Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur Chardon de Pitcher Cirsium pitcheri au Canada – 2010

Photographie de la plante florifère du chardon de Pitcher (Cirsium pitcheri).

Préoccupante – 2010

Table des matières

Information sur le document

Liste des figures

Liste des tableaux

Liste des annexes

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Information sur le document

COSEPAC – Comité sur la situation des espèces en péril au Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

COSEPAC. 2010. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le chardon de Pitcher (Cirsium pitcheri) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. xi + 34 p.

Rapport(s) précédent(s) :

COSEPAC. 2000. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le chardon de Pitcher (Cirsium pitcheri) au Canada - Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. vi + 16 p.

MAUN, M. A. 1999. Rapport de situation du COSEPAC sur le chardon de Pitcher (Cirsium pitcheri) au Canada – Mise à jour. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. Pages 1‑16.

KEDDY, C. 1988. COSEWIC status report on the Pitcher's thistle Cirsium pitcheri in Canada. Comité sur le statut des espèces menacées de disparition au Canada. Ottawa. 22 p.

Note de production :
Le COSEPAC tient à remercier Judith Jones qui a rédigé le rapport de situation sur le chardon de Pitcher (Cirsium pitcheri) au Canada, en vertu d’un contrat avec Environnement Canada. Erich Haber, coprésident du Sous-comité de spécialistes des plantes vasculaires du COSEPAC, a supervisé le présent rapport et en a fait la révision.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : 819-953-3215
Téléc. : 819-994-3684
Courriel
Site Web

Illustration/photo de la couverture :
Chardon de Pitcher --  © Dr. Gunn Collection / Royal Botanical Gardens.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2011.
No. de catalogue CW69-14/106-2011F-PDF
ISBN 978-1-100-94861-4

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COSEPAC

Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation – novembre 2010

Nom commun
Chardon de Pitcher

Nom scientifique
Cirsium pitcheri

Statut
Préoccupante

Justification de la désignation
Ce chardon, endémique aux Grands Lacs et vulnérable à l'échelle mondiale, occupe une petite superficie incluant un ensemble d’habitats riverains sableux, à partir du sud-est du lac Huron jusqu'au parc national Pukaskwa sur la rive nord du lac Supérieur. La côte sud de l'île Manitoulin et les îles adjacentes constituent l'aire de répartition principale de l'espèce au Canada. On a observé une augmentation de la taille et du nombre de populations au cours de la dernière décennie en raison de relevés plus exhaustifs. Cette espèce est toujours en péril, mais à un degré moindre, en raison de son cycle vital particulier (elle fleurit et se reproduit une seule fois, entre l'âge de 3 et 11 ans, puis meurt), de ses populations généralement petites qui connaissent des fluctuations et de son habitat continuellement perturbé par divers facteurs. Des menaces telles que l’utilisation de véhicules récréatifs tous terrains dans l’habitat de l’espèce, la présence d’une graminée exotique (le roseau commun), ainsi que la propagation de plantes ligneuses dans son habitat touchent diverses populations.

Répartition
Ontario

Historique du statut
Espèce désignée « menacée » en avril 1988. Réexamen du statut : l'espèce a été désignée « en voie de disparition » en avril 1999. Réexamen et confirmation du statut en mai 2000. Réexamen du statut : l'espèce a été désignée « préoccupante » en novembre 2010.

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COSEPAC
Résumé

Chardon de Pitcher
Cirsium pitcheri

Description et importance de l’espèce sauvage

Le chardon de Pitcher (Cirsium pitcheri) est une plante herbacée vivace de la famille des Composées qui ne fleurit qu’une fois au cours de sa vie. La plante passe de 3 à 11 années à l’état de rosette de feuilles basilaires, puis elle produit une tige florifère, des capitules et des graines et meurt. La plante est d’une couleur vert blanchâtre due aux poils fins qui recouvrent sa surface. Seuls les capitules ainsi que l’extrémité des lobes foliaires portent des aiguillons. Le chardon de Pitcher ne possède aucun moyen de multiplication végétative.

Le chardon de Pitcher est rare à l’échelle mondiale et endémique à la région des Grands Lacs. L’espèce est indicatrice de la qualité des plages comme habitat. Aucune connaissance traditionnelle autochtone n’a été relevée.

Répartition

Au Canada, le chardon de Pitcher ne se rencontre qu’en Ontario. Aux États-Unis, l’espèce est présente au Michigan, en Indiana, en Illinois et au Wisconsin. Au Canada, elle compte 30 populations existantes, dont 2 sur le littoral du lac Supérieur, 20 à l’île Manitoulin, 5 dans des îles voisines de l’île Manitoulin et 3 sur le littoral sud du lac Huron. L’aire de répartition de l’espèce est linéaire, puisqu’elle suit le littoral; sa longueur totale est d’environ 835 km, et sa largeur est d’environ 100 m, ce qui donne une superficie totale d’environ 83,5 km².

Habitat

Le chardon de Pitcher pousse uniquement sur des dunes et des plages de sable. L’habitat optimal de l’espèce est constitué de surfaces dénudées de sable sec non fixé, où la végétation entourant immédiatement ou pouvant ombrager le chardon de Pitcher est clairsemée ou entièrement absente. L’habitat est dynamique, en raison des effets du vent, de l’eau et de la glace, qui déplacent le sable et provoquent ainsi la formation de monticules, l’enfouissement de la végétation, l’exposition des racines et la formation de creux de déflation. La succession naturelle peut faire en sorte que l’habitat cesse de convenir à l’espèce, lorsque la végétation devient trop dense. La superficie d’habitat est demeurée à peu près la même depuis le dernier rapport de situation. Parmi les 30 populations canadiennes, 4 petites populations se trouvent dans un parc national ou dans des parcs provinciaux.

Biologie

Le chardon de Pitcher fleurit principalement de la mi-juin à la fin juillet. Les fleurs sont autofertiles, mais l’autogamie produit moins de graines que la pollinisation croisée. Comme une vaste gamme d’insectes visite le chardon de Pitcher, la pollinisation ne constitue probablement pas un facteur limitatif. Les graines demeurent viables jusqu’à 3 ans et sont dispersées par le vent. Il arrive que le capitule de graines se détache et se disperse en bloc. La possibilité de dispersion à grande distance, jusqu’à 99 km, a été confirmée dans la région de l’île Manitoulin, mais le phénomène est probablement peu fréquent, car la région compte beaucoup de milieux propices non occupés.

Taille et tendances des populations

Les nombreux travaux de terrain menés depuis 2000 ont grandement augmenté le nombre des populations canadiennes, qui est passé d’environ 10 au nombre actuel de 30. Le suivi annuel a permis de constater que le nombre d’individus augmente depuis plusieurs années dans la plupart des populations. Au Canada, 15 populations connaissent une augmentation constante de leur effectif, 7 connaissent des fluctuations naturelles dues à la floraison et à la mortalité, 3 demeurent stables, et seulement 5 subissent un grave déclin. En 2008, l’effectif total des populations canadiennes était de 50 435 individus (individus florifères, rosettes et jeunes semis), dont 11 739 ont fleuri et sont morts à la fin de la saison. Comme on ne sait pas encore quel facteur déclenche la floraison chez le chardon de Pitcher, il est impossible d’estimer le nombre d’individus qui fleuriront et mourront au cours des années suivantes.

Sur le littoral du lac Supérieur, l’espèce compte 2 populations. La population 1 (comprenant 119 individus florifères, rosettes et jeunes semis) est en déclin et pourrait disparaître d’ici 5 à 8 ans; une de ses sous-populations est déjà disparue. La population 2 (comprenant 331 individus des divers stades) est une population introduite et est en croissance. Sur le littoral sud-est du lac Huron, l’espèce compte 3 populations (comprenant 233 individus des divers stades), dont 1 est en déclin et 2 sont en croissance. Dans la région de l’île Manitoulin, l’espèce compte 25 populations, dont 12 connaissent depuis 2001 une croissance constante (de 200 à 800 % dans 6 des cas); 7 autres populations connaissent des fluctuations naturelles dues à la floraison et à la mortalité, 3 semblent stables, et seulement 3 subissent un déclin causé par les menaces. Dans l’ensemble de la région de l’île Manitoulin, l’espèce comptait en 2008 environ 50 000 individus des divers stades.

La plupart des populations de la région de l’île Manitoulin ont connu une forte augmentation d’effectif, et cette augmentation est survenue pratiquement sans intervention humaine. On ne sait pas pourquoi l’effectif des populations ayant déjà fait l’objet de relevés était si faible en 2001, lorsque le suivi a été entrepris.

Menaces et facteurs limitatifs

Dans le cas des 5 populations en déclin, l’espèce est principalement menacée par la succession naturelle et la densité croissante de la végétation, dont les effets sont aggravés par le broutage ou l’utilisation de véhicules tout-terrain. Le déclin d’une des populations est peut-être dû à l’utilisation récréative du site.

Protection, statuts et classements

Au moment de l’évaluation de mai 2000, le COSEPAC a recommandé pour le chardon de Pitcher le statut d’espèce en voie de disparition, et l’espèce est actuellement inscrite à ce titre à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du gouvernement fédéral. Le Programme de rétablissement du chardon de Pitcher et des prairies des dunes n’est pas encore affiché dans le Registre public des espèces en péril, mais il comprendra une délimitation de l’habitat essentiel de l’espèce dans ses sites du parc national Pukaskwa. L’espèce figure en outre à l’annexe 3 de la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition (LEVD) de l’Ontario, à titre d’espèce de transition devant être inscrite comme espèce en voie de disparition. La plus grande partie de la population canadienne du chardon de Pitcher se trouve sur des terres municipales et privées du district de Manitoulin. Il n’existe encore aucun endroit où l’habitat de l’espèce ait été réglementé. La Loi de 2006 sur les parcs provinciaux et les réserves de conservation de l’Ontario prévoit que ces parcs et ces réserves doivent être gérés de manière à maintenir l’intégrité écologique de l’habitat des espèces indigènes, y compris les espèces en péril.

Aux États-Unis, le chardon de Pitcher a été classé comme étant vulnérable (vulnerable) à l’échelle du pays, gravement en péril (critically imperilled) en Illinois, en péril (imperilled) en Indiana et au Wisconsin ainsi que vulnérable vulnerable) au Michigan; l’espèce a été officiellement désignée comme étant menacée (Threatened) en vertu de l’Endangered Species Act fédérale. À l’échelle mondiale, l’espèce est classée comme étant vulnérable.

Résumé technique

Cirsium pitcheri

Chardon de Pitcher Pitcher's Thistle

Répartition canadienne : Ontario

Données démographiques

Durée d’une génération (habituellement l’âge moyen des parents dans la population : indiquer si une autre méthode d’estimation de la durée des générations inscrite dans les lignes directrices de l’UICN [2008] est employée).
Note : comme il s’agit d’une espèce monocarpique, chaque individu meurt après la fructification.
Normalement de 3 à 11 années
Y a-t-il un déclin continu [observé, déduit ou prévu] du nombre total d’individus matures?
AUGMENTATION GLOBALE -- La population canadienne totale n’est pas en déclin.
Non
Pourcentage estimé de déclin continu du nombre total d’individus matures pendant [cinq ans ou deux générations].Sans objet
Pourcentage [observé, estimé, déduit ou présumé] [de réduction ou d’augmentation] du nombre total d’individus matures au cours des [dix dernières années ou trois dernières générations].
L’augmentation globale est due à la découverte de populations existantes qui n’avaient pas été détectées ainsi qu’à la croissance de certaines populations.
Inconnu
Pourcentage [prévu ou présumé] [de réduction ou d’augmentation] du nombre total d’individus matures au cours des [dix prochaines années ou trois prochaines générations].Inconnu
Pourcentage [observé, estimé, déduit ou présumé] [de réduction ou d’augmentation] du nombre total d’individus matures au cours de toute période de [dix ans ou trois générations] commençant dans le passé et se terminant dans le futur.Inconnu
Est-ce que les causes du déclin sont clairement réversibles et comprises et ont effectivement cessé?
Il n’y a aucun déclin global.
Sans objet
Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures?
On ne sait toujours pas quel facteur déclenche la floraison. Les nombres d’individus matures fluctuent beaucoup. La floraison pourrait être déclenchée par le temps ensoleillé et très chaud. La notion de « fluctuation extrême » (d’un ordre de grandeur selon la définition de l’UICN) ne s’applique pas à la présente espèce ou unité désignable.
Non, selon les données de suivi provenant des parcs provinciaux The Pinery et Inverhuron.

Information sur la répartition

Valeur estimée de la zone d’occurrence
Toutes les populations ont été pointées sur une carte à l’aide du logiciel GoogleEarth Pro. Un polygone convexe a été tracé autour de ces points, et la surface de ce polygone a été calculée à l’aide du logiciel. Cependant, comme ce polygone inclut de grandes superficies se trouvant dans les lacs Supérieur et Huron, il serait plus exact d’utiliser un étroit polygone en forme de croissant commençant au parc national Pukaskwa, traversant la rive sud de l’île Manitoulin et atteignant vers le sud le parc provincial The Pinery. Ce polygone mesurerait environ 835 km de longueur et 100 m de largeur et aurait donc une superficie de 83 500 000 m2 ou 83,5 km², à laquelle il faut ajouter 0,5 km² pour l’île Western Duck et la Grande île Duck.
43 438 km² On obtient une valeur plus réaliste en n’utilisant que le milieu littoral, soit une longueur d’environ 835 km et une largeur de 50 à 500 m, ce qui donne une superficie de 42 à 418 km².
Indice de la zone d’occupation (IZO)
Nombre de carrés de 2 x 2 km occupés par l’espèce, sur des cartes topographiques au 1 / 50 000e (32 carrés = 128 km²).
136 km²
La population totale est-elle très fragmentée?
Plus de la moitié de l’effectif total fait partie de populations viables non menacées, mais l’ensemble de la population canadienne est constitué de nombreuses populations éparses et isolées.
Non
Nombre de « localités » (selon la définition de ce terme établie en fonction des menaces)
La majorité des populations sont exposées à peu de menaces appréciables, comme le montrent l’augmentation globale de l’effectif et le fait que seulement 5 des 30 populations subissent un déclin. La notion de localité est sans doute inapplicable en pareil cas. Cependant, si cette notion est utilisée, la nature des menaces, leurs différentes échelles temporelles ainsi que les différents régimes de gestion utilisés (voire l’absence de gestion) font en sorte qu’il existerait sans doute plus de 10 localités.
Sans objet. En rationalisant malgré tout, on peut estimer que le nombre serait probablement supérieur à 10.
Y a-t-il un déclin continu [observé, déduit ou prévu] de la zone d’occurrence?Non
Y a-t-il un déclin continu [observé, déduit ou prévu] de l’indice de la zone d’occupation?Non
Y a-t-il un déclin continu [observé, déduit ou prévu] du nombre de populations?Non
Y a-t-il un déclin continu [observé, déduit ou prévu] du nombre de localités?
La notion de localité n’a pas été utilisée.
Sans objet
Y a-t-il un déclin continu [observé, déduit ou prévu] de [la superficie, l’étendue ou la qualité] de l’habitat?
Dans certains sites, l’habitat est en train de ne plus convenir à l’espèce, à cause de la succession naturelle; cependant, dans d’autres sites, le dépôt de sable crée de nouvelles superficies d’habitat.
Non
Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de populations?Non
Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de localités (selon la définition de ce terme établie en fonction des menaces)?
La notion de localité n’a pas été utilisée.
Sans objet
Y a-t-il des fluctuations extrêmes de la zone d’occurrence?Non
Y a-t-il des fluctuations extrêmes de l’indice de la zone d’occupation?Non

Nombre d'individus matures (dans chaque population)

PopulationNombre d’individus matures
Note : Comme il s’agit d’une espèce monocarpique, chaque individu mature meurt après la fructification. La taille de chaque population est décrite aux tableaux 3, 4 et 5. 
Total : Le nombre total d’individus matures varie d’une année à l’autre, mais le seuil des 10 000 est peut-être dépassé chaque année, puisqu’une partie des individus non florifères mais pourvus d’une grande rosette pourraient être considérés comme des individus matures.11 739 individus ont fleuri et sont morts en 2008;
35 886 rosettes pourraient survivre jusqu’en 2009, mais le nombre réel d’individus matures ne peut être déterminé qu’après la floraison. Il se peut que 25 % des rosettes (~ 9 000) fleurissent en 2009.

Analyse quantitative

La probabilité de disparition de l’espèce de la nature est d’au moins [20 % sur 20 ans ou 5 générations, ou 10 % sur 100 ans].Aucune n’est disponible.

Menaces (réelles ou imminentes pour les populations ou leur habitat)

Menaces principales :
Seulement 5 populations sont en déclin à cause de menaces. Dans ces sites, la menace principale est la succession naturelle, dont les effets sont aggravés par le broutage, les espèces envahissantes et l’utilisation de véhicules tout-terrain.

Immigration de source externe (immigration de l’extérieur du Canada)

Situation des populations de l’extérieur?
États-Unis : espèce menacée
 
Une immigration a-t-elle été constatée ou est-elle possible?On ne sait pas.
Des individus immigrants seraient-ils adaptés pour survivre au Canada?Oui
Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible au Canada pour les individus immigrants?Oui
La possibilité d’une immigration à partir de populations externes existe-t-elle?Une telle immigration est très improbable.

Statut existant

COSEPAC : espèce préoccupante (novembre 2010)

Statut et justification de la désignation

Statut :
Espèce préoccupante
Code alphanumérique :
Sans objet
Justification de la désignation
Ce chardon, endémique aux Grands Lacs et vulnérable à l’échelle mondiale, occupe une petite superficie incluant un ensemble d’habitats riverains sableux, à partir du sud-est du lac Huron jusqu’au parc national Pukaskwa sur la rive nord du lac Supérieur. La côte sud de l’île Manitoulin et les îles adjacentes constituent l’aire de répartition principale de l’espèce au Canada. On a observé une augmentation de la taille et du nombre de populations au cours de la dernière décennie en raison de relevés plus exhaustifs. Cette espèce est toujours en péril, mais à un degré moindre, en raison de son cycle vital particulier (elle fleurit et se reproduit une seule fois, entre l’âge de 3 et 11 ans, puis meurt), de ses populations généralement petites qui connaissent des fluctuations et de son habitat continuellement perturbé par divers facteurs. Des menaces telles que l’utilisation de véhicules récréatifs tout-terrain dans l’habitat de l’espèce, la présence d’une graminée exotique (le roseau commun) ainsi que la propagation de plantes ligneuses dans son habitat touchent diverses populations.

Applicabilité des critères

Critère A (population totale en déclin) : sans objet. Il n’y a aucun déclin global, et les populations fluctuent.
Critère B (aire de répartition peu étendue et déclin ou fluctuation) : sans objet. La zone d’occurrence, si on se fonde sur l’habitat limité aux rivages, ainsi que l’IZO se situent dans les limites de ce critère, mais les populations ne sont pas gravement fragmentées, et il est douteux que le « nombre de localités » puisse s’appliquer; un certain déclin de la qualité de l’habitat est en cours, mais rien n’indique qu’il y ait des fluctuations extrêmes.
Critère C (nombre d’individus matures peu élevé et en déclin) : sans objet. Aucun déclin continu n’a été démontré.
Critère D (très petite population ou répartition restreinte) : sans objet. L’effectif total est trop élevé, et l’IZO dépasse la limite.
Critère E (analyse quantitative) : aucune n’est disponible.

Mandat du COSEPAC
Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine la situation, à l'échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés et populations (importantes à l'échelle nationale) sauvages jugées en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles, poissons, mollusques, lépidoptères, plantes vasculaires, lichens et mousses.

Composition du COSEPAC
Le COSEPAC est formé de représentants des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique) et de trois organismes non gouvernementaux, ainsi que des coprésidents des groupes de spécialistes des espèces. Le Comité se réunit pour examiner les rapports sur la situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n'existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n'est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants auxquels elle est exposée ne sont pas inversés.

Espèce préoccupante (P)*
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)**
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)***
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d'un manque de données scientifiques.

* Appelée « espèce rare » jusqu'en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.
** Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire »
*** Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu'en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d'une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation au cours des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

Le Service canadien de la faune d'Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

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Rapport de situation du COSEPAC sur le Chardon de Pitcher Cirsium pitcheri au Canada – 2010

Description et importance de l’espèce sauvage

Nom et classification

Nom scientifique : Cirsium pitcheri (Torr. ex Eaton) Torr. & A. Gray

Noms communs : chardon de Pitcher, Pitcher’s Thistle.

Famille :  Astéracées (Composées)

Grand groupe végétal :  Eudicotylédones

La taxinomie de l’espèce n’a pas changé depuis le premier rapport de situation du COSEPAC (Keddy, 1987). Le chardon de Pitcher figure sous le même nom scientifique dans Flora of North America (Keil, 2008).

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Description morphologique

Le chardon de Pitcher (Cirsium pitcheri) est une plante herbacée vivace ayant généralement l’aspect d’une rosette de feuilles basilaires mesurant de 15 à 30 cm de diamètre. La plante doit sa couleur vert blanchâtre caractéristique aux poils fins qui recouvrent la surface des feuilles. Les feuilles sont étroites, profondément divisées en segments linéaires terminés par un aiguillon.

Après une première année à l’état de jeune semis, la plante passe de 3 à 11 années à l’état de rosette. Lorsqu’un certain seuil est atteint, la plante produit une tige dressée haute d’environ 50 à 100 cm ainsi que un ou plusieurs capitules, voire un grand nombre. D’Ulisse et Maun (1996) avancent que le seuil déclencheur est une certaine quantité d’énergie stockée dans les tissus des racines. Les capitules sont épineux, en forme d’urne, composés de fleurs blanches ou rose pâle. Ils sont de forme semblable à ceux des autres espèces du genre Cirsium, dont celui d’une espèce familière, le chardon vulgaire (C. vulgare). Après la pollinisation, le capitule produit des fruits luisants, brun foncé, ressemblant à des graines. Chacun de ces fruits (appelés « cypsèles ») est surmonté d’une aigrette plumeuse. Le chardon de Pitcher ne possède aucun moyen de multiplication végétative (figure 1).

Figure 1. Stades du cycle vital du chardon de Pitcher. A : jeune semis. B : rosette. C : plante florifère. Photos de Judith Jones. Photographie des trois stades du cycle vital du chardon de Pitcher : jeune semis (image A), rosette (image B) et plante florifère (image C).

A. Photographie du stade du cycle vital du chardon de Pitcher : jeune semis

B. Photographie du stade du cycle vital du chardon de Pitcher : rosette

C. Photographie du stade du cycle vital du chardon de Pitcher : plante florifère

Le chardon de Pitcher se distingue des autres espèces de chardons par la couleur vert blanchâtre de ses feuilles, par la présence d’aiguillons limitée aux capitules et à l’extrémité des lobes foliaires, par la couleur blanche ou rose pâle de ses fleurs ainsi que par le fait qu’il pousse uniquement sur les dunes et plages de sable du littoral des Grands Lacs.

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Structure spatiale et variabilité de la population

Deux études ont porté sur la variabilité génétique du chardon de Pitcher. La première était fondée sur les microsatellites et portait sur des populations canadiennes (Gauthier et al., 2010, faisant suite aux travaux de Coleman, 2006). La deuxième était fondée sur les isozymes et portait sur des populations des États-Unis (Loveless et Hamrick, 1988). Les territoires visés par ces deux études ne se chevauchent pas.

Gauthier et al. (2010) ont analysé 286 individus provenant de 17 populations canadiennes, dont 12 de l’île Manitoulin, 4 d’îles voisines (2 de la Grande île Duck et 2 des îles Cockburn) et 1 du parc national Pukaskwa, sur le littoral du lac Supérieur. Ils ont ainsi échantillonné 9 à 28 individus de chacune de ces populations. Aucune des populations ne provenait du littoral sud-est du lac Huron. Les auteurs ont ensuite analysé 7 microsatellites nucléaires et 3 microsatellites chloroplastiques de chaque échantillon, et ils n’ont relevé aucune variation dans l’ADN chloroplastique, ce qui est normal chez une espèce endémique à répartition relativement restreinte [réf.?].

Les 7 locus microsatellitaires nucléaires étudiés par Gauthier et al. (2010) révèlent que les populations étudiées possèdent de faibles taux de diversité génétique, selon une estimation fondée sur le nombre d’allèles par locus (de 1,86 à 3,29) et sur les taux d’hétérozygotie attendus (0,389 en moyenne) et observés (0,252 en moyenne). Les auteurs ont détecté un manque appréciable d’hétérozygotie chez 15 des populations. Malgré ces faibles taux de diversité, les taux de différenciation entre populations étaient relativement élevés. L’indice de fixation (FST) allait de 0,110 à 0,594, le taux de différenciation le plus élevé s’observant entre la population du parc Pukaskwa et les autres populations. Les échantillons du parc Pukaskwa présentaient en outre le plus faible taux de diversité allélique (1,86 allèle par locus) et la fréquence la plus élevée d’allèles privés (0,231), et 3 des locus étaient fixés sur 1 seul allèle (Gauthier et al., 2010). Il convient de noter qu’un certain nombre des autres populations renfermaient aussi des allèles privés, ce qui indique qu’il y avait relativement peu de flux génique entre ces populations. Gauthier et al. (2010) en concluent que le caractère distinct de la population du parc Pukaskwa est sans doute attribuable à son isolement géographique et à la dérive génétique.

Coleman (2006) a employé des données concernant 5 des 7 locus étudiés par Gauthier et al. (2010) et a également analysé la structure des populations. Gauthier et al. (2010) n’ont pas tenu compte de cette analyse, parce qu’elle était fondée sur des données ne respectant pas l’hypothèse de panmixie (J. Freeland, comm. pers., 2010).

Chez les populations des États-Unis que Loveless et Hamrick (1988) ont étudiées, ces auteurs ont également détecté de faibles taux de variation; les échantillons de chardon de Pitcher se sont révélés moins variables que ceux d’une espèce étroitement apparentée plus répandue, le Cirsium canescens.

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Unités désignables

Aucune unité désignable n’a été distinguée. Gauthier et al. (2010) ont détecté des signes de différenciation génétique entre leurs échantillons du parc Pukaskwa et leurs autres échantillons, mais ces différences visaient des marqueurs neutres très variables; à partir de tels marqueurs, il est difficile d’évaluer par extrapolation la possibilité de différenciation significative de caractères adaptatifs. Gauthier et al. (2010) ainsi que Loveless et Hamrick (1988) ont jugé que les différences observées entre les populations résultent d’une dérive génétique survenue chez ces populations isolées. Comme aucune étude génétique n’a encore porté à la fois sur des échantillons du Canada et sur des échantillons des États-Unis, on ne peut pas savoir si les populations du parc Pukaskwa se révéleraient aussi distinctes à la lumière d’un échantillonnage plus complet.

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Importance

Le chardon de Pitcher est endémique aux Grands Lacs et est une espèce indicatrice de la qualité des dunes et des plages comme habitat. On n’a signalé aucune connaissance traditionnelle autochtone sur cette espèce (Flamand, pers comm., 2008; King, comm. pers., 2001), mais les dunes sont utilisées depuis des millénaires comme lieux d’accostage pour les canoës et les autres embarcations.

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Répartition

Aire de répartition mondiale

Le chardon de Pitcher est endémique aux dunes et plages de sable des lacs Michigan, Huron et Supérieur. La population la plus septentrionale se trouve sur le littoral du lac Supérieur, dans le parc national Pukaskwa, en Ontario. Les populations les plus méridionales se trouvent d’une part sur le littoral du lac Michigan, dans les dunes d’Indiana (Indiana Dunes National Lakeshore et Indiana Dunes State Park), et d’autre part sur le littoral du lac Huron, à Port Franks, juste au sud du parc provincial The Pinery. La partie principale de l’aire de répartition se trouve sur le littoral nord des lacs Michigan et Huron (voir figures 2 et 3).

Figure 2. Aire de répartition mondiale du chardon de Pitcher.

Carte de l’aire de répartition mondiale du chardon de Pitcher.

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Figure 3. Aire de répartition canadienne du chardon de Pitcher. Le petit carré blanc représente une sous-population disparue depuis le dernier rapport de situation. Source : travaux de terrain menés par Jones de 2001 à 2009.

Carte de l’aire de répartition canadienne du chardon de Pitcher.

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Selon Jalava (2008), plus de 25 % de l’aire de répartition mondiale du chardon de Pitcher se trouve au Canada, mais moins de 10 % de l’effectif total se trouve dans ce pays. Selon les données les plus récentes (Jones, 2008), 15 % des occurrences de l’espèce se trouvent au Canada, mais cette proportion ne tient pas compte du nombre d’individus que comporte chaque occurrence. Par conséquent, il est prudent d’estimer que tout au plus 15 % de la population se trouve au Canada, si toutes les occurrences canadiennes sont de taille égale ou supérieure aux occurrences des États-Unis. Le tableau 1 indique le nombre d’occurrences du chardon de Pitcher ayant été signalées dans chaque État ou province. Par définition, les occurrences sont séparées l’une de l’autre par une distance d’au moins 1 km, et tous les individus de chaque occurrence sont situés à moins de 1 km d’un autre individu.

Tableau 1.  Nombre d’occurrences du chardon de Pitcher dans chaque État ou province.
Les données concernant les populations des États-Unis sont tirées du plan de rétablissement publié par le U.S. Fish and Wildlife Service (2002).
État ou province1Nombre d’occurrences% du nombre total
Michigan15677
Ontario3015
Wisconsin94
Indiana84
Total :203100

1 Le chardon de Pitcher compte également 14 localités historiques en Illinois; cependant, l’habitat de l’espèce n’est plus présent dans la majorité de ces sites. L’espèce a été réintroduite dans un site du parc d’État Illinois Beach, et cette population existait toujours en 2002 (U.S. Fish and Wildlife Service, 2002).

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Aire de répartition canadienne

Les 30 occurrences canadiennes existantes sont situées en Ontario (tableau 2). Au total, 2 de ces occurrences (dont 1 a été introduite à l’aide de graines indigènes et est en expansion) se trouvent sur le littoral du lac Supérieur, dans le parc national Pukaskwa, et les 28 autres se trouvent sur le littoral du lac Huron. Parmi les occurrences du lac Huron, 20 se trouvent sur la rive sud de l’île Manitoulin, 5 se trouvent sur des îles voisines (Grande île Duck, île Western Duck et îles Cockburn), et 3 se trouvent sur le littoral sud-est du lac Huron, respectivement dans le parc provincial Inverhuron, dans le parc provincial The Pinery et dans une zone chevauchant la limite du parc provincial The Pinery, à Port Franks. Le chardon de Pitcher est disparu du secteur Kettle Point/Ipperwash Beach (dernière observation en 1937) ainsi que de Sauble Beach (dernière observation en 1941) et est probablement disparu des autres secteurs du littoral sud du lac Huron, même s’ils comportent encore de grandes superficies pouvant servir d’habitat à l’espèce (voir annexe 1).

Tableau 2.  Nombre d’occurrences du chardon de Pitcher dans chaque région de son aire canadienne.
RégionNombre d’occurrences
Parc national Pukaskwa2
Île Manitoulin20
Îles voisines de l’île Manitoulin5
Littoral sud du lac Huron3
TOTAL :30
(Les occurrences sont séparées l’une de l’autre par une distance d’au moins 1 km.)

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Maun (1999) mentionne une population de chardon de Pitcher située sur le littoral de la baie Georgienne, en se fondant sur un spécimen de l’herbier du ministère de l’Agriculture, à Ottawa, qui avait été récolté en 1936 par le frère Marie-Victorin à « Wasaga Beach, comté de Simcoe : Port Francis au bord du Lac Huron ». Plusieurs raisons permettent de douter que le spécimen provenait réellement de Wasaga Beach (Oldham, comm. pers., 2008) : la présence de renseignements contradictoires sur l’étiquette, tels que « Port Francis » et « bord du Lac Huron », quand on sait que Wasaga Beach se trouve sur la baie Georgienne; le fait que d’autres spécimens de Marie-Victorin ont été mal étiquetés; le fait que la mention ne figure pas dans l’Atlas des plantes vasculaires rares de l’Ontario (Argus et al., 1982-1987); l’absence d’autres mentions de cette espèce caractéristique à Wasaga Beach, malgré des travaux de terrain considérables; l’absence de toute autre mention de l’espèce à la baie Georgienne. Il est beaucoup plus probable que le spécimen vient de Port Franks. Quoi qu’il en soit, étant donné les travaux de terrain menés dans le secteur en 2002 et 2003 (Jones, 2002; idem, 2003) et les relevés de grande envergure menés le long du littoral de la baie Georgienne (Reznicek, 1972; White, 2007; Kamstra et Spisana, 2009; Brunton, 1989), on peut affirmer sans crainte que le chardon de Pitcher n’est pas présent à Wasaga Beach ni en tout endroit de la baie Georgienne.

Prise dans son ensemble, l’aire de répartition du chardon de Pitcher est très fragmentée. En effet, les populations du parc Pukaskwa sont séparées par plusieurs centaines de kilomètres de la population la plus proche, située au Michigan, et par une distance encore plus grande de la population canadienne la plus proche, située dans la région de l’île Manitoulin. L’isolement géographique de ces populations se traduit par une faible diversité génétique, même par rapport à la diversité déjà faible de l’ensemble des populations canadiennes (Gauthier et al., 2010; Coleman, 2006). De même, les populations du littoral sud du lac Huron sont séparées par plusieurs centaines de kilomètres des populations de la région de l’île Manitoulin ainsi que de celles de la rive michiganaise du lac Huron.

Cependant, on peut se demander si l’ensemble de la répartition canadienne de l’espèce est gravement fragmentée en vertu de la définition adoptée par l’UICN et le COSEPAC. En effet, plus de 50 % des individus matures se trouvent au sein de grandes populations viables, dans la région de l’île Manitoulin. La superficie des zones occupées par les nombreuses petites populations n’a pas été compilée, mais on peut inférer que collectivement ces populations représentent plus de la moitié de la superficie totale d’habitat occupée par l’espèce.

La zone d’occurrence de la population canadienne totale est de 43 438 km², selon la superficie du plus petit polygone convexe englobant tous les points. Or, il s’agit d’une espèce terrestre, et une bonne partie de ce polygone chevauche les lacs Supérieur et Huron. Le chardon de Pitcher présente en fait une répartition linéaire longeant le littoral de ces lacs. Par conséquent, il serait plus exact de tracer un polygone en forme de croissant étroit commençant au parc national Pukaskwa, traversant la rive sud de l’île Manitoulin et atteignant vers le sud le parc provincial The Pinery. Ce polygone mesurerait 835 km de longueur et environ 100 m de largeur, soit une superficie de 83,5 km², à laquelle il faut ajouter 0,5 km² pour l’île Western Duck et la Grande île Duck. Par ailleurs, selon une grille à mailles carrées de 2 km, l’indice de la zone d’occupation (IZO) de l’ensemble de la population canadienne est de 136 km².

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Activités de recherche

Des relevés ont été effectués au cours des 9 dernières années dans toute l’aire de répartition canadienne de l’espèce, particulièrement dans la région de l’île Manitoulin (Jones, 2001; idem, 2002; idem, 2003; idem, 2004; idem, 2005; idem, 2006a; idem, 2006b; idem, 2007; idem, 2008). Maun (1998) ne mentionnait que 6 sites dans la région de l’île Manitoulin, ceux des baies Providence, Carter, Square, Carroll Wood et Sand. On connaît maintenant 20 sites de l’espèce situés dans l’île Manitoulin et 5 dans des îles voisines. Les travaux de terrain menés dans cette région ont produit une augmentation appréciable de l’effectif connu de la population canadienne du chardon de Pitcher, sans toutefois accroître de beaucoup son aire de répartition.

La probabilité de trouver de nouveaux sites est faible, car presque toutes les zones sableuses du littoral sud du lac Huron ainsi que du littoral nord du chenal North ont fait l’objet de relevés approfondis. Il existe encore de petites zones de la rive sud de l’île Manitoulin qui n’ont pas été visitées; cependant, si jamais le chardon de Pitcher est découvert dans une de ces zones, il s’agirait de sites situés parmi des occurrences déjà connues. Les sites qui ont été fouillés et où le chardon de Pitcher n’a pas été trouvé sont énumérés à l’annexe 1.

Dans la région de l’île Manitoulin, la plupart des populations font l’objet d’un suivi annuel depuis 2001. Dans le parc national Pukaskwa, le suivi annuel se fait depuis 1981 (Vance, 2008; Promaine, 1998). Les populations du littoral sud du lac Huron font l’objet de relevés de suivi occasionnels depuis 1999, mais un tel relevé a été fait en 2008 pour le présent rapport de situation.

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Habitat

Besoins en matière d’habitat

Le chardon de Pitcher se rencontre uniquement sur les dunes et les plages de sable. L’espèce ne se comporte pas en mauvaise herbe et ne se rencontre jamais dans les champs cultivés, les pâturages ou les jardins. L’habitat optimal du chardon de Pitcher est constitué de superficies dégagées de sable sec non fixé, où la végétation entourant immédiatement ou pouvant ombrager le chardon de Pitcher est clairsemée ou entièrement absente. Le chardon de Pitcher se rencontre dans des communautés de prairie dunaire dominées par l’ammophile à ligule courte (Ammophila breviligulata), le grand calamovilfa (Calamovilfa longifolia var. magna), l’élyme psammophile (Elymus lanceolatus spp. psammophilus) ou le barbon à balais (Schizachyrium scoparium), généralement dans des secteurs où poussent ces graminées.

À l’intérieur de l’écosystème dunaire, les rosettes du chardon de Pitcher semblent tolérer une vaste gamme de microclimats. Otfinowski (2002) a évalué un grand nombre de paramètres décrivant les microclimats de cet écosystème, dont la température de l’air, la température du sol, la vitesse du vent, l’intensité lumineuse, les facteurs édaphiques (granulométrie du sable, matière organique, pH, granulométrie générale, etc.), les espèces végétales associées, le mouvement du sable et de nombreux autres paramètres. Il a ainsi constaté que la croissance des rosettes ne présentait pas de corrélation avec l’un ou l’autre des paramètres. Par contre, certaines observations anecdotiques faites dans le cadre du suivi annuel semblent indiquer que le succès reproducteur (en matière de taux de floraison et de taux d’établissement des plantules) demeure faible dans les milieux périphériques où il y a peu de sable dénudé.

Les grandes superficies de milieux dunaires occupées par le chardon de Pitcher peuvent comporter une série de crêtes et de creux linéaires parallèles au rivage, ou encore une structure complexe de bosses et de vallées faisant penser à un labyrinthe. Les petites superficies de plage occupées par l’espèce (cas de nombreux sites de l’île Manitoulin) comportent plutôt une seule crête basse de sable sec non fixé et de graminées, adossée à la forêt. La largeur de ces superficies d’habitat, mesurée depuis le bord de l’eau jusqu’à la limite de la forêt, est de 25 à 500 m environ, tandis que leur longueur est de 25 m à plus de 1 km. Il s’agit ici spécifiquement des milieux occupés par l’espèce, car il existe des superficies plus grandes de milieux non occupés qui semblent pourtant convenir à l’espèce.

L’habitat du chardon de Pitcher est dynamique, en raison des effets du vent, de l’eau et de la glace. En déplaçant le sable, ces agents peuvent provoquer la formation de monticules, l’enfouissement de la végétation, l’exposition des racines et la formation de creux de déflation. Comme le chardon de Pitcher a besoin de surfaces dénudées de sable non fixé, il doit composer avec un risque d’enfouissement. Les jeunes semis peuvent tolérer des épisodes isolés d’enfouissement jusqu’à une profondeur 15 cm et des épisodes répétés d’enfouissement à une profondeur de 4 à 8 cm, et on observe un accroissement de la superficie foliaire totale et du nombre de feuilles chez les jeunes semis ayant été enfouis (Maun et al., 1996). Un enfouissement modéré est requis pour la germination, mais un enfouissement profond peut réduire le taux de germination (Rowland et Maun, 2001; Hamze et Jolls, 2000).

Dans les sites où le milieu n’est plus dynamique, la végétation peut stabiliser le sable et finit par recouvrir le sol de plantes et de débris foliaires séchés, jusqu’à ce qu’il ne reste plus de sable dénudé. Le milieu ne convient plus alors au chardon de Pitcher.

Lorsque les processus dynamiques sont en cours, les milieux propices ainsi créés peuvent compenser l’habitat détruit par la succession végétale. Au début des années 2000, le niveau du lac Huron a baissé à un minimum record, ce qui a exposé de grandes superficies de plaine humide le long du littoral. Dans de nombreux sites, cette zone a rapidement été occupée par une couverture dense de joncs (Juncus spp.) et de scirpes (Scirpus spp.) qui a piégé le sable apporté par le vent. Cinq ans plus tard, une nouvelle crête de sable avait commencé à se former par-dessus cette végétation. Cette crête présente une végétation clairsemée, et le chardon de Pitcher est en train de s’y établir.

Les milieux dunaires ne sont pas fragmentés de la manière dont peuvent l’être les forêts ou les prairies reliques. Les dunes et les plages ont une répartition naturellement discontinue le long des rivages des Grands Lacs, mais cette répartition n’est pas jugée fragmentée. Cette discontinuité constitue au contraire une des caractéristiques de l’habitat de l’espèce, qui dû, en théorie, s’y adapter. Cependant, dans certaines dunes, il se peut que de la végétation ait été enlevée ou que les processus dunaires naturels aient été perturbés. Actuellement, ce type de fragmentation localisée n’a eu que peu d’effet sur le chardon de Pitcher. Dans environ la moitié des sites de l’île Manitoulin, l’arrière-dune et le bord de la forêt ont été lotis, des chalets ont été bâtis, et certains propriétaires ont modifié le milieu en aménageant par exemple une pelouse ou une terrasse, ce qui a provoqué une microfragmentation. Or, cela n’a pas empêché le chardon de Pitcher de gagner en effectif dans la plupart de ces sites.

Plusieurs régions comptent de grandes superficies de milieux apparemment propices mais non occupés par l’espèce. Sur le littoral sud du lac Huron, il existe de grandes dunes à Kettle Point, à Ipperwash, à Sauble Beach et à l’île Christian, et la région compte aussi de petites plages de sable, notamment dans les dunes de Chantry et à Nottawaga Beach (annexe 1).

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Tendances en matière d’habitat

La superficie de l’habitat est demeurée à peu près la même depuis 1999, mais la qualité de l’habitat a connu des changements. Dans trois sites importants, ceux de la baie Carter, de la baie Providence et du parc provincial The Pinery, on a amélioré la qualité de l’habitat en limitant la circulation piétonnière aux sentiers désignés et en prévenant l’utilisation de véhicules tout-terrain (VTT). Dans six sites, l’habitat est en train de ne plus convenir à l’espèce, à cause de l’accroissement naturel de la couverture de végétation. La qualité de l’habitat est demeurée sensiblement la même dans les autres sites. Ceux-ci connaissent des épisodes de dommages localisés, mais ces dommages entraînent rarement une destruction complète de l’habitat et peuvent généralement être corrigés par une restriction de l’activité constituant une menace. Il se peut tout de même que certains sites soient en train de subir une lente dégradation globale due à l’utilisation humaine, mais cela ne semble pas pour le moment nuire beaucoup au chardon de Pitcher.

À l’île Manitoulin, environ la moitié des sites situés en milieu dunaire ont été lotis et comportent des chalets construits sur l’arrière-dune ou dans la forêt dunaire. L’expansion s’est un peu poursuivie, et des lots ont été bâtis, mais dans l’ensemble la situation n’a pas beaucoup changé depuis 1999. En ce moment, il reste encore beaucoup de plages éloignées qui ne sont pas accessibles par la route.

La baisse du niveau du lac Huron a influé sur la qualité de l’habitat dans certains sites. Une large zone de nouvelle plage s’est formée avec le recul de la limite de l’eau, ce qui a eu à la fois des effets positifs et des effets négatifs. Certaines populations de chardon de Pitcher se sont retrouvées à 20 m ou plus de la zone atteinte par les vagues, essentielles au maintien du caractère dynamique de l’habitat, et la végétation envahit maintenant ces sites plus rapidement que dans le passé. Par contre, dans plusieurs sites, une nouvelle crête de dune s’est formée sur la plaine récemment exondée, ce qui a créé une nouvelle superficie d’habitat de qualité excellente.

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Biologie

Cycle vital et reproduction

Le chardon de Pitcher est une plante vivace monocarpique, ce qui signifie qu’elle produit des graines une seule fois et meurt ensuite. La plante peut passer de 3 à 11 ans à l’état de rosette avant de fleurir et produire des graines. Les fleurs sont bisexuées. La plus grande partie de la floraison a lieu entre la mi-juin et la fin juillet. On estime que les graines demeurent viables jusqu’à 3 ans (Maun, 1999). Le chardon de Pitcher ne possède aucun moyen de multiplication végétative.

Le chardon de Pitcher est autofertile, mais l’autopollinisation est beaucoup moins efficace que la pollinisation croisée, en ce qui concerne la production de graines. Dans le parc national Pukaskwa, Keddy (1982) a ensaché des capitules pour prévenir la pollinisation croisée, et la production de graines a été beaucoup plus faible que dans le cas des capitules non ensachés.

Une vaste gamme d’insectes visitent le chardon de Pitcher, dont les bourdons et autres abeilles de la famille des Apidés, les abeilles de la famille des Mégachilidés, les abeilles de la famille des Anthophoridés, les petites et grandes abeilles de la famille des Halictidés, les papillons de jour, les hespéries, les mouches, les guêpes, l’abeille domestique ainsi que plusieurs espèces de coléoptères et d’hémiptères (Keddy et Keddy, 1984; Loveless, 1984). Paiero et al. (2005) énumèrent les espèces suivantes ayant été récoltées sur le Cirsium pitcheri en Ontario : Mellinus abdominalis (Hymenoptera: Crabronidae); Agapostemon splendens, Lasioglossum spp. et Halictus rubicundus (Hymenoptera: Halictidae); Megachile sp. et Coelioxys sp. (Hymenoptera: Megachilidae); Allograpta obliqua, Syrphus ribesii et Toxomerus marginatus (Diptera: Syrphidae); Coccinella septempunctata (Coleoptera: Coccinellidae); Philaenus spumarius (Hemiptera: Cercopidae); cochenilles non identifiées (Hemiptera: Pseudococcidae); Vanessa cardui (Lepidoptera: Nymphalidae). Par conséquent, la présence de pollinisateurs ne constitue sans doute pas un facteur limitatif.

Keddy (1982) a signalé que la mortalité des jeunes semis, dans le parc national Pukaskwa, est liée au microhabitat. Elle est la plus élevée dans le sable non fixé et la plus faible dans les débris. Cependant, le taux de mortalité présente une relation compensatoire avec le taux de germination, qui était le plus élevé dans les terrains sableux dénudés.

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Physiologie

L’habitat du chardon de Pitcher est très éclairé, très chaud, très exposé, sujet à des conditions extrêmes de sécheresse, de carence nutritive et d’instabilité du substrat. Otfinowski (2002) a montré que la croissance de la plante n’est pas liée à un seul des facteurs écologiques qu’il a étudié. On peut donc supposer que l’espèce comporte des exigences complexes à l’égard de ces facteurs.

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Dispersion

Les graines sont dispersées individuellement par le vent, leur aigrette fonctionnant à la manière d’un parachute. La plupart des graines atterrissent à moins de 4 m du parent (U.S. Fish and Wildlife Service, 2002; Keddy, 1982). Il semble également que le capitule entier peut se détacher et se déplacer en bloc, car on trouve souvent des colonies denses de jeunes semis. Il se peut aussi que ces colonies denses résultent de dépôts laissés par le vent. Les graines isolées ne flottent pas, mais on a déjà avancé que les capitules pourraient à l’occasion être dispersés par l’eau. Coleman (2006) a démontré que l’espèce se disperse parfois jusqu’à une distance de 99 km. Cependant, cela ne doit pas se produire souvent, car il existe de grandes superficies de milieux convenant à l’espèce qui ne sont pas occupées par celle-ci. De plus, dans plusieurs sites de l’île Manitoulin, tous les individus sont réunis à l’extrémité est de la plage, sans doute à cause des vents dominants, de l’ouest. Si la dispersion à grande distance était un phénomène fréquent, l’extrémité ouest de ces plages recevrait des semences en provenance des sites situés plus à l’ouest, ce qui n’a pas été observé en 7 années de suivi.

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Relations interspécifiques

Les racines du chardon de Pitcher forment des associations mycorhiziennes avec des champignons (Maun, 1999). Le cerf de Virginie (Odocoileus virginianus), le lièvre d’Amérique (Lepus americanus) et la Bernache du Canada (Branta canadensis) broutent toutes les parties du chardon de Pitcher, parfois jusqu’au point de ne laisser que le cœur de la plante. Le chardon de Pitcher peut survivre à au moins un épisode de broutage intense et reprendre sa croissance l’année suivante. On ne connaît pas le taux de survie en cas de broutage répété, et on ne sait pas si le broutage peut retarder la maturation. Un papillon, le ptérophore de l’artichaut (Platyptilia carduidactyla), se nourrit des ovaires et des graines immatures de la plante, ce qui réduit la production de graines (Keddy, 1982); cependant, on ne sait pas si ce phénomène constitue un facteur limitatif. Par ailleurs, les graines de la plupart des chardons constituent un aliment nutritif pour des petits rongeurs, des oiseaux et des insectes.

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Adaptabilité

Le chardon de Pitcher est fortement confiné à un habitat précis présentant des conditions extrêmes de chaleur, de lumière, de sécheresse, de carence nutritive, d’instabilité du substrat, d’enfouissement et d’abrasion par le sable emporté par le vent. Au moins quatre autres espèces poussant dans les dunes possèdent cette même couleur vert blanchâtre conférée par une couverture de poils fins. Il se peut que ces poils assurent une sorte de protection contre les conditions extrêmes du milieu dunaire. Par ailleurs, comme les graines du chardon de Pitcher ne demeurent viables que trois ans, l’espèce ne peut pas compter sur un réservoir de semences à long terme pour s’adapter à ce milieu.

Le chardon de Pitcher a été cultivé en serre, et les plants ont été transplantés avec succès dans le parc provincial The Pinery (Rowland et Maun, 2001).

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Taille et tendances des populations

Activités et méthodes d’échantillonnage

La majorité des 30 populations connues ont fait l’objet de relevés en 2008. Jones a elle-même visité 20 des 30 sites au cours de l’année. Elle avait visité les sites du parc national Pukaskwa en 2007, et elle a visité les 8 autres sites au cours des 4 dernières années.

Dans le parc national Pukaskwa, chaque individu est numéroté et étiqueté, puis suivi jusqu’à la fin de sa vie. Le stade du cycle vital (jeune semis, rosette ou individu mature) ainsi que la nature du substrat sont notés pour chaque individu.

À l’île Manitoulin, on utilise un protocole de suivi normalisé élaboré par l’Équipe de rétablissement du chardon de Pitcher et des prairies des dunes (Pitcher’s Thistle – Dune Grasslands Recovery Team). Tout le site est fouillé, chaque individu est compté, et le stade du cycle vital est noté. Chaque menace est cotée selon une échelle de 0 (très légère) à 3 (très grave), sur une liste des menaces incluant l’utilisation de VTT, le broutage, le piétinement, la succession végétale, la présence d’infrastructures, l’érosion, la formation de creux de déflation, les espèces envahissantes et tout autre facteur détectable. Des notes supplémentaires sont prises en cas de changements survenus dans le site, de dommages subis par la population ou de nouvelles menaces.

Un réseau de bénévoles assure le suivi de 8 à 12 sites chaque année. Dans le cas des populations comptant moins de 100 individus, les bénévoles les comptent tous et notent pour chacun le stade du cycle vital. Dans le cas des populations plus grandes, les bénévoles ne comptent que les 100 premiers individus, notent leur stade, puis effectuent un relevé dans l’ensemble du site et compilent les groupes de 100 individus pour obtenir une estimation de l’effectif total.

Dans le cas des 2 plus grandes populations, celles de la baie Carter et de la pointe Desert, le suivi se fait à l’aide de transects. Chaque transect est constitué d’une ligne tracée à la boussole à partir du bord de l’eau jusqu’à l’endroit où il commence à y avoir des arbres. Les bénévoles parcourent cette ligne à pied, y comptent tous les individus visibles et notent pour chacun le stade du cycle vital. En général, chaque transect équivaut à une bande d’environ 25 m de largeur. On calcule ensuite la longueur de littoral ainsi examinée (par exemple, 6 transects x 25 m = 150 m), puis on multiplie le nombre d’individus observés par l’inverse de la fraction que représente la longueur examinée par rapport à la longueur totale du site. Sur le littoral sud du lac Huron, on a utilisé en 2008 le même protocole normalisé. Dans le parc provincial The Pinery et à Port Franks, Jones a obtenu à cette fin l’aide de 5 employés du parc.

Presque tous les sites de prairie dunaire du lac Huron ainsi que les sites du parc national Pukaskwa font l’objet de relevés depuis 2000. Dans chaque cas, les données suivantes sont recueillies : communauté végétale (selon le système provincial de classification écologique des terres); liste des espèces végétales associées; détails sur les menaces; caractéristiques de la limite ou de la zone de transition de l’habitat; coordonnées UTM des limites évidentes (abruptes).

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Abondance

En 2008, l’effectif total des populations canadiennes du chardon de Pitcher était de 50 435 individus végétatifs et florifères (tableaux 3, 4 et 5). Cependant, comme les 11 739 individus florifères sont morts à la fin de la saison, le nombre d’individus ayant survécu de 2008 à 2009 est de 38 696 (rosettes et jeunes semis), auxquels il faut cependant ajouter les semis issus des graines produites en 2008 (et peut-être en 2006 et 2007, puisque les graines demeurent viables jusqu’à 3 ans).

Tableau 3.  Abondance du chardon de Pitcher dans le parc national Pukaskwa en 2008.
SiteTotalRosettePlante florifèreJeune semis
Pop. 1110801614
Pop. 23312114116
Plage CrescentSous-population disparue (1 individu a été vu en 2005; aucun n’a été vu par la suite.)
Total44129120130

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Tableau 4.  Abondance du chardon de Pitcher sur le littoral sud du lac Huron en 2008.
SiteTotalRosettePlante florifèreJeune semis
Parc The Pinery3423110
Parc Inverhuron147923718
Port Franks524525
Total2331605023

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Tableau 5.  Abondance du chardon de Pitcher dans la région de l’île Manitoulin en 2008.
SiteTotalRosettePlante florifèreJeune semis
19271714
2494054
310 6895 9914 482216
4> 1 000   
54 4633 0251 324114
624220438 
71 32293336227
84 1102 7611 003346
94 1333 327629177
10~ 520346~ 30141
119718724356
124720027
137 9716 968738265
141381081317
158710
168166510
171561053021
1855  
19158135518
20393306
211671231727
22145123157
2312 5889 6082 860120
245254565118
251421081123
Total – région49 76135 43511 6691 654
Total – Canada50 43535 88611 7391 807

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Les données recueillies durant 7 années (ou davantage) montrent que le nombre et la proportion d’individus florifères fluctuent grandement d’une année à l’autre. On ne sait pas encore exactement quel facteur déclenche la floraison chez cette plante monocarpique. Il était donc impossible d’estimer combien de rosettes parviendraient à maturité en 2009 ni combien d’années il faudrait encore à chacune pour parvenir à maturité. Il se peut que les conditions météorologiques (année sèche et très chaude) constituent un des facteurs déclenchant la floraison chez le chardon de Pitcher. La floraison a été exceptionnellement fréquente en 2007 et 2008, mais on ne sait pas si cette tendance se maintiendra. Comme les individus matures meurent après la fructification, le nombre de rosettes existantes est peut-être le meilleur indice de la situation de l’espèce, car il correspond au potentiel de survie de l’espèce jusqu’à maturité. De plus, le fait qu’un grand nombre de rosettes soient présentes augmente la probabilité que plus d’un individu fleurit et qu’il y ait pollinisation croisée. Le temps requis pour qu’un individu parvienne à maturité constitue également un bon indicateur de la situation de l’espèce, mais on possède des données à ce sujet uniquement dans le cas du parc national Pukaskwa, où chaque individu est suivi.

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Fluctuations et tendances

Les travaux de terrain menés depuis 2000 ont accru de manière appréciable le nombre de populations canadiennes connues du chardon de Pitcher, qui est passé d’environ 10 au nombre actuel de 30. De plus, le suivi annuel a permis de constater que le nombre d’individus augmente depuis plusieurs années dans la plupart des populations. Parmi les populations canadiennes, 14 connaissent une augmentation constante de leur effectif, 8 connaissent des fluctuations naturelles dues à la floraison et à la mortalité, 3 demeurent stables, et 5 subissent un déclin grave dû aux menaces.

Les tendances ont été établies en ce qui concerne le nombre total d’individus (jeunes semis, rosettes et individus florifères) présents dans chaque site. Les individus florifères meurent à la fin de la saison, mais le nombre total d’individus demeure un indicateur très utile, car il montre les fluctuations naturelles associées à la floraison et à la mortalité qui s’en est suivie et permet de faire ressortir les augmentations ou diminutions qui se superposent à ces fluctuations.

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Sommaire des tendances

Parc national Pukaskwa

La population 1 connaît un déclin constant et pourrait disparaître d’ici 5 à 8 ans; une de ses sous-populations (appelée « population 3 » par certains) est disparue après 2005.

La population 2 a été créée à partir de graines recueillies en 1991 dans la population 1, avant la disparition de la sous-population qui se trouvait à 500 m du site de la population 2, sur une autre plage de la même baie sableuse, à l’intérieur du parc (Nantel, comm. pers., 2010, fondée sur de l’information provenant de G. Allen, de Parcs Canada). La taille de cette population est en augmentation. Comme elle est issue d’une population indigène et se trouve à l’intérieur de l’aire de répartition de l’espèce, elle est incluse dans la présente évaluation, conformément aux Lignes directrices du COSEPAC concernant les populations manipulées.

Littoral sud du lac Huron

  • 2 populations sont en croissance et 1 est en déclin.
  • Toutes les populations sont petites (moins de 200 individus).
  • 2 populations sont disparues (Sauble Beach et Kettle Point), probablement après 1963.

Île Manitoulin et îles voisines

  • 12 populations connaissent une croissance constante (6 connaissent une croissance de 200 à 800 %).
  • 7 populations connaissent des fluctuations naturelles, mais leur effectif à globalement augmenté, atteignant dans certains cas un maximum record.
  • 3 populations sur lesquelles on possède peu de données semblent stables.
  • Seulement 3 populations sont en déclin à cause de menaces.
  • L’effectif total de l’espèce dans la région est d’environ 48 000 individus.

Parc national Pukaskwa

Population 1

Une inondation soudaine survenue en 1985 a détruit environ 70 % de la population et a laissé un effectif de 254 individus en 1986. Par la suite, cet effectif réduit a fluctué selon les cycles naturels de floraison et de mortalité jusqu’en 1998, puis la population a connu un déclin constant d’environ 20 à 50 individus par année. On ne sait pas si ce déclin est dû à la mortalité des jeunes semis ou à celle des rosettes. L’effectif s’est quelque peu rétabli en 2005 et 2006, mais il a ensuite continué de diminuer, tombant à 110 en 2008. L’habitat ne se trouve plus à proximité de la plage vive et en est aujourd’hui séparé par environ 30 m d’aulnaie marécageuse. Il est occupé par une végétation de plus en plus dense, et il y reste peu de sable dénudé non fixé.

Une sous-population de la population 1 est disparue. Elle avait atteint un maximum de 81 individus en 1995, puis elle a connu un déclin constant. Aucun jeune semis n’a été observé après 1999. De 2001 à 2002, l’effectif est tombé de 20 individus à seulement 2. En 2005, il ne restait que 1 individu, et aucun n’a été observé par la suite. L’habitat est rapidement remplacé par une végétation dense, et il ne reste plus de sable dénudé. Comme les graines ne demeurent pas viables plus de 3 ans, la sous-population est jugée disparue.

Population 2

Cette population a été semée en 1991 à environ 25 km au nord de la population 1, à titre de mesure de sauvetage après la disparition d’une bonne partie d’une des sous-populations de la population 1. Une population initiale de 27 individus a été créée à partir de graines prélevées dans la population 1, puis l’effectif a augmenté constamment, malgré une certaine mortalité en 2002 et 2003, et il a atteint en 2008 un maximum de 333 individus, dont plus d’un tiers de jeunes semis. L’habitat comporte beaucoup de sable dénudé non fixé et une bonne diversité d’espèces associées typiques des dunes. La population a été évaluée par Vance (2008) et s’est révélée stable et saine.

Dans le parc Pukaskwa, les menaces résultant d’activités humaines telles que le piétinement ont été atténuées de manière efficace au moyen de clôtures et de panneaux de signalisation. Les principales menaces sont donc d’origine naturelle et comprennent l’inondation, l’ensablement et la succession végétale. À moins d’intervention, la population 1 finira probablement par disparaître à cause de la succession naturelle.

Littoral sud-est du lac Huron

Le chardon de Pitcher a déjà été signalé à Sauble Beach et à Kettle Point, mais ces 2 populations sont disparues, et l’espèce n’a pas été signalée dans ces localités après 1949, même si Guire et Voss (1963) énuméraient Sauble Beach et le secteur Ipperwash – Kettle Point (en plus des parcs provinciaux Inverhuron et The Pinery) comme sites où l’espèce était présente. En 1998, Maun n’a trouvé aucun chardon de Pitcher dans le secteur Ipperwash – Kettle Point. Jones (2002; idem, 2003) n’a pas trouvé de chardon de Pitcher à Ipperwash, à Kettle Point, à Sauble Beach, ni dans les 27 autres sites du littoral sud du lac Huron qu’elle a étudiés, même si des milieux convenant à l’espèce existent encore à plusieurs endroits.

Parc provincial The Pinery

Dans le parc The Pinery, un suivi est mené de manière épisodique depuis 1987. Le premier relevé de suivi (Maun, 1998) a révélé la présence de 50 individus. En 1994, le grand nombre de jeunes semis a fait bondir l’effectif à un maximum de 283 individus, mais la population a connu par la suite un déclin constant. Maun (1998) attribuait ce déclin au broutage par le cerf de Virginie; cependant, en 9 années d’observation, Alistair Mackenzie (comm. pers., 2008) n’a détecté pratiquement aucun signe de broutage et a plutôt constaté que des capitules et des rosettes étaient infestés par des insectes. D’ailleurs, l’effectif du chardon de Pitcher a continué de diminuer dans le parc même si le nombre de cerfs a été grandement réduit par la chasse contrôlée pratiquée chaque année de 1998 à 2007. En 2008, il ne restait que 34 individus de chardon de Pitcher, et seulement 1 se trouvait dans une zone naturelle protégée par une clôture. Voir tableau 6.

Tableau 6.  Nombre d’individus de chardon de Pitcher présents chaque année dans le parc provincial The Pinery.
19871992199319941995199619971998200020042008
503376283115829356506734

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Parc provincial Inverhuron

Dans le passé, les activités récréatives exerçaient une forte pression sur la population du parc Inverhuron. Cependant, l’habitat ainsi que le nombre d’individus semblent avoir profité de l’installation de panneaux d’interprétation ainsi que d’escaliers permettant de traverser les dunes. En 2008, 2 individus ont fructifié dans la partie des dunes la plus éloignée du littoral, à proximité d’une grande superficie de terrain dégagé propice à l’espèce; on peut donc s’attendre à ce que le chardon de Pitcher se propage à ce nouveau secteur. Dans la partie des dunes située à l’intérieur des terres, le chardon de Pitcher semble être en train de se propager aux grandes superficies de milieux propices, après avoir subi une forte incidence à cause des VTT. Les données à long terme indiquent que la population connaît de grandes fluctuations, mais la tendance générale semble une augmentation de l’effectif depuis 2000, malgré les baisses occasionnelles. Voir tableau 7.

Tableau 7.  Nombre d’individus de chardon de Pitcher présents chaque année dans le parc provincial Inverhuron.
198619931995-19992000200220042008
1001550-6684128250147

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Port Franks

Le site de Port Franks fait l’objet de relevés irréguliers dans le cadre du suivi mené dans le parc provincial The Pinery, mais peu de données permettent d’établir une tendance distincte pour cette population. L’effectif semble avoir augmenté, étant passé de 24 en 2000 (Deb Jacobs, comm. pers., 2008) à 52 aujourd’hui. La population paraît saine, et l’habitat comporte beaucoup de sable dénudé non fixé. Certaines menaces potentielles sont présentes (piétinement, VTT, espèces exotiques).

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Île Manitoulin et îles Voisines

Les populations de la région de l’île Manitoulin sont suivies depuis 2001. Au cours des 4 dernières années, certaines populations ont été suivies par un réseau de bénévoles qui ont été formés à cette fin et emploient un protocole normalisé. Depuis 2001, Jones suit elle-même chaque année un certain nombre de populations de diverses tailles.

Parmi les 25 populations de la région :

  • 12 connaissent une augmentation constante depuis 2001, l’augmentation totale allant de faible à supérieure à 800 %;
  • 7connaissent des fluctuations naturelles, mais leur effectif a globalement augmenté, atteignant dans certains cas un maximum record;
  • 3 semblent stables, mais les données les concernant sont médiocres ou portent sur une courte période;
  • seulement 3 sont en déclin à cause de menaces et plus précisément à cause d’une succession naturelle dont les effets sont aggravés par le broutage.

La plupart des populations de la région ont augmenté en effectif, et 5 ont connu des augmentations de 200 à 800 %. Cette croissance a été naturelle, car il n’y a eu pratiquement aucune intervention humaine, qu’il s’agisse de protection directe, d’atténuation des menaces ou de sensibilisation du public. L’espèce est manifestement capable d’augmenter ses effectifs, mais on ne sait toujours pas pourquoi ceux-ci étaient si faibles en 2001, lorsque le suivi a été entrepris.

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Immigration de source externe

Il n’y a pratiquement aucune possibilité d’immigration entre régions du Canada ou à partir de populations situées aux États-Unis. La distance de dispersion de l’espèce peut atteindre 99 km, mais les populations du lac Supérieur sont situées à des centaines de kilomètres des populations les plus proches et sont donc trop éloignées pour recevoir des graines ou du pollen provenant d’autres populations. À l’intérieur de la région du lac Supérieur, l’échange de matériel génétique est théoriquement possible, mais il est peu probable, puisqu’une des populations est disparue et qu’une autre est en déclin.

Toutes les populations du littoral sud du lac Huron sont situées à des centaines de kilomètres de toute population située aux États-Unis ou à l’île Manitoulin et sont donc trop éloignées pour qu’il y ait échange de matériel génétique avec ces populations. Un tel échange pourrait se produire entre les populations du parc The Pinery et de Port Franks, mais il demeure improbable, puisque les deux populations sont petites et que celle du parc The Pinery est en déclin.

À l’intérieur de la région de l’île Manitoulin, il a été démontré que des échanges de matériel génétique sont survenus jusqu’à une distance de 99 km (Coleman, 2006). Il demeure cependant peu probable qu’un tel échange se produise fréquemment.

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Menaces et facteurs limitatifs

Les facteurs limitatifs sont généralement considérés comme des problèmes intrinsèques qui ne sont pas causés par les activités humaines, mais peuvent être aggravés par celles-ci. Dans le cas du chardon de Pitcher, Jalava (2008) mentionne les facteurs limitatifs abiotiques et biotiques suivants :

  • mouvements du sable et enfouissement par le sable;
  • changements de niveau des lacs pouvant modifier l’habitat;
  • changements climatiques pouvant affecter les taux de croissance et de reproduction;
  • prédation et herbivorie;
  • cycle vital monocarpique augmentant les risques de mortalité antérieure à la reproduction;
  • écologie des graines (faible taux de germination et viabilité de durée limitée);
  • faible diversité génétique;
  • dynamique des métapopulations (flux génique variable; apparition et disparition de colonies).

Certains de ces facteurs, comme les mouvements du sable et l’enfouissement par le sable ainsi que les changements de niveau des lacs pouvant modifier l’habitat, sont également des processus naturels contribuant au maintien de milieux propices à l’espèce et pourraient donc ne pas être nuisibles à l’espèce à long terme.

Les menaces font l’objet d’un suivi annuel dans la région de l’île Manitoulin depuis 2005. Les menaces sont cotées quant à leur intensité et à leur étendue, selon une échelle de 0 (menace inexistante) à 3 (gravité maximale). Un ensemble normalisé de critères a été élaboré pour la cotation de chaque menace. Par exemple, dans le cas de l’utilisation des VTT : 0 = aucune utilisation; 1 = utilisation détectable; 2 = utilisation semblant avoir causé des dommages à la végétation; 3 = présence de sable non fixé provenant des pistes ou présence de végétation arrachée.

L’infestation par le ptérophore de l’artichaut fait l’objet d’un suivi depuis 1981 dans le parc national Pukaskwa, à titre de menace, mais elle ne semble pas avoir beaucoup nui aux populations. La succession végétale ne fait l’objet d’aucun suivi direct dans le parc, mais la nature du substrat (sable, graminées ou débris) est notée pour chaque individu. Dans le cas de la population 1, il reste peu de sable dénudé, et un arbuste indigène, le chalef argenté (Elaeagnus commutata), se propage rapidement et occupe déjà une bonne partie des milieux disponibles. Les menaces visant les autres populations ont été évaluées dans le cadre des travaux de terrain de 2008, selon les critères de suivi élaborés pour la région de l’île Manitoulin. Voir tableau 8.

Tableau 8.  Menaces pesant sur le chardon de Pitcher et gravité de ces menaces dans chaque site, d’après les données de suivi de 2008 et le document de Jalava (2008).
Légende : G = grave; M = moyenne; L = légère; espace en blanc = inexistante.
 Menaces
OccurrenceVTTBroutagePiétine-mentSuccession végétaleInfra-structuresÉrosion et creux de déflationEspèces exotiquesPetite taille de la pop.
Parc nat. Pukaskwa   G  GM
Parc prov. InverhuronLLLMLLMG
Parc prov. The Pinery LG  M M
Port FranksG MLMMMM
Manitoulin :
Site 1
 L      
Site 2M  G  M 
Site 3MLML G  
Site 4M LG  M 
Site 5 M GM   
Site 6M LL    
Site 7L LL  LM
Site 8  LLLLM 
Site 9 – estMM MLM  
Site 9 – ouestGG L G  
Site 10M GLL   
Site 11        
Site 12   L LL 
Site 13MG  LL  
Site 14MM M  L 
Site 15 G G  MG
Site 16L  M    
Site 17   M    
Site 18 G G   G
Site 19LL     M
Site 20GGLL LL 
Site 21   M   M
Site 22 L G    
Site 23 G      
Site 24   M    
Site 25 G M    

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L’envahissement par la race européenne du roseau commun (Phragmites australis) ne menace pas actuellement le chardon de Pitcher, mais il soulève de graves préoccupations pour de nombreuses plages du littoral sud du lac Huron. La présence de cette plante a été constatée en 2009 dans au moins deux sites de l’île Manitoulin.

Bien qu’un certain nombre de menaces aient été répertoriées, il faut se rappeler que bien des populations connaissent une augmentation de leur effectif. Dans le cas de quatre des cinq populations qui subissent un déclin, ce dernier est causé par la succession végétale, dont les effets peuvent être aggravés par le broutage ou la petite taille de la population. Dans le cas de l’autre population, celle du parc The Pinery, on ne connaît pas entièrement les causes du déclin, mais le piétinement, l’érosion et la petite taille de la population ont été évoqués. On ne sait pas encore jusqu’à quel point le manque de diversité génétique peut affecter les taux de production de graines et de reproduction. Les VTT continuent d’être un problème courant dans la région de l’île Manitoulin, mais l’intensité de leur utilisation et la gravité de la menace ont été atténuées dans de nombreux sites.

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Protection, statuts et classements

Statuts et protection juridiques

Au moment de l’évaluation de mai 2000, le COSEPAC a recommandé pour le chardon de Pitcher le statut d’espèce en voie de disparition, et l’espèce figure à ce titre à l’annexe 1 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) du gouvernement fédéral. La LEP assure donc une protection juridique au chardon de Pitcher sur les terres de juridiction fédérale (parcs nationaux, terres du ministère de la Défense nationale, territoires des Premières Nations, etc.). La LEP protégera également l’habitat essentiel de l’espèce, une fois que cet habitat aura été délimité dans le cadre d’un programme de rétablissement ou d’un plan d’action et aura fait l’objet d’une ordonnance ministérielle. La rédaction finale du Programme de rétablissement du chardon de Pitcher et des prairies des dunes (Jalava, 2008) n’est pas terminée, mais on sait que ce programme délimitera l’habitat essentiel des 2 populations du parc national Pukaskwa. Cet habitat comprendra tous les milieux propices occupés par l’espèce ainsi qu’une bande adjacente de 15 m de largeur située à l’arrière des dunes, qui vise à maintenir une interaction dynamique entre les dunes et la forêt. D’autres mesures visant à protéger efficacement l’habitat essentiel seront élaborées pour le parc Pukaskwa.

Le chardon de Pitcher figure à l’annexe 3 de la Loi de 2007 sur les espèces en voie de disparition (LEVD) de l’Ontario, à titre d’espèce de transition devant être inscrite comme espèce en voie de disparition. La LEVD assure une protection à l’espèce en interdisant que l’on tue, endommage, cueille, collectionne ou vende la plante. L’habitat de l’espèce ne sera protégé qu’à compter du 30 juin 2013, sauf si un règlement est adopté à cet égard à une date antérieure. La Loi de 2006 sur les parcs provinciaux et les réserves de conservation de l’Ontario prévoit que ces parcs et ces réserves doivent être gérés de manière à maintenir l’intégrité écologique de l’habitat des espèces indigènes, y compris les espèces en péril.

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Autres classements

Le chardon de Pitcher a reçu les cotes N2 (en péril) à l’échelle du Canada (NatureServe, 2010) et S2 (en péril) à l’échelle de l’Ontario (Oldham et Brinker, 2009).

Aux États-Unis, le chardon de Pitcher a été désigné comme espèce menacée (Threatened) et a été officiellement inscrit à ce titre en vertu d’une loi fédérale, l’Endangered Species Act. À l’échelle du pays, l’espèce a reçu la cote N3 (vulnérable [vulnerable]). À l’échelle des divers États, elle a reçu les cotes S1 (gravement en péril [critically imperilled]) en Illinois, S2 (en péril [imperilled]) en Indiana et au Wisconsin ainsi que S3 (vulnérable [vulnerable]) au Michigan. À l’échelle mondiale, NatureServe (2010) a attribué à l’espèce la cote G3 (vulnérable).

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Protection et propriété de l’habitat

La majorité des populations canadiennes du chardon de Pitcher se trouvent dans le district de Manitoulin, sur des terres municipales ou sur des terres municipales et privées. Dans tous les cas où une partie de la population se trouve sur des terres privées, cette situation est due au fait que la superficie occupée est si grande qu’elle dépasse, vers l’intérieur des terres, la limite de l’emprise d’environ 20 m (66 pi) réservée par la municipalité le long de la rive.

À l’intérieur du parc national Pukaskwa, l’habitat du chardon de Pitcher est protégé par des clôtures et des panneaux de signalisation et bénéficiera en outre d’une protection juridique lorsque l’habitat essentiel de l’espèce aura été officiellement désigné en vertu de la Loi sur les espèces en péril du gouvernement fédéral (voir la section « Statuts et protection juridiques »). Le chardon de Pitcher est aussi présent dans deux parcs provinciaux, mais ces territoires sont fortement utilisés à des fins récréatives et subissent une intense circulation piétonnière. Le site du parc Inverhuron bénéficie d’une certaine protection par le fait que des escaliers de bois empêchent les usagers de piétiner la végétation et que des panneaux d’interprétation ont été installés. À la baie Providence, le site se trouve sur une plage publique municipale, mais les dunes sont en partie protégées de la circulation piétonnière par un trottoir de bois longeant la moitié de la plage.

Dans le cas d’environ la moitié des sites de la région de l’île Manitoulin, des chalets ont été construits à l’arrière de la plage. À quelques endroits, les propriétaires participent à l’intendance en installant une signalisation et en ne permettant pas que des activités nuisibles à l’espèce se déroulent devant leur lot.

La propriété des sites se répartit de la manière suivante :

Parc national  2 sites
Parc provincial  2 sites
Terres de Couronne  1 site
Réserve de conservation  1 site
Emprise riveraine municipale 11 sites entièrement sur des terres municipales
Terres municipales et privées 12 sites
Parc provincial et office de protection de la nature  1 site
Terrain privé, parc prov. et office de prot. de la nature 1 site
Zone d’intérêt naturel et scientifique (ZINS)  2 sites sur des terres municipales ou privées

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Remerciements et experts contactés

Il faut tout d’abord remercier les bénévoles de l’île Manitoulin qui effectuent depuis quatre ans un suivi du chardon de Pitcher. Les travaux de terrain menés par Judith Jones de 2000 à 2008 ont été principalement financés par Parcs Canada, avec l’appui du ministère des Richesses naturelles de l’Ontario, et la rédactrice aimerait remercier ces deux organismes. Elle tient également à remercier l’Équipe de rétablissement du chardon de Pitcher et des prairies des dunes (Pitcher’s Thistle -- Dune Grasslands Recovery Team), qui lui a fourni de précieux renseignements.

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Sources d’information

Argus, G.W., K.M. Pryer, D.J. White et C.J. Keddy (éd.) 1982-1987. Atlas des plantes vasculaires rares de l’Ontario. 4 parties. Musée canadien de la nature, Ottawa (Ontario).

Brunton, D.F. 1989. Biological Inventory and Evaluation of Wasaga Beach Provincial Park and Adjacent Natural Areas, comté de Simcoe, Ontario. Préparé pour la Direction des parcs et des zones de loisirs, ministère des Richesses naturelles de l'Ontario, Richmond Hill (Ontario).

Coleman, M. J. 2006. The conservation genetics of two endangered plants: Cirsium pitcheri and Isoetes engelmannii, using nuclear and chloroplast DNA. Thèse de doctorat, Trent University, Peterborough (Ontario), 82 p.

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Flamand, T., comm. pers. 2008. Wikwemikong First Nation Lands Office.

Freeland, J., comm. pers. 2010. Correspondance par courriel adressée à J. Whitton, membre scientifique non gouvernemental du COSEPAC. Juillet 2010. Associate Professor Department of Biology, Trent University, Peterborough (Ontario).

Gauthier, M., E. Crowe, L. Hawke, N. Emery, P. Wilson et J. Freeland. 2010. Conservation genetics of Pitcher’s thistle (Cirsium pitcheri), an endangered Great Lakes endemic. Botany 88:250-257.

Guire, K.E., et E.G. Voss. 1963. Distributions of distinctive shoreline plants in the Great Lakes Region. The Michigan Botanist. Vol 2:99-114.

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Jacobs, D., comm. pers. 2008. Bioligiste des espèces en péril, ministère des Richesses naturelles de l’Ontario, disctrict de Sudbury.

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Sommaire biographique de la rédactrice du rapport

Judith Jones détient un baccalauréat et une maîtrise ès sciences. Elle travaille à son compte à titre de biologiste-conseil depuis 1995. Ses travaux ont porté sur une vaste gamme de sujets, dont les écosystèmes d’alvar, les inventaires de milieux naturels, la récolte durable de l’if du Canada (Taxus canadensis), les études d’impact environnemental visant divers projets d’expansion du sud de l’Ontario ainsi que le rétablissement des espèces en péril. Elle a déjà rédigé plusieurs programmes de rétablissement et est membre de diverses équipes de rétablissement. Elle étudie le chardon de Pitcher depuis 2001.

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Collections examinées

Aucun spécimen n’a été examiné pour le présent rapport de situation.

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Annexe 1.  Sites fouillés en vain à l’égard du chardon de Pitcher.

Dans les sites suivants, tous les milieux sableux ont été fouillés entièrement par deux personnes travaillant ensemble.

Littoral sud du lac Huron (2002-2003)

Ipperwash Beach
Port Franks – terres en restauration
Port Franks – terres municipales
Pointe Farms
Point Clark – accès public
Point Clark – phare
Lurgan Beach
Pointe de Scott
Pointe MacGregor
Dunes de Chantry, Southampton

Péninsule Bruce (2002)

Sauble Beach
Pointe Chiefs
Oliphant
Île Lyal
Ruisseau Black

Île Manitoulin (2001, 2003)

Baie Lonely
Baie Melville
Baie Portage

Baie Georgienne (2002-2003)

Craigleith
Wasaga Beach :
Plage 6
Plage 1 (flèche de sable)
Allenwood
New Wasaga
Canton de Tiny, 13e concession
Nottawaga Beach
Cawaja Beach
Île Christian :
Plage West
Baie Big Sand
Île Stony
Île Beckwith est
Île Beckwith ouest
Île Hope
Île Travers (Giant’s Tomb)
Awenda Beach 1
Champlain (Marygrove)

Rive nord du chenal North (2006)

Soixante-cinq sites littoraux sableux situés entre la Grande île La Croche et Thessalon ont été repérés par hélicoptère. Tous ces sites ont été visités au sol et entièrement fouillés par deux ou parfois trois personnes, travaillant ensemble. Les sites se trouvant dans des îles ont été atteints par bateau. Vingt-cinq des sites étaient recouverts d’une prairie dunaire dominée par l’ammophile à ligule courte ou le stipe à balai (Stipa spartea). Le chardon de Pitcher n’a été trouvé dans aucun des sites.