Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Gomphe ventru Gomphus ventricosus au Canada – 2010

Illustration en couleur d’un gomphe ventru mâle (Gomphus ventricosus).

En voie de disparition – 2010

Table des matières

Information sur le document

Liste des figures

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Information sur le document

COSEPAC – Comité sur la situation des espèces en péril au Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. On peut citer le présent rapport de la façon suivante :

COSEPAC. 2010. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le gomphe ventru (Gomphus ventricosus) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. ix + 36 p.

Note de production :
Le COSEPAC remercie Paul M. Brunelle qui a rédigé le rapport de situation sur le gomphe ventru (Gomphus ventricosus) au Canada aux termes d’un contrat conclu avec Environnement Canada. Paul Catling, coprésident du Sous-comité de spécialistes des arthropodes du COSEPAC a supervisé le présent rapport et en a établi la version définitive.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ontario)
K1A 0H3

Tél. : 819-953-3215
Téléc. : 819-994-3684
Courriel
Site Web

Illustration/photo de la couverture :
Gomphe ventru -- Illustration de la couverture par Paul M. Brunelle.

© Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2011.
No de catalogue CW69-14/599-2011F-PDF
ISBN 978-1-100-94756-3

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COSEPAC
Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation – novembre 2010

Nom commun
Gomphe ventru

Nom scientifique
Gomphus ventricosus

Statut
En voie de disparition

Justification de la désignation
Cette libellule rare de grandes rivières à eaux propres et à débit variant de lent à moyen, composées d'un lit de sable fin, de limon ou d'argile,  n'est connue actuellement que dans trois localités au Canada. Elle est disparue de deux autres rivières depuis plus de 60 ans. La plus grande population fait l’objet de plusieurs menaces qui, de façon cumulative, mènent à une diminution de la qualité de l’habitat.

Répartition
Nouveau Brunswick

Historique du statut
Espèce désignée « en voie de disparition » en novembre 2010.

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COSEPAC
Résumé

Gomphe ventru
Gomphus ventricosus

Information sur l’espèce

Le gomphe ventru est l’une des espèces de libellules les plus frappantes du Canada, en raison de la protubérance quasi circulaire à l’extrémité d’un abdomen qui est mince sur le reste de sa longueur. Le gomphe ventru est brun foncé et noir, et il présente des marques jaune vif sur la face dorsale de l’abdomen, des marques jaune verdâtre sur le thorax, des yeux vert foncé et des ailes transparentes.

Répartition

L’aire de répartition mondiale du gomphe ventru se limite à l’Amérique du Nord, à l’est du Mississippi et de la rivière Rouge; elle s’étend au nord jusqu’à la rivière à la Pluie et au sud jusqu’au Tennessee. Au Canada, le gomphe ventru a été signalé par le passé en Nouvelle-Écosse, en Ontario et au Québec, et il est actuellement bien connu dans une localité le long de la rive sud de la rivière Saint-Jean au Nouveau-Brunswick; il est possible qu’il se reproduise dans deux autres localités du Nouveau-Brunswick.

Habitat

Le gomphe ventru est un spécialiste des grands cours d’eau propres, au débit moyen à faible et au substrat fin, présentant habituellement une forte teneur en limon et/ou en argile. De tels milieux sont habituellement limités à certains segments de grands cours d’eau qui traversent des sols riches en pente douce; il s’agit d’un type d’habitat relativement rare dans le sud-est du Canada. En effet, il est particulièrement rare de trouver dans cette région des cours d’eau aux eaux limpides, car ceux-ci baignent souvent dans des paysages agricoles. L’habitat de la plus importante population connue est vraisemblablement en déclin.

Biologie

Les œufs sont déposés dans l’eau, et les larves, qui s’enfouissent peu profondément, prennent au moins deux ans pour se développer avant l’émergence. L’espèce a une émergence passablement synchrone, qui survient durant les deux dernières semaines de juin dans la majorité de son aire de répartition canadienne, et dès la fin mai au centre du continent, et elle vole jusqu’à la mi-août. Après l’émergence, les individus s’envolent loin de la rivière pour une longue période de maturation. Les adultes semblent passer peu de temps près des eaux où ils ont émergé, passant plutôt la majorité de leur vie dans la forêt environnante.

On croit que les larves servent de nourriture aux tortues, aux poissons et aux écrevisses, de même qu’à d’autres insectes aquatiques prédateurs. Il semble probable que la majorité de la mortalité observée chez les adultes soit attribuable aux oiseaux insectivores se nourrissant dans les forêts riveraines et les clairières. D’après les observations d’espèces connexes, les larves se nourrissent vraisemblablement des petites créatures qui sont également présentes dans ou sur le substrat qui constitue leur habitat. Les adultes, quant à eux, se nourrissent de tous les insectes ailés qu’ils peuvent trouver.

Taille et tendances des populations

On ignore l’effectif de l’espèce au Canada, mais plusieurs centaines d’individus sont probablement nécessaires pour maintenir chaque population. Actuellement, la population canadienne serait stable, mais elle a diminué de 40 % il y a une soixantaine d’années.

Des recherches considérables menées au Nouveau‑Brunswick et en Nouvelle-Écosse, de même qu’ailleurs dans l’est et le centre du Canada, ont produit très peu de mentions de l’espèce, ce qui laisse penser qu’elle est réellement très rare. Il semble que les populations présentes sur la rivière Saint-Jean (N.-B.) et, peut‑être, deux autres rivières du Nouveau-Brunswick soient les seules populations de l’espèce dont l’existence au Canada ne fait pas de doute.

Facteurs limitatifs et menaces

La modification anthropique de l’habitat représente la plus grande menace potentielle pour l’espèce. On a observé que la qualité de l’eau où est présente la population de la rivière Saint-Jean laissait à désirer. L’eutrophisation de l’eau due à l’apport excessif de nutriments par les eaux usées ou la sédimentation due aux écoulements agricoles ou forestiers, aux pesticides et aux herbicides, ainsi que les déversements accidentels ou illégaux de produits chimiques peuvent tuer les larves présentes dans les rivières. On ne connaît pas de manière certaine l’ampleur du problème que pose actuellement la pollution. L’habitat terrestre est en déclin, mais des déclins rapides et importants semblent improbables dans un avenir rapproché.

Des espèces envahissantes peuvent modifier le biote au détriment de l’espèce; ainsi, l’introduction d’une certaine diatomée entraînerait probablement la disparition de l’espèce. Des prédateurs, soutenus par les humains qui leur offrent nourriture et/ou abri, notamment divers oiseaux tels que le quiscale bronzé, l’étourneau sansonnet et diverses hirondelles, ces dernières nichant sous les ponts, peuvent avoir un effet considérable sur les larves en émergence. L’introduction délibérée ou involontaire d’organismes aquatiques d’espèces supérieures peut représenter une menace; ainsi, les écrevisses et certaines espèces de poissons peuvent avoir des effets graves.

Les menaces potentielles directes pour l’espèce comprennent la mortalité d’individus sur la route par suite de collisions avec des véhicules, ainsi que la perturbation de l’émergence par l’utilisation des eaux à des fins récréatives et la construction le long des berges. Pour ce qui est de l’utilisation des eaux à des fins récréatives, les vagues produites par le passage de bateaux durant les heures d’émergence peuvent tuer les individus en émergence, mais l’importance de cette menace est inconnue.

L’élévation du niveau de la mer représente un impact potentiel grave sur l’habitat aquatique. Déjà, la limite aval de la population de la rivière Saint-Jean est située à moins de 5 km des eaux sous influence saline et cette influence se déplacera en amont, ce qui aura vraisemblablement des effets visibles au cours de la prochaine décennie.

Importance de l’espèce

Cette espèce est un indicateur de vastes milieux d’eau courante limpide, au substrat composé de sable fin, d’argile ou de limon (relativement rare au Canada), et on peut s’attendre à ce qu’elle soit présente en compagnie d’autres espèces dont l’aire de répartition est restreinte. La limite septentrionale de son aire de répartition se trouve au Canada, et sa viabilité globale peut dépendre d’un niveau d’impact anthropique plus faible sur les eaux canadiennes que sur les eaux situées plus au sud.

Protection actuelle ou autres désignations de statut

Les désignations de statut pour le gomphe ventru reflètent la rareté de l’espèce dans l’ensemble de son aire de répartition mondiale. NatureServe lui a attribué la cote G3 (vulnérable) à l’échelle mondiale, et sa cote nationale est N3 aux États-Unis et N1 au Canada. Le classement général assigné à l’espèce était 2 (« peut être » en péril) à l’échelle nationale et pour toutes les provinces de son aire de répartition. Aux États‑Unis, l’espèce figure dans toutes les listes et tous les classements comme étant « rare ». Aucune localité canadienne reconnue avec certitude pour abriter l’espèce n’est visée par des mesures officielles de protection de l’habitat.

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Résumé technique

Gomphus ventricosus

Gomphe ventru Skillet Clubtail

Répartition canadienne : Nouveau-Brunswick (s’ajoutaient autrefois l’Ontario, le Québec et la Nouvelle-Écosse)

Données démographiques

Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population)2 ans
Pourcentage [observé, estimé, inféré ou présumé] de [la réduction ou l’augmentation] du nombre total d’individus matures au cours des [cinq ou dix dernières années ou deux ou trois dernières générations].Inconnu
Pourcentage [prévu ou présumé] de [la réduction ou l’augmentation] du nombre total d’individus matures au cours des [cinq ou dix prochaines années ou deux ou trois prochaines générations].Inconnu
Pourcentage [observé, estimé, inféré ou présumé de [la [réduction ou l’augmentation] du nombre total d’individus matures au cours de toute période de [cinq ou dix ans ou deux ou trois générations] couvrant une période antérieure et ultérieure.Inconnu
Est-ce que les causes du déclin sont clairement réversibles?S.o.
Est-ce que les causes du déclin sont comprises?S.o.
Est-ce que les causes du déclin ont cessé?S.o.
Tendance [observée, prévue ou inférée] du nombre de populations. Déclin probable il y a plus de 60 ans. En Ontario et au Québec. Les données de la Nouvelle-Écosse sont exclues.Stable
Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures?Inconnu
Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de populations?Inconnu

Information sur la répartition

Superficie estimée de la zone d’occurrence (trois localités au Nouveau-Brunswick)2 473 km²
Tendance [observée, prévue ou inférée] dans la zone d’occurrence (déclin au Québec et en Ontario il y a plus de 60 ans)Stable
Y a-t-il des fluctuations extrêmes de la zone d’occurrence?Non
Indice de la zone d’occupation (IZO) [selon la grille de 2 x 2 km]44 km²
Tendance [observée, prévue ou inférée] de l’indice de la zone d’occupation (déclin au Québec et en Ontario il y a plus de 60 ans)Stable
Y a-t-il des fluctuations extrêmes de l’indice de la zone d’occupation?Inconnu
La population totale est-elle très fragmentée?Non
Nombre de localités actuelles3
Tendance du nombre de localités
(déclin au Québec et en Ontario il y a plus de 60 ans)
Stable
Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de localités?Inconnu
Tendance de la [qualité et/ou de l’aire] de l’habitat (végétation naturelle)Probablement en déclin

Nombre d’individus matures (dans chaque population)

PopulationNombre d’individus matures
Aucune information sur la taille des populations 
Total 
Nombre de populations (localités), les deux = 33

Analyse quantitative

Sans objet

Menaces (réelles ou imminentes, pour les populations ou leur habitat)

Au Nouveau-Brunswick, le développement urbain croissant de Fredericton réduit l’habitat des adultes et augmente le risque associé aux collisions avec des automobiles. Les menaces pour l’habitat des larves comprennent la pollution, l’augmentation de l’influence saline due à l’élévation du niveau de la mer et la présence de plusieurs espèces envahissantes.

Immigration de source externe (immigration de l’extérieur du Canada)

Situation des populations de l’extérieur?
États-Unis : Rare
Une immigration a-t-elle été constatée?Inconnu
Des individus immigrants seraient-ils adaptés pour survivre au Canada?Peut‑être
Y a-t-il suffisamment d’habitat disponible au Canada pour les individus immigrants?Très improbable
La possibilité d’une immigration de populations externes existe-t-elle?Improbable

Statuts existants

COSEPAC : espèce en voie de disparition (2010)

Statut recommandé et justification de la désignation

Statut :
Espèce en voie de disparition
Code alphanumérique :
B1ab(iii)+2ab(iii)
Justification de la désignation :
Cette libellule rare de grandes rivières à eaux propres et débit moyens à faible, et à lit de sable fin, de limon ou d'argile n'est connue actuellement que dans trois localités au Canada. Elle est disparue de deux autres rivières depuis plus de 60 ans. La plus grande population fait l’objet de plusieurs menaces qui, de façon cumulative, mènent à une diminution de la qualité de l’habitat.

Applicabilité des critères

Critère A (déclin du nombre total d’individus matures) : Ne correspond pas au critère, car la taille des populations est inconnue.
Critère B (petite aire de répartition, et déclin ou fluctuation) : Correspond au critère d’espèce en voie de disparition, B1ab(iii)+2ab(iii), – car l’IZO (44 km²) est inférieur au seuil (500 km²), la zone d’occurrence (2 473 km²) est inférieure au seuil (5 000 km²), il y a moins de 5 localités et l’habitat de l’espèce est en déclin dans les plus grandes localités connues.
Critère C (nombre d’individus matures peu élevé et en déclin) : Ne correspond pas au critère, car la taille des populations est inconnue.
Critère D (très petite population ou répartition restreinte) : Sans objet.
Critère E (Analyse quantitative) : Sans objet.

Mandat du COSEPAC
Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine la situation, à l'échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés et populations (importantes à l'échelle nationale) sauvages jugées en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles, poissons, mollusques, lépidoptères, plantes vasculaires, lichens et mousses.

Composition du COSEPAC
Le COSEPAC est formé de représentants des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique) et de trois organismes non gouvernementaux, ainsi que des coprésidents des groupes de spécialistes des espèces. Le Comité se réunit pour examiner les rapports sur la situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n'existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n'est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants auxquels elle est exposée ne sont pas inversés.

Espèce préoccupante (P)*
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)**
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)***
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d'un manque de données scientifiques.

* Appelée « espèce rare » jusqu'en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.
** Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire »
*** Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu'en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d'une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation au cours des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

Le Service canadien de la faune d'Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

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Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Gomphe ventru Gomphus ventricosus au Canada – 2010

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Information sur l’espèce

Nom et classification

Règne : Animalia – animals, animaux
Embranchement : Arthropoda – arthropods, arthropodes
Sous-embranchement : Hexapoda – hexapodes
Classe : Insecta – hexapoda, insects, insectes
Sous-classe : Pterygota – winged insects, insectes ailés
Infraclasse : Palaeoptera – ancient winged insects, insectes ailés anciens
Ordre : Odonata Fabricius, 1793 – odonates (libellules et demoiselles)
Sous-ordre : Anisoptera Sélys, 1854 – dragonflies, libellules
Famille : Gomphidae – gomphidés
Genre : Gomphus Leach, 1815 – gomphe
Sous-genre : Gomphus (Gomphurus) Needham 1901
Espèce : Gomphus (Gomphurus) ventricosus (Walsh, 1863)
Nom anglais : Skillet Clubtail
Nom français : Gomphe ventru

Le gomphe ventru est une libellule faisant partie de l’ordre des odonates, du sous-ordre Anisoptera (libellules) et de la famille des Gomphidés. L’espèce est distincte, bien qu’il y ait des espèces apparentées, et il n’y a aucune sous-espèce ou espèce candidate proposée. Le genre a été décrit par Leach en 1815 – bien qu’il y ait eu un certain nombre de propositions pour sa subdivision au niveau du genre, aucune n’est actuellement acceptée par la majorité des personnes œuvrant dans le domaine. Le sous-genre Gomphurus a été décrit par Needham en 1901. L’espèce est placée dans le groupe dilatatus, lequel est caractérisé par la plus forte protubérance abdominale de l’ensemble du sous-genre, tel que déterminé par Needham et al. (2000), avec le G. externus (Hagen in Sélys, 1858), le G. lineatifrons (Calvert, 1921), le G. modestus (Needham, 1942)et le G. vastus (Walsh, 1862).

Le nom anglais « Skillet Clubtail » a été assigné par Paulson et Dunkle (1996) et utilisé par Catling et al. (2005) dans la plus récente liste canadienne. Le nom français « gomphe ventru » a été utilisé par Pilon et Lagacé (1998). Le nom « Skillet Clubtail » se rapporte à l’apparence de l’abdomen – abdomen mince dont l’extrémité est caractérisée par une grosse protubérance abdominale circulaire ressemblant à une poêle à frire (en anglais skillet).

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Description morphologique

Le gomphe ventru est l’une des espèces de libellules les plus frappantes pouvant être observées dans leur habitat lotique (eaux courantes), en raison de la protubérance presque circulaire présente à l’extrémité de leur abdomen essentiellement mince sur le reste de la longueur (figure 1). Bien que cette caractéristique soit typique du sous-genre Gomphurus, elle est particulièrement apparente chez cette espèce. L’espèce est de taille intermédiaire pour la famille à laquelle elle appartient, et sa taille varie dans l’ensemble de son aire de répartition – les individus mâles observés au Nouveau-Brunswick sont petits comparativement aux données publiées sur la taille des individus en Amérique du Nord, soit de 48 à 53 mm (Needham et al., 2000). Les données canadiennes publiées sur la taille font plutôt état d’une taille de 45 à 48 mm (Walker, 1958).

L’espèce est de couleur brun foncé et noire, et elle présente des marques jaune vif sur la face dorsale de l’abdomen et sur la protubérance, des marques jaune verdâtre sur le thorax, des yeux vert foncé et des ailes transparentes. Les marques corporelles pâles chez les individus ténéraux demeurent jaunes pendant quelques jours après l’émergence.

Les femelles ressemblent aux mâles, sauf pour ce qui est de leur abdomen plus large, de leur protubérance moins importante, de l’absence d’organes génitaux secondaires, de la présence d’une plaque sous-génitale et des différences quant au nombre et à la forme des appendices de l’abdomen.

Étant donné une certaine similarité avec le congénère sympatrique G. vastus, il est conseillé de confirmer l’identification des individus avec les caractéristiques morphologiques. Bien que les marques de couleur aident à établir un diagnostic, ces marques ne sont pas entièrement fiables.

Les larves (figure 2) sont de taille moyenne, leur corps est allongé et comprimé, et elles sont difficiles à différencier des larves des congénères Gomphurus et des larves du sous-genre Hylogomphus. Les preuves de la présence de cette espèce sont plus facilement confirmées en localisant les exuvies (carapaces larvaires abandonnées), car les adultes sont rarement observés.

Les premiers stades de la larve sont très difficiles à identifier, tandis que les stades intermédiaires et finaux ainsi que les exuvies demeurent difficiles à identifier. Les larves du gomphe ventru peuvent être assignées au sous-genre Gomphurus par la faible longueur des segments abdominaux 9 et 10, ce qui permet de les différencier des larves du sous-genre Gomphus, ainsi que par la présence de granules cuticulaires à texture grossière sur la face dorsale de l’abdomen, ce qui permet de les différencier des larves du sous-genre Hylogomphus.

Des deux autres membres du groupe Gomphurus présents dans l’aire de répartition connue du G. ventricosus au Canada (le G. externus n’est pas présent à l’est des Prairies), les larves du G. ventricosus peuvent être différenciées des larves du G. vastus par l’absence de gros crochet à l’extrémité du palpe labial, et des larves du G. fraternus (gomphe fraternel), par le lobe médian droit du prementum.

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Description génétique

Aucune étude n’a été menée sur la génétique du G. ventricosus. On ignore s’il existe des différences génétiques ou morphologiques entre les populations. Étant donné que la population canadienne est en grande partie située dans la continuité de l’aire de répartition principale de l’est de l’Amérique du Nord, il est probable, mais non prouvé, que les individus canadiens soient peu différents des individus présents plus au sud. Il est possible que dans le passé, l’aire de répartition canadienne des populations ait été davantage continue.

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Unités désignables

L’espèce occupe une vaste aire de répartition au Canada. Bien que les distances soient grandes entre les mentions provenant de l’Ontario, du Québec, du Nouveau‑Brunswick et de la Nouvelle-Écosse, seule la population de la Nouvelle-Écosse semble être réellement isolée de l’aire de répartition principale des États-Unis. Cependant, l’espèce n’est pas signalée dans l’État du Maine, ce qui isole en quelque sorte la population du Nouveau-Brunswick des populations situées au sud. Aucune différence n’a été signalée entre les populations des différentes parties de l’aire de répartition. Les populations canadiennes ne sont pas considérées distinctes, car leur aire de répartition était probablement davantage continue avant l’époque de la colonisation. Les zones écogéographiques semblent peu pertinentes en raison de la vaste répartition de l’espèce et de la continuité relative de cette répartition immédiatement au sud de la frontière canadienne. Cela donne à penser que l’espèce doit être traitée comme une seule unité désignable. Aux fins de déterminer les données relatives à l’occurrence, à l’occupation et aux menaces, seules trois populations du Nouveau-Brunswick, clairement acceptables comme unité désignable unique, sont prises en considération.

Figure 1.  Vue dorsale du Gomphus ventricosus mâle (environ x 2). Source : P. M. Brunelle.

Illustration en couleur d’un gomphe ventru mâle (vue dorsale).

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Figure 2 . Vue dorsale de la larve du Gomphus ventricosus (environ x 2). Source : P. M. Brunelle.

Illustration en couleur de la larve du gomphe ventru (vue dorsale).

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Répartition

Aire de répartition mondiale

La figure 3 présente l’aire de répartition mondiale du gomphe ventru (tirée de Donnelly [2004] et du site Web d’Odonata Central, Abbott [2007]). En ce qui a trait aux régions adjacentes, cette libellule a disparu de la Pennsylvanie et il est possible qu’elle ait disparu de l’État de New York. Voir la section « Protection actuelle ou autres désignations » du rapport pour connaître la situation de l’espèce dans les différents États.

Le gomphe ventru est confiné en Amérique du Nord à l’est du Mississippi et de la rivière Rouge; au nord, il est présent jusque dans la partie continentale de la Nouvelle-Écosse, tandis qu’à l’ouest, les observations les plus septentrionales ont été effectuées au Minnesota, à proximité des frontières internationales avec le Manitoba et l’Ontario. La mention la plus méridionale provient du Tennessee.

Figure 3 . Aire de répartition mondiale du Gomphus ventricosus (d’après Donnelly [2004] et Abbott [2007]).

Carte de l’aire de répartition mondiale du gomphe ventru.

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Aire de répartition canadienne

À l’exception du grand nombre de données provenant des environs de Fredericton, au Nouveau-Brunswick, les mentions de cette espèce sont rares au Canada; il s’agit habituellement d’observations historiques, rarement indicatrices d’un habitat de la larve. Toutes les mentions proviennent de l’écozone maritime de l’Atlantique, de l’écozone du bouclier boréal et de l’écozone des plaines à forêts mixtes (NSWG, 1996).

La figure 5 illustre la répartition de l’espèce dans les provinces maritimes et la figure 4, sa répartition sur la rivière à la Pluie (Rainy River), au Minnesota, près de l’Ontario. Source : données de l’ADIP (Atlantic Dragonfly Information Project) et mentions publiées. Voir Brunelle (2009) pour obtenir des détails sur toutes les mentions canadiennes connues de l’espèce.

En Ontario, deux mentions (Forest et Ignace) ont récemment été retirées car elles étaient erronées (Jones, 2007). Il existe une occurrence historique enregistrée à « Ottawa » en juillet 1924, soit un mâle capturé par A. L. Pritchard (OOD, 2009, C.D. Jones, comm. pers.). Ce mâle provenait probablement de la rivière des Outaouais, mais au moins 700 heures de recherche sur la rivière, y compris des recherches d’exuvies, n’ont permis aucune mention (C. Jones, P. Catling, comm. pers.). Cependant, l’espèce est signalée d’après la présence d’exuvies sur les rives de la rivière à la Pluie du côté du Minnesota (nord-ouest de l’Ontario, près de la frontière avec le Manitoba), où elle forme la frontière internationale entre le Minnesota et l’Ontario (Steffens et Smith, 1999). Bien que cela puisse être considéré comme une preuve fiable de la présence d’une population en Ontario (voir la figure 4), l’observation n’a pas eu lieu au Canada et doit donc être exclue aux fins de l’évaluation. L’espèce demeure inconnue dans la région ontarienne de la rivière à la Pluie, malgré les recherches intensives qui y ont été faites (voir, par exemple, Oldham et Elder, 2000).

Au Québec, il n’existe qu’une mention historique – « Farnham », le 18 juin 1940. Trois mâles ont été capturés par A. Robert à environ un kilomètre de la rivière Yamaska. A. Robert a indiqué que cette portion de la rivière présente un substrat composé en alternance de galets et d’argile (Robert, 1963). Il n’y a eu aucune autre mention pour le Québec.

Figure 4 . Aire de répartition actuelle du Gomphus ventricosus, Rainy River, Minnesota, (Steffens et Smith, 1999).  

Carte de l’aire de répartition actuelle du gomphe ventru au Minnesota.

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Il existe deux mentions pour la Nouvelle-Écosse. « Mount Uniacke », comté de Hants, est une mention historique (enregistrement 303078 de l’ADIP, le 18 juin 1948, un adulte capturé par D. C. Ferguson; voir aussi Cook, 1950). On ignore les allées et venues de ce spécimen, mais il se peut qu’il soit présent, mais non catalogué, dans la collection du Musée royal de l’Ontario, car il a été envoyé à Edmund Walker il y a de nombreuses années (C. Cook, comm. pers.). Il semble n’y avoir aucune rivière propice à l’espèce dans la région de Mount Uniacke, et il se peut que l’insecte ait été en recherche de nourriture très loin de son habitat larvaire. La seconde mention concerne une exuvie (rivière Shubenacadie, pont de la route 2, Enfield, comté de Halifax, enregistrement 303079 de l’ADIP, le 27 juin 1992) recueillie par Paul M. Brunelle et identifiée par Robert A. Cannings. Ce spécimen a été perdu et des recherches subséquentes au même site et ailleurs sur la rivière n’ont permis aucune autre mention de l’espèce.

Figure 5 . Aire de répartition historique du Gomphus ventricosus dans les provinces maritimes. Les emplacements de la Nouvelle-Écosse sont exclus de la répartition actuelle. Source : P. M. Brunelle.

Carte de l’aire de répartition historique du gomphe ventru dans les provinces maritimes.

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Les connaissances les plus approfondies concernant cette espèce au Canada proviennent d’observations faites au Nouveau-Brunswick, sur la rivière Saint-Jean en aval du barrage de Mactaquac, et à Fredericton, en aval de la confluence avec la rivière Jemseg (environ 50 km de rivière). Le site comptant le plus grand nombre d’observations est situé à Fredericton, tout juste en amont de l’extrémité est du pont Princess Margaret, où Dwayne Sabine a mené une étude quinquennale sur les exuvies, qui a produit de nombreuses mentions d’émergence et exuvies de l’espèce (figures 6, 7 et 8).

Près du pont Princess Margaret, la rive est une anse peu profonde, qui constitue vraisemblablement une zone où les larves peuvent prendre appui sur le substrat, et par conséquent un lieu de concentration d’émergences (une épave présente dans l’anse appuie cette hypothèse). L’espèce a été observée à divers sites sur la rivière, aussi loin vers le sud que la confluence des rivières Saint‑Jean et Jemseg. Des relevés effectués le long du réservoir du barrage de Mactaquac et en amont dans le nord du Nouveau-Brunswick et au nord-ouest du Maine, y compris des recherches intensives d’exuvies, n’ont produit aucune autre mention de l’espèce. Des ténéraux et des adultes ont été capturés à Fredericton du début juin jusqu’à la mi-juillet.

Des individus ont été capturés sur trois autres rivières du Nouveau-Brunswick constituant des milieux potentiels de larves (voir Brunelle, 2009, pour obtenir plus de détails). Ainsi, Denis A. Doucet et Jim Edsall ont capturé un mâle adulte sur la rivière Canaan le 17 juillet 2007, mais les exuvies n’ont pas été trouvées, malgré des recherches. De même, des adultes ont été observés à deux reprises sur la rivière au Saumon, la première fois par Stuart A. Tingley le 3 juillet 2001; encore une fois, aucune exuvie n’a été trouvée. Doucet et Edsall ont recueilli des exuvies dans la rivière Jemseg en 2007. Cependant, ce site est situé à seulement 5 km du bras principal de la rivière Saint‑Jean, et la pente d’écoulement est très faible; la population doit donc être considérée comme faisant partie de la métapopulation de la rivière Saint-Jean.

Bien que la possibilité d’autres localités au Canada ne puisse être écartée, il est très peu probable que l’on en trouve plus de quelques‑unes si tant est qu’il y en ait, étant donné l’ampleur des relevés réalisés sur la libellule au cours de la dernière décennie (voir ci-dessous la section Taille et tendances des populations – Activités de recherche).

L’absence de mention récente pour la Nouvelle-Écosse, en dépit des recherches effectuées dans l’aire d’occurrence historique, et le fait qu’aucun spécimen ne permet de confirmer les observations faites en Nouvelle‑Écosse semblent des raisons suffisantes d’exclure ces zones des calculs de l’aire de répartition. De plus, étant donné que l’importante campagne de recherche menée dans les environs d’Ottawa à un moment opportun (au moins 700 heures de recherche, P. M. Catling, comm. pers.) n’a révélé aucune population, il semble indiqué d’exclure cette zone. Enfin, des entomologistes du Québec ont passé des centaines d’heures à chercher l’espèce dans le sud du Québec, en particulier au site de Farnham, sans succès; cette région a donc aussi été exclue. Ainsi, il semble approprié de considérer la zone d’occurrence et l’IZO comme étant représentés par les trois localités actuelles (toutes au Nouveau-Brunswick), ce qui donne une zone d’occurrence de 2 473 km² et un IZO de 44 km². Les occurrences de la rivière Saint-Jean sont considérées comme provenant d’une seule localité (bien qu’elles soient dans une certaine mesure séparées en trois) parce que cette zone est probablement habitée en continu et assujettie aux mêmes menaces liées à la qualité de l’eau, à l’influence saline et aux perturbations générales du paysage. Les localités représentent une série de disjonctions, mais elles ne sont pas fragmentées au point d’être réduites et isolées par rapport à une aire de répartition autrefois davantage continue.

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Habitat

Besoins en matière d’habitat

Catling et Brownell (2000, citant Louton, 1983) décrivent l’habitat comme des rivières grandes et moyennes aux eaux troubles, dont le fond est composé de limon, de cailloux et de substrat rocheux. Dunkle (2000) décrit l’habitat comme des rivières petites et grandes aux eaux troubles, avec un fond au moins partiellement vaseux, mais dont l’eau est de bonne qualité. Des lacs limpides au fond en sable ou en sable-marne (riche en calcium) constituent parfois l’habitat. Rien n’indique que l’espèce est présente dans des lacs au Canada. Le United States Fish and Wildlife Service (2002) caractérise l’habitat comme étant une zone de sédimentation lotique et un littoral lentique dont le substrat est composé de sédiments, principalement de limon. Steffens et Smith (1999) donnent de l’information sur les rivières dans lesquelles l’espèce a été signalée au Minnesota, généralement par des exuvies; il s’agit de ruisseaux franchissables à gué ou de rivières non franchissables à gué, larges de 90 à 600 pi (de 27 à 180 m), aux eaux chaudes, au courant de moyen à rapide, et dont les bassins versants sont boisés.

Le gomphe ventru semble être un spécialiste des cours d’eau mésotrophes au courant moyen à faible avec un substrat fin, présentant habituellement une forte teneur en limon et/ou en argile; cependant, il semble qu’aucune étude précise n’ait été menée sur les préférences des larves en matière de microhabitat. Ces milieux sont habituellement confinés à des segments de grands cours d’eau qui s’écoulent à travers des sols riches, selon une faible pente. De plus, l’espèce est considérée sensible à la dégradation de la qualité de l’habitat et de l’eau, particulièrement à l’envasement et/ou aux faibles niveaux d’oxygène dissous (NatureServe, 2009). Néanmoins, étant donné ses préférences évidentes en matière de substrat, une sensibilité à l’envasement, sauf dans des cas extrêmes, semble improbable (P. Brunelle, obs. pers.).

L’habitat principal de l’espèce, la rivière Saint-Jean à Fredericton (figures 6, 7 et 8), correspond aux descriptions ci‑dessus. Devenu relativement rare au Canada, cet habitat est très vulnérable aux répercussions des activités humaines (voir la section Tendances en matière d’habitat ci-dessous). Étant donné la rareté des observations d’adultes près des rivières où se trouvent les larves, il convient de rappeler l’énoncé de Steffens et Smith (1999) voulant que les adultes se trouvent dans des « bassins versants boisés » – la survie des adultes jusqu’à la ponte peut être favorisée par la présence d’un couvert forestier, mais, compte tenu de la prédisposition de l’espèce à se percher à faible hauteur dans des arbustes, comme dans les tourbières, la présence d’une forêt bien développée ou riveraine n’est pas toujours nécessaire.

Figure 6 . Habitat du Gomphus ventricosus; rivière Saint-Jean, Fredericton. Source : P. M. Brunelle. Vue vers l’amont (ouest).

Photo de l’habitat du gomphe ventru, vue sur l’amont, sur la rivière Saint-Jean, à Fredericton

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Figure 7 . Habitat du Gomphus ventricosus; rivière Saint-Jean, Fredericton. Source : P. M. Brunelle. Vue vers l’aval (est).

Photo de l’habitat du gomphe ventru, vue sur l’aval, sur la rivière Saint-Jean, à Frederiction.

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Figure 8 . Habitat du Gomphus ventricosus; rivière Saint-Jean, Fredericton. Source : P. M. Brunelle. À remarquer : le substrat fin.

Photo du substrat fin de l’habitat du gomphe ventru sur la rivière Saint-Jean, à Fredericton.

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Tendances en matière d’habitat

L’absence de toute mention récente dans l’est de l’Ontario, au Québec et en Nouvelle-Écosse semble indiquer un déclin de l’habitat dans deux à quatre des sept localités connues. On pense que ce déclin est survenu il y a environ 60 ans car de nombreux entomologistes ont sillonné l’aire et de nombreux relevés de libellules ont été réalisés. Il est possible que l’habitat des larves qui existait en Ontario et au Québec ait été sensible aux répercussions de l’agriculture, puisque l’habitat en question se trouvait principalement dans des zones de sols cultivés. La pollution provenant du paysage agricole adjacent peut expliquer l’absence du gomphe ventru dans des régions qui semblent par ailleurs contenir un habitat propice, comme le sud de l’Ontario, le sud du Manitoba et la vallée du Saint-Laurent au Québec.

En ce qui a trait aux populations existantes, la rivière Saint-Jean en aval du barrage de Mactaquac est située dans une importante zone urbaine et agricole en croissance, où la végétation naturelle dont les adultes ont besoin continue de diminuer (A. Kennedy, comm. pers.). Pour cette population de la rivière Saint‑Jean, environ 60 % du paysage jusqu’à 3 km de la rivière est composé de végétation naturelle. Bien que ce milieu soit en déclin, il semble improbable qu’il diminue de façon rapide et marquée au cours de la prochaine décennie. Par exemple, la majorité du paysage, y compris les 40 000 hectares de forêt gérée de Gagetown, n’est pas susceptible de disparaître dans un avenir rapproché.

La perte de végétation naturelle terrestre n’est pas le seul problème posé à la localité de la rivière Saint-Jean. Un plan d’eau dont la qualité laisse à désirer a été repéré près d’Oromocto (ministère de l’Environnement du Nouveau-Brunswick, 2007), à proximité du centre de la population. Bien que Fredericton soit encore une assez petite ville (de 55 000 à 60 000 habitants), il est probable que l’intensification du développement urbain diminue la qualité de l’eau. Selon les indications, une autre partie de la population de la rivière Saint-Jean bénéficie d’une eau de bonne qualité, de sorte que l’on ne connaît pas clairement l’ampleur que présente actuellement le problème de la pollution.

L’élévation du niveau de la mer représente un problème potentiellement plus grave pour l’habitat aquatique. Déjà, la limite aval de la population de la rivière Saint-Jean est située à moins de 5 km des eaux soumises à l’influence saline (Gillis, 1974), et cette influence gagnera du terrain en amont et aura vraisemblablement des effets sensibles au cours de la prochaine décennie (Daigle, 2009). À l’instar de nombreuses libellules, il est possible que le G. ventricosus ne tolère pas les conditions salines. Si l’influence saline se rendait jusqu’au barrage de Mactaquac, le réservoir, qui s’étend sur au moins 35 km et constitue un habitat non propice, empêcherait tout déplacement de la population en amont.

Il se peut que le barrage en amont ait amélioré l’habitat des larves en réduisant la tendance à la baisse du niveau de la rivière à la fin de l’été et au début de l’automne. Le maintien d’un bon débit dans la région de Fredericton peut retenir l’eau salée en aval de Scovil, qui est déjà à 60 km en aval, assurant ainsi une aire importante d’habitat propice. Cependant, le barrage de Mactaquac est exploité comme un barrage « au fil de l’eau » ayant peu d’impact sur le débit naturel; donc, l’ampleur de cet effet bénéfique est incertaine (M. Toner, comm. pers.).

NatureServe (2009) fait état d’une tendance mondiale à court terme, à savoir un déclin historique de 10 % à 30 % de la population; l’organisme indique toutefois que la majorité de la population restante semble être stable (citant Vogt, comm. pers., 1994).

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Protection et propriété

Aucun des milieux aquatiques occupés par les larves des populations canadiennes de l’espèce n’est situé à l’intérieur d’une zone protégée, et comme ces milieux sont généralement situés dans des zones aménagées, il est improbable qu’ils soient protégés dans l’avenir. La tourbière de la rue Regent à Fredericton, où l’un des adultes à la recherche de nourriture a été capturé, est la propriété de l’Université du Nouveau-Brunswick, laquelle contrôle la recherche qui y est effectuée, mais n’a pas de plan précis pour la protection à long terme de la biodiversité sur le site. Il existe aussi un habitat propice aux adultes au sein de la Réserve nationale de faune du ruisseau de Portobello (A. Kennedy, comm. pers.) et peut-être aussi dans le complexe de l’aire naturelle protégée près du Grand Lac au Nouveau-Brunswick. Il se peut également que, avec un grand terrain bordant la rivière Saint-Jean sur 1 km, la Base des Forces canadiennes Gagetown, située dans l’aire de la population de la rivière Saint-Jean, offre un habitat tant pour les larves que pour les adultes (D. McCullum, comm. pers.).

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Biologie

Cycle vital et reproduction

Comme tous les autres gomphes, le gomphe ventru pond ses œufs dans l’eau, non sur des plantes, en plongeant l’extrémité de son abdomen dans l’eau. Rien n’a été publié sur la ponte, et les chercheurs actuels n’ont rien signalé au sujet de ce comportement, ce qui donne à penser que la ponte a lieu au milieu des rivières, loin des regards.

Les larves prennent au moins deux ans pour se développer jusqu’à l’émergence, et probablement plus. Des larves ont été trouvées à la limite de talus abrupts stabilisés par des végétaux terrestres (Catling et Brownell, 2000, citant Louton, 1983). Apparemment, on ignore si les larves s’enfouissent dans le substrat, mais la propreté des exuvies laisse penser qu’elles ne gisent pas sans protection sur le substrat (absence de croissance d’algues). En effet, il semble plutôt probable qu’elles

s’enfouissent peu profondément, soit à une profondeur qui peut être inférieure à leur hauteur dorsoventrale. Cette hypothèse est en quelque sorte confirmée par les courbes latérales abruptes de l’extrémité abdominale – les espèces qui s’enfouissent en profondeur ont tendance à avoir des segments allongés à l’extrémité abdominale.

La figure 9 indique des dates d’émergence connues. Il est probable que l’émergence débute lorsque les larves partent à la dérive; donc les larves sortant de l’eau pour émerger se retrouvent en plus grand nombre où le courant fort ralentit soudainement (zone où elles peuvent prendre appui sur le substrat, Paul Brunelle, obs. pers.). Ces lieux d’émergence se trouvent d’ordinaire à la tête des bassins dans lesquels les rapides se déversent, et généralement sous des structures le long des rives érodées des cours d’eau. L’étude de Sabine sur la rivière Saint-Jean (45,9431°N) indique que le gomphe ventru a une émergence très synchrone (tous les individus émergent sur une période de quelques jours) au cours des deux dernières semaines de juin, comme les autres gomphes de rivière.

Les exuvies sont habituellement récoltées dans des zones de dépôt où le courant adjacent est fort, ce qui indiquerait que les larves vivent dans les zones de courant rapide, mais à écoulement uniforme, qui jouxtent ces rives, ou qu’elles y sont entraînées par le courant avant d’émerger, d’où leur tendance à se retrouver sur ces rives. Bien qu’elles émergent parfois à proximité du bord de l’eau, elles se retrouvent souvent à une distance considérable sur des troncs d’arbres riverains (D. Sabine, comm. pers.). L’unique exuvie signalée en Nouvelle-Écosse (enregistrement 303079 de l’ADIP) était située à au moins un mètre de hauteur sur le tronc d’un arbre situé à moins d’un mètre du bord de l’eau dans une petite anse.

Après l’émergence, les ténéraux quittent la rivière pour une longue période de maturation. Contrairement à la plupart des odonates qui reviennent fréquemment au cours d’eau pour y établir des territoires et se reproduire, le gomphe ventru semble passer peu de temps près de l’endroit où il a émergé. Les adultes passent probablement le plus clair de leur temps dans les forêts environnantes, habituellement dans la cime des arbres, là où pratiquement aucune observation n’a été faite, mais peut-être plus couramment perchés à faible hauteur sur des broussailles dans des tourbières et des champs où ils se nourrissent. Près de l’eau, cependant, les mâles se perchent sur des feuilles ou sur la rive, souvent camouflés parmi les végétaux, faisant de courtes rondes constituées de quelques boucles ponctuées de vols au-dessus de l’eau, se déplaçant graduellement vers la rive, puis s’envolant soudainement vers un perchoir (Dunkle, 2000). Il ne s’agit pas d’un comportement particulièrement cryptique pour un gomphe, et l’absence d’observation du gomphe ventru sur la rivière Saint-Jean laisse particulièrement penser qu’il est rarement présent près de l’eau. L’accouplement a probablement lieu à l’écart de l’habitat des larves.

La plupart des observations d’adultes ont eu lieu pendant que des individus se nourrissaient dans des aires ouvertes, pas très loin de rivières propices. Par exemple, au moment des observations effectuées dans la tourbière de la rue Regent, environ 3 km en amont de la rivière Saint-Jean à Fredericton, les adultes étaient habituellement perchés sur de la mousse ou de petits arbustes à moins d’un mètre au‑dessus du sol (A.W. Thomas, comm. pers.).

Figure 9 (Tableau 1). Vol du Gomphus ventricosus. Source : P. M. Brunelle. Tableau montrant les périodes de vol du gomphe ventru en Amérique du Nord, selon l’État et la province.
 Vol le plus
précoceB
MaiAJuinJuilletAoûtVolle plus tardifB Obs.
C
CDEABCDEABCDEABCDE
Vol en
A. du N.
13 mai..................11 août45
Vol au
Canada
30 mai..2ex..312137101.......3 juill.45
 >48 °N30 mai..2ex...............31 mai2
  46-47 °N3 juill..... ...1.........3 juill.1
  45-46 °N19 juin......1212691.......14 juill.40
  44-45 °N18 juin.....1.1..........27 juin2
Nouveau-Brunswick19 juin......1212791.......3 juill.41
Nouvelle-
Écosse
18 juin.... 1.1..........27 juin2
Ontario 30 mai..2ex..,............31 mai2
Québec18 juin.....1............18 juin1
Comportement
Emergence<30 mai......124..........28 juin16
Coll. d’exuvie  30 mai......11ex6ex3ex7ex.1ex1ex.1ex... 7 août32
Alimentation______..................  
Territorial______..................  
Vols tels que publiés aux Etats-Unis
Connecticut13 juin..................13 juin 
Indianami-juin..................Dernière semaine 
Michigan17 mai ....             July 24 
Minnesota13 mai1ex5ex10ex1ex1ex.............June 11 
Ohio11 août..................Août 11 

Remarque : Les nombres indiqués dans les colonnes correspondent aux fiches d’observation (espèce/site/date) et non au nombre d’insectes observés. Le trait gris épais indique la période de vol déterminée selon les informations disponibles. Les données de récolte d’exuvies (ex) peuvent indiquer le début de la période de vol, mais cette dernière ne saurait dépasser la date de la dernière observation d’un adulte.

A Subdivisions du mois. Chaque mois est divisé en cinq unités de six jours chacune, sauf l’unité E qui dure sept jours en mai et en juillet.

B Vol le plus précoce et vol le plus tardif observés dans l’aire géographique.

C Nombre total de fiches d’observation. Ce nombre ne correspond pas nécessairement à la somme des colonnes à cause des observations de multiples stades du cycle vital.

Les données pour l’Ontario et le Québec sont publiées, tandis que les données pour le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse proviennent de l’ADIP en date de 2007. Données publiées : Connecticut, Garman (1927); Indiana, Walker (1958); Michigan, Needham et al. (2000); Minnesota, Steffens and Smith (1999); Ohio, Needham et al. (2000)

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La figure 9 indique la période de vol connue pour le Canada. Les périodes de vol chez les odonates varient grandement en fonction des températures saisonnières et sont étroitement reliées à la latitude, à l’élévation (facteur non particulièrement significatif dans l’aire de répartition canadienne) et à la proximité de l’océan (non pertinent à l’extérieur des provinces maritimes). La plupart sinon toutes les espèces présentes au centre du continent ont fortement tendance à commencer à voler plus tôt au cours de la saison.

Le gomphe ventru vole de la fin mai à la mi-août en Amérique du Nord. Après l’émergence, les adultes vivront jusqu’à ce qu’ils soient capturés par un prédateur (la mortalité due à des causes naturelles semble rare chez les odonates, Paul Brunelle, obs. pers.). Habituellement, la majorité des individus seront morts en un mois ou à peu près, mais de rares individus des espèces émergeant au début de l’été peuvent vivre jusqu’à trois mois. Une hypothèse raisonnable est que peu ou pas d’individus des espèces émergeant les premières survivent assez longtemps pour être tués par les premiers gels. En raison du très petit nombre d’observations de gomphes ventrus adultes, il est difficile de spéculer sur la période de reproduction, mais le peu que l’on sait est présenté à la figure 9.

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Prédation

On croit que les larves servent de nourriture aux tortues, aux poissons et aux écrevisses, de même qu’à d’autres larves d’odonates prédatrices, y compris les congénères à un stade plus avancé. Les spécimens qui émergent sont très vulnérables aux oiseaux, aux grenouilles et aux fourmis. Au cours de leur vol inaugural, les ténéraux sont très vulnérables aux oiseaux insectivores. Il est probable que les adultes soient occasionnellement la proie de l’Hagenius brevistylus Sélys, une grosse libellule ubiquiste qui se nourrit surtout d’autres odonates et qui pourrait constituer le principal prédateur du gomphe ventru près de l’eau. D’autres gros insectes prédateurs s’attaquent aussi probablement au gomphe ventru; certaines guêpes (Hyménoptères : Vespidae) et certains Asilidés (Diptères : Asilidae) semblent être assez gros et agressifs pour le faire. Les oiseaux insectivores comme les hirondelles sont des prédateurs communs des Gomphidés, et se nourriront donc sûrement de gomphes ventrus s’ils en trouvent (Catling, comm. pers.). Il paraît probable qu’une grande partie de la mortalité observée chez les adultes soit reliée aux oiseaux insectivores se nourrissant d’adultes et de ténéraux le long des rives ainsi que dans les forêts et les clairières habitées par le gomphe ventru.

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Ressources alimentaires

Comme dans le cas des autres Gomphidés lotiques, la larve du gomphe ventru se nourrit probablement des petits organismes qu’elle trouve dans ou sur le substrat qui constitue son habitat, notamment de larves de mouches, de vers, d’espèces congénères et d’autres invertébrés, et peut‑être aussi de larves de poissons et d’amphibiens. Aucune donnée n’est disponible quant aux préférences alimentaires du gomphe ventru adulte. Il se nourrit probablement de tous les insectes qu’il peut capturer en vol, comme le font la plupart des odonates. Il n’existe aucune mention de capture de proies posées sur des surfaces solides.

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Dispersion et migration

Le gomphe ventru n’est pas une espèce migratrice. Même si sa dispersion a probablement lieu le long des couloirs fluviaux ou de leurs bassins versants, la prédilection des adultes pour les forêts donne à penser que ces derniers sont capables de franchir les distances qui séparent les bassins versants les uns des autres. Mais le gomphe ventru ne doit pas être considéré comme une espèce particulièrement mobile, puisqu’il a rarement été observé à plus de 3 km d’un habitat de larves probable ou connu. La plupart des experts croient, à la lumière des mentions obtenues pour l’ensemble de l’aire de répartition, que le gomphe ventru reste à moins de 10 km de l’habitat des larves (Dragonfly Society of America [Catling, Daigle, Donnelly Dunkle, etc.], comm. pers.).

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Relations interspécifiques

Malgré sa taille relativement petite et le fait qu’il soit rarement territorial, le gomphe ventru mâle peut parfois défendre activement son territoire contre d’autres odonates lotiques comme les espèces du genre Gomphus (gomphe) et Ophiogomphus (ophiogomphe) lorsqu’ils volent au-dessus d’un habitat propice aux larves. Cependant, il n’est probablement pas territorial quand il est perché sur la rive ou loin de l’eau.

Les espèces d’odonates observées avec le gomphe ventru (enregistrements de l’ADIP) sur la rivière Saint-Jean à Fredericton sont les suivantes (en comparaison, le gomphe ventru compte 22 mentions) : ZYGOPTÈRES : Calopteryx aequabilis (caloptéryx à taches apicales, 7 mentions), Argia moesta (Argie svelte, 5), Enallagma civile (agrion civil, 19), E. hageni (agrion de Hagen, 18) et Ischnura verticalis (agrion vertical, 28); ANISOPTÈRES : Basiaeschna janata (aeschne printanière, 18), Dromogomphus spinosus (gomphe épineux, 16), Gomphus (Hylogomphus) abbreviatus (6), G. (H.) adelphus (gomphe jumeau, 29), G. (Gomphus) exilis (gomphe exilé, 11), G. (G.) vastus (gomphe-cobra, 25), Hagenius brevistylus (hagénie, 6), Ophiogomphus aspersus (ophiogomphe saupoudré, 3), O. carolus (ophiogomphe de Carole, 16), O. colubrinus (ophiogomphe boréal, 22), O. m. mainensis (ophiogomphe du Maine, 3), O. rupinsulensis (ophiogomphe roussâtre, 20), Stylogomphus albistylus (gomphe à styles blancs, 9), Stylurus scudderi (gomphe de Scudder, 25), Didymops transversa (macromie brune, 17), Macromia i. illinoiensis (macromie noire, 9) et Epitheca (Epicordulia) princeps (épithèque princière, 23). Cette liste est autant un indicateur des habitats lentiques élargis de la région que des conditions lotiques.

Étant donné leurs préférences en matière d’habitat, les espèces les plus susceptibles d’être des espèces indicatrices du gomphe ventru sont le Dromogomphus spinosus, le Gomphus vastus, l’Ophiogomphus colubrinus, l’O. rupinsulensis, le Stylurus scudderi et l’Epitheca princeps.

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Adaptabilité

Étant donné ses besoins apparemment inhabituels en matière d’habitat, qui sont souvent comblés de loin en loin dans un paysage, et compte tenu de sa mobilité restreinte, il semble improbable que le gomphe ventru soit capable de s’adapter suffisamment et assez rapidement pour survivre à une modification sensible de son habitat.

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Taille et tendances des populations

Abondance, fluctuations et tendances

On ignore la taille des populations du gomphe ventru au Canada, mais plusieurs centaines d’individus sont probablement nécessaires pour assurer le maintien d’une population, selon les observations des populations d’autres odonates riverains (Paul Brunelle, obs. pers.). Les données disponibles sont insuffisantes pour émettre des hypothèses sur les fluctuations de l’abondance des populations.

Les relevés d’odonates ont beaucoup augmenté dans l’ensemble de l’aire de répartition du gomphe ventru depuis les premières mentions de cette espèce au Canada (voir la section Activités de recherche ci-dessous). Malgré tout, cette espèce demeure connue seulement historiquement au Québec et elle est considérée comme disparue de l’unique localité de cette province. Pour ce qui est de la Nouvelle‑Écosse et de l’Ontario, la connaissance de l’espèce est surtout historique, ce qui laisse aussi penser que les populations de ces provinces ont disparu. Si la présence d’une population est confirmée à la rivière à la Pluie en Ontario, les préoccupations de Steffens et Smith (1999) à propos de l’état de la rivière à la Pluie deviendront pertinentes.

La métapopulation du sud de la rivière Saint-Jean (Nouveau-Brunswick) et la population de la rivière à la Pluie (Ontario) sont les seules populations de l’espèce avérées au Canada. Cependant, la possibilité que les deux autres localités du Nouveau-Brunswick abritent des populations viables ne peut être écartée.

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Activités de recherche

Il est très rare que l’on puisse observer un gomphe ventru adulte là où vivent les larves, si ce n’est les ténéraux durant la brève période d’émergence. Des adultes ont été occasionnellement observés sur des broussailles le long des berges, mais on les observe le plus souvent perchés à faible hauteur sur des broussailles à des kilomètres de tout habitat propice aux larves. Ce comportement est courant chez les Gomphidés lotiques (bien qu’il soit apparemment plus extrême chez le gomphe ventru que chez la plupart des autres espèces en ce qui a trait à l’éloignement de l’eau), et les chercheurs expérimentés recherchent ces espèces à distance de l’habitat des larves et ils examinent aussi d’autres types d’habitat, particulièrement des tourbières, où ils trouveraient le G. ventricosus, s’il était présent. Ainsi, le comportement d’errance des adultes n’explique pas le nombre comparativement faible de mentions de l’espèce.

Plusieurs relevés d’exuvies lotiques ont été menés dans l’ensemble de l’aire de répartition du gomphe ventru au Canada, auxquels se sont ajoutées de nombreuses recherches effectuées par des particuliers.

Voici une liste des relevés d’importance effectués dans les provinces maritimes (si aucun résultat n’est indiqué pour le gomphe ventru, c’est qu’il n’y a eu aucune observation) :

  1. Depuis 1988, Brunelle a effectué de façon intermittente des relevés d’adultes et d’exuvies sur la rivière Shubenacadie dans les comtés de Halifax et de Hants, au centre de la Nouvelle-Écosse. Une seule exuvie de gomphe ventru a été récoltée (enregistrement 303079 de l’ADIP). Durée = 40 heures.
  2. De 1993 à 1996, et de façon intermittente par la suite, Brunelle a effectué des relevés d’exuvies dans le ruisseau Canoose et la rivière Ste-Croix dans le comté de Charlotte, dans le sud-ouest du Nouveau-Brunswick. Durée = 352 heures.
  3. En 2003, Bredin et Brunelle (2004) ont effectué des relevés d’adultes et d’exuvies sur la rivière Eel dans les comtés de Carleton et de York, dans l’ouest du Nouveau‑Brunswick. Durée = 85 heures.
  4. De 1999 à 2003, Brunelle a effectué des relevés d’adultes et d’exuvies sur la rivière Saint‑Jean dans le nord du Maine. Durée = 55 heures.
  5. En 2004, Brunelle a effectué des relevés d’adultes et d’exuvies sur la rivière Saint-Jean dans le comté de Madawaska, dans le nord-ouest du Nouveau-Brunswick. Durée = 11 heures.
  6. Depuis 2002, Dwayne Sabine fait principalement des relevés d’exuvies sur la rivière Saint-Jean à Fredericton, comté de York, dans le centre du Nouveau-Brunswick. Il a obtenu d’importants résultats pour le gomphe ventru. Durée = 142 heures.
  7. En 2007 et 2008, Denis Doucet, en compagnie de Brunelle et de Jim Edsall en 2007, a fait des relevés d’adultes et d’exuvies sur la rivière Miramichi Sud-Ouest et ses principaux affluents au centre et dans l’est du Nouveau-Brunswick. Durée = 53 heures.

Les bases de données de l’ADIP contiennent suffisamment d’information sur les relevés pour mesurer les ressources consacrées à ce jour aux relevés des milieux lotiques au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse. Il convient de noter que les « heures de terrain » indiquées ci-après correspondent au temps consacré à la visite d’un habitat particulier, à l’exclusion du temps de déplacement. Une « mention » correspond à l’observation d’une espèce particulière à un endroit particulier et à une date donnée – les différents stades du cycle vital d’une même espèce sont inclus dans la même mention, comme le sont les spécimens de références multiples.

Les paragraphes ci‑après présentent un sommaire des activités de recensement conduites dans les milieux lotiques du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle‑Écosse. Aucune donnée comparative n’est disponible pour l’Ontario et le Québec, mais il est probable que des activités de recherche semblables ou plus intenses y ont été menées puisque 60 000 mentions d’individus ont été obtenues pour l’Ontario, ce qui comprend des adultes et plusieurs milliers d’exuvies, et que la zone couverte était étendue (Jones, 2004). Cependant, l’espèce pourrait être présente dans certaines parties de l’Ontario, comme dans la région de Sault Ste. Marie (région peu étudiée; l’espèce est connue dans l’État adjacent du Michigan). Toutefois, on s’attend à peu ou pas de nouvelles mentions. Au Québec, les relevés d’odonates ont été nombreux avant et après la publication du livre de Pilon et Lagacé (1998) qui fait autorité sur les libellules du Québec. Certes, les activités de recherche décrites ci-dessous pour la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick ne portaient habituellement pas précisément sur le gomphe ventru, mais cela ne compromet en rien les résultats présentés puisque des adultes de toutes les espèces se retrouvent d’ordinaire dans les filets pendant les relevés. On procède ainsi parce que certaines espèces (souvent les plus rares) sont difficiles à identifier en vol. Par ailleurs, les collectes d’exuvies sont en règle générale effectuées sans distinction, les participants au relevé recueillant tout ce qu’ils trouvent aux fins de référence. Peu importe la nature générale des relevés d’odonates réalisés jusqu’à maintenant dans ces provinces, le gomphe ventru est resté une cible prioritaire des chercheurs dans ces provinces en raison de la rareté de cette espèce.

Les chercheurs ont effectué au total 2 900 activités de recensement d’odonates dans des sites de cours d’eau du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse. De ce nombre, 1 387 ont été effectuées entre le début de juin et la mi-juillet. Il s’agit de la période au cours de laquelle le gomphe ventru a le plus de chance d’être trouvé près de l’endroit où il a émergé (Paul Brunelle, obs. pers.). Les chercheurs ont parcouru 358 rivières et ruisseaux, bon nombre à de multiples endroits et à de nombreuses reprises, et sont restés environ 1 400 heures sur le terrain pendant la période de vol présumée. Les odonates adultes ont été ciblés pendant ces activités de recensement, et 4 939 mentions de tous les stades du cycle vital ont été obtenues. Les exuvies ont été ciblées pendant 590 de ces activités et 988 mentions d’exuvies ont été obtenues; 220 mentions de larves ont été obtenues pour 107 activités. Seules 32 activités de recensement effectuées sur trois rivières ont confirmé la présence du gomphe ventru.

Ce faible taux d’observation (2,3 % des 1 387 activités de recensement lotiques réalisées pendant la période de vol présumée; 5,4 % des 590 activités au cours desquelles des exuvies ont été récoltées – en gardant à l’esprit que la rivière Saint-Jean a été assujettie à un nombre disproportionnellement grand de relevés d’exuvies parmi les provinces) est particulièrement significatif étant donné que les exuvies du gomphe ventru sont aussi visibles que celles de beaucoup d’autres espèces. Par exemple, 88 exuvies d’un Gomphidé de taille comparable (Gomphus [Hylogomphus] adelphus) ont été récoltées durant ces activités.

Les relevés de larves sont beaucoup moins fréquents, et sont en général effectués par des professionnels (les exuvies sont souvent récoltées par des bénévoles de l’ADIP). Les échantillonnages de larves effectués au cours de 339 relevés dans 120 rivières ou ruisseaux n’ont conduit à la capture d’aucune larve de gomphe ventru.

Il faut toutefois faire une mise en garde au sujet des statistiques présentées ci‑dessus. En effet, il est possible que la recherche d’exuvies et de larves ait été faite lors de visites subséquentes, mais que ces recherches, surtout si elles sont restées vaines, n’aient pas été signalées à l’ADIP.

En résumé, des activités de recherche considérables ont été menées au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse, et ailleurs dans l’est et le centre du Canada, et elles ont généré très peu de mentions du gomphe ventru, ce qui laisse entendre que cette espèce est réellement très rare. On s’attend à ce que peu ou pas d’autres sites soient découverts. La section sur l’habitat contient de l’information connexe.

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Immigration de source externe

Il est improbable que la disparition des populations de gomphe ventru présentes dans des bassins versants au Canada soit compensée d’ici des décennies par la dispersion naturelle des populations adjacentes du sud, même si les bassins versants du Canada leur servant d’habitat se rétablissaient. Cela est improbable car l’espèce a été classée préoccupante sur le plan de la conservation dans la plupart des États américains où elle est observée, y compris les États adjacents du Canada. Les répercussions environnementales sur les habitats aquatiques naturels s’accroissent à mesure qu’on se déplace vers le sud, avec l’augmentation de la densité des populations humaines et l’augmentation concomitante de l’industrialisation et de l’agriculture, et il est donc possible que les populations du Canada soient moins menacées que celles des États-Unis. Pour ce qui est de l’Ontario, Steffens et Smith (1999) ont noté des cas de malformation chez des individus capturés le long de la rivière à la Pluie, ce qui, ont-ils indiqué, peut signifier que la rivière est gravement polluée; d’autres études doivent être menées à ce sujet. La population de G. ventricosus présente à cet endroit pourrait être menacée, ce qui réduit la probabilité d’immigration. Si elles disparaissent, il est peu probable que les populations du Nouveau-Brunswick soient remplacées par une immigration de source externe – l’absence évidente de l’espèce dans l’État du Maine et la région des Appalaches du Québec rend la possibilité d’une immigration de source externe extrêmement improbable.

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Facteurs limitatifs et menaces

Le changement anthropique de l’habitat représente la plus grande menace potentielle pour le gomphe ventru; en effet, les grandes rivières sont particulièrement associées aux établissements humains, aux transports, à l’industrie et aux activités récréatives. Les menaces connexes les plus susceptibles d’avoir un impact sur cette espèce sont la perte d’habitat, la pollution et les espèces envahissantes.

Comme dans le cas de la plupart des Gomphidés lotiques, la plus grande menace perçue pour les populations est la construction d’ouvrages de retenue sur les cours d’eau. Le barrage de Mactaquac est situé à seulement 15 km en amont de la zone de dépôt des exuvies du gomphe ventru à Fredericton. Il se peut que la création de son réservoir (1964) ait détruit l’habitat et donc des populations de cette espèce. Cependant, son occurrence en bas du barrage semble indiquer que les conditions en aval sont actuellement propices à sa survie.

L’habitat terrestre des adultes de la population de la rivière Saint-Jean a diminué au fur et à mesure que Fredericton et la région urbaine environnante se sont développées, et des pertes d’habitat terrestre ont aussi été associées à l’expansion de l’agriculture (A. Kennedy, comm. pers., voir aussi la section Tendances en matière d’habitat).

Les larves de cette espèce ont besoin de cours d’eau non pollués à l’eau limpide ou naturellement turbide avec un substrat propice composé, croit-on, de sable fin, d’argile et/ou de limon. La pollution est une menace potentielle, particulièrement la pollution attribuable aux pesticides à large spectre utilisés en agriculture ou en aménagement forestier, et surtout aux produits utilisés pour lutter contre les larves aquatiques des insectes piqueurs. On a présumé que la pollution avait un effet néfaste sur la population de la rivière à la Pluie (Rainy River), Minnesota, près de l’Ontario (Steffens et Smith, 1999). Puisque les odonates se classent très haut dans la chaîne alimentaire des invertébrés, ils sont susceptibles d’accumuler des insecticides persistants, jusqu’à un niveau entraînant un effet débilitant ou la mort. Les déversements de substances chimiques toxiques constituent clairement une menace, en particulier aux endroits où les corridors routiers et ferroviaires longent la rivière. Cependant, peu de routes sont situées dans le voisinage immédiat des localités du Nouveau-Brunswick, donc les contacts ne sont pas importants.

L’eutrophisation de l’eau causée par un apport excessif de nutriments en provenance des eaux usées, et la sédimentation due au ruissellement provenant des activités agricoles ou forestières menacent par ailleurs directement l’habitat des larves. Les activités de coupe et de pulvérisation d’insecticides dans les forêts qui entourent leurs cours d’eau risquent de nuire aux populations adultes qui, selon l’information existante, passent la plus grande partie de leur temps dans le couvert forestier environnant. La seule indication certaine de pollution associée à un cas documenté d’eau dont la qualité laisse à désirer est notée dans la section Tendances en matière d’habitat. On ne sait pas avec certitude dans quelle mesure la pollution représente actuellement un problème, mais on prévoit que ce problème s’aggravera avec la croissance urbaine.

Les espèces envahissantes peuvent représenter une menace soit directement pour l’espèce, soit indirectement, en modifiant la composition biotique de l’habitat. Les plantes aquatiques envahissantes, telles que le potamot crépu (Potamogeton crispus) et le myriophylle en épi (Myriophyllum spicatum), constituent actuellement une préoccupation dans la région. Elles peuvent envahir un plan d’eau et atteindre une forte densité, puis mourir, ce qui peut rendre le milieu aquatique létal. Propagées principalement par les embarcations récréatives – et peut-être également par les oiseaux aquatiques – et donc capables de passer d’un bassin versant à un autre, ces plantes sont principalement des espèces d’eau calme, mais certaines peuvent survivre dans les parties basses des rivières. Le recours à des herbicides pour en limiter la propagation dans les bassins versants est aussi une préoccupation.

Il a récemment été établi que la diatomée Didymosphenia geminata constitue une menace grandissante pour le benthos de l’est de l’Amérique du Nord. Cette diatomée a été introduite dans la rivière Connecticut près de Pittsburg dans le New Hampshire, et bien qu’elle ne représente pas encore une menace dans l’aire canadienne connue du gomphe ventru, elle emprisonne le substrat et le benthos sous d’épais amas qui pourraient se révéler une menace pour l’espèce à l’avenir.

L’introduction délibérée ou accidentelle d’organismes aquatiques supérieurs peut présenter une menace pour le gomphe ventru, et on en sait très peu sur les impacts des invasions. La survie d’une espèce d’odonate introduite paraît très improbable. Ces introductions sont de plus en plus fréquentes dans le nord-est des États-Unis, dans une tentative à courte vue de lutter contre les populations de moustiques, en particulier depuis que la propagation du virus du Nil occidental est devenue un enjeu de santé publique. Les espèces ainsi introduites sont d’ordinaire des espèces d’eaux calmes introduites dans des eaux stagnantes et non dans des cours d’eau. De plus, si une rivière était propice à ces espèces généralement plus opportunistes, il est probable qu’elle aurait déjà été colonisée, et si la rivière était située au nord de la limite bioclimatique de ces espèces, la survie de celles-ci serait improbable.

Des espèces d’écrevisses (Déapodes, Cambaridés) ont été introduites illégalement dans la région pour servir d’appât dans les activités de pêche récréative. Or, des études menées sur l’écrevisseà épines (Orconectes limosa) en milieu naturel – dans la rivière Ste-Croix, au Nouveau-Brunswick – et en aquarium montrent que ces crustacés se nourrissent de larves qui vivent sur la surface du substrat ou dans celui‑ci, à faible profondeur (Paul Brunelle, obs. pers). Comme, pense‑t‑on, les larves du gomphe ventru ne s’enfouissent pas profondément, toute espèce d’écrevisse introduite est susceptible d’avoir un effet néfaste sur l’espèce. Par ailleurs, lorsque les larves sortent du substrat pour se laisser dériver et se rendre vers la rive pour émerger, elles s’exposent à la prédation des écrevisses présentes sur la surface du substrat. Au Nouveau-Brunswick, deux autres espèces d’écrevisses ont été signalées dans les régions du nord et elles pourraient également se trouver dans la rivière Saint-Jean : l’écrevisse à pinces bleues (Orconectes virilis) et l’écrevisse de ruisseau (Cambarus bartoni). Si cette dernière est indigène et affiche un comportement semblable à celui de l’écrevisse à épines, le comportement de l’écrevisse à pinces bleues demeure inconnu.

Certaines espèces de poissons sont également introduites illégalement aux fins de la pêche sportive. Malgré son caractère illégal, cette pratique persiste, comme en fait foi la propagation du brochet maillé (Esox niger) en Nouvelle-Écosse (Paul Brunelle, obs. pers.). Dans la rivière Ste-Croix, l’achigan à petite bouche(Micropterus dolomieu), introduit historiquement dans le cadre d’un programme gouvernemental, est un prédateur vorace du benthos (Paul Brunelle, obs. pers. in situ). Il ne présente probablement pas une menace constante pour les larves du gomphe ventru, mais il peut devenir un ennemi redoutable lorsque les larves du gomphe ventru sortent du substrat la nuit pour se laisser dériver ou pour émerger, car il chasse la nuit (John Gilhen, comm. pers.). L’introduction involontaire de maskinongés (Esox masquinongy Mitchill) dans le tronçon amont de la rivière Saint-Jean peut, à un moment donné, représenter une menace pour le benthos du tronçon aval de la rivière.

En plus des espèces envahissantes, certains prédateurs soutenus par la présence humaine, comme le quiscale bronzé (Quiscalus quiscula), l’étourneau sansonnet (Sturnus vulgaris), différentes hirondelles et les ratons laveurs (Procyon lotor), qui peuvent être abondants en zone urbaine en raison de la nourriture offerte par les humains, peuvent avoir un impact croissant sur le G. ventricosus dans les environs de Fredericton durant les périodes d’émergence.

Dans la rivière Saint-Jean, l’avancée graduelle de l’influence saline associée à l’élévation du niveau de la mer représente une menace potentielle importante pour la survie du gomphe ventru; de plus, l’obstacle que représente le réservoir du barrage de Mactaquac empêche la migration de l’espèce en amont (voir aussi la section Tendances en matière d’habitat). Une étude portant sur la composition chimique de l’eau dans le système de la rivière Saint-Jean a permis de déterminer que l’île Musquash, à la sortie du lac Washademoak, était la limite amont de l’influence saline durant les faibles débits d’eau saisonniers (Gillis, 1974). Cette limite est située à environ 5 km en aval de Scovil, soit l’endroit le plus en aval où l’espèce a été observée. Bien qu’il soit compliqué de modéliser l’ampleur de l’élévation du niveau de la mer, une analyse récente prévoit une hausse de 12 ± 3 cm du niveau de la rivière Saint‑Jean d’ici 2025 par rapport aux niveaux de 2000 (Daigle, 2009).

Il n’existe que quelques menaces anthropiques évidentes et immédiates pour les gomphes ventrus. Les collisions avec les voitures, qui peuvent mener à un taux de mortalité important chez certaines espèces de libellules, semblent constituer une menace probable pour le gomphe ventru en raison du comportement des adultes qui consiste à se percher à faible hauteur dans des plantations d’arbrisseaux, et par conséquent près de la surface du sol. De plus, les individus qui viennent d’émerger et qui quittent le bord de l’eau durant la période d’émergence peuvent gonfler les statistiques de mortalité lorsqu’ils traversent les routes longeant la rivière, où les véhicules se déplacent à plus de 50 km/h. Cette vitesse semble constituer la limite supérieure au-delà de laquelle les individus sont incapables de s’écarter à temps des véhicules. La densité de la circulation et la nature de la route jouent un rôle important. Les routes en bon état qui traversent les terrains boisés et les routes secondaires où les véhicules peuvent circuler à grande vitesse, mais dont l’emprise est étroite, semblent particulièrement dangereuses pour les libellules. Les routes plus importantes à emprise plus large sont beaucoup moins dangereuses (Paul Brunelle, obs. pers. fondée sur six années de déplacements avec un filet installé devant un véhicule). La zone urbaine de Fredericton présente un danger de collision avec les voitures pour le G. ventricosus, particulièrement sur les grandes routes.

La perturbation de l’émergence causée par les activités nautiques et la construction le long des berges constitue une autre menace directe. Les vagues créées par le passage des embarcations pendant la période d’émergence peuvent nuire aux larves en émergence. Même le fait d’accoster avec un canot, de patauger ou de marcher sur la rive aux sites d’émergence risque de nuire aux populations pendant la courte période d’émergence (deux semaines). Cependant, le G. ventricosus émerge durant la nuit et s’éloigne alors d’une certaine distance du bord de l’eau, s’installant parfois en hauteur sur les troncs d’arbres riverains, ce qui atténue le risque que présentent les embarcations et le piétinement pour l’espèce.

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Importance de l’espèce

La présence du gomphe ventru est indicatrice d’un habitat de grands cours d’eau à eau limpide, avec un substrat relativement rare (pour le Canada) de sable fin, d’argile ou de limon. Comme il peut jouer le rôle d’espèce indicatrice, d’autres espèces peu communes et importantes seront vraisemblablement présentes là où il se trouve. Il est considéré rare ou en péril, et sa protection est jugée prioritaire dans l’ensemble de son aire de répartition en Amérique du Nord. Ces deux dernières décennies, des recensements organisés et étendus des odonates ont été menés au Canada à l’est des provinces des Prairies.Les résultats de ces travaux portent à conclure que le gomphe ventru est une espèce très rare dans ces régions.

L’espèce se trouve au Canada à la limite nord de son aire de répartition. Sa viabilité globale pourrait, à terme, dépendre de l’impact anthropique moindre subi par les eaux canadiennes, par rapport aux bassins versants plus au sud.

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Protection actuelle ou autres désignations de statut

La désignation de statut du gomphe ventru reflète sa rareté générale. À l’échelle mondiale, NatureServe lui a attribué la cote G3 (vulnérable), et à l’échelle nationale, la cote N3 pour les États-Unis et N1 pour le Canada (NatureServe, 2009). Une cote 3 indique que cette espèce est « rare ».

Les examens de la situation générale des espèces au Canada effectués en 2002 et en 2005 (Twolan et Nadeau, 2004) lui ont attribué le niveau 2 (peut être en péril) pour le Canada et pour les provinces (Ontario, Québec, Nouveau-Brunswick et Nouvelle-Écosse). NatureServe a évalué le statut de l’espèce comme étant S1 (en voie de disparition) pour le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et l’Ontario, et SH (présence historique) pour le Québec. La cote S1 anciennement attribuée pour l’Ontario était fondée sur des renseignements qui ont depuis été jugés erronés – le statut du gomphe ventru dans cette province devrait être SH si les occurrences à la rivière à la Pluie ne sont pas acceptées pro forma (puisqu’elles ont eu lieu du côté américain de la rivière), et c’est ainsi que l’espèce est actuellement cotée. 

NatureServe (2009) a évalué le statut de l’espèce dans les États américains comme suit (X = probablement disparue, H = peut‑être disparue, U = non classable, NR = non encore classée); Connecticut (S2), Indiana (S1S2), Iowa (SNR), Kentucky (SH), Maryland (SH), Massachusetts (S2), Michigan (SNR), Minnesota (SNR), Missouri (SU), New Hampshire (S1), New Jersey (SNR), New York (SH), Caroline du Nord (S1S2), Ohio (S2), Pennsylvanie (SX), Tennessee (S3?), Vermont (S1), Virginie (S1) et Wisconsin (S3).

Au Canada, l’espèce et son habitat ne font actuellement l’objet d’aucune protection officielle. La tourbière de la rue Regent, à Fredericton, au Nouveau-Brunswick, où des individus adultes se nourrissent, est protégée par l’Université du Nouveau-Brunswick (Brunelle, 2009).

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Connaissances autochtones et traditionnelles

Aucune information n’a été trouvée pour cette espèce.

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Sommaire biographique du rédacteur du rapport

Paul Michael Brunelle étudie les odonates du Canada atlantique et du nord de la Nouvelle-Angleterre depuis 1987. Il est l’auteur de nombreux articles scientifiques sur le sujet, et a proposé des cotes de classement pour le Canada (NatureServe), l’ensemble des provinces maritimes à plusieurs reprises, et l’État du Maine. Il a été invité à participer à l’évaluation des odonates dans le cadre de l’examen de la situation générale des espèces au Canada réalisé en 2002 et aux récentes révisions des cotes pour les Maritimes. Au début des années 1990, M. Brunelle a mis sur pied le programme de recensement bénévole des odonates de l’Atlantique (Atlantic Dragonfly Inventory Program – ADIP). En 1997, l’État du Maine a retenu ses services pour planifier le Maine Damselfly and Dragonfly Survey (MDDS), rédiger ses publications, organiser des séminaires à l’intention des bénévoles, et identifier et produire des spécimens. Il a en outre été retenu pour effectuer un relevé d’espèces rares d’odonates dans le Maine. En 2000, il a rédigé la description du Neurocordulia michaeli présent au Nouveau-Brunswick. M. Brunelle a saisi plus de 61 000 fiches d’observation dans les bases de données ADIP/MDDS depuis leur création; plus de 10 000 de ces fiches découlent de ses propres recherches sur le terrain. En 2007, il a rédigé la version préliminaire du rapport de situation du COSEPAC pour l’Ophiogomphus howei, l’ophiogomphe de Howe.

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Collections examinées

Atlantic Dragonfly Inventory Program (ADIP). Paul M. Brunelle, coordonnateur régional, 4 Hilltop Terrace, Dartmouth, Nouvelle-Écosse, CANADA, B2Y 3T1.

Collection nationale canadienne d’insectes (CNCI). Agriculture et Agroalimentaire Canada, Ottawa (Ontario), CANADA K1A 0C6 Raymond Hutchinson a gracieusement passé en revue cette collection pour le gomphe ventru.

Université de Carleton. Stewart B. Peck, professeur de biologie, Département de biologie, 1125, chemin Colonel By, Ottawa (Ontario), CANADA, K1S 5B6.

Musée d’entomologie Lyman. Stéphanie Boucher, Conservatrice, Musée d’entomologie Lyman Campus Macdonald, Université McGill, Ste-Anne-de-Bellevue, (Québec), CANADA, H9X 3V9.

Musée du Nouveau-Brunswick (MNB). Mary Sollows, Conservatrice adjointe, Zoologie, 277, avenue Douglas, Saint John (Nouveau-Brunswick), CANADA, E2K 1e5.

Musée royal de l’Ontario (MRO). Brad Hubley, gestionnaire de la collection d’entomologie, Département d’histoire naturelle, 100, Queen’s Park, Toronto (Ontario), CANADA, M5S 2C6.

Smithsonian Institution, National Museum of Natural History (NMNH). Jerry Louton, 10th Street at Constitution Ave, NW (West Loading Dock), NHB, MRC 165, Room CE-420, Washington, D.C., United States, 20560. David G. Furth, MRC 165, P.O. Box 37012, Washington, D.C., United States, 20013-7012.

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Remerciements et experts contactés

Le rédacteur du présent rapport souhaite remercier les personnes suivantes de l’aide qu’elles lui ont apportée. La liste qui suit contient le nom des personnes qui ont donné accès à des collections et des organisations particulières. Derek Bridgehouse, Paul M. Catling, Thomas W. Donnelly, Denis Doucet, Robert F. Foster, Raymond Hutchinson, Dwayne Sabine, Anthony W. Thomas et Stuart Tingley ont fourni de l’information biologique et des fiches d’observation utiles. Maureen Toner, Michael Oldham, Ruben Boles et Theresa Aniskowicz ont contribué de façon importante au contenu du présent rapport.

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Sources d’information

Publications

Bredin, K.A., et P.M. Brunelle. 2004. Atlantic Canada Conservation Data Centre Freshwater Mussel and Odonate Surveys of the Eel River, New Brunswick, in 2003. Rapport pour Fonds de fiducie de la faune du Nouveau-Brunswick. 19 p.

Brunelle, P.M. 2009. Details of Canadian and United States Records of the Skillet Clubtail. Rapport complémentaire présenté au COSEPAC. 9 p.

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Catling, P.M., R.A. Cannings et P.M. Brunelle. 2005. An annotated Checklist of the Odonata of Canada. Bulletin of American Odonatology 9(1): 1-20.

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OOD. 2009. Ontario Odonata Database (en anglais seulement). Ministère des Richesses naturelles de l’Ontario. Consulté en janvier 2009.

Centrale de Mactaquac. Wikipedia. 2009. Consulté en janvier 2009.

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Particuliers/organisations

Andrew Kennedy (Ph.D.). Technicien de la faune, Service canadien de la faune, Sackville.

Anthony W. Thomas (Ph.D.). Nouveau-Brunswick. Centre de données sur la conservation du Canada atlantique (CDC Atlantique). Aucune donnée disponible autre que les renseignements fournis par l’ADIP.

Sean Blaney, botaniste et directeur adjoint, C.P. 6416, Sackville (Nouveau-Brunswick), CANADA, E4L 1G6.

Centre de données sur le patrimoine naturel du Québec – Fauna. Ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec, Direction de l'expertise sur la faune et ses habitats, 880, chemin Ste-Foy, 2e étage,   (Québec), CANADA, G1S 4X4.

Centre d’information sur le patrimoine naturel de l’Ontario. Michael J. Oldham, botaniste, Section de la biodiversité, Direction de la pêche et de la faune, ministère des Richesses naturelles, 300, rue Water, 2e étage, Tour Nord, Peterborough (Ontario), CANADA, K9J 8M5. Colin Jones, Natural Heritage Project Zoologist, Centre d’information sur le patrimoine naturel, Section de la biodiversité

Deanna McCullum. Range Biologist. Défense nationale. Base des Forces canadiennes, Gagetown

Dennis Paulson (Ph.D). Dragonfly Society of the Americas, Washington.

Jerrell J. Daigle (Ph.D.). Dragonfly Society of the Americas, Floride.

Maureen Toner (Ph.D.). Ministère des Ressources naturelles du Nouveau-Brunswick.

Ministère des Ressources naturelles de la Nouvelle-Écosse. Aucune donnée disponible autre que les renseignements fournis par l’ADIP. Mark F. Elderkin, biologiste des espèces en péril, ministère des Ressources naturelles, 36, rue Exhibition , Kentville (Nouvelle-Écosse), CANADA, B4N 4E5.

Ministère des Ressources naturelles et de la Faune du Québec – Fauna. Daniel Banville, biologiste, Secteur Faune Québec, 2e étage, 880, chemin Sainte-Foy, Québec (Québec), CANADA, G1S 4X4. Nathalie Desrosiers, biologiste.

Ministère des Ressources naturelles et de l’Énergie du Nouveau-Brunswick. Aucune donnée disponible autre que les renseignements fournis par l’ADIP. Maureen Toner (Ph.D.), biologiste, Programme sur les espèces en péril, Direction de la pêche sportive et de la chasse, Ministère des Ressources naturelles, Centre forestier Hugh John Flemming, C.P. 6000, Fredericton (Nouveau-Brunswick), CANADA, E3B 5H1.

Ministère des Richesses naturelles de l'Ontario (MRNO). Demande acheminée au Centre d’information sur le patrimoine naturel de l’Ontario. Alan Dextrase, biologiste principal en matière d’espèces en péril, Section des espèces en péril, Direction de la pêche et de la faune, Division de la gestion des richesses naturelles, ministère des Richesses naturelles de l'Ontario, C.P. 7000, Peterborough (Ontario), CANADA, K9J 8M5.

Northern Bioscience. Robert F. Foster (Ph.D.), 363, rue Van Horne, Thunder Bay (Ontario), CANADA, P7A 3G3.

Parcs Canada. Aucune donnée disponible.

Partenariat fédéral en matière d’information sur la biodiversité (présidé par le Musée canadien de la nature). Demande de renseignements envoyée à Bob Anderson et à François Genier. Lynn Gillespie (Ph.D.), chercheure scientifique, Musée canadien de la nature, C.P. 3443, Station D, Ottawa (Ontario), CANADA, K1P 6P4.

Patrick Nantel (Ph.D.), biologiste de la conservation Biologist, Programme sur les espèces en péril, Spécialiste de l’évaluation des espèces, Direction de l’intégrité écologique, 4e étage, 25, rue Eddy, Gatineau (Québec), CANADA, K1A 0M5.

Pêches et Océans Canada*. Simon Nadeau, conseiller principal, Science des populations de poissons, Pêches et Océans Canada, 200, rue Kent, Ottawa (Ontario), CANADA, K1A 0E6.

Service canadien de la faune (SCF) – Région de l’Atlantique. Kim Mawhinney, gestionnaire intérimaire, Population Conservation, 6, rue Bruce, Mount Pearl (Terre-Neuve-et-Labrador), CANADA, A1N 4T3.

Service canadien de la faune (SCF) – Région de l’Ontario. Angela McConnell, Environnement Canada, 4905, rue Dufferin, Downsview (Ontario), CANADA, M3H 5T4.

Service canadien de la faune (SCF) – Région du Québec. François Fournier, biologiste, Direction de la conservation de l'environnement, Environnement Canada, 1141, route de l'Église, C.P. 10 100 8e étage, Sainte Foy (Québec), CANADA, G1V 3W5.


* Aucune réponse en date du 28 février 2009.