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Mise à jour - Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le marsouin commun Phocoena phocoena au Canada

Population de l’Atlantique Nord Ouest

COSEPAC Sommaire de l’évaluation
COSEPAC Résumé
Table des matières

Photo d'un marsouin commun (population de l’Atlantique Nord Ouest) -- photographie de Ari. S. Friedlaender, Beaufort, Caroline du Nord

Espèce préoccupante
2003



COSEPAC
Comité sur la situation
des espèces en péril
au Canada
logo du COSEPAC


COSEWIC
Committee on the Status
of Endangered Wildlife
in Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

COSEPAC. 2003. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le marsouin commun (Phocoena phocoena) (population de l’Atlantique Nord-Ouest) au Canada – Mise à jour. Comité sur le statut des espèces en péril au Canada. Ottawa. vii + 35 p.
(Rapports de situation du Registre public des espèces en péril)

Rapports précédents:

Gaskin, D.E. 1991. COSEWIC update status report on the harbour porpoise Phocoena phocoena (Northwest Atlantic population) in Canada. Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada. Ottawa. 60 p. [Nota : Le rapport de situation de 1990 n’a jamais été finalisé mais celui de 1991 a été révisé pour inclure les nouveaux renseignements.]

Gaskin, D.E. 1990. COSEWIC status report on the harbour porpoise Phocoena phocoena (Northwest Atlantic population) in Canada. Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada. Ottawa. 60 p.

Note de production :
Le COSEPAC tient à remercier Andrew J. Read qui a rédigé le rapport de situation sur le marsouin commun (Phocoena phocoena), dans le cadre d’un contrat passé avec Environnement Canada.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : 819–953–3215
Téléc. : 819–994–3684
Courriel : COSEWIC/COSEPAC@ec.gc.ca
Site Web : http://www.cosepac.gc.ca/fra/sct5/index_f.cfm

Also available in English under the title COSEWIC Assessment and Update Status Report on the Harbour Porpoise Phocoena phocoena (Northwest Atlantic population) in Canada.

Illustration de la couverture :
Marsouin commun (population de l’Atlantique Nord Ouest) -- photographie de Ari. S. Friedlaender, Beaufort, Caroline du Nord.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2003
No de catalogue : CW69-14/232-2002F-IN
ISBN : 0-662-87842-6

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COSEPAC
Sommaire de l’évaluation

 

Sommaire de l’évaluation – Mai 2003

Nom commun :

Marsouin commun (population de l’Atlantique Nord-Ouest)

Nom scientifique :
Phocoena phocoena

Statut :
Espèce préoccupante

Justification de la désignation :
Les marsouins communs sont largement distribués et peuvent être divisés en trois populations qui estivent dans le golfe du Maine et la baie de Fundy, le golfe du Saint Laurent et Terre Neuve et Labrador. Nombreux individus (probablement des milliers et peut être même une proportion significative de la population) meurent chaque année en raison de leur capture accidentelle dans les filets de pêche. Une pêche réduite du poisson de fond pourrait avoir contribuer à diminuer les prises accessoires, mais il faut en quantifier les bienfaits, le cas échéant, pour le marsouin commun. Des plans de gestion visant à réduire les prises accessoires sont seulement en place dans le golfe du Maine et la baie de Fundy. Le marsouin commun peut être exclu d’un habitat important par des dispositifs d’harcèlement acoustique associés à l’aquaculture.

Répartition :
Océan Atlantique

Historique du statut :
Espèce désignée « menacée » en avril 1990. Réexamen et confirmation du statut en avril 1991. L’espèce a été reclassifiée dans la catégorie de risque moins élevé « préoccupante » en mai 2003. Dernière évaluation fondée sur une mise à jour d’un rapport de situation.

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COSEPAC
Résumé

Marsouin commun
(population de l’Atlantique Nord-Ouest)
Phocoena phocoena

Les marsouins communs figurent parmi les plus petits cétacés et, dans l’Est du Canada, très peu d’individus dépassent 1,70 m de longueur totale. Comme tous les phocoénidés, les marsouins communs possèdent une tête ronde dépourvue de rostre externe ou de bec. Une petite nageoire dorsale triangulaire est située à peu près au milieu du dos. Les flancs sont d’un blanc gris moucheté qui disparaît vers une surface ventrale pratiquement blanche. Une cape noire recouvre les surfaces dorsales et latérales, bien que son étendue varie considérablement chez les individus et les populations.

Les marsouins communs sont répartis un peu partout sur les plateaux continentaux de l’hémisphère Nord tempéré. Dans l’Est du Canada, on rencontre les marsouins communs depuis la baie de Fundy au nord jusqu’au cap Aston sur l’île de Baffin, à environ 70° N. L’aire méridionale de l’espèce s’étend jusqu’en Caroline du Nord. Les marsouins communs se retrouvent principalement sur les plateaux continentaux, même si l’on trouve à l’occasion des individus dans des eaux plus profondes. L’espèce, conformément à son nom anglais (« Harbour Porpoise » signifie littéralement marsouin des ports) se retrouve parfois dans les baies et les ports, surtout en été. Il n’existe pas d’estimations quantitatives des tendances concernant l’étendue de l’habitat pour les marsouins communs dans l’Est du Canada.

Des analyses de l’ADN mitochondrial, mais pas des microsatellites nucléaires, appuient l’existence de trois populations de marsouins communs dans l’Est du Canada : Terre Neuve et Labrador, golfe du Saint-Laurent et baie de Fundy et du golfe du Maine.

Dans toutes les populations, la reproduction est saisonnière, l’ovulation et la conception étant limitées à quelques semaines au début de l’été. La gestation dure de 10 à 11 mois et elle est suivie d’une période de lactation d’au moins huit mois. La plupart des femelles matures sont gravides chaque année. Il n’existe pas d’estimations des taux annuels de survie de cette espèce, mais l’espèce a une durée de vie relativement courte, comparativement à d’autres odontocètes, et très peu d’individus dépassent une dizaine d’années.

Dans la baie de Fundy, des marsouins individuels munis d’émetteurs radio reliés par satellite ont fréquemment fait la navette entre les eaux canadiennes et américaines. La population de marsouins dans la baie de Fundy et le golfe du Maine est de nature transfrontalière. L’alimentation des marsouins communs comporte une variété de petits poissons et de céphalopodes. Au moins quelques proies sont démersales puisqu’elles vivent sur les fonds marins ou à proximité; les marsouins qui se nourrissent de ces proies courent le risque de se prendre dans les filets maillants calés.

Il n’y a pas d’estimations globales de l’abondance des marsouins communs dans l’Est du Canada, pas plus qu’il n’y a d’estimations pour la population de Terre Neuve et Labrador. Des relevés aériens par transects linéaires effectués dans le golfe du Saint Laurent durant les étés 1995 et 1996 ont fourni des estimations respectivement de 12 100 (CV = 0,26) et 21 720 (CV = 0,38) marsouins, même si les résultats de ces relevés ne sont pas directement comparables. Aucun des deux relevés ne prévoyait une correction de g(0), probabilité de détecter un animal sur la trace linéaire du relevé; par conséquent, les deux relevés sont faussés à la baisse. Des relevés par transects linéaires à bord d’un bateau et d’un avion ont été effectués en juillet et en septembre 1991, 1992, 1995 et 1999 dans la baie de Fundy et le golfe du Maine. Toutes les estimations ont été corrigées pour g(0). L’estimation la plus récente de la population dans la baie de Fundy et le golfe du Maine était de 89 700 (CV = 0,22).

La plus forte menace récente pour les marsouins communs dans l’Est du Canada réside dans les prises accessoires dans des filets maillants calés utilisés pour capturer le poisson de fond, comme la morue (Gadus morhua). Des prises accessoires considérables de marsouins communs ont eu lieu au cours des dernières décennies dans l’Est du Canada et dans le secteur américain de la population de la baie de Fundy et du golfe du Maine. L’ampleur de cette menace a changé considérablement au cours des dernières années en raison de l’épuisement des stocks de poisson de fond et des réductions subséquentes de l’effort de pêche. Des estimations fiables de ces prises accessoires sont disponibles uniquement pour la population de la baie de Fundy et du golfe du Maine. Aux États-Unis, la mortalité annuelle due aux prises accessoires a varié de 2 900 en 1990 à 79 en 2001; on a constaté une diminution marquée au cours des cinq dernières années.

Le marsouin commun est protégé contre certaines activités en vertu du Règlement sur les mammifères marins de la Loi sur les pêches du Canada. Toutefois, ce règlement ne comporte pas de clauses pour aborder les prises accessoires de mammifères marins dans les pêches commerciales. L’aire de répartition des marsouins communs s’étend jusque dans les eaux américaines du golfe du Maine, où l’espèce est protégée en vertu de la Marine Mammal Protection Act. En vertu de cette législation, la limite de prélèvement annuelle maximale autorisée pour les marsouins dans la baie de Fundy et le golfe du Maine est de 747 individus. Deux équipes de réduction des prises ont été formées aux États-Unis pour s’occuper des prises accessoires de marsouins communs de la population de la baie de Fundy et du golfe du Maine. Ces deux équipes ont recommandé des mesures visant à réduire les prises accessoires de marsouins communs aux États Unis, notamment un calendrier et des secteurs complètement fermés à la pêche avec des filets maillants, un calendrier des secteurs dans lesquels des avertisseurs sonores sont exigés sur les filets maillants pour le poisson de fond et une série de modifications requises à la structure et à l’utilisation des filets maillants pour le poisson de fond.

En janvier 1993, le gouvernement américain a proposé de mettre la population des marsouins communs de la baie de Fundy et du golfe du Maine sur la liste des espèces menacées en vertu de la Endangered Species Act parce qu’il existait des mesures réglementaires inadéquates au Canada ou aux États Unis pour s’attaquer aux prises accessoires de marsouins communs. En janvier 1999, le National Marine Fisheries Service (NMFS) a décidé que l’inscription proposée n’était pas justifiée parce que les programmes de réduction des prises accessoires mis en œuvre au Canada et aux États Unis étaient suffisants pour garantir la viabilité de la population. Cette conclusion a été étayée par une analyse de viabilité de la population. En août 2001, le gouvernement américain a communiqué son intention de retirer cette population de la liste des candidatures en vertu de la Endangered Species Act. Le marsouin commun est classé Vulnérable sur la Liste rouge de l’UICN et à l’Annexe 2 de la CITES.

Le statut relativement stable des marsouins communs dans l’Est du Canada est dû, en grande partie, aux mesures mises en œuvre non pas pour conserver les marsouins mais pour rétablir les stocks de poisson de fond. Il est probable que les prises accessoires de marsouins communs augmenteront considérablement au moment de l’éventuel rétablissement des stocks de poisson de fond dans l’Est du Canada. Il faudrait disposer des renseignements scientifiques suivants, surtout pour les populations du golfe du Saint Laurent et de Terre Neuve : les estimations impartiales de l’abondance et des prises accessoires ainsi qu’une meilleure compréhension de la structure des populations. En outre, il faudrait un cadre stratégique pour s’assurer que les futures prises accessoires ne dépassent pas des niveaux viables. Il n’existe aucune disposition pour s’attaquer aux prises accessoires en vertu du Règlement sur les mammifères marins de la Loi sur les pêches du Canada. Il n’existe pas non plus d’autres mécanismes pour générer des avis scientifiques concernant la viabilité des niveaux de mortalité par prises accessoires. Le répit actuel au niveau de la mortalité par prises accessoires offre une occasion unique de formuler et de mettre en œuvre un tel mécanisme.

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Protection actuelle ou autres désignations de statut

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Mandat du COSEPAC

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine le statut, au niveau national, des espèces, des sous-espèces, des variétés et des populations sauvages canadiennes importantes qui sont considérées comme étant en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées à toutes les espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, reptiles, amphibiens, poissons, lépidoptères, mollusques, plantes vasculaires, mousses et lichens.

Composition du COSEPAC

Le COSEPAC est composé de membres de chacun des organismes fauniques des gouvernements provinciaux et territoriaux, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans, et le Partenariat fédéral sur la biosystématique, présidé par le Musée canadien de la nature), de trois membres ne relevant pas de compétence, ainsi que des coprésident(e)s des sous-comités de spécialistes des espèces et des connaissances traditionnelles autochtones. Le Comité se réunit pour étudier les rapports de situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce
Toute espèce, sous espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n’existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n’est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)*
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitatifs auxquels elle est exposée ne sont pas renversés.

Espèce préoccupante (P)**
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)***
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)****
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d’un manque de données scientifiques.

*
Appelée « espèce en danger de disparition » jusqu’en 2000.

**
Appelée « espèce rare » jusqu’en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.

***
Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire ».
****
Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu’en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d’une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation lors des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

Le Service canadien de la faune d’Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC


Mise à jour
Rapport de situation du COSEPAC sur le
marsouin commun
Phocoena phocoena
Population de l’Atlantique Nord-Ouest au Canada
2003

Table des matières

Liste des figures

Liste des tableaux

Information sur l'espèce

Nom et classification

Le nom scientifique accepté du marsouin commun est Phocoena phocoena (Linnaeus, 1758). Les noms communs français et anglais sont respectivement marsouin commun et « harbour porpoise », même si l’espèce peut parfois être appelée pourcil le long de la côte nord du golfe du Saint Laurent (Laurin, 1976). La variation géographique des fréquences haplotypes mitochondriales et de la morphologie crânienne appuie la désignation de plusieurs sous espèces (Read, 1999). La sous-espèce présente le long de la côte de l’Atlantique du Canada est P. p. phocoena; la sous-espèce présente le long de la côte du Pacifique est P. p. vomerina.

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Description

Les marsouins communs figurent parmi les plus petits cétacés et, dans l’Est du Canada, très peu d’individus dépassent 1,70 m de longueur totale. L’espèce est sexuellement dimorphique. Dans la baie de Fundy, les femelles atteignent environ 160 cm et 65 kg, comparativement à 145 cm et 50 kg pour les mâles (Read et Tolley, 1997). On constate un dimorphisme semblable à Terre Neuve, où les femelles atteignent respectivement une taille et un poids asymptotiques de 156 cm et 62 kg tandis que les mâles atteignent 143 cm et 49 kg (Richardson, 1992).

Comme tous les phocoénidés, les marsouins communs possèdent une tête ronde dépourvue de rostre externe ou de bec. Leur corps trapu se termine en pointe vers une gorge aplatie latéralement juste avant les nageoires caudales. Une petite nageoire dorsale triangulaire est située à peu près au milieu du dos. La lisière principale de la nageoire est doublée de petites protubérances en saillie, appelées tubercules. Les ailerons pointus relativement petits sont situés derrière et sous l’angle du museau.

Koopman et Gaskin (1994) fournissent une description détaillée du modèle de pigmentation de cette espèce. Une cape noire recouvre les surfaces dorsales et latérales, bien que son étendue varie considérablement chez les individus et les populations. Les flancs sont d’un blanc gris moucheté qui disparaît vers une surface ventrale pratiquement blanche. Les sujets peuvent présenter des yeux, un menton et des taches sur les lèvres de couleur foncée. Des rayures foncées simples ou multiples peuvent partir de l’angle du museau vers l’insertion antérieure des ailerons.

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Populations d’importance nationale

Sans objet.

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Figure 1 : Marsouin commun relâché d’un parc à harengs dans la baie de Fundy, Canada

Photo d'un marsouin commun relâché d’un parc à harengs dans la baie de Fundy, Canada.

Photo : avec la permission du Centre de recherche sur la vie marine de Grand Manan.

Répartition

Répartition mondiale

Les marsouins communs sont répartis un peu partout sur les plateaux continentaux de l’hémisphère Nord tempéré (Gaskin, 1984; CBI, 1996). On retrouve l’espèce depuis la mer de Barents jusqu’au Sénégal dans l’Atlantique Est; depuis Upernavik au Groenland jusqu’au Cap Hatteras (avec des échouages occasionnels dans le Nord de la Floride) dans l’Atlantique Ouest; depuis le delta du Mackenzie jusqu’à la baie de Monterey en Californie dans le Pacifique Est; et depuis la Sibérie jusqu’à Wakayama au Japon dans le Pacifique Ouest (Read, 1999). Une sous espèce isolée, P.p. relicta, est présente dans la mer Noire. Au cours des dernières décennies, les marsouins communs ont largement disparu de la Manche et de la majorité de la mer Baltique (CBI 1996), même si les raisons de cette disparition ne sont pas connues.

L’analyse de séquences d’ADN mitochondrial des régions de contrôle (boucle D) révèle que les marsouins communs de l’Atlantique Nord Ouest sont effectivement isolés de ceux qui se trouvent dans le Nord Est de l’Atlantique (Rosel et al., 1999b; Tolley, 2001). Des différences importantes dans la composition haplotype de l’ADN sont maintenues par le faible niveau de dispersion, qui est estimé à 2,7 femelles par génération (Rosel et al., 1999b). Des différences importantes au niveau des fréquences haplotypes mitochondriales et de la diversité moléculaire laissent supposer un vide entre l’Islande et la Norvège, vraisemblablement en raison de l’isolement provoqué par la glaciation du Pléistocène (Tolley, 2001; Tolley et al., 2001).

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Répartition canadienne

Dans l’Est du Canada, on rencontre les marsouins communs depuis la baie de Fundy au nord jusqu’au cap Aston sur l’île de Baffin, à environ 70° N (Gaskin, 1992). L’aire méridionale de l’espèce s’étend dans les eaux américaines. Les renseignements sur la répartition de cette espèce sont largement limités aux mois d’été, lorsqu’il est possible d’effectuer des relevés visuels concernant ces petits animaux énigmatiques (p. ex. Palka, 1995a). Des renseignements supplémentaires sur leur répartition ont été obtenus à partir d’observations de prises accessoires et d’échouages et, dans la baie de Fundy, d’après les mouvements de marsouins individuels munis d’émetteurs radio reliés à un satellite (Read et Westgate, 1997).

Une variation importante des données séquentielles de l’ADN mitochondrial des régions de contrôle (Rosel et al., 1999a) laisse supposer l’existence de trois populations distinctes dans l’Est du Canada (Terre-Neuve-et-Labrador, golfe du Saint Laurent et baie de Fundy et du golfe du Maine) et d’une population adjacente dans l’Ouest du Groenland. Durant cette analyse, les populations du golfe du Maine et de Terre Neuve ont toutes deux révélé une différenciation importante des deux autres populations. Toutefois, il a été impossible de différencier les marsouins du golfe du Saint Laurent de ceux de l’Ouest du Groenland (Rosel et al., 1999a), même si les individus provenant de ces deux secteurs présentent des profils considérablement différents au niveau des contaminants organochlorés dans leurs tissus (Westgate et Tolley, 1999). Les auteurs de la plus récente analyse moléculaire (Tolley et al., 2001) suggèrent que ces profils peuvent refléter des profils biogéographiques historiques plutôt que des conditions écologiques actuelles. En particulier, ils font remarquer que les marsouins communs n’ont colonisé que récemment les zones septentrionales, après la glaciation du Pléistocène, et qu’il s’est peut être écoulé un temps insuffisant pour permettre une différenciation importante dans les fréquences haplotypes mitochondriales.

Contrairement à l’analyse de l’ADN mitochondrial, les marqueurs par microsatellite ont présenté peu de différenciation entre ces quatre populations (Rosel et al., 1999a). Il est probable que le flux de gènes apportés par le mâle est suffisant pour maintenir l’homogénéité chez les marqueurs nucléaires, tandis que la philopatrie féminine maintient les différences génétiques dans l’ADN mitochondrial (Wang et al., 1996). Des constatations semblables ont été faites pour les marsouins de Dall Phocoenoides dalli dans le Pacifique Nord (Escorza-Treviño et Dizon, 2000).

Un certain mélange de marsouins des diverses populations s’effectue en dehors de la saison de reproduction. L’analyse des fréquences haplotypes mitochoncriales laisse supposer que des individus des quatre populations de l’Atlantique Nord Ouest peuvent s’échouer le long de la côte est des États Unis (Rosel et al., 1999a) durant l’hiver. Des haplotypes uniques au golfe du Saint-Laurent ou à l’Ouest du Groenland sont apparus dans cet échantillon d’animaux échoués et huit des 28 haplotypes présents étaient uniques à l’échantillon hivernal, ce qui laisse supposer que les populations sources n’ont pas été échantillonnées avec une intensité suffisante pour déceler toute leur diversité (Rosel et al. 1999a). Par exemple, un échantillonnage très limité a été effectué le long de la côte du Labrador ou du Nord de Terre-Neuve. Au moment de rédiger ce rapport, Patty Rosel (U.S. National Oceanographic and Atmospheric Administration, Charleston, Caroline du Sud) et ses étudiants étaient en train d’effectuer d’autres travaux sur la question du mélange hivernal.

Une femelle mature a été marquée dans la baie de Fundy au début de l’été et a été retracée alors qu’elle se déplaçait vers le golfe du Saint-Laurent (voir ci après). C’est le seul marsouin (parmi les 25 retracés) qui a quitté l’aire de répartition de la population de la baie de Fundy et du golfe du Maine.

Figure 2 : Répartition des marsouins communs dans l’Est du Canada

Carte montrant la répartition des marsouins communs dans l’Est du Canada.

Carte : avec la permission de Dave Johnston, Duke University. Les lignes traitillées indiquent la délimitation des trois populations.

Les renseignements sur la répartition de l’espèce à Terre Neuve et au Labrador sont rares, en particulier si on les compare à nos connaissances de l’espèce dans les eaux plus méridionales, et presque toutes les informations proviennent de la côte sud est de Terre Neuve. Néanmoins, les observations de prises accessoires dans des filets maillants à poisson de fond, effectuées par Lien et ses collègues (1994) et résumées dans MPO (2001), démontrent que l’on trouve des marsouins autour de toute l’île de Terre Neuve (en particulier le long de la côte sud, de la côte Ouest et dans la baie de Notre Dame) ainsi qu’au sud du Labrador. Les prises accessoires de marsouins communs étaient particulièrement courantes dans des secteurs du Sud Est de l’île de Terre Neuve, comme dans la baie de Sainte Marie, au début de l’été dans les années 1980 (p. ex. Lien 1989). Stenson et Reddin (1990) ont fait état de prises accessoires dans des filets dérivants expérimentaux de pêche au saumon sur la totalité des Grands Bancs, ainsi que le long du plateau continental aussi loin vers le nord que Nain. Ils ont également rapporté un certain nombre de prises dans la mer du Labrador entre Terre Neuve et le Groenland. À l’exception du détroit de Belle-Île et de la côte ouest de Terre Neuve, aucune relevé n’a été effectué pour cette espèce à Terre Neuve ou au Labrador.

En été, on trouve des marsouins communs dans tout le golfe du Saint Laurent et ils remontent le courant jusqu’à l’embouchure du fleuve Saguenay. Les marsouins sont omniprésents le long de la côte nord du golfe du Saint Laurent, le long de la côte de Gaspé et dans la baie des Chaleurs (Fontaine et al.,1994; Kingsley et Reeves, 1998). Les densités des populations de marsouins sont inférieures dans le Sud du golfe du Saint Laurent.

Dans la baie de Fundy et dans le Nord du golfe du Maine, la répartition estivale des marsouins communs est concentrée dans les eaux de moins de 150 m de profondeur, le long des côtes du Maine et du Nouveau Brunswick, et vont jusqu’à l’extrémité sud ouest de la Nouvelle-Écosse (Waring et al., 2001). Les marsouins munis d’émetteurs reliés par satellite font fréquemment la navette vers les eaux américaines en été (Read et Westgate, 1997). Les densités sont assez faibles dans les parties supérieures de la baie de Fundy et le long de la rive sud de la Nouvelle Écosse (Gaskin, 1992). On constate une variation interannuelle considérable dans la répartition estivale de cette population (Palka, 1995b).

En hiver, de nombreux marsouins de la population de la baie de Fundy et du golfe du Maine se dispersent dans le golfe du Maine et le long de la côte est des États Unis et vont aussi loin vers le sud qu’en Caroline du Nord, où ils peuvent se mélanger avec des individus de populations plus septentrionales (Rosel et al., 1999a). Il se peut que quelques marsouins hivernent dans la baie de Fundy (Gaskin, 1992; Westgate et Read, données inédites). On sait très peu de choses sur la répartition hivernale des deux autres populations, même si une grande partie du golfe du Saint Laurent est recouverte de glace en hiver, si bien que la plupart des marsouins doivent quitter cet endroit pour trouver des eaux libres.

On ne détient pas de renseignements sur les changements historiques de l’occupation de cette espèce dans l’Est du Canada.

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Habitat

Exigences en matière d’habitat

Les exigences des marsouins communs en matière d’habitat ont été examinées par Gaskin (1992). Les marsouins communs se retrouvent principalement sur les plateaux continentaux, même si l’on voit à l’occasion des individus dans des eaux plus profondes (Read et Westgate, 1997; Waring et al., 2001). L’espèce, conformément à son nom anglais (« Harbour Porpoise » signifie littéralement marsouin des ports) se retrouve parfois dans les baies et les ports, surtout en été. Dans la baie de Fundy, les marsouins communs fréquentent des secteurs dans lesquels les caractéristiques physiographiques peuvent contribuer à concentrer les proies ou à faciliter leur capture (Gaskin et Watson, 1985; Watts et Gaskin, 1985; Gaskin, 1992). Les marsouins sont relativement petits et ont une capacité limitée pour entreposer de l’énergie (voir ci après), si bien qu’ils doivent se nourrir souvent et demeurer relativement proches des concentrations de proies. Dans la baie de Fundy et le golfe du Maine, des marsouins individuels munis d’émetteurs reliés à un satellite ont utilisé des domaines vitaux très vastes et se sont déplacés rapidement entre les territoires d’habitats convenables séparés par des dizaines et même des centaines de kilomètres (Read et Westgate, 1997). Des marsouins individuels peuvent utiliser le même habitat pendant plusieurs années consécutives (Watson 1976).

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Tendances

Il n’existe pas d’estimations quantitatives des tendances concernant l’étendue de l’habitat pour les marsouins communs dans l’Est du Canada. Gaskin (1992) a noté une diminution de l’utilisation de certaines zones côtières de la baie de Fundy par les marsouins communs à la fin des années 1970. On constate des changements interannuels importants, dans la répartition de cette espèce dans la baie de Fundy et le golfe du Maine, qui désorientent les tentatives visant à documenter les changements constatés dans les profils d’utilisation de l’habitat ou d’abondance. Ces changements semblent avoir un rapport avec la répartition et l’abondance des proies (Palka, 1995b; Trippel et al., 1999).

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Protection et propriété des terrains

Sans objet.

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Biologie

Généralités

Comparée à d’autres cétacés, cette espèce atteint sa maturité sexuelle à un âge relativement jeune et elle a une fécondation élevée (Read et Hohn, 1995). Néanmoins, son espérance de vie limitée et sa production d’un seul jeune par gestation imposent des contraintes à son taux d’accroissement potentiel (Caswell et al., 1998).

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Reproduction

La plupart des renseignements sur le cycle de vie des marsouins communs dans l’Est du Canada proviennent de recherches effectuées sur la population relativement bien étudiée qui se trouve dans la baie de Fundy et dans le golfe du Maine (Fisher et Harrison, 1970; Gaskin et al., 1984; Read, 1990a; Read, 1990b; Read et Gaskin, 1990; Read et Hohn, 1995). Richardson (1992) a examiné des marsouins tués dans des filets maillants calés au large de la côte est de Terre Neuve durant les mois d’été et a conclu que leur biologie reproductive était généralement très semblable à celle de la baie de Fundy. Il n’existe pas de descriptions publiées de la biologie reproductive des femelles du golfe du Saint Laurent.

Dans toutes les populations étudiées jusqu’à maintenant, la reproduction est saisonnière, l’ovulation et la conception étant limitées à quelques semaines à la fin du printemps ou au début de l’été (Börjesson et Read, 2003). La gestation dure de 10 à 11 mois et elle est suivie d’une période de lactation d’au moins huit mois. Chez de nombreuses populations, la plupart des femelles matures sont gravides chaque année et passent donc la majorité de leur vie adulte à la fois gravides et lactantes (Read, 1999). Dans la baie de Fundy, par exemple, l’âge moyen de la maturation sexuelle chez les femelles a été estimé à 3,44 ans, et leur taux annuel de gravidité a été estimé à 0,86 (Read, 1990b; Read et Gaskin, 1990). Les estimations de l’âge à la maturation sexuelle (3,1 ans) et du taux de gravidité (0,76) étaient semblables à Terre Neuve (Richardson, 1992). À la naissance, les jeunes marsouins mesurent à peu près 75 cm de long et pèsent environ 6 kg (Börjesson et Read, 2003). Pendant l’allaitement, les jeunes grossissent rapidement et triplent leur poids à trois mois (Read, 2001), âge auquel ils ont commencé à consommer des aliments solides (Smith et Read, 1992).

Les mâles montrent une variation saisonnière prononcée de la taille et de l’activité de leurs testicules, la production maximale de sperme se situant vers la période d’ovulation (Fontaine et Barrette, 1997; Neimanis et al., 2000). Les testicules sont gros, atteignant 4 p. 100 de la masse corporelle à l’apogée de la saison de reproduction, ce qui suggère que les marsouins mâles sont des concurrents spermatiques (Fontaine et Barrette, 1997). À Terre Neuve, les mâles arrivent à maturité à l’âge de trois ans (Richardson, 1992). Dans la baie de Fundy, l’âge de la maturité sexuelle pour les mâles a été estimé à 2,6 ans (Neimanis, 1996).

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Survie

Il n’existe pas d’estimations des taux annuels de survie de cette espèce dans une partie quelconque de son aire. Il n’y a pas de données sur la survie d’individus connus et les échantillons de répartition des âges proviennent principalement des échouages d’animaux morts ou de prises accessoires, les deux étant faussées comme c’est bien connu (Caswell et al., 1998). Néanmoins, il est clair que l’espèce a une durée de vie relativement courte, comparativement à d’autres odontocètes, et très peu d’individus dépassent une dizaine d’années (Richardson, 1992; Read et Hohn, 1995). La durée de vie maximale rapportée est de 24 ans, obtenue à partir de dénombrements des couches de croissance dentinaire dans des sections minces décalcifiées et tachées (Lockyer, 1995).

Les tentatives visant à estimer le taux d’augmentation potentiel ont été contrecarrées par un manque de renseignements sur les taux de survie (Caswell et al., 1998). Les estimations du taux d’augmentation potentiel maximum, obtenues à l’aide des taux de survie d’un éventail d’autres gros mammifères ayant des cycles de vie semblables, vont de 4 p. 100 (Woodley et Read, 1991) à 10 p. 100 (Caswell et al., 1998), ce qui fait peser une incertitude considérable sur notre compréhension du potentiel de résistance des populations aux sources anthropogéniques de mortalité.

Les marsouins communs sont la proie des carcharias (Carcharodon carcharias) (Arnold 1972) et des épaulards (Orcinus orca) (Jefferson et al., 1991). Il n’existe pas d’estimations du nombre de marsouins consommés par ces prédateurs, pas plus que des taux de mortalité naturelle de n’importe quelle population. En outre, nous savons très peu de choses sur l’abondance ou les tendances de l’abondance de ces prédateurs. On ne sait pas grand chose non plus sur le rôle des maladies dans la mortalité naturelle des marsouins communs. Cependant, on trouve à chaque printemps de nombreux jeunes sujets émaciés morts qui sont échoués le long de la côte est des États Unis entre l’État de New York et la Caroline du Nord, apparemment morts de faim (Cox et al. 1998). De plus, dans certains secteurs de leur aire, les marsouins communs sont tués par des dauphins à gros nez (Tursiops truncatus) (Ross et Wilson, 1996).

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Physiologie

L’espèce est bien adaptée aux eaux froides et se retrouve rarement dans des eaux dont la température est supérieure à 16 °C (Gaskin, 1992). Elle maintient son homéothermie dans un environnement froid favorable en utilisant un éventail d’adaptations physiologiques et anatomiques, notamment une couche de petit lard riche en lipides d’une épaisseur de 1,5 à 2 cm (Koopman, 1998; Koopman et al., 2002; McLellan et al., 2002).

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Déplacements et dispersion

On sait très peu de choses sur les déplacements des marsouins communs à Terre Neuve ou dans le golfe du Saint Laurent. Dans l’Ouest de la baie de Fundy, 25 marsouins ont été munis d’émetteurs radio reliés par satellite entre 1994 et 2002 (Read et Westgate, 1997; Westgate et Read, 1998; Read et Westgate, données inédites), ce qui fournit une grande quantité de renseignements sur les profils de déplacement des individus de cette population. Ces animaux ont parcouru plus de 50 km en un seul jour et leur aire vitale pourrait englober tout le golfe du Maine, une zone de plusieurs milliers de km2 (Read et Westgate, 1997). Les déplacements de ces marsouins marqués ont varié considérablement et aucun profil clair n’est apparu, en dehors d’une tendance générale des marsouins à se déplacer en automne vers le golfe du Maine au sud.

Dix des 14 marsouins marqués surveillés entre 1994 et 1997 ont fait la navette entre les eaux canadiennes et les eaux américaines et deux de ces dix sont ensuite retournés au Canada la même année avant que leurs marqueurs ne cessent d’émettre (Westgate et Read, 1998). Il est clair que la population de marsouins présente dans la baie de Fundy et dans le golfe du Maine est de nature transfrontalière et les mesures de gestion et de conservation doivent en tenir compte. Il devrait être possible d’utiliser ces données télémétriques, de concert avec les données d’observation recueillies pendant les relevés d’abondance, pour calculer la proportion de cette population présente aux États Unis ou au Canada pendant les mois d’été; toutefois, cette analyse n’a pas été effectuée jusqu’à présent.

Un individu, à savoir une femelle gravide et lactante accompagnée d’un baleineau dépendant, a été marquée dans la baie de Fundy à la mi juillet et s’est rendue dans le golfe du Saint Laurent, où elle a passé le reste de l’été. C’est le seul sujet marqué qui a quitté l’aire de la population de la baie de Fundy et du golfe du Maine, telle que définie précédemment. Elle avait également été marquée plus tôt (environ deux semaines) que les autres sujets.

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Nutrition et interactions interspécifiques

Les renseignements sur le régime alimentaire des marsouins communs proviennent presque exclusivement de l’examen de restes de proies prélevés dans l’estomac d’animaux considérés comme des prises accessoires et d’individus morts échoués. Leur alimentation comporte une variété de petits poissons et de céphalopodes, d’une longueur généralement inférieure à 30 cm (Read, 1999).

À Terre Neuve, le régime alimentaire des marsouins considérés comme des prises accessoires est composé principalement de petits poissons, comme le capelan, le hareng de l’Atlantique, le lançon, et de lanternes cornées (G. Stenson, communication personnelle). Dans le golfe du Saint Laurent, le régime alimentaire des marsouins tués dans les filets maillants à poisson de fond a été examiné par Fontaine et al., (1994). La majorité de leur ingestion calorique provenait de harengs et de capelans mais ils avaient également consommé des sébastes, des maquereaux, des morues et des calmars. Leur régime alimentaire connaît une variation régionale importante, à la fois à Terre Neuve et dans le golfe du Saint Laurent. Dans ce dernier secteur, le capelan est la proie dominante dans le Nord Est du golfe, mais les marsouins de la région de Gaspé consomment surtout des harengs.

Dans la baie de Fundy et le golfe du Maine, les marsouins se nourrissent principalement, mais pas exclusivement, de jeunes harengs de l’Atlantique des catégories 2, 3 et 4 (Recchia et Read, 1989; Gannon et al., 1998). Cette proie principale est complétée par de jeunes gadidés et par d’autres petits poissons de fond. Dans la baie de Fundy, les jeunes marsouins commencent à consommer des aliments solides à la fin de l’été en se nourrissant de crustacés euphausiacés (Smith et Read, 1992).

En raison de leur petite taille et de leurs réserves énergétiques restreintes, les marsouins communs ont une capacité limitée pour jeûner. Le petit lard est riche en lipides, mais une partie seulement de cette réserve de lipides est disponible durant les périodes de pénurie alimentaire (Koopman, 2001; Koopman et al., 2002; McLellan et al., 2002). Par conséquent, les marsouins doivent se nourrir fréquemment pour conserver leur corps en bon état. Cela peut également contribuer à expliquer l’association écologique étroite observée entre cette espèce et les proies riches en lipides, comme le capelan et le hareng, dans tout l’Est du Canada.

La proie principale des marsouins communs présente de grandes fluctuations au niveau de son abondance à cause des cycles naturels de recrutement et des répercussions des pêches commerciales. Dans la baie de Fundy et dans le golfe du Maine, l’abondance du hareng a varié considérablement au cours des trois dernières décennies, car les stocks ont subi une surpêche et se sont reconstitués par la suite. Read (2001) a examiné les effets de cette variation de la biomasse des proies sur la biologie reproductive des marsouins femelles, et en particulier sur la taille des baleineaux engendrés par les femelles au cours de ces trois décennies. Chose surprenante, les femelles ont eu un nombre nettement plus élevé de petits pendant la décennie (1980) où la biomasse des proies était la plus faible. Durant ces trois décennies, la variation de la biomasse des harengs n’a eu aucun effet sur l’état corporel ou la fécondité des femelles matures.

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Comportement et adaptabilité

On sait peu de choses sur le comportement des marsouins communs, en partie parce qu’il est difficile de les identifier sur le terrain. Les observations d’un petit nombre de femelles marquées naturellement dans la baie de Fundy ont révélé que leurs groupes sociaux sont fluides et que les individus peuvent occuper les mêmes secteurs au cours d’années successives (Watson, 1976). Les marsouins marqués ensemble et munis d’émetteurs reliés par satellite dans la baie de Fundy ne sont pas restés ensemble après leur relâchement (Read et Westgate, 1997).

On observe généralement les marsouins communs en petits groupes de quelques individus, ou seuls, même si des regroupements plus importants de plusieurs centaines d’animaux ont été vus à l’occasion (Hoek, 1992). De tels regroupements importants sont temporaires et vraisemblablement provoqués par des concentrations inhabituelles de proies. Tel que mentionné précédemment, la méthode d’accouplement de cette espèce comprend vraisemblablement une concurrence spermatique (Fontaine et Barrette, 1997; Neimanis et al., 2000).

Les marsouins communs ne s’adaptent pas facilement à un environnement en captivité et sont rarement gardés dans des aquariums marins. Cependant, plusieurs jeunes échoués vivants et remis en état ont été gardés en captivité pendant des années et des observations de ces individus ont fourni des connaissances considérables de la biologie de l’espèce (Read et al., 1997). Certains jeunes échoués vivants ont été relâchés avec succès après des périodes de remise en état qui ont duré des mois, voire des années (Westgate et al., 1998).

En général, les marsouins communs sont des animaux timides et des activités humaines intensives dans les eaux côtières peuvent avoir une influence néfaste sur leurs populations.

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Taille et tendances des populations

Il n’y a pas d’estimations globales de l’abondance des marsouins communs dans l’Est du Canada et, en fait, une grande partie de l’aire de cette espèce n’a jamais fait l’objet de relevés. Des relevés ont été effectués pour les populations du golfe du Saint Laurent et de la baie de Fundy et du golfe du Maine, mais il n’y a pas d’estimations de l’abondance des populations de Terre-Neuve ou du Labrador (MPO, 2001).

Des relevés aériens par transects linéaires ont été effectués pour les cétacés dans le golfe du Saint Laurent durant les étés 1995 et 1996 par Kingsley et Reeves (1996). Le relevé de 1995 a été réalisé fin août et début septembre et a échantillonné la majorité du golfe (69 p. 100). Le relevé de 1996 a été effectué fin juillet et début août et s’est concentré sur le plateau adjacent à la rive Nord du golfe, si bien que les deux relevés ne sont pas directement comparables au niveau géographique ou temporel. Les estimations de l’abondance pour les relevés de 1995 et de 1996 avaient atteint respectivement 12 100 (CV = 0,26) et 21 720 (CV = 0,38) (Kingsley et Reeves, 1996). Les densités les plus élevées ont été observées dans le Nord du golfe et en particulier le long du plateau de la rive nord. Aucun des deux relevés ne prévoyait une correction de g(0), probabilité de détecter un animal sur la trace linéaire du relevé. Quelques marsouins étaient submergés lorsque l’avion chargé du relevé est passé et n’ont donc pas été comptabilisés, si bien que les estimations de la densité dérivée des deux relevés sont faussées à la baisse.

Quatre relevés par transects linéaires à bord d’un bateau et d’un avion ont été effectués par le National Marine Fisheries Service américain pour estimer l’abondance des marsouins communs dans la baie de Fundy et le golfe du Maine (résumés in Waring et al., 2001). Ces relevés ont été effectués de juillet à septembre 1991, 1992, 1995 et 1999 (Tableau 1). Les relevés effectués en 1991, 1992 et 1995 ont échantillonné le Nord du golfe du Maine et la partie inférieure de la baie de Fundy; en 1999, la portée du relevé a été étendue pour englober tout le golfe du Maine, y compris le Nord du Banc Georges et la partie supérieure de la baie de Fundy. En 1999, des marsouins ont été vus dans des secteurs non étudiés au cours des années précédentes. Toutes les estimations ont été corrigées pour g(0), probabilité de détecter un groupe de marsouins sur la trace linéaire du relevé, en utilisant la méthode contretype directe de marquage et de recapture (Palka, 1995a). Les éléments embarqués pour les quatre relevés ont fait appel à deux équipes indépendantes, en effectuant des recherches à l’œil nu en mode sans approche. Cette approche a été utilisée pour corriger les biais à la fois de perception et de disponibilité. Les estimations de l’abondance résultant de ces relevés sont fournies dans le Tableau 1.

Le relevé de 1991 a produit une estimation nettement plus faible de l’abondance que les trois autres (Waring et al., 2001). Cette différence est peut être due, tout au moins en partie, aux changements interannuels dans la répartition des marsouins, provoquée par une variation de la température de l’eau et de la répartition des proies (Palka, 1995b).

Tableau 1 : Estimations de l’abondance des marsouins communs dans la baie de Fundy et le golfe du Maine
AnnéeEstimation de l’abondanceCVAbondance dans la zone commune des relevés
199137 5000,2929 000
199267 5000,2357 600
199574 0000,2071 900
199989 7000,2267 600

Données de Waring et al., 2001.

Les quatre relevés effectués dans la baie de Fundy et le golfe du Maine ont couvert une zone commune; l’estimation de l’abondance pour cette zone est présentée dans la dernière colonne du Tableau 1 (cette estimation fait partie de l’estimation totale de l’abondance). Il n’est toutefois pas possible d’utiliser ces dernières données pour estimer une tendance de l’abondance, parce qu’une proportion inconnue de la population se trouvait à l’extérieur de cette zone commune des relevés durant toutes ces années (Waring et al., 2001). Si, par exemple, une plus grande proportion de la population se trouvait à l’extérieur de cette zone commune (et peut être dans une zone non examinée du tout) en 1991, il ne serait pas approprié de comparer les résultats de ce relevé avec ceux d’années plus récentes. Nous n’avons donc pas de données sur les tendances de l’abondance, même pour la population la mieux étudiée dans l’Est du Canada.

Il n’existe pas d’estimations du nombre d’individus matures dans une population donnée ou de la taille effective d’une population de marsouins communs dans l’Est du Canada, à cause d’un manque de renseignements sur le véritable ratio par sexe ou sur la structure d’âge de ces populations (Caswell et al., 1998). Les renseignements existants sur les ratios par sexe et la structure d’âge ont été obtenus à partir d’échantillons de prises accessoires et d’échouages, qui ne sont vraisemblablement pas représentatifs des populations desquelles ils sont tirés.

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Facteurs limitatifs et menaces

L’examen archéologique de tertres côtiers révèle que les marsouins étaient exploités par les peuples autochtones de l’Est du Canada avant l’arrivée des Européens, même si le nombre d’os de marsouins trouvés dans ces tertres est assez faible. On rencontre beaucoup plus fréquemment des pinnipèdes dans ces fouilles archéologiques et ils étaient vraisemblablement beaucoup plus importants dans le régime alimentaire de ces peuples (D. Johnston, comm. pers.). Les marsouins communs étaient chassés par les Autochtones dans les régions de l’Est du Canada au 19e et au début du 20e siècle (Leighton, 1937). Le nombre de prises n’a pas été enregistré mais, dans la baie de Fundy, plusieurs centaines de marsouins étaient vraisemblablement pris chaque année. Les chasseurs travaillaient en canots par temps calme, quand il était possible de suivre et d’approcher les marsouins; ils utilisaient des fusils de chasse pour blesser ou tuer les bêtes. Le petit lard et les coussinets adipeux mandibulaires servaient à faire de l’huile, et la viande était utilisée pour la consommation humaine (Leighton, 1937). Des membres de la tribu Passamaquoddy, dans le Maine, ont continué sporadiquement à chasser un peu jusqu’à la fin du 20e siècle, les dernières bêtes ayant été prises en 1997 (Waring et al., 2001). Des marsouins sont encore pris à l’occasion par des chasseurs autochtones dans la partie de leur aire de répartition située dans l’Est du Canada et par des résidents non autochtones de Terre Neuve, du Labrador et peut être même du Québec. Par exemple, un marsouin de 96 cm a été tué par un chasseur dans le fjord de Pangnirtung en octobre 1988 (D. Pike, comm. pers.).

La plus forte menace récente pour les marsouins communs dans l’Est du Canada réside dans les prises accessoires dans les pêches commerciales. La majorité de ces prises accessoires ont lieu dans des filets maillants calés utilisés pour capturer le poisson de fond, comme la morue (Gadus morhua); ces prises accessoires existent depuis l’invention des filets maillants dans les pêches nord américaines, en 1880, par Spencer Baird, alors Commissioner of Fish and Fisheries aux États Unis. Dans le premier rapport sur l’efficacité de ces filets, Collins (1886) note que «… en plus des diverses espèces de gadidés qui ont été prises, des marsouins (appelés localement « puffers ») ont aussi été pris…»

Des prises accessoires considérables de marsouins communs ont eu lieu au cours des dernières décennies dans tout l’Est du Canada et dans le secteur américain de la population de la baie de Fundy et du golfe du Maine. L’ampleur de cette menace a changé considérablement au cours des dernières années dans l’Est du Canada et dans le golfe du Maine, en raison de l’épuisement des stocks de poisson de fond et des réductions subséquentes de l’effort de pêche.

D’importantes prises accessoires de marsouins communs ont eu lieu à Terre Neuve et au Labrador dans les années 1970 et 1980. Jon Lien (Ph. D.) (in MPO, 2001) a examiné les estimations disponibles de l’ampleur de ces prises accessoires, générées principalement à partir de sondages téléphoniques et de carnets de bord. La plupart des estimations de prises accessoires totales, extrapolées de ces relevés, atteignaient à peine quelques milliers chaque année. Néanmoins, comme le mentionne M. Lien, « Demander aux pêcheurs le nombre d’animaux capturés accidentellement et les ajouter ne donne pas forcément de bonnes estimations ». Néanmoins, il est clair que les marsouins communs étaient une prise accessoire courante à Terre Neuve et au Labrador durant cette période, surtout dans les filets maillants à poisson de fond.

Les profils de l’effort de pêche avec des filets maillants à poisson de fond ont changé radicalement après le moratoire sur la pêche à la morue dans la subdivision 2J3KL de l’OPANO en 1992 et durant les autres fermetures subséquentes au poisson de fond, bien que les incidences réelles de ces changements dans les pratiques de pêche sur les prises accessoires de marsouins n’aient pas été documentées. Il existe encore une importante pêche avec des filets maillants pour la lompe (Cyclopterus lumpus), pendant laquelle environ 15 000 phoques du Groenland (Phoca groenlandica) ont été pris chaque année depuis 1994 (Walsh et al., 2001). Il est bien connu que cette pêche prend des marsouins communs, même s’il n’y a pas d’estimations publiées de l’ampleur de ces prises accessoires. Des données tirées de carnets de bord existent pour la dernière décennie et il serait peut être possible d’utiliser ces données pour en tirer une estimation approximative de la mortalité annuelle par prises accessoires des marsouins communs pendant cette pêche (B. Sjare, comm. pers.). Des marsouins sont également pris lors des pêches indicatrices au poisson de fond avec des filets maillant à Terre Neuve et au Labrador (destinées à surveiller les stocks de morue épuisés); dans le cadre de ce programme, 19 pêcheurs indicateurs ont rapporté la prise de 32 marsouins en 2002 (J. Lawson, comm. pers.). Des recherches concertées entreprises entre le MPO et la Memorial University ont documenté sept prises accessoires confirmées et 20 probables de marsouins communs provenant de 33 autres pêcheurs avec des filets maillants et des filets de fond qui ont participé au Programme de collecte de prises secondaires à Terre Neuve en 2002 (J. Lawson, pers. comm.). Les extrapolations, à toutes les pêches, de ces données éparses donnent une estimation approximative de plusieurs milliers de marsouins piégés comme prises accessoires en 2002. Comme c’était le cas avec les renseignements passés sur les prises accessoires provenant de cette population, la plupart des renseignements actuels proviennent de la côte sud de Terre Neuve.

Les renseignements sur les prises accessoires de marsouins communs dans le golfe du Saint Laurent proviennent de questionnaires de sondages expédiés par la poste aux pêcheurs en 1989, 1990 et 1994 (Fontaine et al., 1994; Larrivée, 1996; MPO, 2001). Une extrapolation brute de ces relevés, à l’ensemble des pêches, a engendré des estimations qui allaient de 2 000 à 4 000 marsouins par an. Les mêmes avertissements notés pour Terre Neuve sont valables ici également et ces chiffres devraient être considérés comme des estimations historiques fiables du total des prises accessoires de marsouins communs dans le golfe du Saint Laurent. La plupart des prises accessoires ont eu lieu en été dans les filets maillants à poisson de fond, le long de la rive nord inférieure et le long des côtes de la Gaspésie et de la baie des Chaleurs (Fontaine et al., 1994). Tout comme à Terre Neuve, il y a eu dernièrement un changement considérable dans les pêches commerciales du golfe du Saint Laurent, avec des pénuries à grande échelle de poisson de fond et la fermeture subséquente de pêches. Les répercussions de ces réductions de l’effort de pêche sur les prises accessoires de marsouins n’ont pas encore été quantifiées (MPO, 2001), même si des données ont été recueillies pour plusieurs pêches par le biais d’un programme d’observation en mer durant la dernière décennie. L’analyse de ces données, couplée aux résultats d’un nombre accru de sondages par questionnaires, est actuellement en cours (V. Lesage, comm. pers.).

Des prises accessoires de marsouins communs dans des pêches commerciales de la baie de Fundy ont été documentées depuis le début des années de 80 (Gaskin, 1984; Read et Gaskin 1988). Comme dans les autres secteurs de l’est du Canada, les prises accessoires les plus nombreuses ont lieu dans les pêches de poisson de fond au filet maillant. L’ampleur de ces prises accessoires a été estimée au cours des dernières années, par le MPO au Canada et par le National Marine Fisheries Service (NMFS) aux États Unis. Ces deux organismes installent des observateurs indépendants à bord d’un échantillon de bateaux de pêche, si bien que l’on peut estimer un taux de prises accessoires pêchées. Ce taux est ensuite extrapolé à l’ensemble de la pêche en utilisant quelques données métriques de l’effort de pêche total (voir Bravington et Bisack, 1996; Bisack, 1997; Trippel et al., 1996; et Waring et al., 2001 pour plus de détails). Les estimations de prises accessoires de marsouins communs, générées pour la baie de Fundy, le golfe du Maine et les États du centre du littoral de l’Atlantique, sont présentées au Tableau 2. On estime que toutes ces prises accessoires de la baie de Fundy et du golfe du Maine, ainsi que la majorité des prises accessoires des États du centre du littoral de l’Atlantique, ont été tirées de la population de marsouins communs de la baie de Fundy et du golfe du Maine (tableau 2).

Tout comme à Terre Neuve et dans le golfe du Saint Laurent, l’effort de pêche au poisson de fond avec filets maillants a subi des changements profonds dans l’aire de cette population méridionale. Dans la baie de Fundy, diverses mesures de conservation des pêches ont été utilisées pour réduire la mortalité causée par la pêche des morues et autres poissons de fond, y compris des fermetures temporelles de pêches commerciales. En 1995, le MPO a mis en œuvre une Stratégie de conservation du marsouin commun pour la baie de Fundy. Dans le cadre de cette stratégie, un plafond annuel de 110 marsouins communs a été fixé pour les prises accessoires dans la baie de Fundy, après quoi la pêche serait fermée. Des fermetures de pêches temporelles géographiques ont été utilisées comme mesures de conservation des pêches dans le golfe du Maine, avec une multitude d’autres outils destinés à conserver les stocks surpêchés de morues et d’autres poissons de fond. Ces mesures ont réduit considérablement l’effort de pêche dans les pêches commerciales, tant canadiennes qu’américaines. En outre, dans les eaux américaines du golfe du Maine et des États du centre du littoral de l’Atlantique, les prises accessoires de marsouins communs sont maintenant réglementées dans le cadre de deux Plans de réduction des prises (voir ci après). Dans leur ensemble, toutes ces mesures de conservation ont considérablement réduit les prises accessoires de marsouins communs de la population de la baie de Fundy et du golfe du Maine au cours des dernières années.

Tableau 2 : Estimations des prises accessoires de marsouins communs (avec les coefficients de variation (CV) entre parenthèses, s’ils sont disponibles) dans les pêches au poisson de fond avec des filets maillants dans la baie de Fundy, le golfe du Maine et les États du centre du littoral de l’Atlantique
AnnéeBaie de FundyGolfe du MaineCentre du littoral de l’AtlantiqueTotal
1990n.d.2 900 (0,32)n.d.-
1991n.d.2 000 (0,35)n.d.-
1992n.d.1 200 (0,21)n.d.-
19934241 400 (0,18)n.d.-
19941012 100 (0,18)n.d.-
1995871 400 (0,27)103 (0,57)1 590
1996201 200 (0,25)311 (0,31)1 531
199743782 (0,22)572 (0,35)1 397
199838332 (0,46)446 (0,36)816
199932270 (0,28)53 (0,49)355
200028507 (0,37)21 (0,76)536
20017353 (0,97)26 (0,95)152

Les données sont tirées de Bravington et Bisack (1996), de Bisack (1997), de Trippel et al. (1996), de Waring et al. (2001) et de E. Trippel (comm. pers.). Les données ne sont pas disponibles (n.d.) avant 1993 pour la baie de Fundy ou avant 1995 pour les États du centre du littoral de l’Atlantique. Les totaux sont fournis uniquement pour les années au cours desquelles des estimations sont disponibles pour les trois secteurs.

De petits nombres de marsouins communs sont pris dans le cadre d’autres pêches dans tout l’Est du Canada, y compris dans les filets dérivants de surface pour la pêche au hareng et au maquereau et dans les pêches à la nasse pour le hareng, en particulier dans la baie de Fundy. La mortalité dans cette dernière pêche a été réduite à quelques marsouins par an grâce à un programme coopératif géré par des biologistes et des pêcheurs sur l’île Grand Manan au Nouveau Brunswick.

Parmi les autres menaces potentielles pour l’espèce citons la perte d’habitat due à l’utilisation de dispositifs d’harcèlement acoustique (DHA) autour des sites de mariculture du saumon dans la baie de Fundy (Strong et al., 1995). Des inquiétudes ont été exprimées à propos de la prolifération de DHA à haute amplitude utilisés pour dissuader les pinnipèdes de s’approcher des sites de mariculture du saumon dans la baie de Fundy et ailleurs (Taylor et al., 1997). Ces dispositifs produisent des sons à haute intensité à des fréquences comprises dans la fourchette auditive des marsouins communs. Pendant les expériences effectuées dans la baie de Fundy, aucun marsouin ne s’est approché à moins de 645 m d’un DHA commercial actif et les densités de marsouins ont été réduites considérablement dans son voisinage (Johnston, 2002). Des expériences effectuées en Colombie Britannique avec des DHA et des marsouins communs ont démontré des résultats semblables (Olesiuk et al., sous presse) et des apparitions moins nombreuses d’autres cétacés odontocètes dans le voisinage de DHA actifs ont également été documentées (Morton, 2000, Morton et Symonds, 2002). Ces dispositifs sont largement utilisés dans l’industrie de la mariculture en pleine croissance dans la baie de Fundy (Johnston et Woodley, 1998) et il existe un potentiel d’exclusion à grande échelle de l’habitat des marsouins communs dans cette région.

Dans le passé, on s’est inquiété du niveau de contamination organochlorée (CO) anthropogénique chez les marsouins communs (p. ex. Gaskin, 1992). Des données récentes existent sur les charges de CO dans les trois populations de l’Est du Canada (Westgate et al., 1997). Les biphényles polychlorés (BPC) et les bornanes chlorés sont les principaux contaminants dans toutes les populations. En règle générale, les concentrations de contaminants organochlorés augmentent selon un gradient nord sud, les marsouins de la baie de Fundy et ceux du golfe du Maine présentant les niveaux les plus élevés. Westgate et al. (1997) ont également mentionné que les niveaux de BPC et de DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane) avaient diminué considérablement par rapport à ceux documentés par Gaskin et al. (1971, 1976, 1983). Les concentrations récentes de CO sont semblables aux niveaux actuels rapportés dans d’autres populations de marsouins communs (Westgate et al., 1997). On ne sait toujours pas avec certitude quels effets immédiats ou ultimes ces charges de CO ont sur les marsouins communs. Cet animal est l’une des espèces indicatrices utilisées par le Comité scientifique de la CBI dans son programme « Pollution 2000+ », qui est conçu pour fournir des renseignements sur les incidences des polluants sur la santé des cétacés. Les résultats de ce programme ne sont pas encore disponibles.

La dégradation et la perte d’habitats provoquées par l’exploration et la production pétrolières constituent une menace dans plusieurs secteurs de l’aire de cette espèce dans l’est du Canada, en particulier dans des zones du golfe du Saint Laurent et le long de la plate forme Scotian. Un harcèlement acoustique ou un déplacement pourrait survenir pendant l’exploration sismique, en particulier si de telles activités se déroulent relativement près de la côte, dans les aires d’alimentation préférées, ou à l’intérieur des corridors migratoires. Il n’y a pas eu d’études sur les répercussions de ces activités sur les marsouins communs.

Enfin, les principales espèces de proies des marsouins communs, en particulier le hareng, sont exploitées par des pêches commerciales dans tout l’Est du Canada; par conséquent, il existe bien un potentiel d’épuisement de ces ressources de proies par la surpêche. Toutefois, à l’heure actuelle, rien ne prouve que la biologie des populations de n’importe quelle population de marsouins communs a été touchée par la pêche pour les proies.

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Importance de l’espèce

Ni l’espèce ni les sous espèces ne sont endémiques à l’Est du Canada. L’espèce est vraisemblablement un prédateur important au niveau trophique supérieur, mais son rôle écologique exact est mal compris et il n’y a eu aucune expérience naturelle ou artificielle de prélèvements pour aborder cette question. L’espèce n’est pas monotypique; il existe trois autres espèces dans le gène (le marsouin de Burmeister Phocoena spinipinnis, le vaquita Phocoena sinus et le marsouin des lunettes Phocoena dioptrica). Le marsouin commun est en péril dans toute son aire (voir sa situation sur la Liste rouge de l’UICN ci après), principalement par suite des prises accessoires dans les filets de pêche. C’est également vrai pour le marsouin de Burmeister et en particulier pour le marsouin du Pacifique qui est classé par l’UICN comme espèce En danger critique d’extinction en raison de sa faible abondance et des prises accessoires continues dans le golfe de Californie.

Dans de nombreux secteurs, l’espèce est une attraction mineure secondaire pour l’industrie touristique d’observation des baleines en pleine expansion (Lien, 2001). Le marsouin commun est l’une des espèces de cétacés les mieux étudiées dans l’Est du Canada, principalement grâce aux efforts de recherche novateurs de feu le David Gaskin (Ph. D.)de la University of Guelph, qui est décédé en 1998.

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Protection actuelle ou autres désignations

La gestion du marsouin commun, comme celle des autres mammifères marins, relève du Règlement sur les mammifères marins (DORS/93 56) de la Loi sur les pêches du Canada. Toutefois, ce règlement ne comporte pas de clauses pour aborder les prises accessoires de mammifères marins dans les pêches commerciales, principale menace qui pèse sur les marsouins communs dans l’est du Canada. Des expériences ont été tentées dans la baie de Fundy pour élaborer des mesures d’atténuation, comme l’utilisation d’avertisseurs acoustiques ou d’émetteurs d’ultrasons (Trippel et al., 1999; Cox et al., 2001) et de filets maillants modifiés par voie acoustique (Trippel et al., 2003). Jusqu’à présent, aucune de ces mesures n’a cependant été mise en œuvre dans une quelconque pêche au filet maillant dans l’Est du Canada. Les principales mesures protectrices, pour les marsouins communs de l’Est du Canada, sont des restrictions imposées à l’effort de pêche au filet maillant dans le but de conserver les stocks de poisson de fond dans la baie de Fundy, dans le golfe du Saint Laurent et à Terre Neuve.

En octobre 1994, le MPO a publié une Ébauche de Plan de conservation du marsouin commun pour la baie de Fundy. Ce plan avait pour but «d’aider la population de marsouins communs de la baie de Fundy et du golfe du Maine à croître jusqu’à un niveau où les prises accessoires effectuées par les entreprises de pêche n’influenceront pas énormément la viabilité de la population.» Pour atteindre cet objectif, plusieurs mesures devaient être prises, notamment tenir des consultations avec l’industrie de la pêche et les organismes de réglementation américains. Le plan fixe un plafond de 110 marsouins communs par année dans la partie canadienne de son aire (à savoir la baie de Fundy). La mise en œuvre du plan par le MPO comportait une surveillance pendant la saison des prises accessoires de marsouins (par l’intermédiaire d’un programme indépendant chargé des prises accessoires) et des données sur l’effort de pêche commerciale (sorties quotidiennes des bateaux de pêche à filets maillants). Les pêcheurs ont été avertis avant la saison par l’intermédiaire de réunions de consultation annuelles que si on s’attendait à voir les prises accessoires dépasser 110 animaux, la pêche serait fermée pour le reste de la saison. Le texte final de la Stratégie de conservation du marsouin commun du MPO pour la baie de Fundy a été signé par le directeur général régional (région des Maritimes) en novembre 1995. Des examinateurs du document actuel ont mentionné que cette stratégie est toujours en vigueur.

Dans l’Est du Canada, l’aire des marsouins communs s’étend jusqu’aux États-Unis, où l’espèce est protégée en vertu de la Marine Mammal Protection Act (MMPA) de 1972. La limite de prélèvement annuelle maximale autorisée pour chaque stock de mammifères marins aux États-Unis est désignée sous le nom de niveau potentiel de prélèvement biologique ou PPB (Wade, 1998b; Read et Wade, 2001). L’actuel PPB pour les marsouins communs dans la baie de Fundy et le golfe du Maine est de 747 sujets (Waring et al., 2001). Les stocks de mammifères marins pour lesquels la mortalité anthropogénique dépasse le PPB sont désignés comme étant stratégiques. Une fois qu’un stock est déclaré stratégique, des mesures de gestion doivent être formulées pour ramener les niveaux de mortalité et de blessures graves au-dessous du PPB. Généralement, une équipe de réduction des prises est formée pour s’attaquer aux situations dans lesquelles les prises accessoires dépassent le PPB. Ces équipes comprennent des représentants des groupes intervenants, dont les pêcheurs, les chercheurs, les groupes de conservation et les gestionnaires, qui négocient un plan visant à ramener la mortalité anthropogénique sous le PPB à l’intérieur d’une période précise (voir Bache (2001) et Young (2001) pour avoir une description plus détaillée).

Deux équipes de réduction des prises (ERP) ont été formées aux États-Unis pour s’occuper des prises accessoires de marsouins communs de la population de la baie de Fundy et du golfe du Maine dans les pêches commerciales : l’ERP du marsouin commun du golfe du Maine (formée en février 1996) et l’ERP du marsouin commun du centre du littoral de l’Atlantique (formée en février 1997). Ces deux équipes ont recommandé des mesures visant à réduire les prises accessoires de marsouins communs dans les pêches commerciales. Ces mesures ont été publiées ensemble sous le nom de Harbor Porpoise Take Reduction Plan Regulations par le National Marine Fisheries Service (NMFS) des États-Unis en décembre 1998 (consulter le site Internet http://www.nero.nmfs.gov/porptrp/). Ce règlement regroupe un mélange complexe de mesures, notamment un calendrier et des secteurs complètement fermés à la pêche au poisson de fond avec des filets maillants, un calendrier et des secteurs dans lesquels des avertisseurs sonores (ou ‘émetteurs d’ultrasons’) sont exigés sur les filets maillants pour le poisson de fond (Kraus et al., 1997) et une série de modifications requises à la structure et à l’utilisation des filets maillants pour le poisson de fond.

Il est clair (Tableau 2) que les prises accessoires de marsouins communs étaient en baisse depuis un certain temps avant la mise en application de ce règlement en 1998. Cette réduction était due en partie à des mesures de conservation, conçues pour réduire les prises accessoires de marsouins, mises en application par le New England Fisheries Management Council dès 1994. Ces mesures englobaient la fermeture de toutes les pêches au poisson de fond avec des filets maillants dans certains secteurs du golfe du Maine (Murray et al., 2000). Durant cette période, des changements considérables sont intervenus dans la pêche au filet maillant en raison des mesures de gestion des pêches conçues pour conserver les stocks épuisés de poisson de fond dans le golfe du Maine et dans les États du centre du littoral de l’Atlantique. Les estimations les plus récentes de prises accessoires pour cette population (528 en 2000) sont inférieures au niveau actuel du PPB (747). La population de marsouins communs de la baie de Fundy et du golfe du Maine est encore jugée stratégique en vertu de la MMPA, parce que « la mortalité annuelle moyenne et les blessures graves causées par la pêche ont dépassé le PPB pendant de nombreuses années avant 1999 et que les prises sont inférieures au PPB depuis seulement un an » (Waring et al., 2001).

En janvier 1993, le NMFS a proposé de mettre la population des marsouins communs de la baie de Fundy et du golfe du Maine sur la liste des espèces menacées en vertu de la Endangered Species Act (NMFS 1993) des États Unis. Cette inscription a été proposée parce qu’il existait des mesures réglementaires inadéquates au Canada et aux États-Unis pour s’attaquer aux prises accessoires de marsouins communs dans les pêches commerciales. Le suivi de cette proposition a été reporté pendant plusieurs années car le New England Fisheries Management Council et les deux équipes de réduction des prises élaboraient des stratégies visant à réduire les prises accessoires de marsouins dans les pêches au filet maillant. En janvier 1999, le NMFS a décidé que l’inscription proposée n’était pas justifiée parce que les programmes de réduction des prises accessoires mis en œuvre au Canada et aux États-Unis étaient suffisants pour inverser toute baisse de l’abondance et pour garantir la viabilité de la population (NMFS, 1999). Dans le cadre de cette décision, Wade (1998a) a effectué une analyse de viabilité de la population (AVP) des marsouins communs de la baie de Fundy et du golfe du Maine. À l’aide des données sur l’abondance de 1991 à 1995 et des données sur les prises accessoires de 1992 à 1996 (voir les Tableaux 1 et 2), Wade a estimé que la probabilité globale d’extinction d’ici 20 ans était faible (<0,005), mais qu’elle était élevée d’ici 100 ans (0,28 à 0,72). En réduisant les prises accessoires à un quart des niveaux de 1992 à 1996, on éliminait le risque d’extinction d’ici 20 ans et on rendait le risque global d’extinction d’ici 100 ans très faible (0,00 à 0,01). L’estimation de l’abondance de 1999 était nettement plus importante que les estimations de 1991 à 1995 (Tableau 1) et les prises accessoires en 1999 étaient inférieures au quart de la valeur moyenne de 1992 à 1996 (Tableau 2). En août 2001, le NMFS a communiqué son intention de retirer cette population de la liste des candidatures en vertu de la Endangered Species Act (NMFS 2001).

Le marsouin commun est classé Vulnérable sur la Liste rouge de l’UICN en raison des réductions soupçonnées de la portée de son aire et de la qualité de son habitat et à cause des niveaux élevés de prises accessoires dans la presque totalité de son aire (http://www.redlist.org/).

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Résumé du rapport de situation

Dans tous les secteurs de l’aire de cette espèce, la menace la plus grave est posée par la mortalité accidentelle (les prises accessoires) dans les pêches commerciales. Les prises accessoires sont survenues principalement dans les pêches au poisson de fond avec des filets maillants même si leur ampleur a diminué au cours des dernières années, surtout grâce à des mesures de conservation visant à promouvoir le rétablissement des stocks de poissons (voir également ci après). Les menaces potentielles envers l’espèce proviennent de la modification anthropogénique de l’habitat, même si la portée de cette menace aura une incidence moins directe que la mortalité due aux prises accessoires.

Les connaissances actuelles sont insuffisantes pour déterminer le statut des marsouins communs à Terre Neuve, au Labrador et dans le golfe du Saint Laurent; il n’y a pas d’estimations de l’abondance totale ou de la mortalité par prises accessoires dans l’une ou l’autre de ces régions, même si des estimations partielles de l’abondance ont été produites pour le golfe du Saint Laurent.

La plupart des renseignements portant sur cette espèce dans l’Est du Canada concernent la population la plus méridionale dans la baie de Fundy. Une estimation actuelle de l’abondance et une série chronologique décennale des estimations de prises accessoires sont disponibles pour cette population. Plusieurs estimations antérieures de l’abondance existent, mais ces relevés ne couvraient pas des secteurs comparables, si bien qu’il n’est pas possible d’en tirer une tendance de l’abondance. Au cours de la dernière décennie, des prises accessoires importantes (se chiffrant par milliers) se sont produites dans les aires américaines et canadiennes de cette population. Ces prises ont stimulé plusieurs initiatives de gestion, principalement dans les eaux américaines, en vue de ramener les prises accessoires à des niveaux viables. Et, tel que mentionné précédemment, d’autres avantages importants en matière de conservation ont découlé de mesures de gestion destinées à promouvoir le rétablissement des stocks épuisés de poisson de fond dans la baie de Fundy et dans le golfe du Maine. Les niveaux actuels de prises accessoires sont inférieurs aux limites acceptables en vertu de la Marine Mammal Protection Act des États-Unis et ont été réduits au point que la population de la baie de Fundy et du golfe du Maine a été retirée de la liste des espèces candidates en vertu de la Endangered Species Act aux États Unis. Une analyse récente de la viabilité de la population révèle que les niveaux actuels des prises accessoires posent peu voire pas de menaces à la viabilité future de cette population.

Il importe de faire remarquer que le statut actuel de conservation des marsouins communs dans la baie de Fundy et le golfe du Maine (et peut être ailleurs dans l’Est du Canada) est dû, en grande partie, aux mesures de conservation mises en œuvre non pas pour conserver les marsouins mais pour rétablir les stocks de poisson de fond. Les prises accessoires de marsouins communs augmenteront considérablement au moment de l’éventuel rétablissement des stocks de poisson de fond, et aussi avec l’expansion des pêches au filet maillant dans l’Est du Canada. Des mesures de gestion existent en vertu de la législation américaine pour s’assurer que les futures prises accessoires dans les pêches américaines ne mettent pas en danger la population de la baie de Fundy et du golfe du Maine, mais aucune mesure semblable n’existe dans la loi canadienne.

Pour s’assurer que les prises accessoires futures ne mettent pas en péril les marsouins communs dans l’Est du Canada, il faudrait disposer des renseignements scientifiques suivants, surtout pour le golfe du Saint Laurent et Terre-Neuve-et-Labrador :

  1. des estimations impartiales de l’abondance;
  2. des estimations impartiales de l’ampleur des prises accessoires, provenant d’un programme d’observations indépendantes;
  3. une meilleure compréhension de la structure des populations et des taux de dispersion.

En outre, il faudrait un cadre stratégique et un plan de gestion pour s’assurer que les futures prises accessoires ne dépassent pas des niveaux viables. À l’heure actuelle, il n’existe aucune disposition pour s’attaquer aux prises accessoires en vertu du Règlement sur les mammifères marins de la Loi sur les pêches du Canada, pas plus qu’il n’existe au Canada un mécanisme pour générer des avis sur les niveaux de mortalité par prises accessoires qui sont vraisemblablement viables. Toutefois, plusieurs modèles stratégiques potentiellement utiles sont disponibles, comme le projet du PPB aux États Unis (Read et Wade, 2001), les conseils fournis par le Comité scientifique de la Commission baleinière internationale (CBI, 1996) ou les lignes directrices utilisées par l’Accord sur la conservation des petits cétacés de la mer Baltique et de la mer du Nord (CBI, 2000). Le répit actuel constaté au niveau de la mortalité par prises accessoires offre une occasion unique de formuler et de mettre en œuvre une telle politique, à un coût modeste voire même nul.

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Résumé technique

Phocoena phocoena

Marsouin commun

Harbour porpoise

Population de l’Atlantique Nord-Ouest

Information sur la répartition

Zone d’occurrence (km2)~Inconnue
(> 150 000 km2)
Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion, inconnue)Inconnue
Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occurrence (ordre de grandeur > 1)?Non
Zone d’occupation (km2)Inconnue
(>~ 150 000 km2)
Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion, inconnue)Inconnue
Y a-t-il des fluctuations extrêmes dans la zone d’occupation (ordre de grandeur > 1)?Non
Nombre d’emplacements existantsn.d.
Préciser la tendance du nombre d’emplacements (en déclin, stable, en croissance, inconnue)n.d.
Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’emplacements (ordre de grandeur > 1)?n.d.
• Tendance de l’habitat : préciser la tendance de l’aire, de l’étendue ou de la qualité de l’habitat (en déclin, stable, en croissance ou inconnue)En déclin


Information sur la population

Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population : indiquer en années, en mois, en jours, etc.)environ 7 ans
Nombre d’individus matures (reproducteurs) au Canada (ou préciser une gamme de valeurs plausibles)> 50 000
Tendance de la population quant au nombre d’individus matures (en déclin, stable, en croissance ou inconnue)Inconnue
S’il y a déclin, % du déclin au cours des dernières/prochaines dix années ou trois générations, selon la plus élevée des deux valeurs (ou préciser s’il s’agit d’une période plus courte). 
Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures (ordre de grandeur > 1)?Non
La population totale est elle fragmentée (la plupart des individus se trouvent dans de petites populations relativement isolées [géographiquement ou autrement] entre lesquelles il y a peu d’échanges, c. à d. migration réussie de ≤ 1 individu /année)?Non
numérer chaque population et donner le nombre d’individus matures dans chacune.n.d.
Préciser la tendance du nombre de populations (en déclin, stable, en croissance, inconnue).n.d.
Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de populations (ordre de grandeur > 1)?Non


Menaces (réelles ou imminentes pour les populations ou les habitats)

- Prises accessoires dans les pêches commerciales
- Dégradation de l’habitat et perte provoquées par des dispositifs d’harcèlement acoustique
- Dégradation de l’habitat et perte provoquées par d’autres activités humaines


Effet d’une immigration de source externe -- Faible

L’espèce existe t elle ailleurs (au Canada ou à l’extérieur)?Oui
Statut ou situation des populations de l’extérieur?Inconnue
Une immigration a t elle été constatée ou est elle possible?Possible mais probablement rare
Des individus immigrants seraient ils adaptés pour survivre à l’endroit en question?Oui
Y a t il suffisamment d’habitat disponible pour les individus immigrants à l’endroit en question?Probable


Analyse quantitative -- Oui

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Remerciements

Dave Johnston a préparé la figure 2. Tara Cox, Dave Johnston et Andrew Westgate ont révisé une première ébauche du présent rapport. J’exprime aussi ma gratitude à Randy Reeves, Gary Stenson, Mike Kingsley, Hal Whitehead, Ruben Boles, Howard Powles, Véronique Lesage, Mike Chadwick, Jack Lawson, Rob Stewart, Pierre Richard, Ed Trippel et plusieurs réviseurs anonymes pour leur examen constructif du présent rapport. Hal Whitehead a été un réviseur constructif et patient et je le remercie pour son aide précieuse dans la préparation du présent rapport.

[La traduction française a été effectuée par Jean Luc Malherbe.]

La préparation du présent rapport de situation a été financée par le Service canadien de la faune, Environnement Canada.

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Ouvrages cités

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Sommaire biographique du contractuel

Andrew Read est le titulaire de la chaire Rachel Carson de biologie de la conservation marine à la Duke University à Beaufort (Caroline du Nord) aux États-Unis. M. Read a obtenu son doctorat de la University of Guelph en 1990 pour des recherches effectuées sur le cycle de vie et les prises accessoires de marsouins communs dans la baie de Fundy. Il dirige des recherches sur les marsouins au Canada, au Mexique, aux États-Unis, en Amérique du Sud et en Europe depuis 1981. Il est membre du Comité scientifique de la Commission baleinière internationale et du Groupe de spécialistes des cétacés de l’UICN. Il a présidé le groupe de travail CBI ASCOBANS sur les marsouins communs, a siégé au sein de deux équipes de réduction des prises de marsouins communs aux États-Unis et de l’équipe consultative sur les marsouins communs du MPO au Canada. Il siège également aux comités de rédaction des revues Marine Mammal Science et Journal of Cetacean Research and Management. Il est l’auteur de plus de 50 articles de revues sur l’écologie et la conservation des marsouins et des dauphins, en plus d’être l’auteur ou le rédacteur de trois ouvrages sur le marsouin commun.

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Experts Consultés

Gougeon, Nicole. Mars 2002. Secrétariat, Comité conjoint de chasse, de pêche et de piégeage, 383, rue St Jacques, bureau C220, Montréal (Québec) H2Y 1N9, Tél. : (514) 284 2151, Courriel : hftcc@total.net

Lawson, Jack. Mars 2002. Chercheur scientifique, ministère des Pêches et des Océans, St. John's (Terre-Neuve) A1C 5X1, Tél. : (709) 772 5598, Courriel : lawsonj@dfo mpo.gc.ca

Lesage, Véronique. Mars 2002. Chercheure scientifique, ministère des Pêches et des Océans, Institut Maurice Lamontagne, C.P. 1000, 850, Route de la Mer, Mont Joli (Québec) G5H 3Z4, Tél. : (418) 775-0739, Courriel : LesageV@dfo-mpo.gc.ca

Noble, Jim. Mars 2002. Directeur général, Conseil de gestion des ressources fauniques du Nunavut, C.P. 1379, Iqualuit (Nunavut) X0A 0H0, Tél. : (867) 979-6962, Courriel : jnoble@nwmb.com

Palka, Debra. Mars 2002. Chercheure scientifique, Northeast Fisheries Science Center, National Marine Fisheries Service, Woods Hole (Massachusetts) 02543, Tél. : (508) 495 2387, Courriel : dpalka@whsun1.wh.whoi.edu

Sjare, Becky. Mars 2002. Chercheure scientifique, ministère des Pêches et des Océans, St. John's (Terre-Neuve) A1C 5X1, Tél. : (709) 772-4049, Courriel : sjareb@dfo mpo.gc.ca

Stenson, Gary, Mars 2002. Chercheur scientifique, ministère des Pêches et des Océans, St. John's (Terre-Neuve) A1C 5X1, Tél. : (709) 772-2001, Courriel : StensonG@dfo mpo.gc.ca