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Loi sur les espèces en péril

Série de Programmes de rétablissement


Programme de rétablissement de l’ours grizzli (Ursus arctos), population des Prairies, au Canada


Ours grizzli, population des Prairies


PROPOSITION


Juillet 2007

 
 

dessin d'un ours grizzli

© Judie Shore

La série de Programmes de rétablissement de la Loi sur les espèces en péril

Qu’est-ce que la Loi sur les espèces en péril (LEP)?

La LEP est la loi fédérale qui constitue l’une des pierres d’assise de l’effort national commun de protection et de conservation des espèces en péril au Canada. Elle est en vigueur depuis 2003 et vise, entre autres, àpermettre le rétablissement des espèces qui, par suite de l'activité humaine, sont devenues des espèces disparues du pays, en voie de disparition ou menacées.

Qu’est-ce que le rétablissement?

Dans le contexte de la conservation des espèces en péril, le rétablissement est le processus par lequel le déclin d’une espèce en voie de disparition, menacée ou disparue du pays est arrêté ou inversé et par lequel les menaces à sa survie sont éliminées ou réduites de façon à augmenter la probabilité de survie de l’espèce à l’état sauvage. Une espèce sera considérée comme rétablie lorsque sa survie à long terme à l’état sauvage aura été assurée.

Qu’est-ce qu’un programme de rétablissement?

Un programme de rétablissement est un document de planification qui identifie ce qui doit être réalisé pour arrêter ou inverser le déclin d’une espèce. Il établit des buts et des objectifs et indique les principaux champs des activités à entreprendre. La planification plus élaborée se fait à l’étape du plan d’action.

L’élaboration de programmes de rétablissement représente un engagement de toutes les provinces et de tous les territoires ainsi que de trois organismes fédéraux -- Environnement Canada, l’Agence Parcs Canada et Pêches et Océans Canada -- dans le cadre de l’Accord pour la protection des espèces en péril. Les articles 37 à 46 de la LEP décrivent le contenu d’un programme de rétablissement publié dans la présente série ainsi que le processus requis pour l’élaborer (www.registrelep.gc.ca/the_act/default_f.cfm).

Selon le statut de l’espèce et le moment où elle a été évaluée, un programme de rétablissement doit être préparé dans un délai de un à deux ans après l’inscription de l’espèce à la Liste des espèces en péril de la LEP. Pour les espèces qui ont été inscrites à la LEP lorsque celle-ci a été adoptée, le délai est de trois à quatre ans.

Et ensuite?

Dans la plupart des cas, un ou plusieurs plans d’action seront élaborés pour définir et guider la mise en oeuvre du programme de rétablissement. Cependant, les recommandations contenues dans le programme de rétablissement suffisent pour permettre la participation des collectivités, des utilisateurs des terres et des conservationnistes à la mise en oeuvre du rétablissement. Le manque de certitude scientifique ne doit pas être prétexte à retarder la prise de mesures efficientes visant à prévenir la disparition ou le déclin d’une espèce.

La série de Programmes de rétablissement

Cette série présente les programmes de rétablissement élaborés ou adoptés par le gouvernement fédéral dans le cadre de la LEP. De nouveaux documents s’ajouteront régulièrement à mesure que de nouvelles espèces seront inscrites à la Liste des espèces en péril et que les programmes de rétablissement existants seront mis à jour.

Pour en savoir plus

Pour en savoir plus sur la Loi sur les espèces en péril et les initiatives de rétablissement, veuillez consulter le Registre public de la LEP (www.registrelep.gc.ca) et le site Web du Secrétariat du rétablissement (www.especesenperil.gc.ca/recovery/).

Programme de rétablissement de l’ours grizzli (Ursus arctos), population des Prairies, au Canada [Proposition]

Juillet 2007

Actuellement, le rétablissement de l’espèce est considéré comme n’étant pas réalisable sur le plan technique ou biologique.


Référence recommandée :

Environnement Canada. 2007. Programme de rétablissement de l’ours grizzli (Ursus arctos), population des Prairies, au Canada [Proposition]. Série de Programmes de rétablissement de la Loi sur les espèces en péril, Environnement Canada, Ottawa, v + 17 pp.

Exemplaires supplémentaires :

Il est possible de télécharger des exemplaires de la présente publication à partir du Registre public de la Loi sur les espèces en péril (www.registrelep.gc.ca).

Illustration de la couverture : © Judie Shore

Également disponible en anglais sous le titre

« Recovery Strategy for the Grizzly Bear (Ursus arctos), Prairie Population, in Canada [Proposed] »

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, représentée par le ministre de l’Environnement, 2007. Tous droits réservés.

ISBN   à venir

No de catalogue   à venir

Le contenu (à l’exception des illustrations) peut être utilisé sans permission, mais en prenant soin d’indiquer la source.


DÉCLARATION

Le présent programme de rétablissement a été préparé en collaboration avec les compétences responsables de l’ours grizzli, population des Prairies. Environnement Canada a revu le document et l’accepte comme son programme de rétablissement de l’ours grizzli, population des Prairies, tel que l’exige la Loi sur les espèces en péril. Ce programme de rétablissement représente également un avis à l’intention des autres compétences et organisations qui pourraient participer au rétablissement de l’espèce.

Il a été établi que le rétablissement de l’ours grizzli, population des Prairies, au Canada n’était pas réalisable actuellement sur le plan technique ou biologique. Néanmoins, l’espèce peut bénéficier de programmes de conservation généraux mis en œuvre dans la même zone géographique et être protégée en vertu de la LEP ou d’autres lois, politiques et programmes fédéraux, provinciaux ou territoriaux.

Le caractère réalisable du rétablissement sera réévalué au moins tous les cinq ans dans le cadre du rapport sur la mise en œuvre du programme de rétablissement ou tel que justifié pour répondre aux changements dans les conditions et/ou les connaissances.

Dans l’esprit de l’Accord pour la protection des espèces en péril, le ministre de l’Environnement invite toutes les compétences responsables ainsi que les Canadiennes et les Canadiens à se joindre à Environnement Canada pour appuyer le programme et le mettre en œuvre, pour le bien de l’ours grizzli, population des Prairies, et de l’ensemble de la société canadienne.

COMPÉTENCES RESPONSABLES

Environnement Canada

Gouvernement de l’Alberta

Gouvernement du Manitoba

Gouvernement de la Saskatchewan

AUTEUR

Renee Franken, Service canadien de la faune, Région des Prairies et du Nord

REMERCIEMENTS

L’auteur aimerait remercier un certain nombre de personnes qui ont contribué à l’élaboration du présent programme de rétablissement. Kim Morton (Alberta Sustainable Resource Development) a fourni l’information sur les récentes occurrences de l’ours grizzli dans le sud de l’Alberta. Clayton Apps, Bruce McLellan, Mike Proctor et Tony Hamilton (Ministry of Environment de la Colombie-Britannique) ont fourni des données sur l’aire de répartition actuelle de l’ours grizzli en Colombie-Britannique. Gillian Turney (Environnement Canada) a préparé la figure sur l’aire de répartition pour le présent rapport. Al Arsenault et Sue McAdam (Saskatchewan Environment), Robert Décarie, Dave Duncan et Marie-José Ribeyron (Environnement Canada), Richard Quinlan (Alberta Sustainable Resource Development), Gord Stenhouse (Forêt modèle de Foothills) et Joanne Tuckwell (Agence Parcs Canada) ont tous revu le programme et fait des commentaires. Un merci spécial à Judie Shore pour l’illustration de la couverture.

ÉVALUATION ENVIRONNEMENTALE STRATÉGIQUE

Une évaluation environnementale stratégique (EES) est effectuée dans le cadre de tous les documents de planification du rétablissement en vertu de la LEP conformément à la Directive du Cabinet de 1999 sur l'évaluation environnementale des projets de politiques, de plans et de programmes. L’objet de l’EES est d’incorporer les considérations environnementales à l’élaboration des projets de politiques, de plans et de programmes publics pour appuyer une prise de décisions éclairées du point de vue de l’environnement.

La planification du rétablissement vise à favoriser les espèces en péril et la biodiversité en général. Il est cependant reconnu que des programmes peuvent, par inadvertance, produire des effets environnementaux qui dépassent les avantages prévus. Le processus de planification fondé sur des lignes directrices nationales tient directement compte de tous les effets environnementaux, notamment des incidences possibles sur les espèces ou les habitats non ciblés. Les résultats de l’EES sont directement inclus dans le programme lui-même, mais également résumés ci-dessous.

Le présent programme de rétablissement conclut que le rétablissement de l’ours grizzli, population des Prairies, est techniquement et biologiquement irréalisable pour le moment. Il serait cependant possible de maintenir la présence occasionnelle d’individus provenant de la population du Nord-Ouest dans une petite région des Prairies par la conservation de l’habitat naturel de prairie. L’Alberta Sustainable Resource Development – Fish and Wildlife Division, a élaboré un programme pour l’ours grizzli des Prairies (Morton et Lester, 2004) visant à aborder la gestion des ours grizzlis qui font des incursions dans les Prairies. Cette approche de conservation n’entraînera aucun effet négatif sur d’autres espèces.

RÉSIDENCE

La LEP définit la résidence comme suit : Gîte -- terrier, nid ou autre aire ou lieu semblable --occupé ou habituellement occupé par un ou plusieurs individus pendant tout ou partie de leur vie, notamment pendant la reproduction, l’élevage, les haltes migratoires, l’hivernage, l’alimentation ou l’hibernation [Paragraphe 2(1)].

Les descriptions de la résidence ou les raisons pour lesquelles le concept de résidence ne s’applique pas à une espèce donnée sont publiées dans le Registre public de la LEP :

www.registrelep.gc.ca/plans/residence_f.cfm.


PRÉFACE

L’ours grizzli, population des Prairies, a été désigné espèce «  disparue du pays  » par le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) en 1991 et a officiellement été inscrit en juin 2003 en vertu de la Loi sur les espèces en péril (LEP). L’article 37 de la LEP exige que le ministre compétent élabore un programme de rétablissement pour toute espèce sauvage inscrite comme espèce disparue du pays, en voie de disparition ou menacée. Le Service canadien de la faune, Région des Prairies et du Nord, Environnement Canada, a dirigé l’élaboration du présent programme de rétablissement. Il a été établi que le rétablissement de l’ours grizzli, population des Prairies, est irréalisable pour le moment en raison du manque d’habitat convenable et des menaces qui, selon toute vraisemblance, ne peuvent être atténuées. Le programme a été élaboré en collaboration ou consultation avec les gouvernements de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba. Toutes les compétences responsables ont revu et approuvé le programme. Le contenu et le processus du programme satisfont aux exigences de la LEP (articles 39 à 41).


SOMMAIRE

·          L’ours grizzli était considéré comme une espèce commune et répandue dans toute la région des Prairies et dans les régions boréales non montagneuses de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba avant la colonisation par les Européens. Après 1900, l’espèce n’était présente que dans quelques petites populations des Prairies canadiennes. La disparition des ours grizzlis dans la région des Prairies a été causée par l’occupation des terres et la conversion à l’agriculture, de pair avec l’intolérance des humains et la chasse.

·          L’ours grizzli, population des Prairies, a été désigné espèce disparue du pays en 1991 (Banci, 1991). Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a reconfirmé son statut d’espèce disparue du pays en mai 2000 et en mai 2002 (COSEPAC, 2002) et la population a été officiellement inscrite en juin 2003 comme espèce disparue du pays en vertu de la Loi sur les espèces en péril.

·          Bien que l’ours grizzli ait disparu des Prairies en tant que population, il y a eu des incursions occasionnelles d’individus, provenant des contreforts des montagnes Rocheuses, dans les prairies du sud-ouest de l’Alberta. Ces ours font partie de la population du Nord-Ouest.

·          Le rétablissement de l’ours grizzli dans les Prairies est irréalisable en raison d’un manque d’habitat et de l’impossibilité d’atténuer les menaces.


TABLE DES MATIÈRES

DÉCLARATION.............................................................................................. i

COMPÉTENCES RESPONSABLES..................................................................... i

AUTEUR........................................................................................................ i

REMERCIEMENTS.............................................................................................. i

RÉSIDENCE................................................................................................... ii

PRÉFACE...................................................................................................... iii

SOMMAIRE................................................................................................ iv

TABLE DES MATIÈRES............................................................................... v

1      CONTEXTE.................................................................................................. 1

1.1      Évaluation de l’espèce par le COSEPAC...................... 1

1.2       Description................................................................................... 1

1.3       Séparation des populations des Prairies et du Nord-Ouest........ 2

1.4       Distribution historique et abondance de l'ours grizzli, population des Prairies... 2

1.5       Observations récentes........................................................................ 5

1.6       Besoins de l’ours grizzli, population des Prairies.......................... 6

1.6.1       Besoins biologiques et besoins en matière d’habitat............ 6

1.6.2       Facteurs limitatifs...................................................................... 7

1.7       Menaces.......................................................................................... 7

1.7.1       Manque d’habitat et fragmentation de l’habitat...... 8

1.7.2       Mortalité d’origine anthropique........................... 8

1.7.3       Manque d’acceptation sociale.......................................... 9

2      RÉTABLISSEMENT............................................................................... 9

2.1       Caractère réalisable du rétablissement.............................. 9

2.2       Habitat essentiel.............................................................. 11

2.3       Approche en matière de conservation................................ 11

3      RÉFÉRENCES.................................................................. 13

 

LISTE DES FIGURES

Figure 1 : Répartition actuelle et historique de l’ours grizzli en Amérique du Nord... 3


1       CONTEXTE

1.1   Évaluation de l’espèce par le COSEPAC

 

Date de l’évaluation : Mai 2002

 

Nom commun : Ours grizzli, population des Prairies

 

Nom scientifique : Ursus arctos

 

Statut selon le COSEPAC : Disparue du pays

 

Justification de la désignation : Disparue dans la région des Prairies du Canada.

 

Présence au Canada :  AB, SK, MB

 

Historique du statut selon le COSEPAC : L'espèce a été considérée comme une unité et a été désignée « non en péril » en avril 1979. Division en deux populations en avril 1991 (population des Prairies et population du Nord-Ouest). La population des Prairies a été désignée « disparue du pays » en avril 1991. Réexamen et confirmation du statut en mai 2000 et en mai 2002. Dernière évaluation fondée sur une mise à jour d'un rapport de situation.

 

1.2    Description

 

L’ours grizzli (Ursus arctos) est plus grand que l’ours noir (Ursus americanus). Il s’en distingue par la présence d’une bosse proéminente entre les deux épaules qui est absente chez l’ours noir. Le museau de l’ours grizzli se termine par une courbe vers le haut, alors que chez l’ours noir, il est recourbé vers le bas. Les ours grizzlis sont généralement plus bruns que les ours noirs, mais la couleur de leur fourrure peut aller de presque blanc et aller du blond jusqu’au noir. Sur les épaules et le dos, l’extrémité des longs poils raides, ou jarres, est souvent teintée de blanc, ce qui donne à la fourrure une apparence grisâtre.

À l’exception de quelques mentions anecdotiques, il existe peu d’information sur les caractéristiques physiques des ours grizzlis qui se trouvaient dans les Prairies. Spry (1968) a rapporté qu’une femelle grizzli abattue dans les Prairies en 1857 mesurait 34 pouces à l’épaule, ce qui est semblable à la hauteur à l’épaule moyenne des ours grizzlis du Nord-Ouest (entre 35 et 59 pouces).

L’aire de répartition historique des ours grizzlis allait du nord du Canada et vers le sud, jusqu’au Mexique. Ils utilisaient une variété d’habitats, y compris les montagnes Rocheuses, les chaînes côtières et les déserts d’armoise, mais utilisaient probablement de façon limitée les secteurs désertiques et de prairie des portions des États-Unis qui sont adjacentes (Mattson et Merrill, 2002).


1.3    Séparation des populations des Prairies et du Nord-Ouest

En 1990, les biologistes canadiens chargés des ours et de l’habitat se sont réunis pour définir les unités de territoire appropriées pour évaluer la situation de l’ours grizzli (Banci, 1991). Ils se sont entendus sur l’identification de 14 «  zones d’ours grizzli  » au Canada. Cette identification utilise les contraintes écologiques et elle reflète la physiographie, le climat et la végétation (Banci, 1991). Ces zones sont des secteurs où le climat et le relief ont influencé le comportement de l’ours grizzli, les populations, la végétation et l’utilisation des terres (Banci, 1991). L’ours grizzli a disparu de deux de ces zones autrefois occupées par l’espèce (les plaines boréales non montagneuses et les prairies glaciaires). Bien qu’elles n’étaient pas englacées durant l’ère tertiaire (Project Planning Team, 2005), les collines du Cyprès ont été incluses dans la zone de prairie glaciaire lors de l’évaluation du statut (Banci, 1991). À la suite de cette évaluation, le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a réexaminé la situation de l’ours grizzli et divisé l’aire canadienne de répartition de l’ours grizzli en deux populations : la population du Nord-Ouest et la population des Prairies. La population des Prairies, appelée parfois grizzli des plaines, a été désignée comme disparue du pays en 1991 (Banci, 1991). Sa situation a été réexaminée et confirmée en mai 2000 et en mai 2002 (COSEPAC, 2002).

Lors de l’évaluation de la situation d’une espèce, le COSEPAC désignera à l’occasion des groupes se situant sous le niveau de l’espèce (p. ex. niveau de la population) et ce, lorsque la désignation d’un statut unique pour une espèce ne permet pas de décrire de façon suffisamment précise la probabilité d’extinction qui existe à l’intérieur de l’espèce. Le COSEPAC a identifié les deux populations d’ours grizzli en se fondant sur le fait qu’elles occupent des régions écogéographiques différentes. La figure 1 montre l’aire de répartition historique et actuelle de l’ours grizzli.

1.4    Distribution historique et abondance de l’ours grizzli, population des Prairies

À la fin des années 1700, l’ours grizzli se trouvait en fortes densités en Alberta le long de la rivière Saskatchewan Nord près d’Edmonton, et le long des rives des rivières Bow et Red Deer (Nielsen, 1975). Il était aussi présent le long des rivières Athabasca, de la Paix et Saskatchewan Sud (Nielsen, 1975). Au milieu des années 1800, selon les observations de Hind, Palliser et autres (Nielsen, 1975), il semble que l’ours grizzli se répartissait sur de grandes étendues en Alberta. L’ours grizzli occupait aussi de vastes territoires en Saskatchewan où il se trouvait à l’est de la rivière Saskatchewan Sud, dans les Birch Hills (près de l’actuel Saskatoon), à l’ouest des Sandy Hills et le long de la rivière Baptiste et de la rivière Saskatchewan Nord (Nielsen, 1975). Sa présence s’étendait au nord jusqu’aux Pasquia Hills et aux Wapaweeka Hills (White, 1965), ainsi qu’au sud jusqu’aux collines du Cyprès. Au Manitoba, l’ours grizzli se trouvait à l’est de la rivière Rouge et dans la plupart des secteurs à l’ouest du lac Manitoba (Seton, 1921). On considérait que les ours grizzlis étaient peu nombreux le long de la rivière Rouge au Manitoba et plus abondants dans les collines Pembina (Seton, 1953). En 1800, au sud du Manitoba, on considérait l’ours grizzli comme une espèce aussi commune que l’ours noir au Devil’s Lake, Dakota du Nord, et un article de journal rapportait que sur la rivière Cheyenne [Sheyenne] , «  …on peut voir des bandes d’ours grizzlis  » [traduction] (Henry, 1897, in Seton, 1953).

Les collines du Cyprès qui bordent l’Alberta et la Saskatchewan étaient considérées comme le dernier refuge des ours grizzlis dans les Prairies (Nelson, 1973). Au milieu du 19e siècle, l’agriculture et l’élevage s’étaient étendus sur tout le territoire de prairie environnant, mais les collines du Cyprès n’ont connu aucune perturbation pendant de nombreuses autres années (Nielsen, 1975). Elles comptaient une grande population d’ours grizzlis et des centaines de peaux ont été récoltées dans les années 1870. Au milieu des années 1880, l’ours grizzli avait toutefois disparu des collines du Cyprès (Stegner, 1962, in Nielsen, 1975).

Au cours des années 1880, l’ours grizzli n’était plus considéré comme un habitant des Prairies mais plutôt comme un visiteur fréquent (Macoun, 1882, in Nielsen, 1975). Après 1900, l’espèce était pratiquement absente des Prairies canadiennes, à l’exception de quelques petites populations. Au Manitoba, le dernier ours grizzli a été abattu en 1923 (Sutton, 1967). L‘ours grizzli était encore présent aux alentours des Pasquia Hills à l’est de la Saskatchewan et dans l’ouest du Manitoba dans les années 1920 (Sutton, 1967). On aurait observé des ours grizzlis en Saskatchewan à partir du milieu des années 1900, notamment un ours abattu en 1939 au sud des Pasquia Hills, une observation dans le milieu des années 1950 dans les Pasquia Hills et une observation fiable d’un ours grizzli dans les collines de Porcupine en 1960 (White, 1965).


Text Box: Figure 1. Aire de répartition actuelle et historique de l’ ours grizzli en Amérique du Nord (adapté de Mattson et al., 1995; McLellan, 1998; Kansas, 2002; Ross, 2002 et Hamilton et al., 2004).


Un certain nombre de facteurs ont contribué à la modification du paysage des Prairies vers la fin des années 1880 et ceux-ci ont entraîné la disparition de la population des Prairies de l’ours grizzli. La colonisation par les Européens, la conversion des terres à des fins agricoles, l’arrivée de la compagnie ferroviaire Canadien Pacifique, l’extraction du charbon et la foresterie se sont traduits par une plus forte présence humaine sur les terres. Les conséquences ont été dévastatrices pour les espèces sauvages comme l’ours grizzli (Nielsen, 1975). La chasse a probablement été la cause de la disparition de l’ours grizzli, tout au moins dans quelques endroits y compris les collines du Cyprès et les rives de la rivière Saskatchewan Nord, qui étaient des voies de transport importantes. Dans le sud de l’Alberta, la conversion des terres pour l’agriculture et l’élevage « …a porté le coup final à l’ours grizzli… » (Nielsen, 1975:19).

De plus, le déclin de l’ours grizzli dans les prairies coïncide avec celui du bison des plaines, une source importante de nourriture pour l’ours grizzli (Mattson et Merrill, 2002).

La disparition de l’ours grizzli des plaines boréales non montagneuses n’a pas été aussi rapide que dans le sud des Prairies. Bien que mal documentée, la disparition de l’espèce dans cette région serait probablement due à la perte de l’habitat au profit de l’agriculture, à une colonisation accrue, à l’exploitation pétrolière et gazière et à l’intolérance humaine (Banci, 1991).

1.5    Observations récentes

Bien que les ours grizzlis aient disparu des Prairies en tant que population, il y a eu dans les Prairies des incursions occasionnelles d’individus provenant de la population du Nord-Ouest qui occupe les contreforts des montagnes Rocheuses (Morton et Lester, 2004). Depuis 1998, le nombre d’observations de l’ours grizzli des « Prairies » est à la hausse le long de la rivière St. Mary et de la rivière Milk dans le sud-ouest de l’Alberta (Morton et Lester, 2004). Alors que la plupart des observations d’ours grizzlis dans les Prairies sont de courte durée, des ours ont établi à l’occasion une résidence semi-permanente, notamment une ourse qui a élevé deux oursons avec succès le long de la rivière St. Mary, et un mâle immature qui s’est manifesté par intermittence le long de la rivière Milk (Morton et Lester, 2004).

En 2004, l’Alberta Fish and Wildlife Branch a rédigé un programme pour l’ours grizzli des Prairies. L’approche adoptée pour composer avec les ours grizzlis qui entrent dans les Prairies dépend du comportement de l’individu et de la localisation particulière du site. En général, si l’occasion se présente, on tente de capturer, de poser un collier émetteur (ou un collier GPS) et de suivre la trace de tous les individus. Le repérage des ours fournit de l’information sur l’utilisation de l’habitat ainsi que sur les secteurs de conflits potentiels, et il peut aider à atténuer les peurs et les idées fausses que le public peut avoir (Morton et Lester, 2004). Les ours qui ne sont pas jugés comme posant un problème sont l’object d’un suivi, alors que les ours problématiques peuvent exiger une intervention, comme de devoir enlever ce qui les attire ou de les relocaliser (Morton et Lester, 2004).


1.6    Besoins de l’ours grizzli, population des Prairies

1.6.1   Besoins biologiques et besoins en matière d’habitat

Domaine vital

L’ours grizzli a besoin de grandes superficies pour satisfaire à ses besoins sociaux et écologiques. Les domaines vitaux annuels pour les ours grizzlis femelles en Alberta vont de 152 à 2 932 km2 et de 501 à 4 748 km2 pour les mâles (Eastern Slopes Grizzly Bear Project, données inédites; Forêt modèle des Foothills, données inédites; AGBRT, 2005). Les domaines vitaux peuvent être particulièrement étendus dans les secteurs moins productifs où les sources de nourriture sont très dispersées. En général, plus les ours sont éloignés des montagnes, plus les domaines vitaux sont étendus (G. Stenhouse, comm. pers.).

En plus d’exiger de grandes superficies pour satisfaire ses besoins en matière d’habitat, l’ours grizzli a également besoin d’espace où les humains ont un accès limité. Les activités humaines et les aménagements peuvent rendre les habitats, même les plus productifs, moins attirants pour l’ours grizzli, si bien qu’il se tourne vers des secteurs moins productifs (Gibeau et Stevens, 2005). De plus, une grande partie de la mortalité de l’ours grizzli est d’origine anthropique (voir section 1.7.2), et est liée au nombre et à la distribution des personnes ainsi qu’aux attitudes et comportement des gens (Mattson et al., 1996).

Le domaine vital historique de l’ours grizzli dans les Prairies est inconnu, mais il était certainement lié à la répartition de la nourriture dans les Prairies.

 

Habitat

Historiquement, l’ours grizzli, population des Prairies, occupait les terres herbeuses des prairies et la plaine boréale. Outre les mentions anecdotiques d’individus se trouvant le long de toutes les principales rivières des Prairies (Spry, 1968; Nielsen, 1975) et des plaines boréales non montagneuses (Nielsen, 1975), on connaît mal les exigences spécifiques en matière d’habitat de la population des Prairies de l’ours grizzli. Le plus grand nombre d’observations le long des rivières pourrait provenir d’une préférence de l’espèce en matière d’habitat ou de son utilisation de corridors de déplacement, ou il pourrait être dû au fait que les commerçants de fourrures et les premiers explorateurs utilisaient ces voies (Macey, 1979).

Dans toute l’aire de répartition historique de la population des Prairies de l’ours grizzli, l’habitat a été perdu et fragmenté en raison de l’agriculture, de l’urbanisation et des activités industrielles à grande échelle telles que l’exploitation pétrolière et gazière. On estime que de 61 à 99 % de la prairie mixte et 86 % de la prairie à herbes courtes ont été perdus dans les Prairies canadiennes (Samson et Knopf, 1994). L’habitat restant est fragmenté par un réseau routier ainsi que par d’autres activités et développements anthropiques.

Alimentation

Il existe très peu d’information sur l’alimentation de la population des Prairies de l’ours grizzli. En général, l’ours grizzli se trouvant dans d’autres parties de son aire de répartition utilise une grande variété de sources de nourriture végétale et animale. Munro et al. (2006) ont étudié les habitudes alimentaires saisonnières de l’ours grizzli dans le centre-ouest de l’Alberta. Ils ont constaté que tôt au printemps, avant la repousse de la végétation, il se nourrissait principalement de racines de sainfoin (Hedysarum sp.). À la fin du printemps (de la fin mai à la fin juin), les carcasses d’ongulés étaient une importante composante de leur alimentation, en particulier dans les contreforts où l’alimentation des ours contenait 49 % de carcasses d’ongulés. Des rongeurs, des insectes (surtout des fourmis) et des oiseaux étaient également consommés. Au début de l’été (juillet), l’alimentation comprenait principalement de la végétation riche comme la prêle (Equisetum sp.), et une variété de plantes herbacées graminoïdes et non graminoïdes. Du début du mois d’août jusqu’à la mi-septembre, les fruits de la shépherdie du Canada (Sheperdia canadensis), du bleuet membraneux (Vaccinium membranaceum) et d’autres baies étaient importants. Les ours retournaient ensuite aux racines de sainfoin jusqu’à l’entrée dans la tanière (Munro et al., 2006).

Dans les Prairies, des mentions anecdotiques donnent à penser que le fruit de la shépherdie du Canada était un aliment favori de l’ours grizzli durant le milieu des années 1800 (Spry, 1968). Les carcasses de bisons noyés (Bison bison bison) peuvent avoir été une composante importante de l’alimentation de l’ours grizzli (Nielsen, 1975), tout comme d’autres ongulés des prairies, dont l’antilope.

1.6.2   Facteurs limitatifs

L’ours grizzli possède un faible potentiel de reproduction qui résulte de l’apparition tardive de la fécondité, des petites portées et du long intervalle entre les portées. En Alberta, les ours grizzlis femelles produisent généralement leur première portée à un âge variant entre 4 et 8 ans (Herrero, 1978; Garshelis et al., 2004), la taille moyenne de la portée est de 1,4 à 2,2 oursons (Nagy et Russell, 1978; Russell et al., 1979; Nagy et al., 1989; Garshelis et al., 2004), et l’intervalle moyen entre les portées est de 3 à 4,4 années (Nagy et Russell, 1978; Nagy et al., 1989; Garshelis et al., 2004). Ces facteurs limitent l’accroissement et le rétablissement des populations existantes et constitueraient un facteur limitatif déterminant pour une population dans les Prairies.

1.7    Menaces

À travers les Prairies, la conversion et l’utilisation des terres pour l’élevage et l’agriculture, la disparition des bisons en liberté et l’intolérance humaine ont été responsables de la disparition de la population des Prairies de l’ours grizzli (Banci, 1991). Les principaux obstacles et les plus grandes menaces au réétablissement de l’ours grizzli comprennent le manque d’habitat, la mortalité d’origine anthropique et le manque d’acceptation sociale.

1.7.1   Manque d’habitat et fragmentation de l’habitat

 

Le réétablissement de l’ours grizzli dans les Prairies est fortement limité par le manque d’habitat convenable. L’ours grizzli a besoin de grandes superficies pour satisfaire à ses besoins sociaux et écologiques. Depuis la colonisation par les Européens, de 61 à 99 % de l’habitat de prairie se trouvant dans les Prairies canadiennes a été perdu (Samson et Knopf, 1994). Les territoires qui restent sont fortement fragmentés et soumis à une variété d’utilisations par les humains, ce qui est incompatible avec l’établissement des domaines vitaux étendus de l’ours grizzli.

1.7.2   Mortalité d’origine anthropique

La mortalité d’origine anthropique est aujourd’hui la plus grande menace à la persistance de l’ours grizzli (Gibeau, 2005). La mortalité d’origine anthropique comprend la mortalité résultant de la récolte légale, des préoccupations pour la sécurité publique, des incidents avec les ordures ou l’agriculture, de l’auto-défense, de l’erreur d’identification et des collisions avec des trains ou des véhicules circulant sur les routes (Gibeau, 2005).

La construction de routes et un meilleur accès au territoire sont fortement corrélés à une plus grande mortalité de l’ours grizzli (Mattson et al., 1987; Nagy et al., 1987; McLellan, 1989; Mace et al., 1996). Les routes peuvent accroître la mortalité de l’ours grizzli en facilitant l’accès à une variété d’activités humaines, ce qui augmente la fréquence des réactions de fuite représentant une dépense énergétique importante et accroît la mortalité due aux véhicules (voir Mattson et al., 1987; McLellan et Shackleton, 1988; Nagy et al., 1989; Gibeau et al., 1996).

Dans la région de Banff, il a été démontré que les effets cumulatifs de l’utilisation par les humains et des aménagements, tels que les voies ferrées, les autoroutes et les sentiers, limitaient l’accès à l’habitat important, ayant de ce fait des incidences négatives sur l’ours grizzli (Gibeau et Stevens, 2005). Les ours femelles sous-utilisent l’habitat productif situé à proximité d’aménagements ou d’activités d’origine anthropique, ce qui pourrait avoir des conséquences sur leur productivité et leur survie (voir Mattson et al., 1987; McLellan et Shackleton, 1988; Mace et al., 1996; Gibeau et Stevens, 2005). Dans les secteurs où la présence humaine est limitée, l’ours grizzli peut utiliser plus efficacement les habitats de meilleure qualité (Gibeau et Stevens, 2005). Les ours vivant à proximité des humains sont plus susceptibles de s’y habituer et ces mêmes ours sont aussi les plus exposés à la mortalité d’origine anthropique (Mattson et al., 1992; McLellan et al., 1999).

Le vaste réseau routier dans les Prairies canadiennes représente une immense menace pour l’ours grizzli. L’ours grizzli des Prairies canadiennes est exposé à une présence humaine considérable ce qui entraîne une réduction de la productivité et de la survie. Étant donné que l’ours grizzli est déjà limité par un faible potentiel reproductif, l’exposition à un paysage présentant un tel niveau de présence humaine et de manque d’habitat convenable empêcherait le rétablissement de l’espèce et sa persistance dans le paysage.


1.7.3   Manque d’acceptation sociale

Une perception négative et le refus collectif d’avoir des ours grizzlis à proximité des établissements humains pourraient menacer les activités de rétablissement visant l’ours grizzli dans les Prairies. Cela est particulièrement important si l’on tient compte du fait qu’une grande partie du paysage des Prairies est constitué de terres privées ou louées à des fins agricoles. Quelques études ont permis d’examiner les attitudes du public envers l’ours grizzli et ont souvent révélé une réponse partagée. Les groupes tributaires des ressources, (p. ex. les exploitants agricoles, les éleveurs de bétail, les résidents ruraux) ont en général une attitude négative envers l’ours grizzli (Kellert, 1994; Kellert et al., 1996; Kaczensky et al., 2004). D’autres groupes, incluant le grand public, les chasseurs, les adeptes de plein air, et ceux qui vivent plus loin ont tendance à avoir une attitude positive (McCool et Braithwaite, 1989; Andersone et Ozolins, 2004; Kaczensky et al., 2004; Strumpf-Allen et al., 2004). Les menaces à la sécurité humaine, la perte d’animaux d’élevage et les pertes économiques qui y sont associées constituent les principaux motifs de l’opposition aux mesures de rétablissement de l’ours grizzli et des points de vue négatifs envers l’ours grizzli et les carnivores en général (Kellert, 1994; Responsive Management, 2001; Kleiven et al., 2004). Les conflits entre l’ours grizzli et les humains, tels que les dommages à la propriété et la perte d’animaux d’élevage causés par l’ours, conduisent souvent à des mortalités d’ours, d’origine anthropique (Gunther et al., 2004).

Dans le sud de l’Alberta, même si la réaction de la communauté à l’ours grizzli sur les terres herbeuses des bassins des rivières St. Mary et Milk est partagée, les résidents ruraux qui vivent à proximité des corridors de déplacement utilisés par les ours ont exprimé une vive opposition à leur présence (Morton et Lester, 2004). Le personnel de la Alberta Fish and Wildlife Division a adopté une méthode progressiste à l’égard de toutes les observations d’ours grizzli afin d’instaurer la confiance avec la collectivité locale (Morton et Lester, 2004). Le secteur des bassins des rivières St. Mary et Milk est relativement petit et la présence humaine y est assez faible par rapport au reste des prairies. La forte opposition de quelques communautés constituerait un obstacle majeur au rétablissement de l’ours grizzli dans les prairies.

2       RÉTABLISSEMENT

2.1     Caractère réalisable du rétablissement

D’après Environnement Canada (2005), le rétablissement de l’ours grizzli, population des Prairies, est irréalisable en raison des quatre critères présentés ci-dessous.

Existe-t-il à l’heure actuelle des individus capables de se reproduire pouvant accroître le taux de croissance ou l’abondance de la population?

Inconnu. La population des Prairies et la population du Nord-Ouest ont été désignées comme étant deux populations distinctes non pas en raison de critères génétiques mais parce qu’elles occupent deux zones écogéographiques différentes. Il est possible que les ours de la population du Nord-Ouest aient une constitution génétique identique ou comparable, et qu’ils puissent être une source de spécimens pour le réétablissement d’une population des Prairies. Toutefois, en raison des différences dans l’utilisation de l’habitat, ils pourraient avoir des comportements différents, ce qui pourrait compromettre la survie des ours. En outre, parce que la conservation des ours existants en Alberta, qui sont les plus proches géographiquement, suscite des préoccupations (c.-à-d. recommandation d’une désignation comme espèce menacée (threatened) par le Alberta Endangered Species Conservation Committee (AGBRT, 2005)), il y aurait vraisemblablement des hésitations à utiliser ces ours pour toute réintroduction potentielle. Le nombre d’ours qui serait nécessaire pour constituer une population viable d’ours grizzlis dans les Prairies n’est pas connu. Il a été estimé que des populations de 500 ours grizzlis interféconds pourraient être nécessaires pour maintenir la diversité génétique à des niveaux normaux, puisque tous les ours ne se reproduisent pas, cette estimation équivaut à une population réelle de 2000 ours (Allendorf et al., 1991). D’autres ont démontré que, même avec des mesures de protection, les populations de moins de 200 animaux continueront à diminuer alors que celles comptant plus de 450 individus continueront de croître (Mattson et Reid, 1991). Il est irréalisable d’atteindre une population de 450 ours dans l’écorégion des Prairies canadiennes, en particulier quand les ours grizzlis vivant dans les secteurs où il y a le plus d’habitat convenable luttent pour subsister dans le paysage.

Existe-t-il un habitat convenable suffisant pour soutenir l’espèce ou serait-il possible de le rendre disponible par l’aménagement ou la remise en état de l’habitat?

Non. Il n’y a pas assez d’habitat convenable pour réétablir une population d’ours grizzlis dans les Prairies. La plus grande partie de l’habitat historique utilisé par l’ours grizzli dans les prairies de l’Alberta, de la Saskatchewan et du Manitoba est peuplée; pratiquement toutes les terres sont utilisées à des fins agricoles et les secteurs non peuplés sont soumis à une utilisation publique intense (Banci, 1991). Même s’il existe encore un peu d’habitat convenable disponible pour les individus qui font parfois incursion dans les Prairies depuis les contreforts des Rocheuses, il n’y a pas suffisamment d’habitat convenable pour soutenir une population d’ours distincte de la population du Nord-Ouest. Mattson et al. (1995) suggèrent que les populations ayant une aire de répartition inférieure à 29 500 km2 courent un risque considérablement plus grand d’extinction. Même les superficies relativement importantes de terres herbeuses intactes, tel le parc national des Prairies, sont beaucoup trop petites pour soutenir une population de l’ours grizzli. Le parc national des Prairies possède une superficie de 907 km2, ce qui est à peine plus grand que le domaine vital de 760 km2 d’une seule femelle grizzli dans les contreforts de la forêt boréale (G. Stenhouse, comm. pers.).

Les menaces importantes pesant sur l’espèce ou son habitat peuvent-elles être évitées ou atténuées par des mesures de rétablissement?

Non. Même s’il peut être possible de s’attaquer à certaines des préoccupations relatives à la perception négative de l’ours grizzli, il est impossible d’éliminer les autres menaces liées à la mortalité d’origine anthropique et au manque d’habitat, étant donné l’utilisation humaine et le développement intensifs du paysage.

Les techniques de rétablissement nécessaires existent-elles et leur efficacité a-t-elle été démontrée?

Non. Même s’il existe des techniques de rétablissement, telles que les réintroductions, elles n’ont jamais été mises en œuvre pour une population de l’ours grizzli et elles ne réussiraient pas là où il n’y a pas assez d’habitats convenables. Bien que certaines populations de l’ours grizzli aient réussi à s’étendre naturellement pour réoccuper une ancienne aire de répartition (Pyare et al., 2004), on n’a jamais réintroduit l’ours grizzli dans un territoire qu’il occupait autrefois, ce qui laisse penser que les paysages et les activités humaines se développent généralement jusqu’au point où la présence de l’ours grizzli devient incompatible (Herrero, 2005).

2.2    Habitat essentiel

 

La Loi sur les espèces en péril définit l’habitat essentiel comme «  l’habitat nécessaire à la survie ou au rétablissement d’une espèce sauvage inscrite, qui est désigné comme tel dans un programme de rétablissement ou un plan d’action élaboré à l’égard de l’espèce  ». 

 

Il est impossible de désigner l’habitat essentiel de la population des Prairies de l’ours grizzli, car nous ne possédons aucune donnée pour réaliser une telle évaluation – ni sur l’alimentation, ni sur l’utilisation de l’habitat à l’époque où il vivait dans les Prairies. De plus, il reste très peu d’habitat convenable, voire pas du tout, et il serait impossible d’en créer assez pour une population réétablie.

2.3    Approche en matière de conservation

 

Le rétablissement d’une population entière de l’ours grizzli dans les Prairies est irréalisable. Néanmoins, il sera peut-être possible de maintenir la présence occasionnelle d’individus provenant de la population du Nord-Ouest dans une petite région des Prairies, incluant la rivière St. Mary et la rivière Milk dans le sud-ouest de l’Alberta. Ces ours sont considérés comme appartenant à la population du Nord-Ouest, car ils ne passent qu’une partie de leur vie dans cet habitat de prairie.

Il est recommandé de continuer de se conformer au programme pour l’ours grizzli des Prairies élaboré par la Alberta Sustainable Resource Development – Fish et Wildlife Division (Morton et Lester, 2004) pour gérer les ours grizzlis qui font incursion dans les Prairies. De plus, l’habitat de ces ours, surtout le long de la frontière entre l’Alberta et le Montana, devrait être conservé puisque la densité humaine y est plus faible que dans les contreforts de l’Alberta et qu’on y trouve une proportion assez élevée de terres herbeuses indigènes comparativement à la plupart des autres régions du sud de l’Alberta. Cette zone est déjà reconnue comme une zone de conservation de prairie hautement prioritaire pour les espèces en péril de l’Alberta (R. Quinlan, comm. pers.), et des initiatives en matière de conservation (p. ex. MULTISAR http://www.multisar-milkriverbasin.com/Index.html) sont en cours pour protéger l’habitat de cette zone pour les espèces en péril.

La conservation des ours grizzlis de la population du Nord-Ouest qui restent est importante pour préserver l’ensemble des ours grizzlis et pour maintenir la possibilité que des individus fassent incursion dans les prairies du sud de l’Alberta.


3       RÉFÉRENCES

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