Description de résidence pour le mormon (Apodemia mormo), population des Prairies, au Canada

L'article 33 de la Loi sur les espèces en péril (LEP) interdit d'endommager ou de détruire la résidence d'une espèce inscrite comme en voie de disparition, menacée ou disparue du pays. La LEP définit le mot « résidence » comme suit : « Gîte - terrier, nid ou autre aire ou lieu semblable - occupé ou habituellement occupé par un ou plusieurs individus pendant tout ou partie de leur vie, notamment pendant la reproduction, l'élevage, les haltes migratoires, l'hivernage, l'alimentation ou l'hibernation » [paragr. 2(1)].

La mise en œuvre de cette interdiction peut prendre diverses formes selon l'instance qui est responsable de l'espèce visée. Comme aucune disposition législative fédérale préexistante ne s'applique au mormon, l'interdiction visant la résidence ne s'applique automatiquement que dans les parties du territoire domanial fédéral où l'espèce est présente. La LEP contient aussi des dispositions interdisant la destruction des résidences situées hors du territoire domanial fédéral sur les terres provinciales, territoriales et privées en vertu d'un décret du gouverneur en conseil, si le ministre de l'Environnement en fait la recommandation [paragr. 34(2), 35(2)]. En l'absence d'un tel décret, l'espèce relève des autorités provinciales et territoriales.

On trouvera ci-dessous la description de résidence pour le mormon (Apodemia mormo), population des Prairies, établie afin d'accroître la sensibilisation du public et d'aider à faire respecter l'interdiction ci-dessus. L'information qui a servi à rédiger la présente description provient principalement d'études réalisées chez la population des Prairies du mormon. La seule résidence connue du mormon est la plante hôte, Eriogonum pauciflorum Pursh (ériogone pauciflore) et la rhizosphère de la plante hôte.

On a établi que la plante entière est la résidence du mormon pendant toute l'année parce que de nombreuses parties de celle-ci lui servent de nourriture et de protection contre les prédateurs. Elle sert aussi d'abri contre les intempéries aux œufs, aux chenilles et aux chenilles en hibernation ainsi qu'aux chrysalides tout au long de l'année. Dans la définition de la résidence, on a inclus la rhizosphère, qui réfère à la fois à la superficie entourant la plante et à la profondeur du sol au même endroit, les deux devant être suffisantes pour contenir les racines de la plante. La rhizosphère a été incluse parce que les chenilles et les chrysalides se servent occasionnellement de la litière qui se trouve au pied de la plante hôte comme abri et que celle-ci a besoin de ses racines pour vivre et croître. De plus, on a observé des chenilles bien développées se déplacer entre les plantes-hôtes et s'abriter sous les roches et dans les fissures du sol entre les plantes9.

Information sur l'espèce (d'après le COSEPAC) :

Nom scientifique - Apodemia mormo

Nom commun - Mormon (population des Prairies)

Statut actuel selon le COSEPAC et année de désignation - Espèce menacée - mai 2003

Aire de répartition au Canada - Saskatchewan (fig. 1).

Justification du statut - Une petite population de ce papillon, qui ne vit que dans un environnement bien particulier, habite une zone très limitée située dans la partie septentrionale de son aire de répartition. Bien qu'on n'ait constaté aucun déclin de la population, la petite quantité de spécimens adultes, entre 200 et 1000, correspond aux critères d'attribution du statut d'espèce menacée.

Figure 1. Aire de répartition du mormon (Apodemia mormo), population des Prairies, au Canada (Environnement Canada).

Figure 1. Carte du sud de la Saskatchewan montrant la répartition géographique du Mormon (Apodemia mormo) (population des Prairies) au Canada. Seulement trois populations de ce papillon sont connues et se trouvent dans ou près du Parc National du Canada des Prairies.

*Grasslands National Park = Parc national des Prairies

1) Plante hôte

On considère tout individu de l'ériogone pauciflore habitée par le mormon (Eriogonum pauciflorum [Pursh]) comme résidence du mormon pendant toute l'année.

Aspect physique et contexte

Plante hôte

L'ériogone pauciflore (fig. 2) croît sur les versants arides et les pentes dénudées des bad lands de la Saskatchewan1 (fig. 3). Il s'agit d'une plante vivace à souche ligneuse qui peut atteindre 60 cm de haut. Ses feuilles gris-clair mesurent environ 5 cm de long et 1 cm de large, et sont couvertes de poils courts et clairs2.

Le mormon des Prairies dépend exclusivement de cette plante pendant chaque stade de sa vie, sauf à l'âge adulte. À cette étape, le mormon peut se nourrir sur les grappes de fleurs (ombelles) de l'ériogone pauciflore, mais lorsque celle-ci n'est pas en floraison, il se nourrit du nectar de la bigelovie puante (Ericameria nauseosus). Il faudrait faire des recherches additionnelles pour définir la résidence du mormon adulte.

Oeufs

Les œufs du mormon sont en forme de sphère aplatie et passent du blanc rosé au violet avec le temps. L'adulte pond ses œufs sous les feuilles, sur les tiges ou sur les ombelles de la plante hôte, seuls ou en grappes de deux ou de quatre3,4,5, et la ponte a lieu à un moment quelconque entre le début d'août et la mi-septembre6. Le mormon choisit le plus souvent de grandes plantes matures pour l'oviposition (ponte), vraisemblablement afin de garantir une quantité suffisante de nourriture et une protection accrue aux chenilles5. On ignore si les œufs éclosent à l'automne ou au printemps chez les populations canadiennes.

Chenilles

Souvent, au premier stade larvaire, le mormon hiberne dans des tiges renflées ou des inflorescences desséchées de la plante hôte, ou dans la litière à proximité de celle-ci7. On ignore si les chenilles de mormon naissent à la fin de l'automne et hibernent ou si elles naissent au printemps. Dans les deux cas, l'ériogone pauciflore fournit un abri pendant l'hiver. Pendant la journée, les chenilles au dernier stade peuvent rester au pied de la plante hôte dans un nid de feuilles mortes jointes avec de la soie7ou sous les roches et dans les fissures du sol entre les plantes9. La chenille du mormon est de couleur violacée et a six rangs de poils courts disposés en touffes sur le corps. Les rangs de poils qui se trouvent sur son dos sont noirs à la base et ceux sur les côtés sont ocre7,8. On peut voir des photos en couleur de la chenille dans Butterflies of British Columbia6, de même que dans Blue Jay (Mars 2010).

Chrysalides

La nymphose a essentiellement lieu dans les débris qui se trouvent au pied de la plante hôte ou à l'intérieur des tiges creuses de certaines plantes hôtes4,7. La chrysalide du mormon est trapue, partiellement recouverte de poils et brune, mouchetée de taches foncées sur l'abdomen4,7. On peut voir des photos en couleur de la chrysalide dans Butterflies of British Columbia 6.

Figure 2. Photo d'un Mormon posé sur une plante d'ériogone pauciflore (Eriogonum pauciflorum) en Saskatchewan.

Figure 3. Photo de l'habitat du Mormon dans les prairies du sud de la Saskatchewan : les versants arides à la végétation éparse, dans les « badlands ».

Fonction

Lorsqu'elle est habitée par le mormon, l'ériogone pauciflore correspond aux critères de résidence et elle est essentielle à l'accomplissement de plusieurs fonctions clés du mormon. La plante est une structure indispensable pour la ponte des œufs et la protection de ceux-ci pendant leur développement3,4,5. Les chenilles au premier et au dernier stade dépendent aussi de la plante et de sa rhizosphère, et elles s'en servent pour s'abriter l'hiver7. De plus, la plante hôte offre une protection contre l'environnement et les prédateurs aux chrysalides en métamorphose vers le stade adulte4,7. Finalement, l'ériogone pauciflore sert aussi de plante alimentaire au mormon pendant le stade larvaire1.

Figure 4. Photo de la plante-hôte, l'ériogone pauciflore (Eriogonum pauciflorum). On voit deux plantes portant des feuilles grisâtres naissant d'une souche ligneuse, avec à leur sommet, plusieurs inflorescences sphériques et blanchâtre.

Endommagement et destruction de la résidence

Toute activité qui détruit la fonction de la plante hôte constituerait un endommagement ou une destruction de la résidence. Cela comprend, entre autres, toute activité qui endommage toute partie de la plante, comprenant ses feuilles, sa tige et ses fleurs; consiste à déplacer la plante ou la litière qui se trouve sous celle-ci; bloque l'accès à la plante par le mormon ou la prive de lumière.

Période et fréquence d'occupation

On considère la plante hôte comme résidence dès qu'elle abrite le mormon dans au moins un stade de sa vie, quel qu'il soit, ce qui est possible tout au long de l'année.

Information supplémentaire

Pour de plus amples renseignements sur la population des Prairies du mormon : http://www.sararegistry.gc.ca/species/speciesDetails_f.cfm?sid=753

Pour de plus amples renseignements sur la LEP : http://www.sararegistry.gc.ca/default_f.cfm

Citation recommandée

Veuillez citer ce document de la façon suivante :

Gouvernement du Canada. Registre public de la Loi sur les espèces en péril. Descriptions de la résidence. Description de résidence pour le mormon (Apodemia mormo), population des Prairies, au Canada, www.registrelep.gc.ca/plans/showDocument_f.cfm?id=xxxx, (date de consultation).

Références

1 St. John, D. 2003. Rapport de situation du COSEPAC sur le papillon Mormon Metalmark Apodemia mormo. Comité sur la situation des espèces en péril du Canada. Ottawa, Ontario. http://www.sararegistry.gc.ca/virtual_sara/files/cosewic/sr_mormon_metalmark_f.pdf(page consultée le 29 février 2008).

2 USGS. 2003. Few-flowered Eriogonum (Eriogonum pauciflorum). Native Wildflowers of the North Dakota Grassland. Northern Prairie Wildlife Research Center, USGS. Site visité le 16 septembre 2003. http://www.npwrc.usgs.gov/resource/literatr/wildflwr/species/eriopauc.htm(page consultée le 16 septembre 2003)

3 Scott, J.A. 1975. Flight patterns among eleven species of diurnal Lepidoptera. Ecology 56:1367-1377.

4 Pyle, R. M. 2002. The butterflies of Cascadia: A field guide to all the species of Washington, Oregon, and surrounding territories. Seattle Audubon Society, Seattle. 420 pp.

5 Arnold, R.A. and J.A. Powell. 1983. Apodemia mormo langei. Ch. 6 In Ecological studies of six endangered butterflies (Lepidoptera, Lycaenidae): Island biogeography, patch dynamics and design of habitat preserves. Univ. Cal. Publ. Entomol. 99:1-161.

6 Guppy, C.S. and J.H. Shepard. 2001. Butterflies of British Columbia. UBC Press, Vancouver. 414 pp.

7 Scott, J.A. 1986. The butterflies of North America: A natural history and field guide. Stanford University Press, Stanford. 581 pp.

8 Howe, W. H. 1975. The butterflies of North America. Doubleday and Company, Inc., New York. 633 pp.

9 Peterson, K., E. Amosa, S. Pruss, and N. Erbilgin. 2010. First caterpillar observations of the Mormon metalmark butterfly in Grasslands National Park, Saskatchewan. Blue Jay 68(1): 37-40.

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