Description de résidence pour la Rainette faux-grillon de l'ouest (Pseudacris triseriata), population des Grands Lacs/Saint-Laurent et du Bouclier canadien au Canada

Voici la description de la résidence de la rainette faux-grillon de l’ouest (Pseudacris triseriata, ci-après nommée la rainette faux-grillon de l’ouest), population des Grands Lacs/Saint-Laurent et du Bouclier canadien, élaborée aux fins de la mise en application de l’article 33 de la Loi sur les espèces en péril (LEP), qui porte sur l’endommagement ou la destruction de la résidence. Les dommages ou la destruction peuvent résulter de toute altération de la topographie, de la géologie, des conditions du sol, de la végétation, de la composition chimique de l’air ou de l’eau, du régime hydrologique des eaux de surface et souterraines, du microclimat ou de l’environnement sonore qui, de façon temporaire ou permanente, perturbe les fonctions de la résidence d’un ou plusieurs individus.

La rainette faux-grillon de l’ouest possède deux types de résidences - les sites de reproduction et les sites d’hibernation.

Figure 1. Aire de répartition mondiale de la rainette faux-grillon de l’ouest (carte adaptée de COSEWIC, 2008)

Carte de aire de répartition mondiale de la rainette faux-grillon de l’Ouest
Description longue pour la figure 1

L’aire de répartition de la rainette faux-grillon de l’Ouest s’étend du sud-ouest au nord-est de l’Amérique du Nord. Aux États-Unis, l’espèce occupe un vaste territoire allant du Kansas et de l’Oklahoma jusqu’au nord de New-York et du Michigan. Au Canada, la rainette faux-grillon de l’ouest occupe les basses terres du sud de l’Ontario et du Québec.

1) Site de reproduction

Apparence physique et contexte

La rainette faux-grillon de l’ouest se reproduit dans des milieux humides temporaires ou dans les parties peu profondes, qui s’assèchent à l’été, de plans d’eau permanents (p. ex. étangs, bassins, marais, marécages, fossés de drainage; COSEWIC, 2008). Les masses d’œufs sont fixées à la végétation ou à des brindilles (quoiqu’elles puissent aussi simplement s’enfoncer sous la surface de l’eau) (Pack, 1920; Whitaker, 1971; Hecnar et Hecnar, 1999; Desroches et Rodrigue, 2004). La plante, la tige de graminée ou la brindille submergée sur lesquelles les œufs sont déposés sont considérées comme un site de reproduction.

Période et fréquence d’occupation

Selon les conditions météorologiques, la rainette faux-grillon de l’ouest peut commencer sa reproduction dès la fin du mois de mars (Francis, 1978; Bishop et al., 1997; Lepage et al., 1997; Desroches et Rodrigue, 2004). Une fois les œufs pondus (de la fin mars à la mi-mai), il faut attendre de 3 à 27 jours pour que les têtards naissent, selon la température (Whitaker, 1971; Desroches et Rodrigue, 2004). Un site de reproduction peut être occupé (c’est-à-dire que des œufs y sont présents) entre le 20 mars et le 11 juin.

Bien que les sites de reproduction n’occupent que de très faibles superficies, ils peuvent être répartis dans l’ensemble des milieux humides où ils sont présents. On sait que ces milieux humides peuvent atteindre de 0,001 à 6 ha au Québec (Picard et Desroches, 2004; St-Hilaire 2005). Les mêmes milieux humides ou plans d’eau sont généralement utilisés d’une année à l’autre pour abriter les sites de reproduction de la rainette faux-grillon de l’ouest. Par conséquent, l’ensemble des milieux humides ou des plans d’eau occupés actuellement ou dans le passé par la rainette faux-grillon de l’ouest à n’importe quel stade de son cycle de vie est considéré comme contenant au moins une résidence occupée. Il n’est donc pas nécessaire de confirmer la présence ou l’emplacement exact d’un site de reproduction puisque de telles vérifications risquent fortement aussi d’endommager ou de détruire les sites. Ce n’est que lorsque la disparition de l’habitat ou l’absence de la rainette faux-grillon de l’ouest a été vérifiée dans un milieu humide ou un plan d’eau donné que l’on considère qu’une zone ne contient plus de sites de reproduction de l’espèce.

Endommagement et destruction de la résidence

Même si le reste du milieu humide ou du plan d’eau dans lequel se trouve un site de reproduction n’est pas considéré comme faisant partie de la résidence, il demeure nécessaire au maintien des caractéristiques essentielles et de la fonction du site. Les milieux humides temporaires ou les parties peu profondes s’asséchant à l’été de plans d’eau permanents (p. ex. étangs, bassins, marais, marécages, fossés de drainage) offrent les conditions (p. ex. plage de températures, hydropériode - présence d’eau dans l’habitat, végétation résiduelle) requises pour que les œufs se développent en têtards.

Pour assurer la disponibilité des sites de reproduction d’une année à l’autre et pour maintenir la fonctionnalité de ces derniers, l’intégrité écologique des milieux humides et des plans d’eau qui contiennent les sites de reproduction doit être maintenue. Par conséquent, les activités qui risquent d’endommager ou de détruire les sites de reproduction comprennent celles qui agissent directement sur les sites ainsi que celles qui agissent sur les milieux humides et les plans d’eau et, donc, sur la fonctionnalité des sites de reproduction. Ces dernières activités peuvent avoir lieu à n’importe quel moment de l’année.

2) Site d’hibernation

Apparence physique et contexte

L’hibernation de la rainette faux-grillon de l’ouest a lieu dans des milieux terrestres (p. ex. des basses terres comme des pâturages, des clairières, des prés, des champs en jachère, des arbustaies et des boisés), dans des substrats meubles, sous des pierres, des branches et des arbres morts ou dans les feuilles ou la litière, ou encore dans des terriers existants (Froom, 1982). Par conséquent, n’importe lequel de ces sites utilisés pour l’hibernation par la rainette faux-grillon de l’ouest est considéré comme un site d’hibernation.

Périodes et fréquence d’occupation

Au Canada, la rainette faux-grillon de l’ouest hiberne généralement d’octobre à mars (COSEWIC, 2008), selon les conditions météorologiques. Un site d’hibernation peut être occupé entre le 1er octobre et le 20 mars. La plupart des observations tendent à confirmer que les sites d’hibernation sont relativement peu éloignés des milieux humides où se reproduisent les rainettes faux-grillon de l’ouest. Cochran (1989) a observé des individus en bordure d’un étang temporaire asséché, et d’autres, à une distance de 75 à 100 m du milieu humide le plus proche. Dans le cadre d’une étude ciblant des individus marqués au Co60, isotope radioactif, on a constaté que la plupart de ces derniers demeuraient à moins de 100 m de leur site de reproduction; la plus longue distance parcourue en ligne droite était de 213 m (Kramer, 1973). Dans une autre étude (Whitaker, 1971), tous les individus capturés à l’été étaient situés à l’intérieur d’un rayon de quelque 200 m de sites de reproduction potentiels. Au Québec, des individus ont été pris par des barrières-pièges à une distance allant jusqu’à 200 m des sites de reproduction (Whiting 2004).

À titre de précaution, on considère que les sites d’hibernation se situent à l’intérieur d’une zone terrestre d’un rayon de 300 m autour des milieux humides ou des plans d’eau utilisés pour la reproduction, zone qui doit être maintenue pour que l’espèce puisse accomplir son cycle vital annuel (Semlitsch et Bodie, 2003; Ouellet et Leheurteux, 2007). Même si les sites d’hibernation occupent de très faibles superficies, ils peuvent être répartis dans l’ensemble de l’habitat terrestre qui entoure les milieux humides ou les plans d’eau utilisés pour la reproduction. Cet habitat terrestre est généralement utilisé d’une année à l’autre pour abriter des sites d’hibernation de la rainette faux-grillon de l’ouest. Par conséquent, l’habitat terrestre situé à moins de 300 m de tout milieu humide ou plan d’eau occupé actuellement ou dans le passé par la rainette faux-grillon de l’ouest à n’importe quel stade de son cycle vital est considéré comme contenant au moins une résidence occupée. Par conséquent, il n’est pas nécessaire de confirmer la présence ou l’emplacement exact d’un site d’hibernation, puisque de telles vérifications risquent fortement aussi d’endommager ou de détruire les sites. Ce n’est que lorsque la disparition de l’habitat ou l’absence de la rainette faux-grillon de l’ouest a été vérifiée dans un milieu humide ou un plan d’eau donné que l’on considère qu’une zone ne contient plus de sites d’hibernation de l’espèce.

Endommagement et destruction de la résidence

Même si la totalité de l’habitat terrestre à moins de 300 m d’un milieu humide ou d’un plan d’eau occupé n’est pas considérée comme étant la résidence, elle est nécessaire au maintien des caractéristiques essentielles et de la fonction du site d’hibernation. S’il est vrai que la rainette faux-grillon de l’ouest peut résister au gel à des températures inférieures à zéro durant son hibernation (Storey, 1990; Storey et Storey, 1986; 1987), le site d’hibernation lui confère une protection supplémentaire. Comme ils sont ectothermes, les individus ont une capacité limitée de réagir aux perturbations durant l’hibernation, et peuvent choisir un site d’hibernation afin de réduire leur vulnérabilité aux phénomènes météorologiques.

On ne connaît pas bien les autres besoins physiologiques associés à l’hibernation chez la rainette faux-grillon de l’Ouest, car aucune étude publiée jusqu’à maintenant ne s’est penchée sur la physiologie de l’hibernation de l’espèce, notamment parce qu’il est extrêmement difficile de repérer les individus qui hibernent.

Pour assurer la disponibilité des sites d’hibernation d’une année à l’autre et pour maintenir la fonctionnalité de ces derniers, l’intégrité écologique de l’habitat terrestre contenant les résidences doit être maintenue. Par conséquent, les activités qui risquent d’endommager ou de détruire les sites d’hibernation comprennent celles qui agissent directement sur les sites ainsi que celles qui agissent sur l’habitat terrestre à moins de 300 m d’un milieu humide ou d’un plan d’eau occupé et, donc, sur la fonctionnalité des sites d’hibernation. Ces dernières activités peuvent se produire à n’importe quel moment de l’année.