autochtones dans la région du Nord-Ouest de l’Ontario (Sioux Lookout), CTA/CET sur le caribou boréal

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Atelier sur les connaissances traditionnelles autochtones de la région ouest de la Baie-James (Timmins) : Connaissances traditionnelles autochtones (CTA) et connaissances écologiques traditionnelles (CET) sur la population boréale du caribou des bois.

Du 13 au 15 avril 2010, Timmins

1. Résumé

Le présent rapport regroupe les souvenirs de 14 aînés de l'ouest de la baie James réunis afin de transmettre leurs connaissances sur la population boréale du caribou des bois. L'atelier a été tenu par l'auteur de ce rapport afin de permettre aux aînés de s'exprimer dans leur langue au cours des échanges.

Avant l'arrivée des Européens, les terres, les animaux et les habitants n'avaient subi aucune perturbation. Les ressources étaient suffisantes et permettaient de répondre aux besoins essentiels des habitants. Les habitudes de déplacement des animaux, comme le caribou, étaient fondées sur les besoins de chaque espèce et visaient notamment à éviter les prédateurs ou à maintenir un régime alimentaire varié.

Les Mushkegowuks de l'ouest de la baie James, ou Nakapayhano-Washahebeyow, nom qu'ils donnent à leur territoire, ont tissé des liens étroits au fil du temps. Le territoire dictait le rythme de vie à adopter, tant pour les êtres qui en foulaient le sol que pour ceux qui le survolaient. Ainsi, le territoire et les saisons étaient respectés et honorés par les êtres humains et les animaux. Sans recourir à une aide extérieure, les habitants ont mis en place des règles pour leur récolte et des protocoles régissant les relations avec leurs voisins.

Les ressources offertes par la population boréale du caribou des bois permettaient aux habitants de se nourrir, de se tenir au chaud et de fabriquer des outils. Et puisque ces ressources étaient accessibles toute l'année, il n'était pas nécessaire de faire des réserves. Le Créateur s'occuperait de combler les besoins le moment venu. Cette croyance dans les forces spirituelles a permis aux Mushkegowuks de vivre paisiblement.

L'arrivée des Européens a créé un bouleversement. Le rythme s'est accéléré et les pratiques prisées depuis longtemps ont été abandonnées. La population de caribous a considérablement diminué et la route de migration, qui était empruntée par des milliers de caribous dans le passé, a malheureusement presque disparu.

Les considérations politiques doivent être connues et certaines déclarations des aînés pourraient être difficiles à lire pour certains d'entre nous.

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2. Introduction

2.1 Description du projet

Dans la foulée du programme national de rétablissement de la population boréale du caribou des bois, le projet visait à recueillir les connaissances traditionnelles des aînés du territoire des Mushkegowuks et de l'ouest de la baie James. Seize aînés ont été invités à Timmins pour participer à un atelier d'une journée et faire part de leur expérience passée et actuelle concernant le caribou. Tous les renseignements ont été enregistrés en langue crie. Ils ont été communiqués de façon ininterrompue sans recourir à la traduction.

« Le questionnaire visant à orienter la discussion durant l’atelier sur les CTA sur le caribou boréal », rédigé le 24 novembre 2009, a été utilisé pour maintenir les discussions dans les paramètres requis. Les questions visaient à recueillir de l'information afin de mieux comprendre les domaines suivants : a) aire de répartition et population, b) utilisation de l'habitat, c) tendances démographiques, d) menaces e) et pratiques traditionnelles liées au caribou.

Il est important de reconnaître et de comprendre que les Mushkegowuks sont présents dans cette région depuis très longtemps et qu'ils n'ont pas l'intention de la quitter. Comme ils le disent, le Créateur leur a offert ce territoire pour qu'ils y vivent et l'utilisent. Leur croyance en ce système est exprimée par une notion commune aux Premières nations selon laquelle le territoire doit être conservé pour que ceux qui ne sont pas encore nés puissent l'utiliser et en bénéficier.

La durabilité selon les Premières nations consiste à amener les archéologues à se demander comment les Mushkegowuks, présents depuis des milliers d'années sur le côté ouest de la Nakapayhano Washahebeyow (baie James), ont pu y laisser si peu de preuves tangibles de leur passage. La durabilité au sens moderne consiste à prélever une certaine quantité de matières premières, pour tenter ensuite de remplacer ou de replanter les ressources utilisées.

Cette opposition laisse entrevoir une philosophie qui sera davantage expliquée dans le rapport. Non, les aînés n'apprécient pas ce qui a été fait à leur environnement. L'atelier constitue pour les aînés un signal annonçant que des efforts concertés permettront peut-être de préserver une espèce très importante et très précieuse.

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2.2 Population boréale du caribou des bois

Les connaissances autochtones « mushkego » représentent le savoir accumulé au fil des nombreuses années passées sur le territoire. Il est admis que depuis des milliers d'années, la relation entre le monde animal, le territoire et les êtres humains a toujours été très importante. Cette idée est si bien ancrée dans l'esprit des habitants que même les jeunes chasseurs d'aujourd'hui la partagent et perpétuent la tradition. Ainsi, à propos du caribou, que savons-nous et qu’est-ce qui demeure inchangé à ce jour?

Il est admis que les animaux dorment chaque année pendant deux mois. Cette période leur permet de se reposer, de refaire leurs forces et de récupérer des rigueurs de leur existence. Avant le début de l'hiver, les caribous trouvent un endroit élevé et sec pour s'établir. Cet endroit doit offrir suffisamment de nourriture : arbres, mousse sur les rochers et petits saules. Pendant ces deux mois, les caribous font très peu d'efforts, préférant demeurer dans la neige, qui les protège du froid extrême. Puisque les caribous ne se déplacent pas, ils ne laissent pas de traces et leur odeur est moins facilement repérée par les prédateurs. Leur sommeil est si profond que la neige finit par complètement recouvrir leur corps.

Après ces deux mois, les caribous sentent le besoin de se nourrir et de se déplacer. À la mi-février, période correspondant à la fin de l'hiver et au début du printemps que les Mushkegowuks nomment « Nakatin », la température commence à augmenter graduellement, ce qui cause le dégel. Les animaux se réveillent alors et commencent à se déplacer. Les caribous entament leur recherche de nourriture ou leurs activités habituelles. Ainsi, les fécès des loutres qui se retrouvent près des lacs au site de « Nikik-watam » pourraient-elles les intéresser?

Le Nikik-watam est un trou dans la glace près de la rive. Il permet aux loutres de venir sur la terre ferme et de retourner à l'eau. Il demeure toujours libre de glace. Étant donné que les loutres mangent des coquillages et qu'ils les apportent sur la terre ferme, le sol à proximité de ces trous devient rapidement jonché de coquillages vides et de fécès. Or, les caribous adorent ces sites puisqu'ils se nourrissent des fécès laissées par les loutres. Ils nettoient ainsi le sol avant que l'eau du lac ne soit contaminée. Lorsque la neige recouvre le sol, les caribous creusent activement pour accéder aux fécès des loutres. Les caribous reproduisent le même comportement que les chiens qui consomment les déchets humains pour en prélever les nutriments.

La fonte des neiges expose graduellement la mousse verte et blanche des fondrières. Les caribous creusent la neige pour consommer cette « wapaskamik ». Or, elle ne pousse pas dans les zones perturbées. Elle est si fragile qu'il faut 20 ans pour qu'elle repousse après avoir été prélevée. Habituellement, on retrouve ce type de mousse sur la rive nord des lacs dans les zones de fondrières. La neige y est généralement peu abondante en hiver de sorte qu'elles sont rapidement exposées au printemps. La mousse est également exposée au soleil plus longtemps tout au long de l'année.

Les caribous sont aussi très friands de la mousse sur les rochers, qui est appelée « wakonamin ». Dans leurs légendes, les Mushkegowuks nomment aussi cette ressource « Asini wahkoon » (tapis rocheux). Il est toutefois difficile de trouver la mousse sur les affleurements rocheux dans les fondrières. Elle est seulement présente sur les rochers exposés, à une altitude élevée. Les caribous doivent explorer ces régions pour trouver ce qu'ils veulent.

Les caribous quittent les espaces dégagés pour se nourrir d'une autre ressource, la sève des arbres. Ils grattent l'écorce jusqu'à ce que la sève se mette à couler. Ils lèchent ensuite la « mistasowin » sur l'arbre, ce qui leur fournit le sucre dont ils ont besoin.

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3. Connaissances traditionnelles dans la région

3.1 Noms autochtones et classification du caribou boréal

Les « pimatiquak » proviennent du Nord. Ce sont les caribous migrateurs. Ils sont beaucoup plus petits que ceux présents dans la région de l'ouest de la baie James. Migrant chaque année en provenance du Nord et le long de la côte sud-ouest de la baie d'Hudson vers la baie James, ils traversent la Kistachowan Sipi (rivière Albany), puis se dirigent vers le sud le long de la rivière pour ensuite tourner vers le nord. Après quelque temps dans ce secteur, ils repartent vers le nord en empruntant la même voie en sens contraire.

Les « wayapaysis » ne migrent pas et ne se déplacent pas sur de longues distances. Ces caribous plus âgés et plus gros ont adopté des habitudes de déplacement dans les fondrières qui se trouvent sur leur territoire. Une harde de caribous plus jeunes les rejoindra pour bénéficier de la nourriture abondante dans ce secteur. Les « wayapaysis » s'accouplent avec les « pimatiquak » qui se sont établis avec le temps à l'ouest de la baie James.

Les « sequan atik » sont les caribous du printemps. Il peut s'agir des mêmes caribous que les « pimatiquak », mais plus probablement des « wayapaysis ». Ces caribous sont en déplacement et nouveaux dans la région. Ils traversent les fondrières dégagées et s'exposent à l'éclat du soleil ainsi qu'à la lumière aveuglante qui est réfléchie sur la neige. Bien qu'il ne s'agisse pas d'une autre espèce, ils se comportent différemment puisque la lumière aveuglante en fait des proies faciles. Ces caribous font partie d'une harde et courent dans les fondrières dégagées en suivant le meneur, quel qu'il soit, étant littéralement aveuglés. De toute évidence, ils ne se comportent pas comme les « wayapaysis », mais plutôt comme les « pimatiquak ». Ce sont ces caribous qui sont victimes des chasseurs et des prédateurs. Seuls les chasseurs les plus aguerris et expérimentés peuvent faire sortir les « wayapaysis » de leur enclave au creux de la forêt, où ils sont protégés.

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3.2 Légendes au sujet du caribou boréal

Le caribou pouvait autrefois courir très rapidement. Il était très fier de sa puissance et de sa rapidité. Toutefois, il est devenu très insouciant et abusait de son don. Il commença à s'en prendre aux animaux qui n'étaient pas aussi rapides. Les autres animaux prirent peur, car il tuait les animaux plus lents.

En tuant des victimes sans défense, il était allé trop loin. Utilisant sa vitesse, il pourchassait un animal et le frappait avec sa tête pour le faire tomber. Parfois, il apparaissait soudainement aux côtés d'un animal pendant que celui-ci courait et il se moquait de sa lenteur.

Un jour, à la vue d'une autre victime à tourmenter, il partit à grande vitesse pour le rejoindre. Rendu à sa hauteur, il tourna la tête pour s'adresser à l'animal plus lent, mais ne vit pas l'arbre devant lui et le frappa de plein fouet. On put entendre un violent fracas de très loin. À partir de ce moment, le caribou perdit la capacité et l’envie de courir aussi vite.

Dans un autre ordre d’idées, l'adoption de religions étrangères a malheureusement fait oublier les totems et les liens particuliers avec les animaux. Une aînée a déclaré : « Non, nous ne mangeons pas nos semblables (c'est-à-dire les caribous). » Son clan, tout comme le clan Caribou, n'est pas autorisé à consommer ses totems, conformément à la loi ancienne. Seule la reprise des cérémonies permettra de rétablir ces liens et d'aider les membres à honorer de nouveau les anciennes règles.

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3.3 Noms d'endroits et sentiers liés au caribou boréal

La « Grande Maison », ou fleuve Nelson, représente la limite septentrionale du territoire des Mushkegowuks. Selon la tradition, les inukshuks sont des constructions de pierres qui délimitent d'anciennes frontières entre des nations autonomes. L'inukshuk dans cette région ou le fleuve Nelson signalent la limite entre le territoire des Mushkegowuks et celui des Inuits.

À l'époque, si un Mushkegowuk ou un groupe de Mushkegowuks désirait entrer en contact avec un Inuit, il se rendait à l'inukshuk le plus près et attendait. Personne ne tentait de traverser cette frontière. Un représentant inuit se rendrait éventuellement sur place pour demander quel était le but de la visite. Lui seul décidait d'accorder l'autorisation de traverser la frontière ou demandait aux visiteurs d'attendre jusqu'à ce que l'article qu'ils désiraient leur soit apporté.

Le caribou traverse le fleuve Nelson et continue le long de la côte de la baie d'Hudson vers le Sud. Les « pimatiquak » migrateurs sont comme une rivière ou l'eau qui s'écoule. Leur démarche témoigne de leur force et de leur santé. Ils sont comme un train annuel de nourriture qui permet aux Mushkegowuks de se réapprovisionner.

La harde traverse le fleuve Nelson et se rend un peu plus loin que la rivière Severn. Elle traverse ensuite la rivière Winisk, puis se dirige vers les hautes terres à l'intérieur du parc provincial Polar Bear. La mousse sur les rochers exposés qui s'y trouvent représente une source de nourriture, mais la harde ne s'y arrête pas et continue vers le Sud. Les loutres et les arbres sont très abondants dans les basses terres de la baie James. Après avoir traversé la rivière Winisk, la harde se sépare en plus petits groupes qui continuent vers le Sud. Ils traversent la rivière Albany River et s'arrêtent. Il n'y aurait pas de caribous dans la région du lac Constance puisqu'elle se situe trop au Sud et que l'altitude est plus élevée. Ce n'est pas le genre de terrains qu'ils recherchent. Ils ont besoin de fondrières où ils peuvent aussi trouver des loutres et des bouleaux. Pour une raison inconnue, ils déploient beaucoup d'efforts pour se rendre sur les rives des nombreux lacs où les loutres laissent leurs fécès. Lorsque la neige est abondante, on peut voir qu'ils creusent jusqu'à ce que le sol soit exposé.

La chaleur du printemps permet à la sève de couler de nouveau dans les arbres. Les caribous se battent pour l'accès à cette sève qui leur fournit le sucre dont ils ont besoin. Le mâle dominant utilise ses bois pour gratter l'écorce jusqu'à ce que la sève s'écoule vers l'extérieur.

Les moustiques et les autres insectes les poussent ensuite vers les régions côtières septentrionales. Ils reprennent alors la route vers le Nord. Certains animaux meurent en raison de la chasse, des accidents et des problèmes d'adaptation dans les basses terres de la baie James.

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4. Connaissances écologiques traditionnelles (CET) sur le caribou boréal

4.1 Description

Le caribou boréal migrateur est agile et musclé. Il peut être plus rapide qu'une motoneige lorsque la neige n'entrave pas sa course. Il y a toujours un leader dans la harde et c'est le caribou le plus fort qui occupe ce rôle. Il a vaincu ses adversaires et connaît les habitudes de migration. La harde s'attend à ce que le leader suive une route sécuritaire et trouve de la nourriture.

Les Mushkegowuks ont toutefois observé qu'advenant un moment de confusion, les « pimatiquak » peuvent se mettre à suivre n'importe quel caribou qui a choisi une trajectoire. Un bon chasseur peut utiliser ce comportement durant une chasse en forçant un jeune caribou à prendre la tête. Les autres suivront ce caribou paniqué vers un « pahtagoonigun », un passage entre les arbres qui mène à une petite ouverture où des chasseurs attendent.

Les caribous « non migrateurs » sont devenus plus gros. Les « wayapaysis » ont acquis des connaissances sur leur environnement. Ils connaissent les prédateurs naturels et ont découvert des façons de maintenir leur population malgré une augmentation du nombre de prédateurs naturels. Les jeunes chasseurs d'aujourd'hui ont troqué la raquette pour la motoneige. Pour cette raison, les « wayapaysis » se mettent à l'abri dans les zones boisées plutôt que de se déplacer dans les grands espaces dégagés des fondrières. Ils s'alimentent donc à proximité de l'endroit qu'ils ont choisi pour passer l'hiver.

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4.2 Répartition

La population boréale du caribou des bois migre depuis le Nord. Les caribous partent de la région du fleuve Nelson, descendent le long de rive sud de la baie d'Hudson vers le parc provincial Polar Bear. La harde se sépare alors en plus petits groupes qui prennent différents chemins. Les caribous poursuivent leur route vers le Sud en s'arrêtant aux endroits où ils peuvent se nourrir.

Avant la construction du chemin de fer du CN qui relie Winnipeg à Churchill, les caribous migrateurs se comptaient par milliers. Après leur passage, une traînée noire était clairement visible. Or, le chemin de fer a perturbé leur migration et le nombre de caribous qui atteint les basses terres de la baie James a grandement diminué. De nos jours, les caribous ne laissent plus une telle traînée.

Les caribous se déplacent du parc provincial Polar Bear dans le Nord vers la région entre la rivière Moose et la rivière Albany afin de trouver un endroit adéquat. Ils ont parfois été vus en train de traverser la rivière Albany pendant l'été. Ce comportement est peut-être dû aux mouches à cheval, aux loups ou à la nécessité de trouver de la nourriture. À l'automne, lorsque le sol commence à geler, les « wayapasis » les plus gros se mettent à la recherche de femelles. Si elles sont à proximité, les caribous demeureront sur place.

Les obstacles perturbent les déplacements traditionnels de la population boréale du caribou des bois, puisqu’aux endroits où les Mushkegowuks apercevaient auparavant les caribous par milliers, ils en comptent aujourd’hui moins d'une centaine.

Les chasseurs traquent maintenant les caribous dans les zones boisées à une altitude élevée. Les basses terres de la baie James continuent d'être un refuge et de petits groupes de caribous y demeurent à l'année. La migration a toujours lieu parce que les caribous passent par Peawanuck, situé à l'ouest du parc provincial Polar Bear, lorsqu'ils suivent la baie vers l'est.

Les caribous demeurent dans les fondrières. Ils ne s'aventurent jamais sur les battures, qui sont plus humides. La couverture de mousse y est verte et des mélèzes rabougris ainsi que des aulnes dominent le paysage. Il n’y a pas d'affleurement rocheux. Les bouleaux sont très rares et poussent en bouquets ici et là. L'été n'est pas propice aux déplacements et en hiver, il est difficile de trouver de la nourriture.

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4.3 Habitat

4.3.1 Besoins en matière d'habitat

L'alimentation des caribous varie selon la période de l'année, ce qui permet de savoir où ils se trouveront à un moment précis.

La mousse, qui est consommée par les caribous, mais également par les humains, est présente partout dans les basses terres de la baie James. Avant l'arrivée des Européens, elle était récoltée et bouillie dans l'eau. Elle doit être bouillie à une certaine température et pendant une période donnée pour être comestible; les chasseurs et les familles en consomment le bouillon.

Les rochers couverts de mousse se trouvent dans des endroits secs à une altitude élevée. La région qui va du sud de la baie d'Hudson au chaînon Sutton est idéale pour ce type de plante.

Les lacs contiennent de nombreuses formes de vie. Les loutres préfèrent passer l'hiver dans les lacs profonds. Elles y trouvent des poissons, des palourdes, des escargots, des moules, etc. Les loutres des basses terres laissent tout l'hiver un trou libre de glace en eau profonde près de la rive, par lequel elles entrent et sortent. Des déchets provenant de la nourriture et des fécès s'accumulent près de ce trou. C'est précisément ce que les caribous recherchent.

La sève des bouleaux est également très prisée des caribous. On trouve des bouleaux le long des rivières du bassin de la baie James. Plus l'altitude est élevée en s'éloignant de la baie, plus le nombre de bouleaux est augmente. Au printemps, la sève commence à couler et les caribous utilisent leurs bois pour briser l'écorce. Ils lèchent ensuite la sève qui s'écoule des arbres.

De nouvelles pousses de peupliers ainsi que des cornouillers et des aiguilles de conifères sont présentes à des altitudes élevées, soit entre 12 et 24 mètres au-dessus du niveau de la mer.

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4.3.2 Tendances en matière d'habitat

Avant la construction du chemin de fer entre Winnipeg et Churchill, les caribous descendaient du Nord en hiver et y remontaient. Toute infrastructure, comme un chemin de fer, un barrage hydroélectrique ou un pipeline, qui crée un obstacle sur le territoire perturbe les déplacements des caribous.

Les déplacements en harde comptant un grand nombre de caribous ne sont pas favorables à la survie de ceux-ci lorsque des obstacles représentent un danger. Lorsque les caribous atteignent Fort Severn, la harde s'est divisée en plus petits groupes. Ils descendent vers les basses terres de la baie James, où ils trouvent de la nourriture qu'ils aiment.

La région côtière de la baie d'Hudson de plus haute altitude comporte des rochers couverts de mousse dont les caribous se nourrissent. D'anciennes voies toujours utilisées se trouvent dans les drumlins. La région côtière de la baie James n'est pas idéale pour les caribous, car le sol est trop humide et spongieux. Au printemps, la glace sur le sol est soulevée par l'eau qui s'écoule vers la baie. Cette glace est comme une ampoule. Elle n'est pas très épaisse et il est dangereux de passer au travers puisqu'elle se brise facilement. L'eau qui s'écoule sous cette fine couche est dangereuse et le sol n'est pas ferme.

L'intérieur des terres est beaucoup plus sûr. Le sol est de type fondrière, mais il est dur en hiver. À l'approche de la période de dégel, des trous où circule de l'eau y sont visibles. On peut voir des pistes de caribous le long des rives des lacs et des petits ruisseaux dans les fondrières.

Sous les fondrières et dans les régions dégagées, des îlots d'arbres parsèment le territoire. La taille de ces îlots varie et ils se trouvent sur du pergélisol. Ces îlots ou buttes sont plus élevés et plus secs. Ils offrent d'autres types de nourriture que le long des rivières. Lorsque les caribous trouvent ces endroits qui contiennent plusieurs espèces d'arbres, ils y passent l'hiver.

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4.3.3 Utilisation de différents endroits par les caribous

Les caribous en migration se dirigent vers le sud à partir de la région du fleuve Nelson vers les basses terres de la baie James. Ils franchissent la rivière Albany et se dispersent vers le sud et l'ouest. S'ils continuent à avancer, ils tourneront vers le nord en direction de la rive sud de la baie James. Ils repartiront ensuite vers le nord en direction du fleuve Nelson.

Plusieurs individus de la population boréale du caribou des bois ont adopté les basses terres de la baie James. Ils commencent à se déplacer au printemps à la recherche de nourriture après avoir épuisé les ressources du lieu où ils ont passé l’hiver. Ces déplacements continuent jusqu'à ce qu'ils repèrent et marquent un autre endroit pour hiverner. Ils se déplacent ensuite tout l'été pour se nourrir en suivant un mouvement circulaire. À l'approche de l'hiver, ils retournent à l'endroit qu'ils ont choisi pour hiverner.

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4.3.4 Résilience des caribous

Les caribous sont présents sur ce territoire depuis très longtemps. Ils ont leurs petits au printemps et leur apprennent à se déplacer et à courir. Ils les font parcourir des kilomètres et des kilomètres afin de leur montrer où se trouve la nourriture.

Tant qu'ils pourront se déplacer et trouver de la nourriture, ils continueront à bien se porter. La harde survivra si elle n'est pas perturbée durant les périodes sensibles de l'année, en particulier l'été lorsque les jeunes grandissent.

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4.3.5 Protection et propriété

La Créateur a prévu suffisamment de nourriture pour que les Mushkegowuks puissent survivre des milliers d'années et de leur côté les aînés ont transmis des techniques de préparation et de conservation de celle-ci. Mais à qui appartiennent les caribous? Certainement pas aux générations qui ont compté sur le passage annuel du caribou migrateur depuis des milliers d'années. Certainement pas au ministère d'un nouveau gouvernement. Bien des histoires racontées par les Mushkegowuks n’auront aucun sens pour les scientifiques, les considérations spirituelles ne peuvent pas toujours être classifiées et mesurées. Même après de nombreuses années sur le territoire, les Mushkegowuks continuent d'affirmer que les vrais propriétaires de cette terre ne sont pas encore nés. Si nous sommes ici, c’est pour nous assurer que ce territoire et tous ses trésors demeurent en bon état pour les prochaines générations.

Nous devons nous assurer de ne prendre que ce dont nous avons besoin. L'idée de remplacer ce qui a été épuisé par quelque chose d'autre n'est pas durable. Lorsqu'une ressource est épuisée, elle n’existe plus et les prochaines générations ne pourront en bénéficier (golfe du Mexique).

Les aînés ayant participé à l'atelier s'inquiètent du comportement de certains des jeunes de la communauté qui abattent des proies sans discernement pendant une chasse. Les aînés nous rappellent qu’il ne devrait pas y avoir de chasse au printemps puisque les mères portent leurs petits. Si nous forçons les mères à courir et à fuir alors qu'elles sont en période de gestation, les esprits qui nous protègent en seront mécontents. Si nous laissons des carcasses sur le sol parce que nous ne pouvons tout emporter, nous enfreignons l'ancienne loi du respect. Si nous jetons les pattes et la tête aux ordures, quels esprits voudront veiller sur nous?

L'examen de nos comportements permet de protéger les animaux. Si nous agissons avec sincérité, les animaux nous le rendront. Pour qu'ils ne disparaissent pas, le Créateur doit voir que nous les traitons bien.

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4.4 Biologie

4.4.1 Général

Pour la population boréale du caribou des bois, les hautes terres de la baie d'Hudson et les basses terres de la baie James sont idéales. L'hiver offre une période de répit contre les prédateurs. Au plus fort de l’hiver, pendant deux mois, les caribous demeurent au même endroit et dorment si profondément que la neige finit par les recouvrir entièrement, ce qui les protège du froid.

L'été, ils se déplacent dans les fondrières, où les prédateurs sont absents. Seules les mouches les dérangent. Elles pondent leurs œufs dans la fourrure des caribous, mais sont également une source de nourriture pour les oiseaux.

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4.4.2 Reproduction

Pendant l'hiver, les caribous se regroupent dans un endroit où les buissons denses les protègent des humains et des prédateurs. Ils se dispersent peu et limitent leurs déplacements à un très petit secteur pour se nourrir. Lorsqu'ils demeurent couchés dans la neige pour se reposer, leur métabolisme ralentit et ainsi leur odeur, qui pourrait être détectée par d'autres animaux, se disperse peu.

La période de reproduction a lieu à l'automne. Les femelles mettent bas à la fin du printemps, bien cachées dans une fondrière. Les jeunes y apprennent à marcher, et au fur et à mesure qu'ils deviennent plus forts, ils se déplacent de plus en plus loin.

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4.4.3 Facteurs de survie

Les Mushkegowuks de l'ouest de la baie James qui participaient à l'atelier ont démontré beaucoup de frustration et de colère lorsqu'il est venu le temps d'aborder la question portant sur la population du caribou boréal. L'aspect spirituel est très important pour eux. Ainsi, pour maintenir la paix avec les forces spirituelles, il est essentiel que les gens maintiennent une relation respectueuse et harmonieuse avec le monde animal. Tel est l'accord qui a été convenu entre eux au commencement.

Le Créateur nous a mis au monde et ne nous abandonnera pas. Nous croyons aussi que nous faisons tous partie du même voyage sur cette planète et que nous devons vivre en harmonie et nous entraider afin de vivre de la meilleure façon possible. Notre relation avec le monde animal sera à l’image du respect que chacun d’entre nous aura pour ses semblables.

La première rencontre avec les Européens ne s'est pas bien passée et tout ce qui a suivi en découle. Cette première impression continue d'habiter l'esprit des aînés. Lorsque les hommes blancs sont arrivés dans la région nordique de Winisk, ils sont tiré de leurs bateaux avec des armes. Ils se sont adressés aux habitants dans une langue que ceux-ci ne connaissaient pas. L'un des aînés, qui n'était peut-être pas le chef, a tenté de leur expliquer qu'ils ne comprenaient pas cette langue. Les hommes blancs l'ont aussitôt abattu. Les habitants auraient-ils dû communiquer de nouveau avec les étrangers? Les aînés pensent que non et ont appris à se tenir loin des hommes blancs. « Nous surveillons toujours où ils se trouvent », ont-ils indiqué. Les agents de la Gendarmerie royale du Canada, avec leur pantalon arborant une ligne jaune, ont été les premiers à imposer leur volonté aux autochtones de la baie d'Hudson et de la baie James. C'était en 1930. « Ils ont confisqué nos aliments, nos fourrures, et les ont détruits. À notre avis, ils croyaient que si nous perdions nos biens, nous retournerions dans la communauté. Nous savions que la communauté ne pouvait malheureusement rien pour nous, parce que les membres avaient déjà de la difficulté à survivre », a relaté un participant.

« Par la suite, des membres de la GRC sont morts noyés dans la rivière Winisk. Les gens du ministère appelé Terres et Forêts ont alors remplacé la GRC, mais leurs activités n'ont pas changé. Ils nous ont attendus et s'en sont pris à nous. Tout comme la GRC, ils ont pris notre nourriture, nos fourrures, et les ont brûlés. Nous étions convaincus que les gens du gouvernement voulaient nous tuer. Il n'était pas possible de demeurer confiner dans les communautés. Dans de telles conditions, nous survivons grâce au territoire. Il nous permet d'obtenir de la nourriture et de fabriquer des outils. De plus, nous transformons les fourrures en vêtements. Lorsque nous retournons à la maison, nous remettons à la population les cadeaux que la nature nous a donnés, notamment la nourriture et les vêtements. Nous ne les vendons pas. Nous échangeons aussi des fourrures avec le magasin. »

Cette histoire racontée lors de l'atelier a été incluse parce que les aînés croient que la façon dont le gouvernement agit envers les animaux doit changer. Une histoire permet toujours d'illustrer les raisons pour lesquelles une personne pense ou agit de telle ou telle façon. L'un des aînés a fait parvenir une lettre au bureau des Affaires indiennes de Moose Factory afin de décrire les agissements des fonctionnaires du gouvernement, mais il n'a reçu aucune réponse. « C'est compréhensible mais aussi malheureux de constater que la lettre a été camouflée ou détruite parce qu'un organisme gouvernemental n’a pas voulu ou n’a pas pu mener une enquête sur un autre organisme gouvernemental », ont-ils conclu.

Enfin, l'utilisation d'aiguilles sur des individus de la harde affaiblit ceux-ci et par conséquent la harde elle-même. Cela ne permet pas de limiter la propagation de virus. Tous les aînés s'entendent sur le fait qu'ils ont tous observé l'utilisation d'aiguilles sur les animaux. Ils ont également vu des colliers sur les animaux. Ils ont vu des agents du ministère des Terres et Forêts étendre une poudre sur les battures où la sauvagine mange et pond ses œufs. Cette poudre a chassé les oiseaux des endroits où ils se nourrissent. Les aînés se demandent ce que contenait cette poudre.

Au sein de la population boréale du caribou des bois, que les Mushkegowuks nomment « wayapaysis », il n’y a que des animaux en liberté. Ils sont libres d'aller là où ils sentent que leurs chances de survie sont les meilleures. Se déplacer demeure ce qu’il y a de mieux pour eux.

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4.4.4 Déplacements et dispersion

Les caribous en migration se déplacent sur de grandes distances. Ils sont agiles et rapides. Avant que les hommes ne se mettent à ériger des obstacles, ils se déplaçaient au sein de grandes hardes vers des régions éloignées. Les « pimatiquak » suivent un cycle de 20 ans, de telle sorte qu'ils reviennent à un même endroit à chaque cycle. Ils savent que le mousse sur le sol et les rochers met beaucoup de temps à repousser. Ils attendent donc 20 ans avant de revenir.

De nos jours, la population boréale du caribou des bois demeure dans les basses terres de l'ouest de la baie James. Les « wayapaysis » ne migrent pas et ont choisi de rester dans les basses terres, où ils cherchent de nouveaux endroits pour hiverner.

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4.4.5 Alimentation et interactions avec les autres espèces

Les basses terres de la baie James fournissent aux caribous des sources de nourriture suffisamment diversifiées pour qu'ils soient forts et en santé, par exemple des saules, des trembles, des mélèzes, de la sève de bouleau, de la mousse et d'autres jeunes pousses. Les autochtones considèrent que la viande de caribou est excellente. De plus, dans les régions nordiques, les habitants pensent que le caribou est un aliment sacré offert par le Créateur.

Les « pimatiquak » et les « waypaysis » sont deux types de caribous, mais ils sont certainement apparentés. D'après les aînés, certains caribous migrateurs ont adopté le mode de vie du caribou boréal et se sont intégrés à la harde.

L'orignal, de par sa nature solitaire, n'interagit pas très bien avec les autres espèces. Les participants n'ont observé aucune interaction entre le caribou et l'orignal.

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4.4.6 Comportement et adaptabilité

Le caribou est un animal instinctif. Tous les membres de la harde connaissent la route de migration. Lorsque vient le temps de se déplacer, ils suivent le leader rapidement et sans hésitation, ce qui peut représenter leur faiblesse. Si le leader décide de sauter dans des eaux dangereuses, ils le feront également.

La présence d'obstacles de plus en plus gros et dangereux se traduira par davantage d'accidents comme celui qui a provoqué la noyade de 10 000 caribous alors qu'ils suivaient une route migratoire bien connue.

Les caribous sont assez rapides pour se sauver des loups et, contrairement à ces derniers, peuvent courir des kilomètres sans se fatiguer. Tout ce qu'ils ont à faire est de courir jusqu'à ce que les loups soient loin derrière. Toutefois, les loups peuvent réussir à attraper un caribou faible ou un jeune. Le seul prédateur du caribou est l'homme.

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4.5 Taille et tendance de la population

Les Mushkegowuks qui ont participé à l'atelier sur la population boréale du caribou des bois, tenu à Timmins, proviennent de la région de l'ouest de la baie James. La croyance qu'ils manifestent à l'égard du Créateur n'a jamais diminué. Les caribous qu'ils chassent ont servi à de nombreux usages. Bien avant que les tissus en toile ne soient apportés de l'ancien monde, les femmes préparaient habilement les peaux recueillies lors d'une chasse importante. Elles rendaient les peaux si douces qu'on pouvait les utiliser comme vêtements. Plusieurs peaux étaient cousues ensemble afin de couvrir un tipi ou un wigwam. Contrairement aux tissus d'aujourd'hui, ces peaux permettaient de se protéger du vent. De plus, elles étaient très chaudes et pouvaient être utilisées comme couvertures.

Les caribous fournissaient les fils, les grattoirs pour la fourrure, les outils pour découper la chair, l'assouplisseur pour les peaux, lequel provenait du cerveau, de la graisse et de la nourriture. Selon la croyance des Mushkegowuks, tant qu’ils auront besoin des caribous, une entité bienveillante les préservera pour eux. En retour, ils doivent respecter ces animaux, ne pas les tuer inutilement, ne pas les faire souffrir et ne pas détruire le territoire où ils vivent. Ils préparent aussi des offrandes et prononcent des prières de reconnaissance lorsque la chasse est fructueuse.

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4.6 Facteurs limitatifs et menaces

Les menaces auxquelles sont exposés les caribous prennent plusieurs formes. Les façons dont nous protégeons les caribous sont également nombreuses. Tout le problème réside dans ce qui est acceptable comme relation normale avec le monde animal.

Le monde animal est passif, très ouvert et s'adapte facilement aux changements dans l'environnement de la meilleure façon possible. Cette philosophie fondée sur la passivité signifie également que les animaux s'attendent à ce que les autres en fassent autant. Des relations sont établies et acceptées. Par exemple, le caribou sait qu'elle est l'intention du loup et accepte qu'elle soit différente de celle de la loutre.

Toutefois, l'homme agit différemment de ce que les animaux connaissent depuis des milliers d'années. Les membres des Premières nations le long de la côte ouest de la baie d'Hudson et de la baie James chassent les caribous comme ils le faisaient autrefois. Les méthodes utilisées ont toujours fonctionné et il n'est pas nécessaire de les améliorer. Le nombre d'animaux chassés ne doit pas dépasser celui des naissances.

La technologie représente une menace pour le caribou. Elle est plus dangereuse que n'importe quel prédateur. Les aînés ont relaté des souvenirs qui n'étaient pas agréables. Ils ont vu des aiguilles utilisées sur les caribous. Ils demandent pourquoi ils ne sont pas informés des raisons liées à l'utilisation de ces aiguilles. S'ils les connaissaient, ils cesseraient de remettre en doute la raison de leur utilisation.

Ils demandent qu'on leur explique brièvement à quoi servent ces aiguilles. Jusque dans les années 1960, les missionnaires (catholiques) prodiguaient les soins de santé. Les hôpitaux ont aidé beaucoup de personnes à surmonter les maladies et les blessures. Toutefois, un plan plus malveillant se cachait derrière le programme des aiguilles. Les aînés peuvent citer le nom d'autres aînés qui ne sont jamais revenus de l'hôpital après qu'on leur a dit que le traitement de leur maladie nécessitait l'utilisation d'une aiguille. Ceux-ci avaient ouvertement critiqué les activités des représentants du gouvernement ou des missionnaires.

Les aiguilles, les colliers, l'épandage de poudre, la destruction des œufs de sauvagine sont le même problème pour les aînés participant à l'atelier. Il s’agit d’une menace pour leur mode de vie.

Lorsque le Service canadien de la faune leur demande pourquoi la population de caribous est en déclin, ils deviennent furieux. Tous les souvenirs des activités passées du gouvernement qui nuisent à leur mode de vie refont surface, comme si elles avaient eu lieu il y a seulement quelques jours. Ils blâment la science haut et fort.

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4.7 Santé

Les caribous nous rappellent l'importance du mouvement. Tant que les caribous pourront se déplacer à leur guise pour trouver leur nourriture, ils resteront en santé. Ils courront, creuseront, survivront aux attaques des mouches à cheval et auront des petits.

Les caribous ont un fort instinct de survie et feront tout ce qu'ils peuvent pour se sauver des prédateurs et trouver de la nourriture. Les « wayapaysis » et les « pimatiquak » ont la chance de bénéficier d'un environnement sain dans les basses terres de la baie d'Hudson et de la baie James. L'eau est toujours propre, ce qui permet à la harde de s'abreuver. Les plantes sont nombreuses et l'espace est suffisant pour que les nouvelles poussent arrivent à maturité.

Les Mushkegowuks chassent seulement les caribous pendant une période de deux mois en hiver. Le reste de l'année, ils laissent la harde en paix.

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4.8 Utilisation du caribou boréal aux fins de subsistance

Les Mushkegowuks comptent sur le caribou dont ils tirent parti à de nombreuses fins. En raison de la relation particulière entre les Mushkegowuks et les caribous, la nourriture qui en est tirée, notamment celle de la tête, représente un festin pour les chasseurs de différents âges. Les étrangers ne pourront jamais apprécier le goût des yeux, de la langue ou des oreilles de caribou parce que ce n'est pas dans leurs traditions. Toutefois, pour les aînés de la communauté des Mushkegowuks, la viande tirée de la tête est très tendre. Lorsqu'elle est préparée correctement, elle satisfait tant l'esprit que le corps. Pour les aînés, s'il existe un aliment nourrissant pour l'esprit, c'est bien la tête de caribou.

La viande est consommée par les jeunes. Ils ont les dents et la faim nécessaires. Par la suite, les os sont bouillis pour en retirer la moelle. Il s'agit d'un autre délice qui est partagé par tous. Le cerveau du caribou est utilisé pour assouplir la peau de l'animal. Celle-ci sert ensuite à fabriquer des mitaines et des bottes. La fourrure est détachée de la peau à l'aide d'un objet pointu (couteau). Elle est très chaude et on s'en sert comme couverture isolante. Cela s'avérait particulièrement utile lorsque les Mushkegowuks se déplaçaient constamment sur le territoire et qu'ils utilisaient des couvertures de fourrure pour se protéger efficacement de la froideur du sol enneigé. Mélanger de la fourrure avec du duvet de sauvagine donne encore de meilleurs résultats.

Le « mikiquan » est fabriqué à partir de la partie inférieure des pattes avant des caribous. On fait sécher celles-ci après avoir enlevé la fourrure, la chair et les sabots. Ensuite, on tient l'os, la partie la plus petite pointée vers le bas, et on le taille à l'aide d'une hache jusqu'à ce qu'il soit effilé comme le côté coupant de la tête d'une hache. Cet outil est très utile et tous les chasseurs en possèdent un.

La peau est tendue sur une tige solide attachée entre deux arbres, puis l'intérieur est nettoyé à l'aide du « mikiquan ». La fourrure est placée du côté extérieur. Il faut enlever la chair, car il serait très difficile d'assouplir la peau et elle durcirait à mesure que la peau sèche. Il est donc important d'enlever la chair. Pour ce faire, on prend le « mikiquan » dans une main et on enlève la chair en faisant un effet de levier, du haut jusqu'au bas de la peau. La chair peut être déchirée le long de la peau pour être enlevée comme une feuille de plastique. On peut alors s'attaquer à l'autre côté.

Après que la face intérieure a été nettoyée, la peau est transférée sur une poutre de bois supportée par deux pattes formant un angle d'environ 45 degrés. La peau est alors placée sur la poutre du côté chair et un « pashqua-hegun », fabriqué à partir de la partie inférieure arrière de la patte du caribou, est utilisé pour enlever la fourrure restante. Cette fourrure est fixée solidement à la peau et il faut beaucoup de force pour l'enlever. Le « pashqua-hegun » est fabriqué à partir d'une patte arrière de caribou, de laquelle on a enlevé le sabot et la partie supérieure. On coupe ensuite un côté de la patte avec une hache. De cette façon, on peut utiliser les deux mains et appliquer le côté coupant sur la peau afin d'enlever la fourrure restante.

Les os des articulations servent à broyer les autres os. Par ailleurs, les jeunes aiment particulièrement couper la viande en longues lanières larges comme la main et d'environ un pouce d'épaisseur. Ces lanières sont enroulées sur de longs bâtons, qu'on place à l'horizontale au-dessus d'un feu. Le feu et la fumée permettent de sécher la viande selon le goût désiré. Après que la viande a été séchée par la fumée, on la laisse refroidir, puis on la place sur un objet dur et plat, par exemple une roche. On utilise ensuite un gros os à broyer et on frappe la viande jusqu'à ce qu'elle devienne tendre et brune. Cette viande est consommée par les jeunes enfants qui n'ont pas les dents pour mâcher la viande de caribou cuite.

Lorsqu'on met de l'« ahkan-pemmi » sur cette viande avant de la manger, on l'appelle « pemmican ». L'« ahkan-pemmi » est obtenu en faisant bouillir les parties grasses du caribou, notamment la moelle des os. On écume le gras qui remonte à la surface et on le place dans un contenant. En refroidissant, il prend la forme du contenant et est placé dans un tissu ou de l'écorce de bouleau. Il peut être utilisé plus tard pour la cuisson ou partagé avec les membres de la famille. Cette source élevée d’énergie peut être utile durant les mois d'hiver.

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4.9 Signification particulière du caribou boréal

La population boréale du caribou des bois revêt une signification particulière pour les Mushkegowuks et le monde animal. Ce qui croît ou se trouve dans la peau d'un caribou n'est pas un parasite. Les caribous transportent bien des choses qui sont très importantes pour les gens de la région. Étant donné que les chasseurs mushkegowuks utilisent toutes les parties du caribou, il est fréquent d’y trouver un « passager ». Ces cadeaux, messages ou récompenses aident les jeunes chasseurs à réaliser que quelque chose d'important s'est produit. Par exemple, dans l'œil gauche de certains caribous, près du milieu de la tête, on trouve parfois un long ver. Il ne se situe pas à l'intérieur de l'œil, mais plutôt entre l'œil et l'orbite. Les yeux représentent un délice particulier et le fait de trouver un tel ver chez un caribou mâle âgé est très significatif. Cela augmente l'estime et l'admiration envers la personne qui l'a trouvé. Seuls les chasseurs les plus adroits et expérimentés peuvent s'approcher suffisamment des « wayapaysis » pour les tuer.

Sur le territoire des Mushkegowuks, le caribou boréal occupe une place particulière dans le cercle de la vie des animaux et des humains. Les mouches à cheval déposent leurs œufs dans la fourrure des caribous avant même que la température ne se réchauffe. Après leur éclosion, les nouvelles mouches partent à la recherche d'autres animaux dont elles peuvent se nourrir. Lorsque l'été est chaud et sec, l'insistance des mouches à cheval à pénétrer dans les yeux et les oreilles rend les caribous et les orignaux fous.

L'importance du caribou pour les Mushkegowuks est liée aux outils, à la nourriture, à la protection et à la chaleur qu'il leur apporte. De plus, seules les personnes les plus rapides et les précises peuvent devenir de vrais chasseurs de caribous. Cet animal fournit beaucoup de choses, mais les chasseurs doivent être à leur mieux pour les obtenir.

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5. Gestion du caribou boréal

5.1 Pratiques traditionnelles de gestion

Les aînés de l'atelier de Timmins sur le caribou boréal insistent sur le fait que la relation entre les caribous et les Mushkegowuks n'a pas changé depuis des milliers d'années. Ils sont fiers de dire que leurs petits-fils leur permettent d'avoir accès aux caribous dont ils ont besoin. Chaque hiver, un groupe de chasseurs part sur des motoneiges à la recherche de caribous. Ils n'ont que deux mois pour chasser. Comme à l'époque des aînés, la chasse se déroule après l'hivernation des caribous et avant que ne débute le déplacement de ceux-ci sur le territoire.

Les femelles ont des bois plus petits que les mâles, de sorte qu'il est facile de les distinguer, même au galop. Auparavant, lorsque les conseils des aînés étaient écoutés, ceux-ci pouvaient expliquer aux jeunes les pratiques traditionnelles de gestion.

Les loups peuvent toujours attraper certains caribous, mais ils doivent aussi exercer une gestion et ne prendre que ce dont ils ont besoin.

Pratiques traditionnelles de gestion :

  1. Laisser les caribous dormir au milieu de l'hiver.
  2. Ne pas se rendre aux endroits où ils dorment.
  3. Ne chasser que les mâles durant la période de chasse.
  4. Utiliser toutes les parties du caribou, notamment les sabots, les pattes, les bois, les yeux, les oreilles, le nez, la langue, le cerveau, la fourrure, la peau, les ligaments rachidiens (fils), le sang et l’intérieur de l'estomac.
  5. Apprendre aux jeunes la façon d'utiliser ces parties.
  6. Rétablir le protocole précédant et suivant la chasse.
  7. Être satisfait de sa vie.
  8. S’inspirer des qualités du caribou qui font du caribou un animal si robuste.
  9. Partager sa chance avec les autres.
  10. Être reconnaissant.

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5.2 Prochaines étapes : Gestion du caribou boréal

Les participants s'attristent lorsqu'on aborde le sujet de la gestion. Ils ont été témoins d'erreurs de gestion par ceux qui se qualifient d'experts. Ils savent très bien que leur opinion n'a aucune valeur pour le gouvernement, les enseignants, les médecins, les banques, même s'ils sont présents sur le territoire depuis des milliers d'années.

Lorsque les bateaux sont arrivés, n'y avait-il pas de nombreux arbres géants? John Cabot n'a-t-il pas dit que la navigation sur le Saint-Laurent était difficile parce qu'il avait une quantité phénoménale de poissons? N'y avait-il pas des milliers de bisons? Le sol n'était-il pas très fertile pour les fermiers de l'ancien monde?

Maintenant, même les jeunes ne tiennent plus compte des paroles des aînés. Selon eux, il est étrange qu'une politique ne soit acceptable que lorsque les décideurs s'appuient sur une force de mise en œuvre et il incombe au gouvernement de montrer à quel point il est sérieux en matière de gestion. Ils connaissent les aspects économiques d'aujourd'hui et ils estiment qu’il est nécessaire de faire un choix.

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6. Remerciements

Sans les commentaires exhaustifs et sincères des personnes suivantes, que nous appelons nos aînés, la rédaction de ce rapport aurait été impossible.

[…] , […] , […] et […] de la Première nation Peawanuck.

[…] et […] de la Première nation Attawapiskat.

[…] et […] de la Première nation Kashechewan.

[…] et […] de la Première nation de Fort Albany.

[…] et […] de la Première nation du lac Constance.

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7. Références

Étude de l'utilisation du territoire du Conseil Mushkegowuk

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8. Experts consultés

Aînés de la baie James

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9. Cartes

9.1 Région et communautés de l'aire de répartition du caribou boréal :

Figure a): Déplacements et habitudes du caribou boréal dans la région

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Remerciements à Métis Nation of Ontario

Environnement Canada aimerait remercier Métis Nation of Ontario d’avoir préparé un rapport sommaire sur les connaissances traditionnelles autochtones des régions 1, 2, 3, 4, 5, 7, 9 en vue d’appuyer l’élaboration du programme national de rétablissement de la population boréale du caribou des bois (caribou boréal). Les connaissances transmises dans leur rapport ont contribué au programme de rétablissement du caribou boréal; toutefois, elles n’ont pas été présentées dans le présent rapport de compilation public.

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Atelier sur les connaissances traditionnelles autochtones dans la région du Nord-Ouest de l’Ontario (Sioux Lookout), CTA/CET sur le caribou des bois.

Introduction

Les services de Noble Wolf Consulting and Facilitation ont été réservés afin de diriger les discussions avec les aînés de la région septentrionale de l’Ontario. Le but de ces discussions est de recueillir de l’information sur le caribou boréal. Les discussions visent également à déterminer s’il y a une baisse de la population et à déterminer si cette espèce en particulier est en péril. Deux séances ont été organisées à Sioux Lookout, en Ontario. Au cours de ces deux séances, des discussions ont été menées sur les connaissances des gens à propos du caribou, sur leurs expériences et sur leurs recommandations afin d’aider cette espèce. Les discussions ont porté sur l’habitat, les habitudes, l’alimentation, la culture, certaines histoires entendues, les déplacements et les migrations, des histoires de noyade et d’autres expériences. À la lumière de ces discussions, il a été difficile pour les participants de proposer des recommandations concrètes mais ils ont toutefois présenté certains points que le gouvernement pourrait envisager.

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Habitat

On a découvert la présence des caribous pratiquement partout en Amérique du Nord, principalement au Canada et en Ontario. Bon nombre des peuples des Premières nations se souviennent d’avoir vu des caribous près de leurs territoires, plus particulièrement le long des Grands Lacs et du lac des Bois. Le caribou était une espèce très commune.

Au fil des décennies, les caribous se sont déplacés vers le nord du pays. Autour des années 1950, on a constaté la présence des caribous le long du 50e parallèle. Ils sont attirés par les arbres ancestraux. C’est la nourriture qu’ils produisent qui porte les caribous à y retourner.

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Habitudes

Il a été démontré que les caribous étaient très sensibles aux bruits. L’épouse d’un des aînés qui a participé se souvient qu’elle était avec sa grand-mère lorsqu’elles ont croisé une harde de caribous. C’était au milieu de l’hiver. Elles se sont approchées de la harde très lentement et avec grand soin. Dès qu’elles ont fait du bruit, un grand « pouf » comparable à un énorme nuage s’est produit et les caribous ont disparu en un éclair. Un nuage de neige a été soulevé et ils étaient partis.

L’ensemble des bruits causés par la technologie moderne auraient entraîné les déplacements du caribou et expliqueraient le fait qu’il ne soit jamais retourné dans la région. Il y a maintenant des routes, des chemins de fer, des aéroports et des camps forestiers au sud du 50e parallèle. De plus, le son des avions est considéré comme un élément ayant contribué au mouvement du caribou boréal.

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Alimentation

Les caribous ont découvert que leurs sources d’alimentation se trouvaient près des régions des forêts ancestrales. Les arbres devaient être vieux pour que les caribous y trouvent de la nourriture. En hiver, ils aimaient ce que nous appelons des « lichens ». C’est également à ces endroits que certains insectes se réfugiaient en hiver; les caribous aimaient manger ces insectes avec de la terre. Ils étaient plus humectés grâce à l’environnement et avaient un goût légèrement fruité.

Certains caribous ont attrapé des maladies après avoir consommé certains types de nourriture. Puisque des produits chimiques étrangers ont été introduits dans l’environnement, certains aliments se retrouvent avec des insectes qui ont été en contact avec ces produits chimiques et en mangeant ces aliments, les caribous tombent malades. Il arrive parfois que les maladies se transmettent à d’autres caribous ou à leurs petits.

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Survie

Les caribous ont aussi représenté une source de nourriture pour plusieurs, dont l’homme et les loups. Les loups constituaient ainsi leurs principaux prédateurs. Lorsque les caribous se sauvent, ils se déplacent très rapidement. Leur aire de répartition est inconnue mais tous les aînés s’accordent pour dire qu’ils se déplacent sur une grande distance, plus particulièrement lorsqu’ils ont été chassés d’une région. Leur rapidité et leurs grandes distances de déplacements constituent un attribut à leur capacité de survivre aux prédateurs et aux conditions météorologiques.

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Culture

Pour bon nombre de peuples des Premières nations, le caribou est un membre de leur clan familial. Cet état des choses et cette croyance font du caribou une espèce très sacrée pour les peuples des Premières nations. Être un membre ou le chef d’un clan familial relève du domaine spirituel. Le caribou est un esprit et l’esprit dirige un clan. Le caribou est très important pour les Premières nations. C’est important que le caribou fasse l’objet de festins en toutes saisons. Le caribou est sacré.

Les histoires, légendes et enseignements sur le caribou constituaient un élément important dans la façon dont les gens se comportaient et agissaient comme guides en matière d’éthique pour l’ensemble de la collectivité. Lorsque les peuples des Premières nations avaient fait une chasse fructueuse, ils utilisaient toutes les parties du caribou. Rien ne se perdait. C’est ce type de respect que l’on montrait non seulement au caribou mais également à l’ensemble des terres et des ressources de la nature qui a renforcé la responsabilité des peuples des Premières nations en matière d’intendance environnementale. Il s’agit encore d’un outil pour enseigner aux plus jeunes le respect et les responsabilités inhérentes en matière d’intendance environnementale.

Il est important de consulter les peuples des Premières nations lorsque le caribou et les autres animaux ou endroits à valeur culturelle ou sacrée font partie de politiques de protection élaborées par le gouvernement ou les organismes.

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Quelques récits

Dans le canton d’Atikokan, les Anishinaabeg avaient nommé l’endroit « Atikigaaning » (Un lieu de caribous). Lorsque la route a été construite et que des activités commerciales bruyantes ont commencé à avoir lieu dans la région, le bruit était trop assourdissant pour les caribous et ils ont quitté la région pour se diriger vers le nord.

Il y a de cela bon nombre de décennies, on voyait beaucoup de caribous dans l’English River près de l’embouchure de la rivière Winnipeg. À un certain moment, les rapides au nord de l’embouchure de la rivière étaient appelés « Manitou Pawitig » ou rapides Manitou. Un jour, alors qu’il tentait une traversée, un caribou s’est fait emporter par les rapides et s’est noyé. Depuis ce jour, le nom a été remplacé par Chutes Caribou ou « Atik Webaabigo ».

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Déplacements

Les déplacements des caribous étaient davantage latéraux qu’horizontaux. Les caribous se sont déplacés vers le nord et vers le sud plutôt que vers l’ouest et l’est. Comme il y a moins d’activités technologiques (camps forestiers ou mines) au nord, il semblerait que les caribous soient plus confortables près des forêts ancestrales, de la croissance et des régions moins bruyantes. Avec l’abondance de sources de nourriture, des régions moins bruyantes et seulement les loups et les ours à craindre pour l’instant, les caribous préfèrent demeurer dans la partie septentrionale du Canada.  Le caribou est toujours à la recherche de nourriture.

Dans le cadre de certaines expériences où les caribous ont été marqués, il semble que les caribous se déplacent dans une direction nord – sud, dans une aire de répartition d’environ 100 km. C’est le cas en l’absence de menaces de prédateurs ou d’effarouchement par la lumière ou par des sons étrangers. C’est généralement l’activité industrielle commerciale qui effraie les caribous. Également, les coupes à blanc ainsi que l’état dans lequel les terres sont laissées à la fermeture de camps forestiers font que les sources de nourritures sont taries.

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Noyade

Des techniciens ont discuté des caribous et de la façon dont certains s’étaient noyés. Même si les caribous sont de très bons nageurs et peuvent parcourir de longues distances, certains se noient. Les aînés ont expliqué que c’était la condition de l’eau qui, parfois, contribuait à leur noyade. L’eau est un paradis sécuritaire pour le caribou, plus particulièrement lorsque les prédateurs sont sur leur trace. C’est là une façon de se sauver des loups et des ours.

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Expérience

Certains caribous ont été marqués de sorte que l’on peut suivre leurs déplacements. Les aînés ont indiqué que les caribous étaient pratiquement pareils à tout être humain, qui sait qu’un corps étranger est relié à son corps. Ils n’aiment pas cette présence d’un objet étranger relié à leur corps. Les aînés ont aussi exprimé leur inquiétude quant à la façon dont les caribous ont été marqués ou portent des colliers.

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Recommandations

  1. Le droit naturel ou les connaissances traditionnelles doivent constituer la base de la participation des Premières nations au maintien ou à la conservation des populations de caribous. Les connaissances transmises depuis des générations par les aînés aux plus jeunes doivent être utilisées. Cependant, il est impossible de travailler en silos, compte tenu particulièrement de la sagesse et des connaissances plus qu’abondantes accumulées dans la science occidentale. Ces deux méthodes doivent être mises à profit pour assurer la survie de la nature ou de certains animaux malgré les activités commerciales et technologiques en constante évolution.
  2. Les peuples des Premières nations ont des procédés qui sont tombés dans l’oubli. Les cérémonies doivent être réintroduites et pratiquées de nouveau. Il est important que les fêtes et les célébrations reprennent afin de réintroduire les procédés relatifs aux connaissances traditionnelles et au droit naturel. Ces actions font appel au caractère spirituel et sacré de tous les êtres animés et de la nature. D’autres cérémonies sont pratiquées dans le cadre de la suerie ou de la « tente tremblante ». Elles permettent d’obtenir une orientation reposant sur la nature à propos de ce qui doit être fait spirituellement et des droits naturels à invoquer. Les peuples des Premières nations ont toujours utilisé les cérémonies traditionnelles et devront y revenir afin que La Terre, notre mère, prenne soin des caribous et de ceux et celles qui en ont besoin. Ces pratiques constitueront une source d’inspiration quant aux mesures à prendre.
  3. Il faut réserver une plus grande superficie de terres que le caribou pourra utiliser à sa guise. Ces terres pourraient être exemptes de prédateurs ou de technologies modernes qui se caractérisent par des lumières et des sons qui effraient le caribou. La nourriture nécessaire au caribou devrait être facilement accessible si l’environnement naturel se compose d’arbres ancestraux. Le caribou aurait ainsi un habitat approprié à ses besoins.
  4. Il devrait y avoir une façon de surveiller la population. Il y aura de l’espoir pour les caribous lorsqu’il y aura plus de naissances et que le taux de survie des caribous sera supérieur au taux de décès, que ce dernier soit attribuable à des causes naturelles ou à l’activité des prédateurs.
  5. Les gens ou les entreprises doivent respecter l’environnement et collaborer ensemble afin de protéger la santé de l’environnement. Il est important d’y porter une attention particulière; cela fait partie de la responsabilité en matière d’intendance environnementale.
  6. La première séance a pris fin sur un consensus de l’ensemble du groupe exprimé ainsi : « … nous sommes venus ici afin de discuter du caribou et de nos connaissances à son sujet. Oui, il représente une part sacrée de notre culture mais nous en savons peu. C’est la somme de nos connaissances qui offre certains points importants. D’autres aînés pourraient nous informer davantage. C’est tout ce que nous pouvons faire pour l’instant; fournir de l’information. Ce sont les dirigeants (gouvernement) qui peuvent utiliser cette information afin de fournir une meilleure analyse et une orientation en vue d’aider le caribou. Nous pouvons contribuer par le biais de nos cérémonies et offrir notre soutien. »

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