Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Fissident appauvri Fissidens pauperculus au Canada - 2001

Photographie du fissident appauvri (Fissidens pauperculus)

Espèce en voie de disparition – 2001

Table des matières

Information sur le document

Liste des figures

Liste des tableaux

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Information sur le document

COSEPAC – Comité sur la situation des espèces en péril au Canada

Les rapports de situation du COSEPAC sont des documents de travail servant à déterminer le statut des espèces sauvages que l’on croit en péril. Le présent rapport peut être cité de la manière suivante :

Nota : Toute personne souhaitant citer l’information contenue dans le rapport doit indiquer le rapport comme source (et en citer l’auteur); toute personne souhaitant citer le statut attribué par le COSEPAC doit indiquer l’évaluation comme source (et citer le COSEPAC). Une note de production sera fournie si des renseignements supplémentaires sur l’évolution du rapport de situation sont requis.

COSEPAC. 2001. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le Fissident appauvri (Fissidens pauperculus) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. vi + 17 p.

Belland, R. 2001. Rapport de situation du COSEPAC sur le Fissident appauvri (Fissidens pauperculus) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. 1-17 p.

Pour obtenir des exemplaires supplémentaires, s’adresser au :

Secrétariat du COSEPAC
a/s Service canadien de la faune
Environnement Canada
Ottawa (Ont.)
K1A 0H3

Tél. : 819-997-4991 / 819-953-3215
Téléc. : 819-994-3684
Courriel
Site Web

Photographie de la couverture :
Fissident appauvri -- ©René J. Belland.

©Sa Majesté la Reine du chef du Canada, 2011.
No. de catalogue  CW69-14/641-2001F-PDF
ISBN 978-1-100-97426-2

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COSEPAC

Sommaire de l’évaluation

Sommaire de l’évaluation - Novembre 2001

Nom commun
Fissident appauvri

Nom scientifique
Fissidens pauperculus

Statut
Espèce en voie de disparition

Justification de la désignation
Cette espèce endémique de l’Amérique du Nord se trouve dans plusieurs États du Pacifique et dans seulement un site isolé dans le Sud de la Colombie-Britannique, où elle se trouve sous forme d’un seul petit bouquet et de quelques toutes petites touffes de plantes adjacentes dans un cours d’eau et où elle est en péril à cause de la perturbation anthropique et d’événements fortuits.

Répartition canadienne
Colombie-Britannique

Historique du statut
Espèce désignée « en voie de disparition » en novembre 2001.

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COSEPAC
Résumé

Fissident appauvri
Fissidens pauperculus

Information sur l’espèce

Le Fissidens pauperculus est une mousse se distinguant par sa taille minuscule et par ses feuilles presque entières à irrégulièrement crénelées, sans bande marginale, à nervure forte mais se terminant bien en bas de l’apex et à sommet aigu à courtement acuminé.

Répartition

Le Fissidens pauperculus est endémique à l’ouest de l’Amérique du Nord. La partie principale de son aire de répartition se trouve en Californie et dans le sud-ouest de l’Orégon. L’espèce présente également des occurrences isolées dans le nord-ouest de l’État de Washington et le sud-ouest de la Colombie-Britannique.

Habitat

Dans son unique localité canadienne, le Fissidens pauperculus pousse sur un affleurement de limon humide situé dans le lit d’un petit ruisseau saisonnier, à l’intérieur d’une forêt de douglas et de pruche de l’Ouest. Dans la partie principale de son aire, l’espèce est associée à des forêts de séquoia côtier.

Biologie

On sait peu de choses sur la biologie du Fissidens pauperculus. L’espèce est monoïque et produit régulièrement des spores dans sa localité canadienne. Elle pourrait donc se disperser vers les milieux propices situés à proximité.

Taille et tendances de la population

Aucune information n’est disponible sur les tendances de la seule population canadienne. Selon les connaissances actuelles, cette population est constituée d’une seule colonie occupant environ 625 cm2.

Facteurs limitatifs et menaces

On ne sait pas quels facteurs ont un effet limitatif sur le Fissidens pauperculus. La population canadienne de l’espèce se trouve dans une zone protégée, mais elle pourrait être menacée par les travaux d’entretien des sentiers et par des phénomènes de nature stochastique notamment liés aux changements climatiques.

Importance de l’espèce

Au Canada, le Fissidens pauperculus a été signalé dans une seule localité. L’espèce est également rare dans l’ensemble de l’Amérique du Nord, où elle est endémique et où son aire de répartition se limite à la Californie, à l’Orégon, à l’État de Washington et à la Colombie-Britannique.

Mandat du COSEPAC
Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) détermine la situation, à l'échelle nationale, des espèces, sous-espèces, variétés et populations (importantes à l'échelle nationale) sauvages jugées en péril au Canada. Les désignations peuvent être attribuées aux espèces indigènes des groupes taxinomiques suivants : mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles, poissons, mollusques, lépidoptères, plantes vasculaires, lichens et mousses.

Composition du COSEPAC
Le COSEPAC est formé de représentants des organismes provinciaux et territoriaux responsables des espèces sauvages, de quatre organismes fédéraux (Service canadien de la faune, Agence Parcs Canada, ministère des Pêches et des Océans et Partenariat fédéral en biosystématique) et de trois organismes non gouvernementaux, ainsi que des coprésidents des groupes de spécialistes des espèces. Le Comité se réunit pour examiner les rapports sur la situation des espèces candidates.

Définitions

Espèce
Toute espèce, sous-espèce, variété ou population indigène de faune ou de flore sauvage géographiquement définie.

Espèce disparue (D)
Toute espèce qui n'existe plus.

Espèce disparue du Canada (DC)
Toute espèce qui n'est plus présente au Canada à l'état sauvage, mais qui est présente ailleurs.

Espèce en voie de disparition (VD)
Toute espèce exposée à une disparition ou à une extinction imminente.

Espèce menacée (M)
Toute espèce susceptible de devenir en voie de disparition si les facteurs limitants auxquels elle est exposée ne sont pas inversés.

Espèce préoccupante (P)*
Toute espèce qui est préoccupante à cause de caractéristiques qui la rendent particulièrement sensible aux activités humaines ou à certains phénomènes naturels.

Espèce non en péril (NEP)**
Toute espèce qui, après évaluation, est jugée non en péril.

Données insuffisantes (DI)***
Toute espèce dont le statut ne peut être précisé à cause d'un manque de données scientifiques.

* Appelée « espèce rare » jusqu'en 1990, puis « espèce vulnérable » de 1990 à 1999.
** Autrefois « aucune catégorie » ou « aucune désignation nécessaire »
*** Catégorie « DSIDD » (données insuffisantes pour donner une désignation) jusqu'en 1994, puis « indéterminé » de 1994 à 1999.

Le Comité sur la situation des espèces en péril au Canada (COSEPAC) a été créé en 1977, à la suite d'une recommandation faite en 1976 lors de la Conférence fédérale-provinciale sur la faune. Le Comité avait pour mandat de réunir les espèces sauvages en péril sur une seule liste nationale officielle, selon des critères scientifiques. En 1978, le COSEPAC (alors appelé CSEMDC) désignait ses premières espèces et produisait sa première liste des espèces en péril au Canada. Les espèces qui se voient attribuer une désignation au cours des réunions du comité plénier sont ajoutées à la liste.

Le Service canadien de la faune d'Environnement Canada assure un appui administratif et financier complet au Secrétariat du COSEPAC.

 

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Rapport de situation du COSEPAC sur le Fissident appauvri Fissidens pauperculus au Canada – 2001

Information sur l’espèce

Nom et classification

Nom scientifique :  Fissidens pauperculus Howe

Citation bibliographique :  Erythea 2: 97, 1894.

Synonymes pertinents :  Aucun

Nom français :  Fissident appauvri (traduction du nom scientifique)

Nom anglais :  Poor Pocket Moss (traduction du nom scientifique)

Famille :  Fissidentacées

Grand groupe végétal :  Mousses (Musci)

Le grand genre Fissidens compte plus de 850 espèces dans le monde entier. Au Canada, il est représenté par 16 espèces (Ireland et al., 1987), dont 9 se rencontrent en Colombie-Britannique.

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Description

Plante entière – minuscule, longue de 1,5 à 2 mm, couchée à décombante, formant des groupes lâches.

Feuilles – au nombre de 3 à 5 paires, changeant peu d’aspect selon que la plante est sèche ou humide; feuilles supérieures mesurant 1,5-2,3 mm × 0,3-0,4 mm, oblongues-ligulées, à lame engainante (lame fortement repliée) mesurant ½ à b de la longueur de la feuille; sommet aigu à courtement acuminé; marge presque entière à irrégulièrement crénulée vers le sommet; bande marginale absente ou constituée de seulement 1 ou 2 rangs de petites cellules; nervure forte, disparaissant 8 à 10 cellules sous l’apex.

Cellules supérieures des feuilles – irrégulièrement hexagonales, lisses, mesurant 9-10 μg × 10-40 μg, plus petites et arrondies vers la marge, plus grandes et oblongues-rectangulaires près de la nervure.

Soie – jaune, devenant rougeâtre avec l’âge, longue de 2-3 (5) mm.

Capsule – terminale, ovoïde à oblongue-ovoïde, inclinée à pendante; opercule conique-rostellé, de longueur atteignant presque celle de l’urne.

L’espèce est monoïque : les organes sexuels mâles et femelles sont présents sur le même individu.

Les feuilles d’aspect particulier, formées de 3 parties (lame engainante, lame apicale et lame dorsale), constituent un caractère distinctif du genre Fissidens. Le Fissidens pauperculus se distingue des autres espèces par sa taille minuscule et par ses feuilles sans bande marginale, à marge entière à irrégulièrement crénulée (en raison de l’extrémité proéminente des cellules), à sommet aigu et à nervure forte disparaissant 8 à 10 cellules sous l’apex (figure 1). Aucune autre espèce présente en Colombie-Britannique ne ressemble étroitement au F. pauperculus. Certaines populations de F. aphalotaxifolius ont déjà été prises pour des F. pauperculus, mais cette espèce diffère du F. pauperculus par sa taille, par son habitat et par la morphologie de ses feuilles, qui présentant une bande marginale bien définie.

Figure 1.  Morphologie du Fissidens pauperculus. A. Cellules apicales de la feuille. Noter l’absence de nervure dans cette partie de la feuille. B. Cellules médianes de la feuille. Noter l’absence de bande marginale bien définie. C. Cellules basales de la feuille. D. Plante entière, avec sporophyte. Dessins tirés de Grout (1936).

Illustration de la morphologie du fissident appauvri montrant les cellules apicales, médianes et basales de la feuille ainsi que la plante entière.

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Populations d’importance nationale

Le Fissidens pauperculus compte une seule population connue au Canada. Cette population est située dans le parc Lynn Canyon, parc municipal géré par la Ville de North Vancouver.

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Répartition

Aire de répartition mondiale

Le Fissidens pauperculus est endémique à l’ouest de l’Amérique du Nord. L’aire de répartition principale de l’espèce se trouve en Californie et dans le sud-ouest de l’Orégon. L’espèce compte en outre quelques occurrences isolées dans le nord-ouest de l’État de Washington (comté de Clallam) et dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique (figure 2). L’espèce est peu commune dans toute son aire de répartition, et elle a été signalée dans moins de 20 localités à l’échelle mondiale.

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Aire de répartition canadienne

Au Canada, l’espèce a été signalée à un seul endroit, à North Vancouver, dans le sud-ouest de la Colombie-Britannique. Il n’existe aucune mention historique de l’espèce.

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Habitat

Besoins en matière d’habitat

Aucune description détaillée de l’habitat du Fissidens pauperculus n’a été publiée. L’habitat de l’espèce est cependant mentionné dans quelques flores, dont celle de Lawton (1971), qui décrivait l’habitat (et le microhabitat) en ces termes (traduction de l’anglais) : « sur les escarpements de terre humide dénudée, où l’espèce pousse souvent avec le F. bryoides ». Les étiquettes des spécimens d’herbier fournissent plus de détails, comme en font foi les exemples suivants (traductions de l’anglais), venant tous de Californie : 1) escarpements de terre dans une petite vallée ombragée (comté de Marin); 2) terre dure et humide sous des séquoias (comté de San Mateo); 3) sur le sol à la base d’un Sequoia sempervirens (comté de Marin); 4) sur des billes (comté de Humboldt); 5) butte de terre sur un versant boisé (comté de San Mateo); 6) sol argileux dénudé, dans une forêt de séquoia coupée à blanc (comté de Humboldt); 7) terre dans une forêt de séquoia (comté de Santa Cruz). Dans la partie principale de son aire de répartition, située dans l’ouest de l’Amérique du Nord, l’espèce semble se rencontrer le plus souvent dans des forêts de séquoia côtier (Sequoia sempervirens).

Schofield (1968) ainsi que Krause et Schofield (1977) décrivent l’habitat de l’espèce, au parc Lynn Canyon, respectivement en ces termes (traductions de l’anglais) : « affleurement de limon dans un petit ruisseau saisonnier » et « escarpement de limon consolidé suintant ». Les étiquettes des spécimens d’herbier mentionnent en outre comme habitat : « limon d’une pente humide » et « affleurement de limon sur le versant d’un canyon ». Durant les travaux de terrain menés en 1999 et 2000, l’espèce a été observée sur un affleurement de limon, dans un petit ruisseau, à l’intérieur d’une forêt mûre de douglas (Pseudotsuga menziesii) et de pruche de l’Ouest (Tsuga heterophylla). Cet affleurement est mouillé par intermittence : il demeure généralement sec durant l’été, tandis que vers la fin de l’automne et en hiver il est irrigué par un ruissellement plus ou moins continu dû aux pluies hivernales que connaît la région (Koch, 1951). On trouvera aux figures 3 à 5 des photographies de l’habitat prises dans le parc Lynn Canyon.

Figure 2.  Aire de répartition du Fissidens pauperculus en Amérique du Nord. Il s’agit en fait de l’aire de répartition mondiale de l’espèce. Certains des points situés aux États-Unis représentent deux occurrences.

Carte de l’aire de répartition du fissident appauvri en Amérique du Nord.

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Protection et propriété

La seule occurrence canadienne connue de l’espèce se trouve dans un parc municipal que la ville de North Vancouver gère à titre de parc naturel ouvert au public.

Figure 3.  Habitat général du Fissidens pauperculus dans le parc Lynn Canyon. La flèche pointe vers la seule colonie de F. pauperculus. Le crayon-feutre visible en haut de la flèche donne une idée de l’échelle. Noter les débris (planches) visibles dans la partie supérieure de la photo.

Photographie en noir et blanc de l’habitat général du fissident appauvri dans le parc Lynn Canyon. L’unique bouquet de l’espèce est indiqué.

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Figure 4.  Gros plan du microhabitat du Fissidens pauperculus dans le parc Lynn Canyon (voir figure 3). Le trait blanc entoure la seule colonie de F. pauperculus. Le crayon-feutre donne une idée de l’échelle.

Photographie en gros plan et en noir et blanc du microhabitat du fissident appauvri dans le parc Lynn Canyon. L’unique bouquet de l’espèce est indiqué.

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Figure 5.  Habitat du Fissidens pauperculus dans le parc Lynn Canyon. Photo prise à partir du sentier, montrant les restes d’un vieux pont piétonnier.

Photographie en noir et blanc de l’habitat du fissident appauvri dans le parc Lynn Canyon montrant les restes d’un vieux pont piétonnier.

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Biologie

Reproduction

On ne dispose d’aucune information détaillée portant spécifiquement sur la reproduction du Fissidens pauperculus.

Comme chez toutes les mousses, la reproduction sexuée se fait à l’aide de spores produites à l’intérieur d’une structure spécialisée du sporophyte, appelée « sporange ». Le Fissidens pauperculus est une espèce monoïque pour laquelle les organes reproducteurs mâles et femelles se trouvent sur un même individu. Par rapport aux mousses dioïques (dont les organes mâles et femelles se trouvent sur des individus différents), les mousses monoïques produisent des spores beaucoup plus fréquemment, ce qui peut accroître la capacité de ces espèces à se disperser sur de grandes distances.

Il n’existe aucune mention publiée de reproduction asexuée chez le Fissidens pauperculus. Lorsque ce mode de reproduction est présent chez une espèce, on considère qu’il sert surtout à sa dispersion et à son établissement à l’échelle locale. Il est bien connu que de nombreuses espèces de mousses se reproduisent par voie asexuée au moyen de fragments détachés de feuilles ou d’autres organes ainsi qu’à l’aide de propagules spécialisées telles que les gemmules et les feuilles décidues. Bien qu’un tel mode de reproduction n’ait jamais été signalé chez le F. pauperculus, il est probable que cette espèce soit capable de se reproduire au moyen de fragments de plante.

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Dispersion

Chez les mousses, les spores constituent le principal moyen de dispersion à grande distance et d’établissement dans de nouvelles régions. Dans sa seule localité canadienne, le Fissidens pauperculus produit des spores régulièrement (tableau 1). L’espèce y a été observée six fois, et dans cinq cas elle produisait des sporophytes.

Si jamais la population de la Colombie-Britannique venait à disparaître, une immigration de source externe à partir de populations situées plus au sud serait très improbable. La population située le plus près se trouve dans les monts Olympiques, dans l’État de Washington, à une distance d’environ 160 km, mais il s’agit d’une population isolée, qui a peu de chances de fournir suffisamment de propagules pour reconstituer la population canadienne. De plus, cette population est elle-même située à environ 700 km de la population suivante, située dans l’extrême sud-ouest de l’Orégon. Les 2 populations connues d’Orégon se trouvent à la limite nord de l’aire de répartition principale de l’espèce, dont la plus grande partie est située en Californie. Dans cet État, les populations de F. pauperculus sont dispersées à l’intérieur des forêts de séquoia côtier et sont pour la plupart séparées par des distances d’au moins 100 km.

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Taille et tendances de la population

Les notions d’individu et donc de la taille de la population sont difficiles à appliquer aux mousses, car la même touffe de mousses réunissant de nombreuses tiges peut avoir pour origine la germination d’une seule spore. Hallingbäck et al. (2000) ont recommandé de compter comme un individu chaque colonie de mousses bien délimitée, ce qui a été pris en compte dans le présent rapport.

Il n’existe aucune donnée sur les tendances de la population canadienne de Fissidens pauperculus (voir commentaires ci-dessous). Cependant, le site a été visité plusieurs fois au cours des 40 dernières années, et il s’avère que l’espèce y persiste depuis sa découverte initiale, en 1961. Elle y a été observée au moins 6 fois (tableau 1).

Tableau 1.  Sommaire des observations du Fissidens pauperculus dans le parc Lynn Canyon, en Colombie-Britannique, au Canada.
ObservateursAnnéeSpécimen d’herbierSporanges?
Schofield, W.B.2000NonOui
Belland, R.J., et W.B. Schofield1999NonOui
Schofield, W.B.1992OuiNon
Schofield, W.B.1970OuiOui
Schofield, W.B., et H. Crum1964OuiOui
Schofield, W.B.1961OuiOui

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En avril 2000, W.B. Schofield a signalé que l’espèce était représentée par une seule colonie mesurant environ 625 cm2. Une visite faite en 2001 par le rédacteur du présent rapport a révélé que la population comptait en outre plusieurs individus éparpillés.

Il se peut que la population ait diminué depuis sa découverte. Krause et Schofield (1977) précisent que le F. pauperculus a été découvert sur un petit escarpement de limon surplombant le petit ruisseau. Or, ce microhabitat se trouve à moins de 2 mètres de l’affleurement de limon où l’espèce pousse aujourd’hui. W.B. Schofield (comm. pers., mars 2001) avait remarqué que l’espèce était disparue de l’escarpement par la suite. On ne sait pas si l’espèce poussait dans les 2 microhabitats au moment où elle a été signalée pour la première fois.

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Facteurs limitatifs et menaces

Au Canada, la perturbation due aux activités humaines constitue la principale menace pour le Fissidens pauperculus. L’espèce pousse dans une zone protégée, mais le site se trouve sur une pente escarpée située juste en bas d’un sentier abandonné. Une partie des planches ayant servi à construire un pont piétonnier à proximité ont été emportées par le courant et se trouvent maintenant tout près de la population. Si les autorités du parc décident de retirer ces débris, la population risque fortement d’être piétinée par les travailleurs et d’être ainsi décimée.

Les phénomènes de nature stochastique constituent également une menace importante à la persistance de l’espèce au Canada. Dans la région de Vancouver, où se trouve la population, les changements climatiques pourraient entraîner une succession de 2 ou 3 étés secs, ce qui risquerait de provoquer une dessiccation excessive du substrat dont a besoin la mousse. Cette sécheresse excessive entraînerait une exfoliation du substrat et finirait par éliminer le Fissidens pauperculus.

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Importance de l’espèce

Le site du parc Lynn Canyon constitue la seule occurrence connue de l’espèce au Canada. De plus, l’espèce est rare en Amérique du Nord, où elle est endémique et limitée à la Californie, à l’Orégon, à l’État de Washington et à la Colombie-Britannique. À l’échelle mondiale, l’espèce a été observée dans moins de 20 localités.

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Évaluation et statut proposé

Protection actuelle ou autres désignations de statut

À l’échelle mondiale, l’organisme The Nature Conservancy (TNC) a attribué au Fissidens pauperculus la cote G3? (le « ? » indique qu’il s’agit d’une cote provisoire). La cote G3 signifie que l’espèce compte entre 21 et 100 occurrences et peut être rare et localisée dans l’ensemble de son aire de répartition, ou avoir une aire limitée, mais demeurer abondante dans certaines localités. Les espèces cotées G3 peuvent être sujettes à disparaître à cause de perturbations sur une grande échelle. Bien que TNC ait attribué à l’espèce la cote provisoire G3?, le rédacteur du présent rapport n’a pas réussi à trouver plus de 20 occurrences, et on estime que l’espèce n’est présente que dans un nombre bien moindre de sites.

En Orégon, on a attribué à l’espèce la cote S1, qui signifie qu’elle compte tout au plus 5 occurrences, ou ne compte plus que quelques individus restants, et qu’elle peut être particulièrement sujette à disparaître à cause de certains facteurs liés à sa biologie.

En Colombie-Britannique, on a également attribué à l’espèce la cote S1. De plus, elle figure sur la « Liste rouge » énumérant les espèces et sous-espèces (taxons) indigènes que l’on croit disparues, en voie de disparition ou menacées à l’échelle de la Colombie-Britannique.

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Évaluation du statut et recommandation de l’auteur

Selon les critères du COSEPAC, il faut attribuer au Fissidens pauperculus le statut d’espèce en voie de disparition, car sa population compte moins de 250 individus (critère D1). L’espèce est isolée par rapport à son aire de répartition principale, et elle est d’ailleurs rare dans l’ensemble de l’Amérique du Nord. Par conséquent, les possibilités d’une immigration de source externe sont très faibles. De plus, le F. pauperculus pousse dans un milieu exposé aux perturbations d’origine humaine et aux événements stochastiques.

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Résumé technique

Fissidens pauperculus

Fissident appauvri Poor Pocket Moss

Colombie-Britannique

Information sur la répartition

  • Superficie de la zone d’occurrence (km²)
  • < 0,1
  • Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion ou inconnue).
  • Inconnue
  • Y a-t-il des fluctuations extrêmes de la zone d’occurrence (ordre de grandeur > 1)?
  • Inconnu
  • Superficie de la zone d’occupation (km²)
  • << 0,1
  • Préciser la tendance (en déclin, stable, en expansion ou inconnue).
  • Peut-être en déclin
  • Y a-t-il des fluctuations extrêmes de la zone d’occupation (ordre de grandeur > 1)?
  • Non
  • Nombre de localités existantes
  • 1
  • Préciser la tendance du nombre de localités (en déclin, stable, en croissance ou inconnue).
  • Stable
  • Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de localités (ordre de grandeur > 1)?
  • Non
  • Tendance de l’habitat : préciser la tendance de l’aire, de l’étendue ou de la qualité de l’habitat (en déclin, stable, en croissance ou inconnue)
  • Inconnue

Information sur la populations

  • Durée d’une génération (âge moyen des parents dans la population : indiquer en années, en mois, en jours, etc.).
  • Inconnue
  • Nombre d’individus matures (reproducteurs) au Canada (ou préciser une gamme de valeurs plausibles)
  • 1
  • Tendance de la population quant au nombre d’individus matures (en déclin, stable, en croissance ou inconnue).
  • Possiblement en déclin
  • Si la tendance est en déclin, % du déclin au cours des dernières/prochaines 10 années ou 3 générations, celui qui est le plus grand (ou préciser s’il s’agit d’une période plus courte)
  • Inconnu
  • Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre d’individus matures (ordre de grandeur > 1)?
  • Non
  • La population totale est-elle très fragmentée (la plupart des individus se trouvent dans de petites populations relativement isolées [géographiquement ou autrement] entre lesquelles il y a peu d’échanges, c.-à-d. migration réussie de 1 sujet par année)?
  • Oui
  • Énumérer chaque population et donner le nombre d’individus matures dans chacune.
  • 1 population (1 colonie principale et quelques touffes éparpillées)
  • Préciser la tendance du nombre de populations (en déclin, stable, en croissance ou inconnue).
  • Stable
  • Y a-t-il des fluctuations extrêmes du nombre de populations (ordre de grandeur > 1)?
  • Non

Analyse quantitative

S/O

Menaces (réelles ou imminentes pour les populations ou les habitats)

 

Immigration de source externe

  • L’espèce existe-t-elle ailleurs (au Canada ou à l’extérieur)?
  • Oui
  • Statut ou situation des populations de l’extérieur?
  • Inconnu
  • Une immigration est-elle connue ou possible?
  • Non
  • Les sujets immigrants seraient-ils adaptés pour survivre à l’endroit en question?
  • Inconnu
  • Y aurait-il suffisamment d’habitat disponible pour les sujets immigrants?
  • Probablement

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Remerciements

Le rédacteur du rapport aimerait remercier Wilfred B. Schofield, qui l’a accompagné sur le terrain et lui a permis d’emprunter des spécimens de l’herbier UBC.

Le présent rapport a été financé par le Service canadien de la faune d’Environnement Canada.

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Ouvrages cités

Grout, A.J. 1936. Moss Flora of North America north of Mexico, Volume 1, Part 1, Newfane (Vermont).

Hallingbäck, T., et N. Hodgetts. 2000. Status survey and conservation action plan for bryophytes – mosses, liverworts, and hornworts, IUCN/SSC Bryophyte Specialist Group, Cambridge, ROYAUME-UNI, 106 pages.

Ireland, R.R., G.R. Brassard, W.B. Schofield et D.H. Vitt. 1987. Checklist of the mosses of Canada II, Lindbergia 13 : 1-62.

Krause, G., et W.B. Schofield. 1977. The moss flora of Lynn Canyon Park, North Vancouver, British Columbia, Syesis 10 : 97-110.

Koch, L.F. 1951. Fissidens pauperculus Howe and Orthotrichum gracile Bruch & Schimper: mosses associated with the coast redwood forest, Science 114 : 571-572.

Lawton, E. 1971. Moss Flora of the Pacific Northwest, Hattori Botanical Laboratory, Nichinan, JAPON.

Schofield, W.B. 1968. Bryophytes of British Columbia I. Mosses of particular interest, Journal of the Hattori Botanical Laboratory 31 : 205-226.

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Sommaire biographique du rédacteur du rapport

René J. Belland (Ph.D), possède une vaste expérience des bryophytes de nombreuses régions du Canada. Pendant 14 ans, il a étudié sur le terrain les bryoflores de la région du golfe du Saint-Laurent. Il y a notamment réalisé une étude détaillée des espèces à répartition discontinue, et il a effectué le relevé et l’analyse de la bryoflore (y compris les espèces rares) de 8 parcs nationaux. Il a aussi étudié pendant plusieurs années les mousses de la Colombie-Britannique. Depuis 1993, M. Belland occupe un poste à l’Université d’Alberta, où il fait des recherches sur la biodiversité et travaille notamment à des modèles de biodiversité pour les Rocheuses albertaines et la Colombie-Britannique. De plus, il a étroitement collaboré avec l’Alberta Natural Heritage Information Centre, pour l’élaboration d’une liste provinciale des bryophytes à surveiller, ainsi qu’avec le COSEPAC et le Centre de données sur la conservation du Canada atlantique, pour divers projets reliés aux bryophytes.

René Belland est actuellement coprésident du Groupe de spécialistes des plantes vasculaires, des mousses et des lichens du COSEPAC. Il est également membre du Groupe de spécialistes des bryophytes de la Commission de la survie des espèces (SSC) de l’Union internationale pour la conservation de la nature (IUCN). Il siège à titre de spécialiste pour l’Amérique du Nord au comité permanent des bryophytes en voie de disparition (Standing Committee for Endangered Bryophytes) de l’Association de bryologie, et il est membre du Sous-comité scientifique des espèces en voie de disparition de la province de l’Alberta.

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Experts contactés

Schofield, W.B., Professeur émérite, Départment of Botany, University of British Columbia, Vancouver (Colombie-Britannique) – expert de la bryologie de la Colombie-Britannique et auteur de la découverte du Fissidens pauperculus dans cette province.

Purcell, R.A., Professeur, The Pennsylvania State University, University Park (Pennsylvanie), Expert de la taxonomie du genre Fissidens.

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Collections examinées

Lynn Creek Canyon, North Vancouver, 14 juin 1961. W.B. Schofield 14539 (UBC).

Lynn Creek, N. Vancouver, 5 mars 1964. W.B. Schofield 22607 (UBC).

Lynn Creek Canyon, North Vancouver, 27 août 1970. W.B. Schofield 43098 (UBC).

Lynn Canyon Park, North Vancouver, 22 mars 1992. W.B. Schofield.